lundi 16 janvier - par pirate

Tu seras un homme mon fils

La nécessité de passer du mode conscription au mode "privé" s'est inscrite dans la logique de désengagement post Guerre Froide. Les cost killers ont intégré les rangs de l'armée et pendant que nos incapables se servent des interventions militaires comme d'un baume à leur bobo médiamétrique, au détriment d'une armée française notablement paupérisée par la gabégie civile, d'autre se vautre dans la nostalgie. Depuis que Chirac a aboli le service obligatoire, dans ce pays où on n'a jamais cesse de penser à rebours comme d'autre refuse de cesser de sucer leur pouce, la question d'un service "civil" revient régulièrement. Et d’expliquer par le menus tout ce qui manque à la belle jeunesse forcément déboussolée de France, pour faire cohésion avec les valeurs de la république sacrée et indivisible. Dans la foulée, mes pairs, ceux de mon âge, et même plus jeune, même de ceux qui n’ont jamais connu cette période, de regretter le service militaire. J’ai encore vu pas plus tard qu’hier soir un doc de 2010 consacré au service, où des hommes affirmaient à nouveau tous les clichés du genre à propos du service obligatoire. Recensons les.

 

Argument N°1 : le préféré des nostalgiques, l’armée faisait action de cohésion entre des classes sociales qui en d’autres temps ne se croiseraient jamais. Je peux en effet en témoigner, j’étais de la classe 8, mois d’août, nous n’étions que des étudiants, comme tout ceux de la 8 comme ceux de la 10 (octobre) puisque c’était ainsi que s’organisait la conscription. Quand on devenait instructeur, comme moi-même on savait donc que la 2, février, serait surtout composée d’enfant d’ouvrier, de gars en échec scolaire et bien entendu d’analphabètes, comme la 4, alors que la 6, le mois de juin serait composée d’un saupoudrage, des étudiants, des fils de famille et des prolos. J’ai pu le remarquer pendant mes cours, les deux parties se méprisaient volontiers, et formaient des cercles entre eux, des cercles jamais poreux. La raison était simple, les prolos, comme les antillais, les gars à problème, les guyanais, savaient qu’ils seraient tous reversés dans les escadrons les plus durs, assignées aux tâches les plus ingrates. L’armée est et était friande de diplôme et de bonnes notes. Déjà aux trois jours on nous écrémait comme ca. Ceux qui avaient eu 16/20 ou plus aux tests de logique étaient proposés au rôle de caporal-chef s’ils avaient suivi une Préparation Militaire, ou 1er classe sinon. Comme je n’avais pas compris que je n’étais pas obligé de résoudre tous les problèmes des 70 pages du test, c'est très con un type intelligent des fois, je n'ai pas atteint la note magique. Je ne fus donc pas proposé au rôle "enviable" de chef, mais de simple brigadier (caporal). Puisque j’avais fait une PMT (Préparation Militaire Terre). Mes camarades qui avaient de gros diplômes étaient envoyés dans un régiment de prestige où ils passeraient l’année à faire les beaux dans les défilés et à s’ennuyer. Quant aux analphabètes, rien n’était prévu pour eux sinon une place au fin fond d’un char, programmé pour devenir de la viande à canon quoi qu’il fasse. Il a fallu l’initiative personnelle d’un adjudant, nos alertes répétés et la bonne volonté d’un garçon qui se destinait à l’enseignement pour que l’armée concède à leur apporter un peu d’instruction. Une anecdote savoureuse à ce sujet, un de mes camarades avait une maitrise de physique. Croyant qu’ils avaient à faire à un diplômé en gym (physique donc) ils l’avaient d’abord expédié avec les Corps Francs, essentiellement composés de fils d'ouvrier, d’analphabètes et de mec à la couleur non conforme. C’est nous qui l’avons « sauvé » (il a quand même frôlé la dépression) en expliquant à nos imbéciles d’officiers qu’une maitrise de physique n’avait strictement rien à voir avec un diplôme en éducation physique.

 

Argument N°2 : celui qu’anonaient régulièrement nos sous-officiers et qui était la fonction même de la conscription, l’armée feraient de nous des soldats, prêt au combat. J’ai pu en effet en juger depuis mon poste d’instructeur armement. Un groupe Choc et Feu traditionnel se compose d’un opérateur radio, d’un servant de mitrailleuse lourde, d’un tireur d’élite, d’un sous-officier, un officier et de quatre hommes en plus. L’instruction de base était censée se faire en un mois. Or en un mois, les garçons dont j’avais la charge, savaient à peine se servir de leur arme et étaient tout juste capable de les démonter et les remonter sans connaitre le nom de la moitié des pièces. Et bien entendu pas un seul ne savait ni manipuler une radio, ni une arme lourde, ni un fusil de précision, ni même un explosif, ou même simplement se déplacer sur le terrain. En réalité, même au terme de deux mois, pour la plupart d’entre nous, dans le contexte d’une guerre moderne (donc urbaine) notre temps de vie aurait été de 30 secondes grand maximum. De plus, la plupart du temps, notre travail consistait à faire les boniches pour les engagés. Nettoyer leur locaux, les servir à table, nous occuper pour eux des inventaires, de l’intendance, du secrétariat, quand il ne s’agissait pas d’assurer les déco de noël pour des fêtes où nous n’étions pas conviés, repeindre leur bâtiment, etc…

 

Argument N°3 : le plus commun, l’armée ne fabriquait pas seulement des hommes mais également des citoyens. J’ai en effet pu le constater au terme de mon service, quand je fus convoqué par le colonel, moi et d’autres, pour exposer servilement ce que l’armée nous avait apporté. A cette réunion se tenait un garçon que j’avais aidé. Complexé par son problème d’élocution, passant pour un imbécile, il était à la traine de tout. Je l’avais pris en main, en classe et sur le terrain, lui montrant qu’il valait bien quelque chose et que sa question d’élocution n’avait rien à faire avec son intelligence ni avec son courage. Au terme de son mois de formation il venait même vers moi pour me remercier. Un an plus tard, il se tenait devant le colonel, regardant ses pieds, plus complexé que jamais, brisé par les brimades et les punitions qui avaient émaillées son année au sein des Corps Francs… J’étais écoeuré, mais je crois que ce qui m’a le plus écoeuré c’est cet officier qui savait parfaitement les efforts que j’avais fait pour lui et les autres dans l’année, toutes mes initiatives pour que les analphabètes soient pris en charge, pour que les plus faibles, en thème ou forme physique progressent. Ils avaient tous régressés, uniformément, tous aplatis devant ce colonel d’opérette qui n’avait jamais vu autre chose que les bureaux, et que du reste les engagés méprisaient avec entrain. Et je n’ai aucune doute, ni alors ni maintenant, qu’il était fier de pouvoir me montrer l’échec complet de mes efforts. En fait d’homme et de citoyen, l’armée ne souhaitait voir qu’un troupeau qui s’avinait pour la célébration de la « quille » brimait les nouveaux, et obéissait au doigt et à l’œil, sans réfléchir, aussi absurde que soient les ordres qu’on leur donnait.

