lundi 13 février - par C’est Nabum

Petit guide à usage du parlementaire margoulin

Pour l'édification des citoyens crédules.

Rien à Craindre

Vous êtes parlementaire et avez effectué quelques opérations douteuses, des actions à la limite de la moralité. Rassurez-vous, les critères éthiques et moraux ne peuvent être retenus contre vous. La société civile s’indigne vite mais n’a aucun moyen de vous reprocher quoi que ce soit sur des critères qui n’ont aucunement leur place dans le débat politique français. Gardez votre tête froide, à défaut des mains propres. De toutes manières, vos collègues ne peuvent vous en tenir rigueur, ils traînent tous des casseroles comme les vôtres.

 Un journal satirique publie quelques lignes sur votre compte. L’affaire devient un peu plus sérieuse. La rumeur est certes ennuyeuse mais, bien vite, les propos s’envolent tandis que les écrits exigent de vous une réaction. La première qui convient à un bon parlementaire consciencieux, attaqué dans son honorabilité, est de démentir. Ça ne mange pas de pain et surtout ça permet de gagner un peu de temps. Personne ne songera plus tard à vous reprocher ce premier mensonge : c’est si habituel venant de votre caste que le citoyen ne vous en tient jamais rigueur. C’est quasiment un réflexe professionnel.

Le journal insiste, sort de nouveaux documents, apporte des éléments plus dérangeants. Cette fois, il vous appartient d’élever un peu le ton. Vous devez rester flou sur les faits reprochés ; votre démenti est trop frais pour que vous l'effaciez de suite. Vous devez passer à l’attaque, riposter avec véhémence prétendant que l’attaque relève d’un complot ourdi par des journalistes partisans. N’hésitez pas à salir les organes de presse : trouvez des dossiers sur la fille du rédacteur en chef ou bien l’honorabilité d’un journaliste. Ne donnez pas dans la demi-mesure, frappez fort et oubliez de parler de votre dossier.

Malgré l'opprobre que vous avez jeté sur la presse, les attaques continuent, les preuves sont accablantes. Ne vous tracassez pas ; vous êtes en France et votre position demeure forte. Vous devez frapper plus fort encore, faire appel au ban et à l’arrière-ban de votre entourage. Un petit meeting ou une conférence de presse -malgré tout ce que vous avez pu dire contre cette corporation -seront du meilleur effet. Pour le meeting, faites appel à vos sympathisants. De ceux-là, vous n’avez rien à craindre : ils sont incapables d’avoir un jugement négatif. Ils avalent toutes les couleuvres que vous leur proposez. Ils sont à votre botte.

Trouvez de grandes et belles phrases larmoyantes. Déclarez votre amour pour la République, la France, votre région ou votre femme. Faites pleurer dans les chaumières, évoquez votre foi, vos convictions, votre parcours exemplaire. Il convient de ne rien avouer, rester imprécis sur le dossier, affirmer que rien n’est illégal, même s’il y a eu, peut-être, un peu de légèreté de votre part. Jurez vos grands dieux que vous faites confiance à la justice de votre pays et que bientôt, votre honneur sera lavé.

Ne pensez pas en avoir terminé pour autant. Il ne faut pas être naïf, plus personne, mis à part vos indécrottables supporters, ne croit en votre innocence mais vous avez gagné un peu de temps, semé le trouble dans quelques esprits qui finissent par s’interroger sur ceux qui bénéficieront de votre disgrâce provisoire et qui sont sans doute à l’origine des faits dont on vous accable. Cela a au moins le mérite de serrer votre camp derrière vous.

Mais pendant ce temps, la justice mène ses investigations. Ça sent mauvais ; ce qui n’est jamais surprenant quand on remue le fumier et le lisier. Gardez votre sang-froid, vous avez encore des atouts dans votre manche. Ne vous inquiétez pas des réactions du bon peuple : lui ne compte plus dans le joli royaume de France. Il oubliera vite ou bien fera semblant de rien. Ce sont les juges qu’il convient de calmer. C’est le moment de choisir de bons avocats.

Ils vont immédiatement chercher la petite bête, pinailler, examiner à la loupe tout ce qui a été mis en œuvre contre vous. N’oubliez pas que vous avez contribué à la création des lois et que les petites imprécisions laissées par vous et vos collègues sont destinées à vous sauver la mise dans pareil cas. Il y aura forcément un vice de forme, une erreur de procédure, une question de constitutionnalité. De quoi enterrer les actions juridiques, décourager les juges et endormir les citoyens.

Maintenant, si votre cas est désespéré, si le peuple ne peut avaler l’entourloupe, si la justice veut vous mettre des bâtons dans les roues, n’oubliez jamais que vous disposez d’une carte maîtresse, de l’atout roi, la belle excuse imprenable : « Votre immunité parlementaire ! » Usez-en au bon moment, n’allez pas trop vite en besogne : cela vous desservirait. Il convient de laisser passer la colère, de laisser se déverser le flot de rancœur et de haine puis, quand la messe est dite, vous déclarerez que, quoiqu’on puisse vous reprochez, vous êtes couvert par votre statut juridique.

