mardi 7 février - par Jean-Paul Letombe

Une nouvelle façon de regarder le problème Grec …

Pourquoi la Grèce devrait-elle brader ses actifs ?

Après avoir reçu un prêt de € 110 milliards, il était très optimiste, pour les analystes économiques, de s'attendre à une amélioration significative de la situation financière de la Grèce en raison de l'augmentation de la récession économique liée au plan d'austérité imposé. Il semble urgent de réduire le niveau d'austérité afin de permettre une meilleure reprise de l'économie et surtout d’éviter une contraction économique.

Actuellement, le FMI et l'UE encouragent la Grèce à augmenter le plan d'austérité et à vendre certains de ses biens pour obtenir des liquidités afin de réduire sa dette. Ceci aide-t-il ? Cela devrait mettre la Grèce à risque, en permettant au secteur privé de prendre le contrôle d'actifs stratégiques et rentables, mais cela devrait également contribuer à brader des actifs et à faire disparaitre des flux stables de trésorerie sur le long terme. Il y a un risque élevé que cela puisse engendrer des troubles sociaux à court terme, et précipiter le pays dans la faillite et donc vers un défaut de paiement.

Pourquoi la Grèce ne doit surtout pas faire défaut  ?
 
La Grèce ne doit pas faire défaut afin de ne pas activer tous les contrats, de CDS et de CDS nus, établis sur la dette souveraine, et qui pourraient coûter bien plus que l’ensemble de la dette grecque elle-même à de nombreuses institutions financières. La bonne solution doit être celle supprimant ce risque systémique et sans engendrer de défaut.
 
Y a-t-il une alternative ?
 
Jusqu'à présent, seules des approches classiques (essentiellement par l'ajout de dette à la dette ou par l’allongement des maturités) ont été considérées, mais le problème est tellement important que les solutions habituelles ne peuvent s'appliquer sans risque d'énormes dégâts sociaux et d'une faillite complète. Cela provoquerait sans équivoque un défaut, lequel créerait une nouvelle grande crise financière.
 
Plutôt que de chercher des solutions complexes et/ou drastiques, pourquoi ne pas utiliser des approches entrepreneuriales, où les créanciers, les citoyens et le gouvernement joignent leurs forces pour contrer la menace ? Pourquoi se focaliser uniquement sur des actions curatives et non pas sur des initiatives de développement ?
 
Quels sont les éléments clés ?
 
1) La charge de la dette grecque se trouve à environ € 330 milliards, soit près de 150% de son PIB
 
2) Quelle est la limite d'un endettement supportable pour un pays ? Environ 90% de son PIB
 
3) De combien la Grèce doit réduire sa dette ? Un peu plus d'un tiers : € 130 milliards
 
4) La valeur nominale des actifs publics grecs est estimé à environ € 280 milliards
 
5) Quelle est la taille de la dette grecque détenues par des institutions étrangères ? Environ 70% ou € 230 milliards
 
6) Les obligations grecques sont cédées à environ 60% de leur valeur nominale. Cela signifie que les créanciers pourraient réaliser 40% (ou environ € 92 milliards) de pertes en ce moment, et encore plus si la situation se détériore
 
7) Quelle est l’étendue de l'économie souterraine en Grèce ? Environ 20 à 25% de son PIB (+/- € 50 milliards / an)
 
Quel type d'alternative ?
 
Une approche alternative pourrait être la vente de droits de concession sur les actifs grecs, qui accorderaient des droits de répartir les revenus (des dits actifs) au remboursement de la dette et à la distribution de dividendes (intérêts) pour les investisseurs, et le solde reviendrait à l’Etat Grec.
 
Cette opération pourrait prendre la forme d'un nouveau type de fonds d'investissement, dans le principe des fonds Imtiaz, où les créanciers pourraient transformer, sans coût, leurs 40% de pertes latentes (€ 92 milliards ou plus) en des parts de ces fonds d'investissement, tout en réduisant immédiatement la dette de € 92 milliards.
 
Ces fonds d'investissement achèteraient l'usufruit (mais pas la pleine propriété) de certains actifs grecs, généralement dans l'énergie - les ports ..., pour une période de 5 à 20 ans avec un rendement annualisé entre 4 et 5% (suivant le type d’investisseur).
 
Le gouvernement grec pourrait également encourager les créanciers étrangers à convertir jusqu'à 60% de leur exposition, afin de réduire de € 140 milliards de la dette et d'atteindre environ 86% du PIB. Ce niveau d'endettement permettrait à la Grèce de quitter la spirale systémique et, progressivement, d'être de retour à une situation gérable et sans risque imminent de défaut.
 
Le gouvernement Grec pourrait offrir une amnistie fiscale pour ses citoyens qui investiraient leur argent, venant de l'économie souterraine, dans ces nouveaux fonds d'investissement pour trois ans au moins, et pour un quart du rendement normalement proposés. Comme ces fonds d’investissement sont liquides, alors ceux qui le souhaiteraient pourront reprendre officiellement leur argent après trois ans, ou rester investis mais pour un rendement normal (4 à 5%). Le gouvernement Grec pourrait espérer voir, environ € 75 milliards, revenir dans la voie officielle en trois ans, et ainsi réduire son endettement (détenu par des investisseurs locaux / banques) d’environ € 25 milliards par an.
 