 

Argument N°4 : ceux qui sont contre le service militaire sont des antimilitaristes, des idéologues, des feignasses ou des lâches. Cet argument était très courant à l’époque, pourtant dans mon cas c’est exactement l’inverse qui s’est produit. A 19 ans j’étais un garçon en colère, envoyé en PMT pour retarder ma conscription, j’avais été pris en main par un sergent de cavalerie du type meneur d’homme. Un fafounet tout ce qu’il y a de plus respectable, homophobe et raciste, mais qui savaient créer une cohésion au sein du groupe, et accessoirement nous galvaniser. C’est en espérant être sous ses ordres que j’avais opté pour son régiment (la PMT nous permettait de choisir). Et à 25 ans, appelé finalement sous les drapeaux, même si ca ne m’enchantait pas je n’avais guère d’à priori négatif sur l’armée. Je prenais et prend toujours le métier des armes plutôt au sérieux et avait une certaine admiration sinon un respect pour ceux qui allaient au feu. Risquer sa vie par sens du devoir je trouvais et trouve toujours ca plutôt noble, surtout quand on connait les conditions dans lesquels l’armée française opère. Matériel obsolète ou en panne, mal entretenue ou totalement dépassé, le lot est le même pour tous même dans des régiments d’élite comme ceux de la Légion. Dans mon imagerie naïve les militaires étaient donc forcément des hommes de devoir, courageux, et dur à la tâche. Dans les faits je me suis rendu compte que la plupart étaient des paumés en rupture de banc, le plus souvent ivrognes quand ils n’étaient pas simplement de bons fonctionnaires planqués, n’en ramant pas une et se reposant exclusivement sur notre main d’œuvre à bas prix pour faire tout ce qu’ils étaient trop cossards pour faire eux même. En réalité il n’y avait que l’apparence qui comptait pour eux. N’ayant jamais eu le goût des treillis bien coupés, ne prêtant aucun intérêt à mon allure générale, souvent exposé à la saleté des armes ou des engins (on m’avait aussi collé pendant un moment au rôle de conducteur de camion, que j’étais censé entretenir) j’étais d’autant mal vu qu’en plus je raisonnais. Leur surprise fut donc complète quand ils me virent sur le terrain. J'avais été scout et ça c'était à peine plus que du scoutisme en plus con et plus armé. Bref j’en voulais comme on dit, il est plus que probable que si j’étais tombé sur un sous off un peu convaincant j’aurais signé pour un service long en attendant de m’engager. Mais ce que j’ai vu m’a totalement vacciné. Impossible de me faire à l’idée d’être commandé par un individu qui n’aurait pas trouvé sa bite sans une carte d’état major, racontait une connerie à la minute, et passait son temps libre à se saouler. Commandé et surtout risquer ma vie pour un état qui fabriquait de la viande à canon à la chaîne et sans complexe tout en prétendant faire de nous des citoyens.

 

La nostalgie étant bonne camarade, ce discours sur la nécessité d’un service, civile ou militaire, revient donc régulièrement dans les esprits sans imagination. Intiment persuadés qu’ils sont que la génération des 18-25 ans trouvera dans l’usage d’un service national le début d’un sens à leur existence. Comme si nous même à leurs âge ou plus tard avions montré un zèle particulier à ce sujet, ou comme si à l'instar de Starship Trooper, notre société ne pouvait s'éprouver et se valoriser citoyenne que par le fer et le sang. Or tous ceux qui sont ou ont été aujourd’hui dans l’armée le répètent, unité d’élite ou pas, avec la génération Y on passe son temps à "faire du social". Pas celui qui consiste à alphabétiser, éduquer, donner un métier présent et à venir. Pas celui non plus qui consiste à intervenir en lieu et place des services sociaux. Non ce qu’ils appellent du social c’est tenir la main, écouter les plaintes, tenir compte des revendications des uns et des autres, car cette fois n’oublions pas, il ne faut pas non plus contrarier le salarié, et même attirer les vocations. Les publicités pimpantes et héroïques commandées par le Sirpa séduisent beaucoup moins que la perspective de se sortir du chômage. Ce n’est pas nouveau, bien des soldats de carrière le sont devenus pour échapper à la misère. Mais là il s’agit d’une autre espèce de citoyen qui se présente, le citoyen-consommateur. C’est la satisfaction de ses besoins immédiats qui le préoccupe. Ni le devoir, ni l’éthique, ni le courage, ni la générosité ou la solidarité. Et d’ailleurs comment reprocher à un jeune homme de n’avoir aucune aspiration naturelle pour ces affaires-là ? Pardon d'enfoncer cette fameuse porte ouverte mais cinq minutes des programmes favoris des ados modernes fait réaliser ce qu’on leur propose comme modèle : la bêtise, le goût de l’humiliation, l’exhibitionnisme, la pornographie des états d’âme. Quant à la vocation artistique elle n’est plus évoqué comme une fin mais comme un moyen de devenir célèbre, l’alpha et l’oméga de l’homme moderne actuel. Bref la glorification du Moi à travers la mise en valeur de toutes nos pulsions. Car ne l’oublions pas, c’est la pulsion qui est le ressort essentiel d’un acte d’achat. Je sors ma carte bleue donc je suis.

Alors avant de regretter le bon vieux service à la papa redresseur de tort, un conseil, cassez vos télés.



