lundi 17 avril - par hugo BOTOPO

VÉRITÉS MASQUÉES et TRONQUÉES : cas 2 - Dettes publiques, BCE et remboursements

Ô Dettes Publiques ! Objets de mots sentencieux proférés par les économistes, les politiques, les financiers et les déblateurs-relayeurs, vouant aux gémonies tout peuple refusant de subir les maux salutaires de l'AUSTÉRITÉ  : il en va de la crédibilité et de la survie d'un système économico-financier dominateur et prédateur. La peur d'une banqueroute ruineuse est instillée tout en jouant sur la corde sensible de l'avenir de nos enfants "écrasés par une dette immense" ! Et si la vérité, les vérités, étaient masquées ? Et elles le sont !

LES DETTES ! QUELLES DETTES ?

Toutes les dettes ne se ressemblent pas : leur définition est variable au cours de l'histoire selon les civilisations.

Autrefois les dettes étaient en nature : pièces de monnaie (or,argent), corvées. Puis en billets de banque ou titres financiers, enfin en lignes de crédit virtuelles : en autorisation de dépenses ou de consommations, avec l'informatisation.

Autrefois les monnaies étaient "battues" par les États ou Autorités à partir de stock de métaux extraits des mines ou de bijoux fondus. La quantité de monnaie donc de prêts et de dettes était limitée. Aujourd'hui, la création monétaire est supérieure à l'alchimie d'autrefois, avec sa pierre philosophale transformant le plomb en or, car elle ne résulte que d'une volonté d'un groupe d'humains "autorisés" dans des banques centrales, et/ou simplement d'une décision de banquiers qui transforment des intérêts dus et non payés en crédits plutôt que de saisir le débiteur pour impayés. Rien ne limite physiquement la création de monnaie en quantité : la principale limitation est la crainte d'alimenter une spirale inflationniste avec quelques bénéficiaires et une masse de ruinés excédés capables de se révolter férocement contre les profiteurs et responsables de leur situation. Une autre limitation à une création monétaire excessive et contrôlée, par exemple en distribuant suffisamment de revenus à tous les humains (7,7 Milliards d'habitants) pour qu'ils puissent consommer autant de biens et d'énergies fossiles que chaque américain, serait la limitation et l'épuisement des ressources naturelles, les pollutions destructrices de la nature et de la santé humaine, et les chambardements climatiques. Il en serait quasiment de même si chaque humain brûlait, en moyenne, autant de charbon que chaque Chinois d'aujourd'hui.

Le contenu des dettes publiques

Les contenus des dépenses prises en compte dans les dettes publiques sont variables selon les pays, d'où à prestations égales pour des pays à niveaux de vie semblables, selon la part allouée au privé les dépenses publiques exprimées en % du PIB sont fort différentes. Voici quelques dépenses considérées comme publiques :

- les dépenses de défense nationale sont intégralement dans la dépense publique ;

- les dépenses de Justice, de Police, sont en grande partie dans la sphère publique. Cependant aux USA une partie parfois importante des frais de Justice hors avocats (diverses expertises des comptes, participation aux frais des plaignants...) sont à la charge des justiciables ;

- les dépenses d'enseignement et de formation des jeunes, sont diversement prises en charge selon les États, avec un enseignement public primaire et secondaire, un enseignement privé rarement pris en charge par les dépenses publiques (USA, GB) et un enseignement supérieur privé payant aux USA, en grande partie payant en Grande-Bretagne et quasiment gratuit en charge publique en France ;

- les dépenses de santé sont en partie publiques (avec cotisations sociales publiques) et en partie privées par financement direct ou par assurances privées payantes, selon les États ; dans le cas de la France des établissements privés de santé (cliniques) et des médecins libéraux peuvent être pris en charge par les dépenses publiques ;

- les dépenses d'infrastructures (réseaux routier et ferroviaire, ouvrages d'art, immeubkles...) sont publiques sauf celles donnant lieu à un péage pour couvrir l'entretien et l'amortissement)

 

Pour revenir aux dettes publiques qui alimentent les discours moralisateurs et mortificateurs de politiciens dépassés, surtout en campagne éléctorale, revenons aux notions pratiques des gestionnaires d'un foyer familial, puisque dans les dettes publiques l'avenir des enfants est une corde sensible pour orienter les "bons votes" :

- les dettes pour finir les fins de mois, avec des crédits revolving (ou révolver sur la tempe !) sont des dettes fortement chargées en intérêts au bénéfice des banques qui utilisent les excédents des dépôts de clients, ce sont des dettes à se débarrasser vite si possible ;

- les dettes pour les achats d'équipements (voiture, électroménager..) sont considérées comme des dettes temporaires utiles et parfois indispensables ;

