jeudi 8 décembre 2011 - par Cassino

Les perspectives radieuses du nucléaire

ASTRID, retenez-bien ce nom (c'est aussi un joli prénom) car c'est l'avenir pour tous les pro-nucléaires. C'est tout d'abord 590 millions prélevés sur le grand emprunt pour la construction d'un nouveau surgénérateur prototype. On est seulement au stade de l'étude, donc en suivant l'exemple de l'EPR, le budget aura doublé, voire triplé lorsque le réacteur rentrera en service. Car 590 millions c'est seulement le coût du réacteur, car comme chacun sait le nucléaire, c'est l'énergie la moins chère du monde.

La technologie des neutrons rapides impose d'utiliser le sodium comme élément caloporteur, depuis Phénix et Superphénix on n'a pas avancé dans ce domaine. Or le sodium liquide (un élément caloporteur ne peut être que liquide ou gazeux) présente l'inconvénient de prendre feu au contact de l'air et d'exploser au contact de l'eau, d'où la nécessité d'utiliser le sodium également comme élément refroidisseur ou de séparer totalement les circuits. Sur Superphénix les fuites de sodium ont été fréquentes mais limitées, alors qu'à Monju (Japon) une fuite d'une tonne de sodium en 1995 a entrainé un gigantesque incendie, causant l'arrêt du surgénérateur pour une durée de 15 ans. Au mois de mai 2010, Monju a redémarré, non sans s'être aperçu entre-temps, que Monju était situé sur une importante faille sismique. La 26 aout 2010, une masse de 3 tonnes est tombée dans le réacteur au cours d'une opération de transfert. Le 24 juin 2011, cette masse de 3 tonnes est finalement extraite du réacteur, l'autorité de sûreté nucléaire ordonne l'arrêt du réacteur au moins jusqu'en 2014. Depuis sa mise en service en 1994, le surgénérateur a coûté 20 000 milliards de yens aux japonais qui se dirigent vers l'énergie nucléaire la plus chère du monde. Même à l'arrêt, un surgénérateur est une bombe potentielle ; vu le nombre de tuyauteries transportant le sodium, en cas de violent séisme, ce sont 5000 tonnes de sodium à l'air libre ; en terme de feu d'artifice on ne peut rêver mieux, et en terme de contamination, vu la quantité de plutonium il n'y a pas mieux pour raser un pays.

Mais en France, nous avons les ingénieurs les plus intelligents du monde, qui nous affirment qu'ASTRID sera beaucoup plus sûr que Superphénix. Les mêmes qui nous ont assurés que Superphénix était très sûr, disent maintenant le contraire. L'EPR devait aussi être plus sûr que les centrales REP actuelles, or ce sont les innombrables problèmes de sécurité qui ralentissent la construction de l'EPR, au point qu'EDF envisage de diminuer la puissance du réacteur et de revenir à des schémas plus classiques et connus. Mais EDF n'aime pas qu'on se mêle de ses affaires, et cette entreprise est prête à rentrer dans l'illégalité pour arriver à ses fins. Ainsi EDF a été condamnée, mi-novembre à verser 1,5 million d'euros à Greanpeace pour avoir piraté son système informatique. Quelle crédibilité peut avoir une société qui est prête à rentrer dans l'illégalité pour dissimuler l'information ?

Mais l'avenir du nucléaire, c'est aussi son démantèlement. La filière graphite-gaz est arrêtée depuis les années 80, mais pour l'instant aucun des 11 réacteurs n'est pour l'instant démantelé et les devis de départ ont explosé. Rien que l'unité de production de plutonium à Marcoule a un coût de 5,9 milliards d'euros. Quant à la filière eau lourde et la centrale des Mont d'Arée (Bretagne) le devis de départ a été multiplié par 20, mais le plus grave dans cette centrale, c'est que le démantèlement est arrêté pour de graves fautes de sécurité. Le démantèlement n'a jamais été vraiment pensé et testé par des simulations lors de la construction des centrales, comme si on fabriquait des armes chimiques en grande quantité, et qu'on ne sache pas quoi en faire, une fois qu'on a décidé de ne plus les utiliser.

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ASTRID (schéma possible) - Crédit CEA

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