45 réactions


  • Pas de coup d’état possible aux US car le peuple est armé ...
     
    Idem en Suisse ....
     
    Une lopette multiethnqiuée gland remplacée désarmée n’est pas un citoyen mais un sujet soumis à l’oligarchie mondialiste, un veau-cochon en pseudo-démocratien, bientôt prostituée au RU.
     
    Une chiure.
     
    « La vraie démocratie est née dans une phalange d’hoplite, bouclier contre bouclier des égaux, pas dans une file geek-burkini-bobo-djellaba-barbu à la caisse du supermarché gardé par boubou » Chouard  smiley 


    • Shawford Shawford 16 janvier 09:17

      @La Baudruche négrière patronale verdie

      Vrai buddy, tu peux faire un gros smiley car toi t’es pas un Chouard de supermaché (sans erreur syntaxique), tu officies pour ta part dans une boutique hautement spécialisée !

       smiley smiley


    • pirate pirate 16 janvier 09:25

      @La Baudruche négrière patronale verdie
      bonjour mon troll, vous êtes d’un prévisible décidément rafraichissant, j’augure que vous allez tomber du siège de vos chiottes à l’article que j’ai posté ce matin et que ravalant votre rancoeur de solitaire vous allez quand même m’assaisonner de vos bavoullis d’estropié, ça serait dommage de gâcher vos aigreurs. Je vous laisse à votre impuissance, passez une mauvaise journée smiley


    • mmbbb 16 janvier 11:57

      @pirate l’armée prenait donc des handicapés ?


    • pirate pirate 16 janvier 12:39

      @mmbbb
      apparemment pas puisque vous ne portez rien de kaki en dehors de votre fond de pantalon. smiley.


  • ENZOLIGARK 16 janvier 09:24

    Cours vite ( Music / video  by Silmarils ... ) ... . ... AFF ИСС ...


  • leypanou 16 janvier 10:48

    Article plein de réflexions qui vaut la peine d’être lu.

    Personnellement, j’ai bien apprécié la partie avec la maîtrise de physique. D’autre part, il y a de plus en plus de gens qui n’ont plus la notion de contraintes de la vie commune et qui empoisonnent la vie des autres, comment alors y rémédier ? Les Anglais ont introduit la notion d’ASBO, i.e anti-social behaviour order qui permettent justement de sanctionner les incivilités.

    Mais on ne peut pas mettre un « sanctionneur » derrière chaque déviant potentiel. Problème insoluble ?


    • mmbbb 16 janvier 12:03

      @leypanou Question d’education et de bon sens A Lyon les bourgoises font chier leurs chiens dans les parterres de fleur Chose vue Civilite les Francais sont des porcs Mozart s’etonnait deja que Paris fut sale, c’est une constance Paris est sale . les francais sont des porcs point barre


    • leypanou 16 janvier 12:17

      @mmbbb
      S’il vous arrive de visiter Marseille un jour, vous verrez qu’il n’y a pas photo entre Paris et Marseille..
      Mais je suis d’accord avec vous : c’est une question de civilité ...et d’absence de volonté des pouvoirs publics de faire respecter des règles de vie commune.


    • mmbbb 16 janvier 12:29

      @leypanou Je trouve deja Lyon pas tres propre alors Marseille De surcroît , les marseillais sont au bord de la mer, ils pourraient au mois entretenir leurs villes Les gens du nord font des centaines de Km pour voir cette mer bleue Pres d Auchan a Caluire des immeubles « populaires » dont l’architecture bien pensée evite les blocs monolithques et donne a l’ensemble une aération Le parking est un dépotoir c’est dégueulasse Cela dépasse ma raison . CQFD nous pourrons jamais rien faire de durable et de coopératif Salutations


    • pirate pirate 16 janvier 12:44

      @mmbbb
      « les français sont des porcs point barre » ce qui nous rassure au moins sur un fait, vous n’êtes ni suisse ni belge smiley et e plus il lit Télé 7 jours, un prodige !


    • mmbbb 16 janvier 13:47

      @pirate et oui les autres pays sont propres surtout ceux du nord et de l est Il suffit de voyager du con et d’arréter de prendre les autres pour des imbeciles ,encule ca c’est pour le fond mon froc que te passerais bien sur ta sale gueule et pour l occasion je me lacherai Nous avons un beau pays et les francais s en foutent C’est une constatation cretin Quant a Tel 7 jour je le lis pas t ’es vraiment un tare !


    • pirate pirate 16 janvier 14:42

      @mmbbb
      ce que j’aime avec vous c’est la fraicheur et l’opiniâtreté dont vous faites preuve dans la démonstration renouvelée de votre plus totale bêtise smiley cela étant si ça peut vous rassurer j’avais compris à votre première intervention. smiley


  • covadonga*722 covadonga*722 16 janvier 12:22

    yep , j’ai longtemps regretté l’obligation du service armé , je considérais que les droits devaient s’accompagner de devoir.

    Mais au vu de la composition de ce que serait les classes appelées désormais je me dis qu’il n’est pas plus mal de ne pas leur apprendre le métier des armes.
    Une armée de métiers épurée des éléments servant leur foi avant la nation ; le tout appuyé sur une garde nationale impliquée localement dans le maintien de l’ordre me semble la solution .

  • zygzornifle zygzornifle 16 janvier 12:28

    ouais .... certains se radicalisent et vont s’entraîner en Syrie..... et pour d’autres , tu seras un chômeur comme papa mon fils .....


  • Sergio Sergio57 16 janvier 13:43

    Encore un pavé à développer, bien rond sur les bords mais bien dur à cœur, j’ai l’impression qu’on va l’entendre siffler près de l’oreille. 


    Mon souvenir de l’époque en ce qui concerne ce moment fatidique que j’ai voulu retarder au possible, se situe au niveau d’une hospitalisation dans un hôpital militaire pour cause de réforme. Je l’ai été, et je peux vous dire que durant ce séjour, j’ai pris cher, collibets de mes collègues de chambre commune et de certains membres du personnel médical, soucieux de réaliser sur ma personne pendant certains examens paramédicaux, les sempiternelles épreuves de bizutage vu que j’étais un tire au cul et une proie, simplement par le fait qu’ils s’emmerdaient. 