- les dettes pour l'acquisition du logement familial sont considérées comme des emprunts à long terme, comme de bons investissements, car contrairement à la voiture, à la fin des remboursements, le bien immobilier aura conservé si ce n'est augmenté de valeur. Si, par exemple (théorique) hors de toute considération sentimentale et compassionnelle, un couple accédant à la propriété de son logement décède subitement avant la fin du remboursement des emprunts (dans des conditions où l'assurance décès ne marche pas : tel un double suicide au cours de la cinquantaine), avec un reste à rembourser de 65 000 € pour un logement valant 400 000 €, quel sera alors le sort des deux enfants héritiers tout juste entrés dans la vie active après l'achèvement de leurs études supérieures et/ou de leur formation ? Pour les pleureuses de "la dette publique immense laissée à nos enfants soit environ 32500 €", non pas à leur naissance (car ils ne sont pas en état de rembourser), mais à leur entrée dans la vie active, ce serait une double une financière pour les petits. Alors, est-ce une incompétence égoïste des parents à laquelle il faut porter remède par des mesures d'austérité et de bonne gestion ? En fait, le notaire signalera que, par delà la peine, ces enfants vont se partager un héritage net de remboursements s'élevant à 335 000 € ! Il en est de même pour la dette publique !!! ;

- en effet, le patrimoine public de la France, depuis les romains (pont du Gard, arènes de Nimes et Arles,...), en passant par les constructions médiévales, de la Renaissance, des Empires et des 2 derniers siècles (fortifications, murs de ports et de rivières, ponts, routes, voies férrées, palais de la République et châteaux, universités, hôpitaux, écoles, collèges et lycées, installations sportives, forêts domaniales, casernes, bibliothèques...) est estimé entre 6000 et 8000 Md€, soit plus de trois fois la dette publique ! Et ceci rien que pour la part déjà remboursée et amortie financièrement. L'héritage laissé aux générations futures est considérable, comparativement à la dette publique actuelle de l'ordre de 95% du PIB annuel ;

- on aime à se comparer à l'Allemagne parée de toutes les vertus. On y reviendra plus tard. En attendant on peut signaler que la dette publique des USA est de 105% du PIB (alors que certaines activités et prestations sont dans la sphère privée au lieu de la sphère publique en France. La dette publique américaine n'était pas au centre des débats de la dernière élection présidentielle. Et surtout, signalons que la dette publique du Japon représente 250% du PIB annuel japonais sans que les Japonais s'en émeuvent : ils ont depuis des décennies des excédents commerciaux importants (des centaines de Md$/an, sauf pendant quelques années suivant la catastrophe de Fukushima, avec de fortes importations d'énergie fossiles, aujourd'hui les excédents sont revenus), et le financement de la dette est une opération interne indépendante des marchés financiers, les excédents commerciaux étant transformés en épargne utilisable pour le financement de la dette publique ;

- pour revenir aux conditions "indignes financièrement" que les générations actuelles, consuméristes et égoïstes, vont affubler les générations futures dès leur arrivée dans la vie active (et non pas à leur naissance) il est important de rétablir quelques vérités complémentaires essentielles : hors les dépenses des Parents pour le bien-être de leurs enfants (alimentation, logement, habillement, loisirs, transports), les dépenses publiques financées par les impôts et cotisations sociales des parents et de tous les citoyens, couvrent la période allant de la conception jusqu'à la fin des études supérieures et/ou professionnelles, soit sur une vingtaine d'années un montant de 200 000 à 250 000 € selon la durée totale prise en compte (de 20 à 25 ans). Les dépenses concernent les visites prénatales, l'accouchement, le maintien en bonne santé, les allocations familiales, les réductions d'impôts (quotient familial), les frais de scolarité (salaires du personnel enseignant, frais de fonctionnement et entretien), les coûts des installations sportives et éducatives à la charge des collectivités territoriales, les subvention aux transports scolaires, aux cantines, etc... Les jeunes dans la vie active loin de prendre en charge la dette publique, en fait une broutille, devront, à leur tour, financer par les impôts et divers prélèvements sociaux, les coûts induits par "l'élevage, l'éducation, l'instruction et la formation" des jeunes inactifs  ! Signalons qu'aux USA, si les études primaire et secondaires sont gratuites, les études supérieures sont payantes : pour les ultra riches et la classe moyenne supérieure les parents financent tous les frais d'études supérieures, pour les classes moyennes et inférieures les ressources des parents sont insuffisantes et les jeunes doivent à la fois prendre des petits boulots à temps partiels pour assurer leurs frais de subsistance et souvent emprunter (20 à 50 000 $/an) pour les frais de scolarité dans les universités et assimilés : ainsi la dette globale des prêts étudiants (après et pendant les études) s'élève à environ 1200 Md $, chaque étudiant entré dans la vie active doit rembourser entre 50 000 et 200 000 $ ; et certains n'ayant pas trouvé d'emploi correspondant à leur formation se traînent dans des emplois de serveurs et assimilés uniquement pour essayer de payer leurs annuités d'emprunts ! Certains experts des marchés financiers s'inquiètent de la formation d'une bulle explosive devant le nombre croissant de jeunes susceptibles de se déclarer en faillite personnelle ;