Bien sûr, ce coup sera coûteux en terme d’image. Mais vous savez bien que ce que pensent ceux du camp adverse n’a strictement aucune importance. Vous allez sortir de cette histoire grandi. Un parlementaire doit être un fieffé coquin, un bandit de grand chemin, un margoulin et un joyeux gougnafier. Vous êtes désormais certain de durer dans le métier.

Un seul conseil pour finir : évitez de fréquenter les quelques rares parlementaires honnêtes. Il en existe naturellement : aucun corps n’est à l’abri de brebis galeuses, de moutons noirs ou de vilains petits canards. Ceux-là ne durent que le temps d’un mandat, jusqu’à ce que le camp d’en face dégotte une crapule pour la présenter face à cette exception qui confirme la règle. Le parlementaire probe sera battu et l’honneur de la profession sera sauf.

Naturellement, ce petit guide ne vous était pas destiné. Vous savez tout ça depuis si longtemps. Pour gravir les échelons dans votre officine mafieuse, ce qu’on nomme encore Parti Politique, vous avez dû apprendre tous les coups tordus, les chausse-trappes, les crocs-en-jambe et vous n’êtes pas un perdreau de l’année. Je n’ai fait ici qu’amuser ceux qui croient encore au Père Noël. Quant aux autres, ceux qui savent ce que vous valez réellement, depuis belle lurette ils ne cessent de répéter ce slogan : « Courage Fillon ! ».

Républicainement vôtre.

hemicycle-senat1.jpg

 



24 réactions


  • JL JL 13 février 10:05

    Bonjour C’est Nabum,

     
     Pour le dire simplement : ça passe ou ça casse. Il en est ainsi dans toutes les compétitions de haut niveau.

  • Olivier Perriet Olivier Perriet 13 février 10:48

    Bon, je me fais l’avocat du diable :

    vous tirez sur une affaire qui est refroidie, qui date de près de 20 ans, et sur laquelle il n’y a plus rien à dire. La ficelle est un peu grosse et un peu usée.

    Si on parlait du fond ça serait mieux, non ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 13 février 11:43

      @Olivier Perriet

      Nous ne sommes pas prêts de toucher le fond

      Autant s’éviter cette peine


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 13 février 13:42

      @C’est Nabum

      et donc, à part des calembours, c’est tout ?

      Vous critiquez les petites magouilles des politiciens, mais cet article est du même tonneau : on tape sur des détails et on perd de vue l’essentiel.


    • C'est Nabum C’est Nabum 13 février 13:50

      @Olivier Perriet

      Gardez l’essentiel
      Je me charge du superflus

      je n’ai pas prétention autre


  • juluch juluch 13 février 13:18

    Contre le mur et douze balles dans la peau pour trahison envers la France, le peuple et les institutions qu’ils sont censé protéger !!


  • alain_àààé 13 février 13:50

    excellent article mais les supporters sont comme les élus ils ont été formaté et pensent a leur avenir comme des grands adultes.ils pensent que de leur coin perdu ou ils ot été élu ils peuvent dirigé la france et faire une carriere


  • baldis30 13 février 14:53

    Merci pour cette nouvelle de pure imagination , c’est pour cela que je la trouve excellente. Mais de pure imagination !

    en effet, vous avez eu raison de mettre en tête, afin que le lecteur ne s’y trompe pas :

    « Vous êtes parlementaire et avez effectué quelques opérations douteuses, des actions à la limite de la moralité. »

    Vous savez bien que cette situation est impossible mais par votre talent vous la rendez vivante comme si elle existait !


    • C'est Nabum C’est Nabum 13 février 15:41

      @baldis30

      Ceci est une fiction fictive qui m’a été largement rémunérée par le bureau des deux assemblées

      Merci à eux et à vous


  • Germain de Colandon 13 février 17:21

    @Juluch

    On fusille un soldat, on pend une crapule.


  • Germain de Colandon 13 février 18:24

    @Nabum

    Pour ces « gens-là », le plaisir, surtout s’il est sexuel, est un péché.

    En principe l’argent l’était également (pour preuve, on le confia aux juifs et aux protestants), mais les cathos se sont bien rattrapés depuis.


  • Germain de Colandon 13 février 18:56

    @Nabum

    « Le diable n’est pas autre chose que l’incarnation des pulsions anales érotiques refoulées ». Freud


  • zygzornifle zygzornifle 14 février 14:15

    « Vous êtes parlementaire et avez effectué quelques opérations douteuses, des actions à la limite de la moralité..... » La moralité c’est pour le peuple des sans dents , les politiques n’en n’ont pas , ils en auraient ils ne feraient pas de politique .....


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 février 16:34

      @zygzornifle

      Rassurez-vous, le peuple des gueux et des mannants à quelque peu évolué depuis la dernière révolution.

      Les têtes ne tomberont plus, ce sont les dents que nous leur arracheront

      Ainsi tomberont couronnes et racines du mal


  • zygzornifle zygzornifle 16 février 18:30

    le parlementaire parlemente au lieu de se taire ..... voila le problème .....


  • zygzornifle zygzornifle 16 février 18:32

    Quand un sans dent vole un œuf il est condamné pour un bœuf quand un parlementaire vole un bœuf il est condamné pour un œuf avec sursis .....


Réagir