    La suite libératoire aurait pu être sans jeux de mots un parcours du combattant, je me retrouvais avec une année de plus à vivre que j’ai mise à profit sur un projet professionnel. Mais savez vous qu’un kem qui ne fait pas son service militaire, c’est pas un homme qui disait mon daron, même langage avec mon frère, de la tristesse pour ma mère et une grande satisfaction avec ma copine de l’époque, avec laquelle j’ai pu vérifier laborieusement que je n’avais pas laissé là bas, mes ’génitoires’ sur les barbelés du devoir, point 

    Je n’ai jamais été frustré de ne pas pouvoir amener lors de certaines soirées un peu arrosées, les anecdotes afférentes à cette période, j’entends encore les voix de stentor post pubère, énumérer avec quel amour ils ont pu polir leur quille, objet phallique par excellence, eux qu’ont eu la chance d’être des hommes, « Sergio tu sais pas ce que t’as perdu » et je leur répondais que je savais ce que j’avais gagné. 


    Pour être sérieux, je sais que dans notre civilisation judéo/chrétienne, pour ce qui l’en reste et tant qu’à faire autant pour les autres, il faille obligatoirement en baver au moyen de l’éducation virile et péremptoire, à défaut de prendre sur la gueule par son instituteur, époque révolue durant laquelle j’ai pas mal reçu. Aucunement je n’imagine un sergent pouvant éduquer un jeune homme de notre temps, même, républicain indépendant, comme disait Jean Ferrat ...

    Alors pourquoi substituer le manque de moyens éducatifs, scolaires, sociaux, et le manque de bonheur, par un temps à rester planté devant un drapeau, à chanter la Marseillaise ou à se retrouver au trou. Service militaire, peine de mort, case prison, dehors les étrangers boulangers qui vont nous faire manquer notre pain quotidien .... voilà bien les réponses réac à nos difficultés sociétales et, en avant la curée.
    De nos jours beaucoup de travailleurs sociaux, de psychologues, de penseurs et sociologues cherchent les nouveaux rites de passage de l’enfance à l’âge adulte, parait-il que le service militaire en était un, certains disent que dorénavant c’est la prison d’autres le permis de conduire moi je sais que certains ’sévicés militarisés’ n’ont jamais dépassé le stade de l’immaturité. 

    Il y a beaucoup à dire sur ce sujet, Pirate va mettre sa bonne volonté à guerroyer contre vents et marées, lui je ne le trollerai Jamais et il a du courage c’est normal il a fait son service militaire lui, c’est un homme comme Vélosolex qui probablement mettra beaucoup d’humour et de hauteur à la réflexion si le cœur lui en dit.

    Pour terminer, et pour ne pas prendre le pavé mentionné ci-dessus, je voudrai à contre courant de mon intervention parler de l’EPIDE, Etablissement Public d’Insertion de la Défense. 
    Ce sont des établissements dans lesquels des jeunes en difficultés, volontaires, sont pris en charge par du personnel militaire souvent bénévole retraité, qui essaye de rendre des repaires, de rythme, de communications participatives, de respect de l’autre, sur fond de discipline militaire bienveillante, j’ai pu rencontrer beaucoup de jeunes satisfaits de cette expérience. 

    Quant à remettre d’actualité ce service militaire, je n’ai aucune crainte c’est un marronnier, parce qu’on en a absolument pas les moyens.




     

    • Sergio Sergio57 16 janvier 13:48

      @Sergio57


      OUF !

    • pirate pirate 16 janvier 14:32

      @Sergio57
      on a déjà pas les moyens de faire voler un drone autre qu’américain, alors.... oui en effet le marronier de service sur lequel je me fais une joie de pisser. Quand je suis arrivé à l’armée je m’étais blessé à la main, 5 points de sutures et micro chirurgie pour un nerfs sectionné. Quand le sous off de l’infirmerie m’a vu il a décrété tout de go que suturer un nerf ça n’existait pas, il a fallu l’intervention d’un appelé infirmier pour qu’il apprenne un truc une fois dans sa vie. En attendant ces abrutis me faisait cavaler avec mes points et pas une seconde ils se sont intéressé à me changer mon bandage... qui cocotait déjà bien quad j’ai fini par trouver un momet pour aller voir mon médecin.

      Après ça ils m’ont collé à la conduite... ma brigade avait un rituel immuable on regardait tous la Petite Maison dans la prairie puis le magazine Turbo et enfin sieste obligatoire. Pour éviter de devenir fou j’ai demandé à passer instructeur armement, le chantage état que je evrais passer un weekend sur deux à l’armurerie.... où je me retrouvais avec un demeuré qui lui regardait Ken le Destructeur... il y avait un PA de secours chargé dans une boite... je me suis toujours demandé ce qui se passerait si je faisais péter un câble au demeuré surtout quad la caserne était désertée. Comme je m’emmerdais à mourir, je faisais ce qu’on appel des salades d’armes, je démontais deux ou trois armes différentes, mélangeait les pièces et soit je me minutais pour le remontage, soit je le faisais à l’aveugle. Le premier mois d’instruction a été une cata. J’essayais de reproduire le mode militaire d’instruction mais je n’avais aucun poids en tant que conscrit alors le mois suivant j’ai décidé de faire à ma sauce, et là j’ai découvert que j’étais doué pour enseigner, pire que j’aimais ça. J’arrivais en classe avec mon Famas et tout en le chargeant avec une balle factice je développais mon argumentaire « messieurs voici le Famas, fusil d’assaut de la manufacture d’arme de Saint Etienne, 25 cartouches, calibre 5,56 mm, viresse de la balle 960 mètres secondes selon la convention de Genève, poids 4,780 kg chargé.... » le fil ma petite présentation presque terminé, alors que la balle que je venais de monter dans la culasse venait d’en être éjecté (balle factice donc) je concluais en braquant le canon sur un élève et je lui sortais « bon maintenant la question que vous devez vous poser c’est est-ce que je vas tirer ou non ? et j’appuyais sur la détente, clic, clic »nan je vais pas tuer quelqu’un dès le premier jour"... après ça j’avais capté leur attention pour le reste du mois. smiley 

      Je précise que la convention de Genève ayant interdit les munitions supersoniques, pas un seul manuel militaire usant de ce type de munition aujourd’hui courante annonce que la balle va en réalité à 1000 mètres secondes...