- dernier aparté concernant l'Allemagne : les dépenses "d'élevage..." sont proportionnelles au nombre de jeunes existants concernés et à leur proportion dans la population totale. Depuis 25 ans l'Allemagne a moins de naissances que la France alors que sa population est supérieure de 25% ; elle a un déficit comparatif (à population identique) d'au moins 300 000 naissances par an. Si ce déficit est plus que compensé par l'immigration de jeunes adultes formés "élevés..." aux frais de leur pays d'origine car la population allemande croît (malgré un déficit naturel naissances/décès de 5 millions depuis 1972 jusqu'à fin 2015), l'économie pour les budgets publics de l'État Fédéral, des Landers et des collectivités territoriales est donc de l'ordre de 60 à 70 Md€/an ! Ce qui permet à l'Allemagne d'afficher un budget public en léger excédent et de fustiger les pays dépensiers fournisseurs de bons immigrés, alors qu'elle devrait assumer un transfert massif compensatoire vers les pays d'origine des immigrés ! Pour les 5 millions d'immigrés déjà intégrés dans le marché du travail (hors la vague actuelle de réfugiés) cela correspond à un montant global de plus de 1000 Md€ qui aurait dû gonfler la dette publique, laquelle serait comparable à celle de la France.

- autres remarques sur les dettes privées : les particuliers pour accéder à la propriété de leur logement, les entreprises pour investir en équipements, en immobilier et achat d'entreprises, s'endettent auprès des banques. En général les milliers de milliards € concernés sont couverts ou garantis par des valeurs d'actifs supérieurs. Les cas de manquements ou faillites sont rares. Cependant, récemment deux cas de crash financier ont profondément perturbé les économies des USA et de l'UE : le premier depuis 2008, celui dit des subprimes consécutifs à la cisaille entre d'une part, des frais financiers d'emprunts immobiliers en forte hausse et d'autre part, des revenus des accédants à la propriété en forte baisse suite aux fermetures d'usines avec délocalisations et licenciements. Le second crash est celui de la bulle immobilière espagnole résultant du lancement exorbitant de 800 000 logements/an, (financés par des emprunts aux banques) dans les stations balnéaires et dans les grandes banlieues de ville, en nombre très supérieur à la demande solvable, d'où des immeubles abandonnés en cours de construction ou sans équipements de second oeuvre.Les banques découvrant le potentiel du crash à venir ont coupé les vivres aux entrepreneurs trop téméraires pour limiter leurs engagements. Dans les deux crashs, de nombreuses banques étaient en faillite potentielle et les États, donc les contribuables, ont dû les secourir financièrement !

 

LES FINANCEMENTS DE LA DETTE PUBLIQUE ET LE RÔLE DE LA BCE

Dans le système économico-financier en vigueur, les dettes s'expriment par des chiffres consignés dans des mémoires d'ordinateurs, chiffres se rapportant à une monnaie ($ ; € ; yen : yuan ; livre et autres monnaies locales). Les dettes sont des conventions virtuelles (sans masse monétaire physique) quand bien même elles pèsent réellement sur les conditions de vie de certaines populations, en les affectant plus ou moins.

Pour financer une dette il faut et il suffit de "transférer une partie de ligne de crédit du prêteur" sur le compte de l'emprunteur. En théorie, les prêteurs ou créanciers disposent sur leurs comptes numériques des droits à consommer de la monnaie ou à transférer ces droits à des tiers. Ceci est valable directement pour les possesseurs de comptes approvisionnés ou pour des banques et organismes financiers sur leurs fonds propres. Pour des comptes de placements délégués, tels des assurances-vies, des comptes épargne-retraite, des fonds de pension, et des comptes épargne (logement, livret A...), c'est le délégué qui dispose des droits de transfert ou de prêts. En pratique les banques de dépôts utilisent, sans délégation, une grande partie des fonds libres d'affectation (et sans intérêts) des déposants, c'est-à-dire les comptes courants. En cas de non remboursement par l'emprunteur, selon les cas, soit le créancier n'a que des recours nuls ou incertains tels les saisies judiciaires, soit pour les dépôts en compte courant, des garanties limitées en capital de la part des banques et des gouvernements.