Ces fonds d'investissement pourraient également permettre à la Grèce de développer de nouveaux actifs, en particulier dans la production d'énergie renouvelable pour alimenter le réseau Européen, et aider les autres pays de l'UE à atteindre leur objectif de 20% d'énergies renouvelables en 2020. Cela créera des revenus et soutiendra la reprise de l'économie.
 
Quels devraient être les chiffres après la transformation ?
 
1) Environ € 190 milliards d'actifs publics grecs devraient être mobilisés (mais non vendus) pour réduire la dette extérieure de € 140 milliards, et € 90 milliards d’actifs grecs resteraient encore disponibles. La dette de la Grèce, détenue à l’étranger, devrait donc s'établir à € 90 milliards.
 
2) Environ € 75 milliards, venant de l'économie souterraine, devraient être de retour dans la voie officielle à hauteur de € 25 milliards par an. La dette grecque détenue par les institutions financières nationales devraient passer de € 100 milliards à € 75 milliards (la première année) et à € 25 milliards (la troisième année). Ainsi les institutions financières nationales pourraient soutenir à nouveau le gouvernement grec pour ses besoins de trésorerie.
 
3) La dette totale grecque devraient retomber à 86% du PIB (190 € milliards), et où € 25 à 75 milliards devrait être détenu par des fonds provenant de l'économie souterraine. Ces mêmes quantités (€ 25 à 75 milliards) devraient être disponibles pour soutenir l'économie.
 
Pratiquement, comment cela devrait fonctionner  ?
 
 
Quelles seraient les prochaines étapes ?
 
1) Une mission d'experts, sous la responsabilité de la BCE / FMI / …, devraient passer en revue et auditer la liste exhaustive des biens publics grecs pour estimer leur potentiel respectif de revenus sur base de ce qu’il est actuellement, et les améliorations nécessaires (gestion, opérations ...) afin d'augmenter définitivement les revenus et la durée de vie.
 
2) Une structure de gestion, de type fonds d'Etat (souverain), devrait être définie afin de prendre le contrôle des actifs grecs, mais pas leur propriété ni le contrôle des entreprises publiques détenant ces actifs. Les actifs continueraient à être exploités par les sociétés publiques, mais comme une société de service (qui peut être remplacée en cas de services inadaptés).
 
3) Création d’un fonds d’Etat (fonds souverain) pour le désendettement qui :
- recueillerait l'ensemble de l’usufruit (mais pas de la nue propriété restant à l’Etat) des actifs grecs produisant des revenus pour une durée de vie et à des conditions - de reprise de la pleine propriété des dits actifs par le gouvernement "in fine" - restantes à définir.
- rachèterait une très large partie de la dette grecque par un échange de ses parts contre des titres de dettes et sans décote.
- distribuerait un dividende chaque année, via ses parts échangées, suivant les revenus des actifs mais dans une limite maximale à x% (x pouvant être de 3 à 5%). Ainsi les créanciers ne perdraient pas tout et resteraient détenteurs du nominal de la dette extérieure grecque. Tous les excédents au-delà des 3 ou 5% reviendraient à la Grèce, soit pour soutenir son économie soit pour racheter, de façon prioritaire, des parts de ce fonds d’Etat (donc de l’usufruit).
- motiverait ses actionnaires (les créanciers) à aider la Grèce à s'en sortir car leurs revenus seraient liés à la bonne santé de l'économie du pays, et aussi leurs parts de fonds resteraient dans leur bilan mais avec une décote probable de 40% au lieu des 50% voire 100% (comme cela risque d'être le cas bientôt).
- pourrait aussi être le cadre d'une amnistie fiscale pour les grecs ayant fraudés le fisc (le montant annuel de l'activité souterraine est estimé de 25 à 50 milliards d'euros), afin de leur permettre de régulariser leurs situation tout en investissant dans ce fonds d’Etat pour contribuer à l’effort sur la dette mais aussi pour développer de nouveaux actifs.
- pourrait également permettre le développement de nouveaux actifs, notamment dans la production d'énergie solaire dont l'Allemagne va avoir besoin, en permettant aussi à de nouveaux entrants d'y participer par l’émission de nouvelle classe de parts du fonds afin de dissocier le traitement de la dette des nouveaux développements (mais avec une partie des dividendes venant servir le traitement de la dette).
 
4) Présentation, discussions, finalisation et accord entre toutes les parties (y compris les syndicats).
 
Et, en conclusion ?
 
Si on considère la tendance actuelle du déficit annuel pour 2011 qui devrait être de 13,5% (7,6% sont attendus dans le second plan de sauvetage), alors il semble inévitable que la Grèce aura besoin bientôt d'un troisième plan de sauvetage. Etant donné la difficulté à finaliser le deuxième plan, alors nous ne pouvons qu’être inquiets à l’idée d’un troisième/quatrième plan de sauvetage. Le temps est compté, et une nouvelle manière de regarder le problème devrait être envisagée au plus vite.

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