      C’est la seule chose que j’ai tiré de mon armée, que j’étais bon pédagogue, et c’est pas grâce à l’armée. Plus tard j’ai été formateur de gens de ménage, et alors qu’un mois plus tôt je ne savais rien de ce métier je donnais des cours à des classes enthousiastes. Comme je cherche du taf et que j’ai du temps, c’est un des boulots vers lequel je vais m’orienter en toute logique.

      Pour le reste, j’avais juste l’impression de faire un séjour sur Mars. Heureusement mes potes étaient graphistes comme moi alors on avaient des trucs à se dire sans passer par la case ivrogne. Cela dit, j’étais parfois obligé de participer à des manoeuvres en tant que chauffeur, un fois comme ça j’ai été stationné toute la nuit à attendre qu’on nous appel, un gars avait amené une vidéo porno, une cassette de 4h ! 4h de pornos non stop au milieu d’un partere de golgoth silencieux et concupiscents, une certaine idée de la folie pure. Finalement ils nous ont appelé mais comme la veille pour décorer un gymnase mes camarades et moi n’avions pas dormi plus de trois heures j’ai failli finir dans une mercerie en m’endormant au volant.... mais le connard de capitaine responsable des convois voulait absolument qu’on retourne sur la route, c’est notre adjudant qui a fini par le convaincre, un brave mec, con, mais brave.


    • Buzzcocks 16 janvier 16:09

      @pirate
      Encore une anecdote médicale sur l’armée.
      Durant un exercice, j’ai du ramper sur un insecte qui m’a piqué, sur le coup, je n’ai rien senti... Mon bras double de volume.
      Je le signale au sergent instructeur qui m’envoie à l’infirmerie. Là, je tombe sur un type qui me répond que les médecins sont tous absents. Il prend alors un talkie walkie et appelle un médecin.

      Et donc j’ai été soigné au talkie walkie .... sans jamais voir un seul médecin.

      Les prémices des e-consultations pour faire baisser le prix de la médecine ?


  • Buzzcocks 16 janvier 14:20

    J’y vais de mon anecdote aussi.
    J’étais sergent appelé dans l’armée de l’air. Voilà qu’il neige et qu’il faut instamment déneiger le mess des officiers (il ne faudrait pas que les pontes glissent ou se mouillent les pieds). En urgence, on me confie une trentaine de types et .... 3 pelles à neige.

    Ayant plus de mains que d’outils, j’organise un roulement et ne me sentant pas supérieur aux autres (j’étais aussi un appelé), je prends un tour de pelletage. Là, un officier passe et me voit travailler. Il se dirige vers moi et me demande de stopper illico avec cette phrase hilarante « un chef, ça ne travaille pas ».

    Voilà comment marche le monde... celui qui a les galons (ou le fric) ne travaille pas, il y a du menu personnel pour ça. Le chef se contente de regarder :)

    Alors oui, le SN permet de rappeler aux sous fifres que dans la société, il y a ceux qui jouissent, et ceux qui suent.
    Du coup, si financièrement on ne peut pas rétablir le SN, on peut toujours forcer les jeunes à regarder le bon, la brute, le truand —> « Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. ».

     


    • Sergio Sergio57 16 janvier 14:44

      @Buzzcocks

      « Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. ».


      Bien vu, vous m’avez coupé l’herbe sous le pied

  • marmor 16 janvier 17:55

    Le FAMAS n’a rien à envier à la Kalash, ni au M16 américain. Quand j’ai été incorporé, en 1971, nous avions encore le MAS 49/56, solide, facile d’entretien, sûr et très précis. Vous qui avez été à l’armement vous allez comprendre : tir couché cinq cartouches à 200 mètres sans lunette : H+L : 11
    Difficile d’être plus précis ! Fort de ça, un FRF1 m’a été confié.... une précision difficilement imaginable pour Mr tout le monde !!


  • velosolex velosolex 17 janvier 02:14

    Je me souviens à peine arrivés on nous avait projeté un documentaire incitant à nous engager pour 18 mois, pour filer à Muroroa voir les bombes et les filles. Il n’y eut tout de même que deux ou trois zigues pour signer. Plus tard je n’ai pas vraiment été surpris d’apprendre le nombre de leucémies..Il y a vraiment de très mauvais souvenirs de l’armée. Les gars avaient sans doute pas fait une bonne affaire, même s’ils avaient été payé bien plus que la misérable solde et les vingt paquets de troupes insipides que je refilais aux copains.