Le financement de la dette publique utilise aussi des artifices créateurs de monnaie ab nihilo !  Si le débiteur ne peut payer les intérêts, la banque ou organisme prêteur, lui fait crédit sans disposer de fonds correspondants car ce petit prêt supplémentaire n'est utilisé virtuellement que pour payer les intérêts dus ! Et il vient gonfler la dette publique ! Ce dispositif, systématiquement utilisé pour la Grèce affectée par des taux élevés ayant pu dépasser les 10/12%, crée de la monnaie et renvoie aux "calendes grecques" le remboursement de la dette qui progresse alors vertigineusement. Signalons que les prêts souscrits pour rembourser du capital dû à l'échéance ne créent pas de monnaie, ils se substituent aux précédents, le montant total de la dette restant le même. Un autre type de financement par création de monnaie résulte du bon vouloir de la Banque Centrale qui "fait des avances" au Trésor de la Nation ou souscrit à l'émission de bons du Trésor, aux demandes de prêts du gouvernement, sans posséder dans ses "caisses" ou sur ses comptes la quantité de monnaie suffisante. Lorsque ces apports de la Banque Centrale ne sont pas considérés comme vraiment remboursables, on appelle l'opération "fonctionnement de la planche à billets", même si les prêts considérés restent inscrits dans les comptes de la Banque Centrale.

Quelques exemples de financement des dettes publiques avec l'implication directe des Banques Centrales :

- Japon, dette publique de 250% du PIB annuel : 80% financée par les comptes de dépôts à la Poste et par de l'épargne des Japonais (assurance-vie, compte épargne-retraite...) ; 16% par des financements directs de la Banque du Japon soit 16% de 250% du PIB = 40% du PIB annuel. Les 4% restant sont sont issus des marchés financiers internationaux, seulement ! Le Japon accumule depuis des décennies de forts excédents commerciaux, transformés automatiquement en épargne des entreprises et particuliers, la dite épargne pouvant financer l'augmentation de la dette publique.

- USA, dette publique de 105% du PIB annuel : le financement est assuré à 20% par la Federal Reserve en direct, et même de 30% si on prend en compte des dettes dites intragouvernementales (protection sociale,.. ; et États). Une grande part des 20 000 Md$ de dettes est détenue par la Chine (en direct, ou via des fonds d'investissements dépendant de l'État) pour 1300 Md$ et par le Japon pour plus de 1200 Md$, et plusieurs centaines de Md$ par d'autres pays étrangers (producteurs de pétrole et gaz du golfe en particulier). Ces financements extérieurs sont liés aux énormes déficits commerciaux des USA : les banques centrales des pays en excédent, (Chine, Japon...) d'une part, émettent de la monnaie nationale, (en contre partie des excédents en $), au bénéfice des entreprises exportatrices, et d'autre part, au lieu de stériliser dans ses comptes la masse d'excédents en $, elle les placent ou les prêtent, avec intérêts, au Trésor américain pour participer au financement du déficit budgétaire. Le reste du financement de la dette publique américaine est financé par les américains (fonds de pension, assurances-vie, financiers des marchés...) souscrivant des bons du Trésor.

- La Grande-Bretagne a une dette publique de 90% du PIB avec une balance commerciale (biens et services, dont services financiers) déficitaire et un découvert budgétaire : sa dette publique est en partie financée par l'émission de monnaie de la Banque d'Angleterre, par des financements de l'épargne britannique et par des financements issus de l'étranger.

Cas de l'eurozone en liaison avec sa Banque Centrale

La BCE a beaucoup d'attributs d'une banque centrale ordinaire, mais il lui manque celui de pouvoir prêter directement aux États, de créer de la monnaie pour résorber leurs déficits budgétaires. La BCDE (Banque Canada Dry Europe) pourtant crée de la monnaie, non pas au profit des États, mais principalement à celui des banques de l'Eurozone. Elle avance ou prête aux banques à court terme, parfois de très grosses sommes comme lors de l'éclatement de la bulle des subprimes, chaque banque devant compenser ses dettes et créances, ne voulait pas payer ses dettes avant d'être sure de voir ses créances honorées, car des banques étaient en faillite virtuelle (avant les gros prêts des États pour le renfloument). Actuellement les banques empruntent toujours à la BCE entre 1 jour et 3 ans, avec des taux d'intérêts proche de zéro.

La BCE est interdite de prêts directs aux États ou Gouvernements, ces derniers doivent emprunter aux banques et assimilés, en émettant des bons du Trésor porteurs d'inrérêts au profit des banques. Cependant en 2011 au plus fort de la crise financière grecque, lorsque le risque de défaut et de banqueroute de la Grèce était plus que probable, la BCE a dû racheter quelques emprunts grecs sur les marchés financiers, emprunts en pleine déconfiture avec des cotations de 30 à 50% inférieures à la valeur nominale : c'était exceptionnel et à titre provisoire et transitoire. La Grèce était tenue par la BCE de payer les intérêts (très élevés) et de rembourser le capital à l'échéance. Alors que la BCE prêtait aux banques à 0% ! Devant cette façon de plumer les Grecs, après négociations la BCE a accepté de rembourser les intérêts perçus dès que le Gouvernement grec aurait remboursé le capital. On peut supposer, sans en être certain, que la Grèce ne devait que rembourser la valeur de rachat du capital par la BCE et non pas le capital nominal !

