A moins de 3 mois de l'échéance électorale, le chef de l'Etat, qui s'était engagé à mettre en place la taxe Tobin, n'en a jamais été aussi proche. Cette taxe, inventée par James Tobin en 1972, consiste en une taxation de l'ensemble des transactions financières. Pourtant, Nicolas Sarkozy, il y a 12 ans avait qualifié cette taxe "d'absurdité". Pour quelles raisons a t-il changé d'avis ? Quelles sont les points positifs et négatifs de cette mesure ?
En ces temps de crise, tous les moyens sont bons pour réduire la dette publique, c'est sans doute, la raison principale du changement d'avis de Nicolas Sarkozy à propos de la taxe Tobin. En effet, le président semble être dans une optique de taxation afin de rééquilibrer à tout prix le budget Français, ce qui explique cette prise de position favorable par rapport à la taxe sur les transactions financières.
A noter, que l'Assemblée nationale a déja adopté le principe d'une taxation des transactions financières en novembre 2001 mais à deux conditions, une entrée en vigueur seulement si les autres pays de l'Union Européenne l'adopte et un montant maximal de 0.1% sur les transactions financières internationales.
L'annonce de la probable mise en place de cette mesure continue d'être fortement remise en cause, néanmoins, Nicolas Sarkozy a affirmé que la France "n'attendra pas que tous les autres soient d'accord pour la mettre en oeuvre", il semble donc être particulièrement convaincu de la réussite de la mesure. Effectivement, la taxe créée par le prix Nobel d'économie de 1981, peut paraître tout à fait appropriée à la situation actuelle. En effet, cette mesure prévoit d'appliquer une taxe infime sur l'ensemble des transactions financières, pour, dans un premier temps, bénéficier d'importantes rentrées d'argent. Selon une étude de 99 Partners Advisory, une taxe de 0.0085 % sur toutes les transactions financières pourrait rapporter 12.5 milliards d'euros par an à la France, soit plus de deux fois le déficit de la branche maladie de la sécurité sociale. Puis, dans un second temps, cette mesure permettrait de réguler les marchés financiers en décourageant la spéculation excessive. La taxe Tobin, représenterait ainsi, de nouvelles ressources fiscales loin d'être négligeables et une réduction de la spéculation excessive freinant l'instabilité des marchés.
Cependant, la mesure présente quelques limites. En effet, le président souhaite une mise en œuvre rapide de cette taxe en raison des présidentielles qui approchent à grands pas. Toutefois, l'Allemagne, qui n'est pas contre cette taxe, souhaite obtenir un consensus à propos de cette mesure au sein de l'Union Européenne. Or, l'obtention de ce consensus entre les 27 semble compromis puisque l'Angleterre y est hostile en raison d'une taxe similaire déjà existante dans ce pays, appelée la "Stamp Duty Reserve Tax". De plus, d'autres pays pourraient suivre l'Angleterre comme le Danemark qui considère que si seule l'Union Européenne met en œuvre la taxe Tobin, cela pourrait s'avérer être un danger économique. Autrement dit, un consensus au sein de l'Union Européenne dans les 3 mois à venir semble irréalisable. Ainsi, si le chef de l'État, désire continuer et instaurer cette taxe coûte que coûte, il devra certainement le faire seulement en France, au moins dans un premier temps. Or, dans ce cas de figure, la finance étant un secteur omniprésent de nos jours, nous pourrions assister à des destructions d'emplois massives et à une fuite des capitaux.
Ainsi, excepté si la France parvient à imposer sa vision au monde et en particulier à l'Union Européenne, la taxe Tobin permettrait à court terme des ressources fiscales importantes, mais à moyen et à long terme pénaliserait le système financier Français et de façon inéluctable son économie.
K.G