     On m’avait mis dans le peloton d’élèves gradés, mais au bout de deux mois, j’ai dit « c’est marre , j’en peux plus, pas question de commander de lever la voix, c’est pas dans mes cordes vocales !... D’ailleurs je voyais bien que quand on prenait des cours »d’ennemis intérieurs« , avec mes mauvaises blagues, je faisais tache, ça devenait intenable, on me dévisageait comme un soviet, un élément de la cinquième colonne.
    Ils n’ont pas apprécié quand même que je refuse de continuer les cours....J’ai été interdit ensuite de pas de tirs, de marche, suite à mon mauvais esprit...Pour la peine ce fut deux mois sans perm à faire des stages commandos dans l’est, des marches de 100 kms de nuit avant d’arriver à L’ossuaire de Douhomon, avec un ancien de 14 une gueule cassée pour nous faire visiter le musée des horreurs au petit matin... ;....
    C’était le coup d’état au Chili, la répression militaire, on a coupé les mains de victor Jara dans un stade. J’ai pleuré pour lui. Pour moi aussi. Avec les frappés qui nous donnaient des coups de pieds au cul, je comprenais trop bien comment cela pouvait arriver demain. 
    Voilà les premières choses que l’armée m’avait appris : Que d’un seul coup tu n’étais plus rien, que ce soit d’un coté du fusil ou de l’autre. Un numéro d’arme d’un coté, un numéro de prisonnier de l’autre......
    Avec ça je voyais bien qu’il fallait pas grand chose pour qu’un simple conscrit fasse n’importe quoi. D’ailleurs certains faisaient n’importe quoi, le moindre petit grade minable leur donnait tout à coup l’assurance qu’ils n’avaient pas. Les bleus devenaient haïssables, corvéables, bouc émissaires...L’armée m’a peut être donné du gout pour la psychiatrie. . 
    . Et puis ’on m’a muté dans un centre de mobilisation. Tranquille, mis à part les gardes infinies, les rondes à passer dans les hangars à toute heure du jour et de la nuit. Une sorte de désert des tartares avec 20 officiers douteux des anciens d’Algérie pour autant d’hommes du rang. 
    Du matériel par rangées infinies qu’il fallait faire rouler une fois tous les dix ans, avant de les remettre sur des chandelles. Je me souviens de deux capitaines s’entraînant toute la journée à mettre du haut d’une grue du génie, à mettre un boulon dans une bouteille de Kro vide...
    On m’avait mis au garage, comme secrétaire, car je me débrouillais à la machine. Je garde une grande tendresse pour mon adjudant, un drôle de type qui avait eu le mérite de passer la plus grande partie de son Algérie en forteresse militaire. Un type vraiment pas fait pour l’armée, mais qui n’avait pas eu la force de s’opposer à son père qui était général. Il avait fait les enfants de troupe une horreur de l’époque dont on peut avoir une petite idée en lisant le roman »Allons enfants« , d’Yves Gébaut je crois. 
    Je l’appelais Claude. Chaque soir il rentrait chez sa maman, vouant un culte absolu à son chat. Un jour il est arrivé effondré au mess en disant » Je suis foutu les gars, mon chat est mort« ...Son chat écrasé par une bagnole, on l’a enterré à quelques uns de confiance, comme il nous l’a demandé, avec les honneurs militaires, loin derrière les stalags, avec levée du drapeau sur un mat....
    Deux jours plus tard il est entré de nouveau radieux au mess ; Tournée générale. Il avait retrouvé son chat. Il n’y a rien qui ressemble davantage à un chat écrasé européen qu’un autre chat écrasé. Mais en Argentine, les morts n’étaient pas pour de rire. 
    C’était une année pourrie qui m’a donné envie de me laisser repousser les cheveux, et de mettre les bouts aux indes, une sorte de cure de desintoxication militaire. .
     C’était vraiment la fin d’une époque. Personnellement je ne regrette aucune des expériences que j’ai fait, car elles correspondent sans doute à mon karma, ou à un truc comme ça. Je tache à chaque fois de digérer et de comprendre ce qui se passe, ce que j’ai sous les yeux, de l’interpréter, de lui donner un sens, ou d’essayer de le faire. Et cette année là fut un drôle de chapitre dans mon existence. Et j’ai toujours les disques de Victor Jara. L’homme à qui ils ont dit après lui avoir coupé les mains : »Et maintenant, joue pour tes copains communistes"

    • pirate pirate 17 janvier 03:00

      @velosolex
      J’ai créer un monstre, le topic des vieux smiley

      pour Monsieur Jara que je ne connais pas, les fascistes ont toujours été des voyous et des porcs.

      Quand je suis arrivé, on étais tous bronzés... je venais de passer successivement un mois au Mexique et un autre en Italie en Toscane... le contraste a été violent. Je venais de vivre aussi un passage éprouvant dans ma vie qu sonnait comme une sorte d’aboutissement et d’avertissement : c’est ce que te redoutes le plus qui te tomberas dessus. Ca s’est toujours vérifié. J’ai écrit un article sur cet épisode, remanié et si j’ai une bonne raison je le balancerais ici, ça fera parler les cons ^^ mais je ne regrette pas non plus, j’ai au contraire beaucoup appris sur moi-même cette fois là, et depuis, sur les autres. D’ailleurs je n’en ai guère de regret, à la rigueur au sujet d’une jeune femme à qui je n’ai jamais osé déclarer ma flamme. C’est mon problème le coup de foudre me fait perdre tout mes moyens, je suis en état de sidération. Même la pire expérience m’a appris et m’a montré des choses sur les quelles je me pensais sinon incapable du moins ignorant. Mais quand même, je ne renouvellerais pas l’épisode rue, et si je peux m’éviter l’HP... la dernière fois j’ai eu chaud, trois jours pour me restructurer l’esprit, j’avais perdu ma capacité à écrire, je me suis remit devant le clavier et j’ai refait marcher les petits muscles de mon gros cerveau comme un sportif se rééduque les ligaments. En fait même avec le recul, même si mon propre conditionnement .me pousse à penser que je me trompe qu’il faudrait que je sois riche, puissant connu pour me conformer au label de réussite des petits esprits, je trouve que j’ai assez bien réussi en dépit de ce que j’ai mangé. Je me suis éduqué ma maladie et me suis stabilisé en dépit des médocs, prescription et psy incompétents, je me suis trouvé mon appart en 12h, à la rue, alors que j’étais un bon petit bourge protégé, je n’ai jamais dormi sur le dur, j’ai relevé tous les défis que je me suis lancé et quelques uns que d’autres m’ont lancé, toujours relevé et toujours démerdé et bien souvent sans la moindre aide, je suis essentiellement autodidacte... ah si, un regret, avoir perdu mon temps avec une femme pendant 8 ans, et ne jamais avoir eu de môme. Cette interminable et stérile relation m’a rendu allergique à la notion de couple dans sa norme classique. Et m’a servit seulement de leçon : ça m’endort, c’est pas pour moi.

      Pour le chat je comprends parfaitement, j’ai un peu vécu la même, e vous renvois là : https://unchatsurlepaule.wordpress.com/2015/12/10/il-etait-une-fois-une-histoire-de-chat/ c’est un peu long et confus pour Agora, remanié peut-être qu’un jour je le proposerais.


    • Shawford Shawford 17 janvier 07:49

      @velosolex

      Chalut, mon oncle maternel ayant été en première ligne comme Capitaine de vaisseau pour superviser ces tests à Mururoa, ça me touche vraiment ce que tu dis.