Opérations de financement des banques par le QE (Quantitative Easing) fourni par la BCE

Les déficits publics perdurant dans l'Eurozone, ils devaient être financés par des emprunts gonflant les dettes publiques. Afin de ne pas assécher les ressources des banques couvrant les nouvelles émissions de bons du Trésor et de garder des ressources suffisantes pour financer les besoins des entreprises créatrices de richesses et d'emplois, la BCE a ouvert les vannes de création de monnaies au profit des banques avec l'ouverture du guichet du QE. Plus qu'un emprunt à la BCE couvert par un dépôt d'une créance négociable, le QE délivre de la monnaie en contre partie du rachat de certaines créances ou emprunts publics négociables sur le marché secondaire. Ce qui n'exclut pas la revente sur le marché par la BCE, des titres achetés. Pour laisser croire à une intervention bénéfique pour les États, la BCE ne rachète que des emprunts conformes à un cahier des charges :

- emprunts publics des Gouvernements ou États, de bonne facture (sans risque de non remboursement du capital) et de maturité d'abord limitée à 3 ans puis portée vers 5 à 7 ans pour enfin s'étendre à plus de 10 ans ;

- au maximum un tiers du montant de l'émission (de chaque emprunt) mise sur le marché ;

- le rachat, ou la proposition d'offre des banques à la BCE, doit comprendre des montants d'emprunts de différents pays membres au pro rata de leur participation à la BCE (en gros proportionnel à leur PIB) ;

- puis par une extension récente des titres d'organismes financiers spécifiques peuvent aussi être proposés au rachat par la BCE , toujours selon les restrictions ci-dessus ;

- montant mensuel du volume de QE : 60 Md€ depuis mars/avril 2015, porté à 80 Md€ pour le premier trimestre 2017, avant de revenir aux 60 Md€ jusqu'à fin septembre et même fin décembre 2017 si nécessité. Soit un total potentiel d'environ 2000 Md€.

 

Ce qui n'est pas spécifié comme allant de soi, c'est la possibilité de remise sur le marché secondaire des titres rachetés, l'obligation de verser des intérêts à la BCE conformément aux taux de l'emprunt et l'obligation de rembourser à la BCE le capital à l'échéance par les emprunteurs, essentiellement les États. Le remboursement des intérêts aux États suite à l'apurement complet de l'emprunt n'est pas prévu. Prévoir des ristournes de la BCE devrait tenir compte du fait que les prix de rachat sur la marché secondaire des obligations ou emprunts est différent du capital nominal : ils varient selon la durée restant à couvrir et le différentiel des taux entre ceux de l'émission et les taux actuels des nouveaux emprunts. Ainsi pour les États le QE ne change rien à leur endettement et à leurs obligations financières

Par contre, les banques reconstituent des réserves disponibles pour des prêts à l'économie (version officielle), mais surtout pour prêter à nouveau aux États dès qu'ils devront rembourser à la BCE les emprunts rachetés !!! Et aussi les banques doivent continuer au financement des déficits budgétaires qui se maintiennent d'année en année, (environ 300 Md€/an en Eurozone), sauf exception comme l'Allemagne depuis peu. L'effet sur les économies de l'Eurozone, après un déversement de 1500 Md€ de QE, n'est pas sensible !

 

LA PROBLÉMATIQUE DU REMBOURSEMENT DE LA DETTE PUBLIQUE

Les chantres du désendettement des États sont particulièrement actifs pendant la période électorale : il en va de notre comportement moral vis-à-vis des générations futures ! Pour cela, si le remboursement partiel ou total des dettes est une nécessité impérieuse, il n'y a que trois types de solutions classiques :

- 1- réduire les dépenses publiques consommatrices d'activité et de richesses produites par des emplois ;

 ou augmenter les prélèvements (impôts, charges sociales, contributions...) d'où une réduction de consommations d'activité et de richesses, comme dans le & ci-dessus ;

-2- injecter de la monnaie pour provoquer de l'inflation, d'où une augmentation du PIB en monnaie courante et une perte de valeur des anciens emprunts ; ceci a bien fonctionné depuis la Libération jusqu'à la mise en service de l'euro et de la BCE ; l'injection directe de monnaie pour réduire la dette ne provoque pas systématiquement une croissance de l'inflation ;

- 3- faire payer aux partenaires, aux autres une partie de la dette financière et sociale : cette solution est mise en oeuvre par l'Allemagne, "à l'insu de leur plein gré" de ses partenaires commerciaux !

 

Le cas -1- celui de l'austérité est préconisé pour la Grèce, pour les PIIGS, pour la France par nos partenaires dits vertueux : le résultat est une baisse du PIB de 10 à 25%, avec baisse des salaires et pensions d'au moins 10% et d'une forte augmentation du chômage.

Le cas -2- celui de l'injection de monnaie par une banque centrale a été mis en pratique partiellement par les USA, la Grande-Bretagne et de nombreux pays. Les USA, fortement touchés par la crise des subprimes, sont de nouveau en bonne santé économique avec un faible taux de chômage et une assez bonne croissance de l'activité économique, sans avoir recours à une politique d'austérité. Il y a une inflation légère et un faible taux de chômage, une augmentation de la dette en valeur absolue mais une stabilisation en valeur relative du fait de l'effet de l'inflation et de la croissance de l'activité. Le facteur négatif pour les USA étant le montant énorme des dépenses militaires. Cette injection de monaie est interdite à la BCE.

Le cas -3- est celui utilisé et préconisé par la "vertueuse Allemagne"  : avoir une balance commerciale des biens et services largement excédentaire, d'où beaucoup d'activité et d'emploi, d'où des rentrées d'impôts, de contributions et de charges sociales permettant d'équilibrer et même de dépasser les dépenses publiques et sociales. Tout en réduisant le chômage. C'est merveilleux, mais si après le crach de 1929 tous les pays occidentaux ont adopté une politique d'austérité et donc de chômage induit qui n'a pu être inversée que par les réarmements et la seconde guerre mondiale, il est impossible que tous les pays deviennent en même temps des exportateurs nets, avec des balances excédentaires. Toutefois, les pays peuvent tendre vers un équilibrage de leurs balances commerciales, ce qui en retour serait dommageable pour l'Allemagne. Les pays de l'Europe du Sud (dits dédaigneusement du Club Med) et la France, ont des balances commerciales déficitaires avec l'Allemagne, de l'ordre de la centaine de Md€ : les achats excédentaires comportent dans leurs prix une part importante de salaires et de charges sociales et d'impositions directes (sur bénéfices entreprises) et indirectes (sur les salaires/revenus perçus par le personnel des entreprises et de leurs sous-traitants). La part rentrant dans les caisses de l'État allemand et des organismes sociaux publics est d'environ 40%, soit un transfert de quarantaine de MD€ des pays du Club Med vers les caisses publiques d'Allemagne. Et, cerise sur le gâteau, les prises en charges de "l'élevage, l'éducation et la formation..." des jeunes du Sud immigrant en Allemagne, par les pays d'origine, fait faire une économie annuelle de plusieurs dizaines de Md€ à l'Allemagne. Ainsi la conjugaison des 2 facteurs balance commerciale fortement excédentaire, et compensation par l'immigration de travailleurs de la décroissance démographie naturelle, permet de réduire fortement les dépenses publiques de l'Allemagne au point de dégager un excédent réduisant la dette publique. Ainsi quand on prétend que les Allemands ne veulent plus payer pour les dettes publiques des pays du Club Med, ils sont totalement dans l'erreur : ce sont eux qui vivent bien sur le dos des populations de ces pays ! 

NOTA : la souscription aux emprunts émis par les gouvernements, par les Banques Centrales, avec reconduction systématique à l'échéance grâce à de nouveaux emprunts, ne réduit pas formellement les dettes publiques mais elle permet de laisser intactes et disponibles les ressources financières des banques, des entreprises et des particuliers.

 

Exploration d'une piste nouvelle de réduction de la dette publique et de création d'emplois

La BCE avec son programme de QE (1500 Md€ déjà injectés sur un total prévu de 2000 Md€) pour augmenter considérablement les fonds disponibles des banques de l' Eurozone pour financer le développement économique, ne voit pas venir les retombées espérées en matière de croissance économique et de création d'emplois ; bien au contraire ! Le montant astronomique du QE ne rentre pas dans les dettes publiques ! Pour les entreprises le chiffre d'affaire annuel par employé est d'environ 100 000€ : ce chiffre comprend aussi les sous-traitances et les fournitures de biens et services intégrés dans le CA et correspondant, en emplois induits, selon les activités, à 2 à 3 fois plus de personnel. En se limitant à 50 000 €/an par emploi, le programme complet du QE devrait correspondre à 40 millions d'emploi-an soit un potentiel de 8 millions d'emplois sur 5 ans !