      Juste avant de crever d’une leucémie, ce fut d’ailleurs le seul à me prendre au sérieux quand je m’étais lancé dans l’Internet avant les années 2000 alors que tout le reste de mon entourage me regardait avec les yeux de merlans frits devant une idée alors si saugrenue.
      Le site/blog/CV que je lui ai fais à l’époque me permet en tout cas au moins toujours aujourd’hui de garder un lien tangible avec lui smiley


    • velosolex velosolex 17 janvier 10:50

      @pirate
      Au moins chez les américains, il y a ce refus de la plaindre de penser et de s’identifier à ce « you can if you want it ». Et jvous avez cette capacité de résilience. Le passé continue à vivre en nous, mais nous avons toujours le choix de l’exploiter, d’en sortir de ce qu’il y a de positif. Car rien n’est à priori négatif, ce n’est que nous qui déterminons cette position. Et nous avons la possibilité de prendre de la distance avec le regard des autres qui nous conditionnent. Il y a ces grands fantômes, je veux parler des amis, mais aussi des écrivains, et même ceux qui ont été déterminants à un moment ou un autre de leur existence sans s’en apercevoir. Tout est dans la dimension de ce regard, de la culture qui nous amine. En psychiatrie j’ai tenté de familiariser certains patients à la lecture, à cette dimension de la liberté qui permettait de s’affranchir de murs, d’apprivoiser le réel, ses problèmes. Mon armoire était pleine de bouquins de tous genres. Je me souviens d’un enfant du placard à qui j’ai lu « les grandes espérances », lui qui n’avait jamais lu de roman. D’un autre vieux patient chronique qui entrait dans le service m’apporter des BD de Bleck le roc. 

      C’était ma façon de me soigner aussi. J’ai gardé de mes années de route, et de saisonnier à l’époque où je n’avais juste assez d’argent pour faire le plein de ma moto avant de trouver un boulot, l’assurance qu’il ne m’aurait peut être pas fallu grand chose pour basculer de l’autre coté. C’est une expérience forte qui est d’ailleurs constitutionnelle chez beaucoup d’écrivains. Et Georges Simenon, ou Modiano, ou Truffaut l’ont tour à tour exprimé. De 18 à 26 ans, j’ai vécu des années de galère et d’émerveillement, dormant souvent sur le dur, quatre mois dans une grotte par exemple en provence. Mais j’ai bien l’impression qu’elles continuent à structurer mon regard et mes sensations. Comme Siddharta, l’éveillé, ceux qui n’ont jamais connu la souffrance et la difficulté sont infirmes d’une partie du réel, et d’eux mêmes

    • pirate pirate 17 janvier 11:29

      @velosolex
      « ceux qui n’ont jamais connu la souffrance et la difficulté sont infirmes d’une partie du réel, et d’eux mêmes »
      très joliment dis et très juste, je sais pas où vous perchez mais un de ces quatre faudra qu’on boit un verre ensemble.


    • Lloyd PALUN Jade4230 17 janvier 11:34

      @pirate

      smiley smiley smiley smiley smiley smiley smileysmiley )


    • velosolex velosolex 17 janvier 13:20

      @pirate

      Très beau votre texte sur le chat. Ca m’a penser à ce chat fil rouge qu’on voit dans « inside Lewyn davis », des frère coen. Je voue un grand respect à cet animal, sans doute pas pour rien votre avatar. Un animal sauvage qui nous a domestiqué. J’ai écrit quelques lignes à ce sujet plusieurs fois, pour tenter de l’attraper, mais l’animal reste insaississable
      C’est qu’il sait y faire

      Entre caresses et mépris

      Il installe où il veut ses lits

      Il peut passer par le chas d’une aiguille

      Et endormir son sommeil sur sa pointe aiguisée

      Comme si c’était un oreiller de plumes !

      Avec lui la dureté se dérobe

      L’ogre se fait fée

      Et le rocher amoureux se transforme en velours


      Il ne croit pas à l’horloge des hommes

      Qui les somme d’avancer aux clocher des églises

      Et marcher en rangs serrés vers les champs de bataille

      Il baille quand on l’appelle

      Se détache des mains pressées

      Et s’éloigne sans un regard sans un regret

      Sur un mur de pierres

      entre deux maisons bancales


      Les serments d’amour, les commémorations

      Les grands discours, les trompettes et les tambours

      Lui font baisser les oreilles d’exaspération


      Seul son ronronnement

      Dilate et ressert le temps

      Comme le remontoir époumoné

      d’une vieille montre à gousset


      Il nous hypnotise en fermant les yeux à demi

      Alors nous voyons en nous

      Notre petit monde d’additions

      D’épargne, de clés, et de verrous


      Toutes nos collections nous semblent vaines

      Le malheur vient de très loin

      Sans doute ressemblons-nous trop aux chiens

      A ces brutes tordues qui par habitude

      Montrent les crocs et aboient derrière les grilles

      Qui voudraient manger le soleil

      Et ne savent même pas monter aux arbres

      Pour décrocher d’un miaulement la lune


    • pirate pirate 17 janvier 14:02

      @velosolex
      "

      A ces brutes tordues qui par habitude

      Montrent les crocs et aboient derrière les grilles

      Qui voudraient manger le soleil"


      Magnifique image. Vous connaissez ien les chats


    • Shawford Orange Skink 42 17 janvier 14:09

      @pirate

      Reste à savoir si toi tu connais bien le language des red hot chili peppers, apparement l’interlocuteur à qui tu t’adressais te mets une grosse Valls dans le genre. smiley


    • pirate pirate 17 janvier 14:30

      @Orange Skink 42
      Où est le rapport avec les red hot ?


    • Shawford Orange Skink 42 17 janvier 14:32

      @pirate

      Il est au bar des tafioles mon pote, reste à savoir rejoindre ce bouge infâme.

      GL HF


    • pirate pirate 17 janvier 14:44

      @Orange Skink 42
      Dites moi mon ami. c’est pour un sondage, la vie sexuelle des autres vous passionne ? Vous n’en n’avez pas vous même ? Un petit peu de mon slip vous ferait-il plaisir ? Je met une dédicace ? Merci de retourner à vos chers études et me laisser le plaisir de gouter à un échange de qualité.


    • Shawford Orange Skink 42 17 janvier 14:45

      @Tipiak

      À minima dis moi que tu à deja joué à SC2, pirate, que je désespère pas complètement de la race humaine ?


    • Shawford Orange Skink 42 17 janvier 14:49

      @pirate

      En matière de slip on parie qu’un de ces quatre je te ferai revêtir le slip du Stripper et que tu t’en feras sur les chevilles de concupuissance ?

      En attendant crache ton venin, blaireau, ça augmentera juste le nombre de coups de langues que tu devras faire sur mes babouches le jour venu.

      Over


    • GetREDy 17 janvier 18:52

      @pirate

      Vous parlez de regrets de n’avoir pas eu de gosse(s).
      Et bien,une fois n’est pas coutume, je peux me livrer aussi un peu á mon tour.

      Etant plus jeune et jusqu’á mes 40 piges, je n’ai jamais voulu en avoir... 

      C’était moins la perspective de devoir y laisser un peu de mon indépendance en étant obligé de se passer les pinces en s’engageant dans une relation de couple et de devoir assumer mon role de pere, que de donner la vie á un petit ětre dans un monde dont on pourrait bien se demander s’il en valait vraiment la peine.

      J’ai toujours eu un coté un peu sombre qui cotoyait l’autre, plus optimiste.
      Tout est question de savoir équilibrer les deux faces de cette měme piece que nous sommes tous.

      Depuis j’en ai eu deux, un gars et sa petite soeur. de vrais complices.

      Ca peut paraitre paradoxal mais meme s’il est vrai que cela peut etre le plus beau cadeau que la vie peut nous offrir, la perspective de les voir évoluer á l’age ou ils ne sont encore que des enfants dans toute leur innocence dans ce monde, dont on ne sait ce qu’il peut devenir, est pour moi trop souvent une source d’inquiétude que j’ aimerais bien voir s’éloigner et disparaitre. 

      Et encore, nous n’avons pas trop a nous plaindre ici par rapport á ce qui se passe ailleurs.

      Celá peut paraitre paradoxal mais tout cela pour dire que si aujourd’hui d’un coté ils sont tout pour moi, et bien si je n’en avais pas eu, je ne le regretterais probablement pas trop aujourd’hui.
      C’est ce message que je voulais vous délivrer.

      Je parle pour moi bien entendu, et celá peut paraitre compliqué á comprendre, mais il me semble que nous sommes tous plus ou moins pétris de contradictions ainsi que de considérations troublantes. C’est comme celá.
      La vie est ainsi faite. smiley


    • velosolex velosolex 17 janvier 19:40

      @GetREDy
      C’est la pensée de Shopenhauer. « A quoi bon, misère de misère ». Ma voisine ne dirait pas mieux. Camus disait que la seule question existencielle qui existait vraiment, c’est le suicide ; Mais à peine avons quelque chose , que nous avons peur de le perdre, qu’il nous glisse entre les mains.

       Les 1001 nuits sont pleines de ces enseignements, de ces croches pieds du destin ; Tu es prince un soir, et puis au matin, il n’y a plus que le désert là où se dressait ton palais !..Et l’amour de ta vie passe dans un carrosse, sans même te reconnaître, en te jetant une piécette.
      Finalement plus que l’histoire, c’est le conteur qui apporte le sens. 
      Et Shopenhauer la dedans ? Un type que se plaignait sans cesse, mais qui adorait bien manger, et bien boire...Les contradictions bien sûr. C’est même ce qui rend les gens sympathiques ; Un homme raide dans ses bottes jamais une faiblesse, son planning toujours respecté, un planning de vie impeccable, vous savez ce que c’est c’est ? Un monstre. Gosse ou pas. Entendu que les gosses sont alors à plaindre

    • GetREDy 17 janvier 20:39

      @velosolex 

      C’est bien sur, rien n’est acquis car tout est recommencement et lacher prise nous mene vers la délivrance. Celle qui nous liberera.
      Mais notre nature profonde ne voit pas toujours ces considérations du měme oeil et on a tendance á s’accrocher comme la bernicle á son rocher. Car malgré nous, nous savons que tout est une question de temps pour s’en affranchir réellement.




  • GetREDy 17 janvier 14:09

    Fffiiuu ! Ca fait frémir. 


    Y’en a qui doivent se sentir bien esseulés dans leur p’tite existence pour venir nous tartiner sur le Net tous les détails de leur vie dont tout le monde n’en a rien a carrer.

    A l’instar d’un comité de gonzesses au bureau, et qui ne font que cela de leurs tristes journées, de dépressifs chroniques reclus chez eux et n’ayant personne avec qui communiquer, ou bien de vieux gateux qui se remémorent leurs souvenirs d’antan avant de trépasser.

    Hé ! les mecs, faites gaffe quand meme, car dans tous les cas ca nous mene pas bien loin tout ca !

    Et puis vous vous imaginez bien que les autres, vous savez ceux qui vivent autour de vous, car il y en a, eh bien ! ils s’en tamponnent un peu quand meme de vos petites confidences.
    C’est vrai, faut se l’avouer.

    Si vous voulez , filez vous un rencard afin de ressasser tout cela en privé, ou bien prenez votre plus belle plume et rédigez « nous » vos mémoires, vous verrez ca soulage aussi bien.

    Allez, du cran bon dieu. ressaisissez vous un peu !!! 

    • pirate pirate 17 janvier 14:23

      @GetREDy
      ouh la c’est qu’elle deviendrait mauvaise ! Han comment il m’a trop cerné, non mais trop pas. smiley

      Bon sinon vu que vous passez votre vie ici à nous faire part de votre ennuis, vous avez des chats ? Ou vous c’est plutôt l’enfilage de perle ?


    • GetREDy 17 janvier 15:13

      @pirate

      Non, pas de chats a proprement parler.
      J’ai seulement une chatte, mais pas de celles que l’on enfile, si vous voyez ce que je veux dire. smiley

      Elle a deux ans et demi, bouffe des boites et des croquettes et est tigrée Angora avec des yeux a tomber par terre, doublée d’une caline-pot de colle comme on en fait pas, limite relou, mais j’la kiff grave.

      Merde !!!!!!!! j’me mets moi aussi a dériver maintenant. smiley
      Faut garder l’cap, N’est-ce pas pirate ? smiley

       

    • pirate pirate 17 janvier 15:30

      @GetREDy
       smiley


  • GetREDy 17 janvier 14:12

    Et puis les chats, compagnons de fortune de vieux solitaires endurcis, y’a pas que cela dans la vie.


Réagir