Ces chiffres nous font rêver ! Et ils nous incitent à se diriger vers des pistes nouvelles :

La première aurait consisté en la prise en charge exceptionnelle de la de la totalité des dettes publiques de la Grèce et du Portugal, deux pays ayant mis en application des programmes d'austérité conduisant à des excédents budgétaires primaires : cela ne demandait que moins de 600 Md€. Alors ces pays d'une part, seraient sortis définitivement des griffes des marchés financiers intégralement remboursés, et d'autre part, seraient en mesure non seulement de reprendre progressivement les investissements publics supprimés par les plans d'austérité mais encore au bout de 5 ans de commencer à rembourser sur 50 ans ou plus, sans intérêts, le capital injecté par la BCE.

La seconde, éventuellement complémentaire à la première, consisterait à financer par la BCE des investissements d'intérêt général (protection des villes, des fleuves et des côtes contre les effets du dérèglement climatique, régénération des terres agricoles et des nappes phréatiques, dégradées et polluées par l'agriculture intensive et industrielle et par les pollutions chimiques). Ces travaux d'investissements et de recherche seraient exécutés par du personnel européen, d'où des emplois nouveaux, une forte réduction du chômage et des rentrées supplémentaires dans les caisses publiques (impôts, contributions, charges sociales) de 50% du montant des travaux engagés ! Ce serait une autre formulation du QE au bénéfice de l'emploi et de la planète et non pas pour la croissance des profits des banques ! Cette mesure pourrait s'étendre à des travaux et fournitures issus du personnel européen, fournis gratuitement à des pays pauvres du tiers monde.

Ces nouvelles pistes correspondent à des besoins, elles n'entrent pas dans le domaine des marchés et de la concurrence, tout en améliorant les conditions de vie des humains.

Conclusion provisoire :

Comme les solutions de régime drastique d'austérité sont inefficaces, dixit le FMI,

Comme l'Allemagne reste accrochée à une BCE châtrée de ses prérogatives usuelles,

Comme l'Allemagne n'est pas prête à participer à des justes transferts avec ses partenaires qui l'enrichissent et financent indirectement sa dette publique,

Comme des solutions nouvelles et intelligentes sont toujours écrasées dans l'oeuf,

Alors les dettes publiques ne seront pas remboursables, ni remboursées ! La Troïka drivée par Angela devra se faire à l'idée de l'injustice et de l'inéfficacité de l'AUSTÉRITÉ punitive !



11 réactions


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 17 avril 10:15

    Bonjour,
    La dette est généralement utilisée pour nous expliquer qu’il faut bazarder notre modèle social qui coûte trop cher ! Faux, c’est l’ Europe qui coûte trop cher, nous n’avons plus les moyens de nous payer la danseuse Europe !
    Asselineau : Histoire de la dette de la France


    Avant Maastricht, l’ Etat empruntait à taux 0% à la Banque de France.

    Evolution de la dette, avec et sans Maastricht.
    Si nous n’étions pas dans l’ UE, la dette serait un non - sujet !

    Pour sortir de la spirale de la dette, une seule solution : sortir de l’ UE par l’article 50, et remettre en place le rôle de la Banque de France !

    • manu manu 17 avril 15:29

      @Fifi Brind_acier

      Trois débat sur la dette et l’UE, la première vidéo disparue est dans le 2eme commentaire.

      Avec l’UE on est gagnant au niveau des exportations et l’UE est la première puissance commerciale mondiale.

      La dette et le programme de Mélenchon : Plan A. Proposer une refondation démocratique, sociale et écologique des traités européens par la renégociation.

      " Mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale européenne, modifier ses missions et statuts, autoriser le rachat de la dette publique directement aux États, interdire à la BCE de couper les liquidités à un État membre. Sans attendre, la Banque de France sera mise au service de ces objectifs. "

      Pour sortir de la spirale de la dette, et garder l’avantage au niveau des échanges commerciaux de l’UE : ne pas se soumettre à quelques profiteurs et changer cette UE ou en sortir (plan B) pour refaire une union avec ceux qui le veulent.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 17 avril 19:14

      @manu
      Et comment allez vous mettre fin à l’indépendance de la BCE ?
      Mélenchon c’est comme Cheminade, un veut conquérir le cosmos, l’autre veut imposer ses vues à l’ensemble des banques centrales de la zone euro ! Bon courage !


      Regardez ce qui est arrivé à la Grèce, et prenez -en de la graine !

      "Le gouvernement Tsipras a en effet annoncé qu’il ne voulait plus traiter avec la troika (BCE, UE, FMI), qu’il ne voulait pas entendre parler de la dernière tranche d’aide promise (7 milliards d’euros d’ici fin février) assortie de conditions trop dures à ses yeux.

      • Pourquoi cette décision ?

      La BCE a voulu lancer un message politique fort au gouvernement Tsipras, qui s’est comporté de manière désinvolte avec ses créanciers depuis son arrivée au pouvoir, dénonçant tous les accords passés avec la troika, dont elle ne reconnait plus la légitimité. La BCE fait partie de la troika depuis 2010, où elle joue un rôle de « conseil technique » à la demande de la Commission européenne.

      Alors que les gouvernements européens tergiversent sur la conduite à tenir face au gouvernement Tsipras, la BCE a décidé d’agir. Ses moyens de pression sont puissants. Au sein du Conseil des gouverneurs, les banquiers centraux allemands, finlandais, néerlandais et autrichien ont pesé de tout leur poids pour couper le robinet de financement principal de la Grèce et la faire revenir à la raison (...)


      Vous voulez violer les Traités ? La BCE coupera le robinet bancaire, et vous pourrez toujours attendre qu’elle vous prête 100 milliards !
      Vous découvrirez à vos dépends ( et à nos dépends) que l’ UE est une dictature.

  • GASTON7864 17 avril 12:40

    Merci cet article détaillé a bien éclairé ma lanterne.

    Je voudrai juste vous faire remarquer que :

    1. Vous n’avez pas suffisamment insisté sur le fait que la dette Française a principalement grossi non pas pour des « raisons économiques » mais de facilités politiques pour éviter une rigueur budgétaire contraignante. Le seul domaine ou les politiciens ont une gestion en bon père de famille c’est l’écologie « ce sont les premiers à se recycler à la fin de leurs mandats ».

    2. Vous parlez de l’emploi sans tenir compte des « progrès techniques » et sa conséquence sur l’évolution du travail et la réduction du nombre de travailleurs (un travailleur est une personne qui est obligé d’exécuter des tâches rémunérées, principalement pour gagner sa vie) .

      Tous les systèmes (économiques, politiques) sont en généralement « conçus » pour être le plus parfait possible. Le seul oubli est souvent la protection de ces systèmes contre tous les types de prédateurs. Contrairement aux conceptions « techniques » qui doivent prévoir des « sécurité » pour tenir compte des erreurs de manipulation des utilisateurs .


    • hugo BOTOPO 18 avril 10:54

      @GASTON7864
      Merci pour vos remarques.
      Mon article est déjà suffisamment long.
      Je connais les progrès techniques et certaines de leur influence réductrice sur l’emploi. S’il faut ajouter les suppressions potentielles de postes aux 250 000 jeunes en surplus (par rapport aux départs) qui se déversent chaque année sur le marché du travail et alimentent la progression du nombre de chômeurs depuis des décennies, sans oublier l’apport « positif » de l’immigration, où l’on verse dans la dépression ou dans une minable euphorie devant la faible création nette d’emplois (administratifs, tertiaires, et non pas industriels ou agricoles) de notre économie pendant ces dernières décennies !


  • non667 17 avril 19:05

    à hugo
    Pour les pleureuses de « la dette publique immense laissée à nos enfants soit environ 32500 € »,

    32500€ ? en comptant tout les français ! hors une grande partie sont insolvables ,ne paient pas d’impôts  ! reste pour les autres une dette de plus de 50000 € qui ne cessera d’augmenter avec la pauvreté qui augmentera ou même les classes moyenne deviendront moins nombreuses .


    • hugo BOTOPO 18 avril 10:39

      @non667
      Que ce soit 32500 € « selon les pleureuses » ou plus réellement 50 000 € selon votre estimation raisonnable, de toute façon cette dette ne sera pas ou si peu remboursée par des impôts ; elle sera éventuellement réduite en pourcentage du PIB grâce à de l’inflation et à une petite croissance.
      Je ne crois pas que le remboursement progressif de la dette publique améliore la situation des plus pauvres et de la classe moyenne, bien au contraire !


  • Daniel Roux Daniel Roux 17 avril 19:52

    La dette due par la France à ses créanciers est égale à la somme des impôts que les gouvernements n’ont pas prélevé pour financer leurs politiques, régalienne, économique, sociale et clientéliste.

    Dont une centaine de milliards par an, distribuée sous forme de subvention aux riches actionnaires des plus importantes entreprises, y compris agricoles, par exemple, au Prince de Monaco, grand propriétaire terrien en France.

    Dont le financement de centaines de commissions, sous commissions, d’instituts d’études diverses et variées, d’atelier d’écriture de livres blancs, qui permettent à des personnalités de premiers rangs de vivre très correctement et d’avoir assez de loisir pour venir faire la leçon aux Français dans les télés, les radios et les publications, toutes subventionnées.

    Dont les dizaines de milliards de participation aux coûts de fonctionnement de l’UE, de l’OTAN, de l’ONU, du FMI, de la Banque Mondiale, de la BCE.. et d’une myriade d’institution aux personnels nombreux et bien payés.

    Cela s’appelle aussi la parasitocratie.


  • zygzornifle zygzornifle 19 avril 09:20

    la dette c’est comme la carie entretenue consciencieusement par un mauvais dentiste, c’est son fond de commerce .......


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