Bonjour,
Attention ! Il serait bon de ne pas
faire circuler d’informations erronées pouvant avoir de forts impacts sur la
santé humaine, merci.
Je n’ai pas lu le livre que vous citez et
ne peux en jauger le sérieux scientifique. Toutefois je note qu’il date de
1991, or il se trouve que de nombreuses études scientifiques ont été menées
depuis, qu’il me semble irresponsable d’ignorer.
Voici un florilège à prendre en
considération…
De nombreuses études ont montré que les
requins sont contaminés partout dans le monde [Davenport, 1995 ; Storelli et
al., 2001 ; Adams and McMichael, 1999 ; Pinho et al., 2002 ; Branco et
al., 2004].
Les concentrations d’éléments toxiques
dépendent de la taille de l’animal, de la localisation, du sexe, de l’espèce,
etc. mais la plupart sont au-dessus des normes de sûreté
fixées pour la santé humaine [Aizpurua et al., 1997].
Les éléments toxiques concernés sont
nombreux. Beaucoup se retrouvent dans le milieu marin, par rejet direct
(hydrocarbures, déchets en bord de mer et en mer, etc.) ou indirect (lessivage
des sols, apport des rivières, pollution atmosphérique, etc.). Une fois dans le
milieu marin, ces éléments vont contaminer les espèces de deux manières :
- dissous dans l’eau, les éléments
contaminent les poissons lors de leur respiration en s’infiltrant par les
branchies ;
- non dissous, ils sont ingérés lors de
la nutrition et se retrouvent stockés dans l’organisme durant la digestion
(bioaccumulation).
Nombreux sont les organismes impactés par
ces éléments toxiques : les cétacés, les poissons osseux, les mollusques et les
poissons cartilagineux – qui incluent les requins.
L’un des éléments que l’on retrouve le
plus souvent est le méthylmercure (CH3Hg+), un dérivé du mercure. Les requins
accumulent de fortes concentrations de cet élément du fait de leur rôle de
prédateurs supérieurs [Hueter et al., 1995 ; Branco et al., 2004]. Cette
neurotoxine est la forme la plus dangereuse pour l’Homme. L’état de Floride a
décrété que les poissons contenant plus de 1,5 ppm de mercure présentent un
danger et ne sont pas consommables. Cependant, dans ses eaux côtières, 12% des
requins dépassent ce niveau et le reste se trouve au dessus de 0,5 ppm, ce qui
est encore dangereux si il y a consommation fréquente [Meaburn, 1978 ; NMFS,
1993 ; Adams & McMichael, 1999].
On peut supposer que
la Floride n’est pas un cas isolé.
On trouve également
des hydrocarbones toxiques issus des rejets d’hydrocarbures – qui génèrent de
gros problèmes chez le requin allant jusqu’à entraîner des mutations de l’ADN
–, des PAHs (hydrocarbones aromatiques polycycliques) tels que le naphtalène,
le fluoranthène et le pyrène. Ces éléments peuvent s’accumuler jusqu’à des taux
impressionnants de 73 μg par gramme de chair de requin [Al-Hassan et al. 2000].
On a aussi mesuré d’importantes concentrations d’une neurotoxine, la BMAA, avec
des concentrations de 144 à 1 836 ng/mg de poids humide [Mondo et al., 2012]
dans les ailerons de nombreuses espèces de requins.
En outre, plus le requin est grand (donc
âgé), plus les concentrations de métaux lourds et autres polluants sont
importantes [Branco et al., 2004]. L’industrie de la soupe d’aileron de requin,
qui recherche les ailerons les plus beaux et les plus volumineux, recherche
donc également sans le savoir les ailerons les plus contaminés. Même les
requins les plus jeunes sont déjà contaminés : jusqu’à 60 μg/g dans le cas du
requin à museau pointu [Al-Hassan et al., 2000].
Les contaminations au mercure ont déjà
posé des problèmes de santé dans de nombreuses régions du monde [Lacerda and
Solomons, 1998 ; Branco et al., 2004]. Un des cas les plus célèbres est
celui de Minamata Bay au Japon, où une décharge industrielle a généré une
augmentation de la concentration de métaux dans les poissons. Les conséquences
ont été de multiples et très sérieuses intoxications et décès suite à
l’ingestion des poissons [Aizpurua et al., 1997].
L’émergence de maladies
neuro-dégénératives, par ailleurs, a un lien démontré avec la présence de BMAA.
Cette substance neurotoxique, ingérées par l’homme lors de la consommation de
requin sous forme de viande ou de soupe d’aileron, peut entraîner des maladies
du cerveau telles la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique
(aussi appelée maladie de Charcot), qui aboutit dans 50% des cas à la mort de
la personne dans les trois ans suivant le début de la maladie [Pablo et al.,
2009 ; Murch et al., 2004 ; Mondo et al., 2012].
Plus grave et inquiétant encore, la mère
transmettrait ces toxines à sa progéniture. Une étude a démontré que chez le
requin bordé (Carcharhinus limbatus), la mère transmet les éléments
toxiques aux bébés avant la mise bas. Ainsi on retrouve une concentration de
2,19 μg/g chez les bébés pour une concentration de 2,07 μg/g chez la mère. La
transmission des éléments toxiques est donc totale. Bien qu’ils soient
respectivement des mammifères et des chondrichtyens, les hommes et la plupart
des requins partagent le même mode de reproduction (vivipare) ; il est par
conséquent possible qu’une mère humaine transmette les substances toxiques à
son foetus. (On sait que des mères, en Guyane, ayant été exposées à des
concentrations de mercure élevées en raison de pratiques d’orpaillage
illégales, ont transmis le mercure à leurs bébés.) Pour éviter tout risque, il
est important que les femmes enceintes ne consomment aucun produit à base de
requin [Al-Hassal et al., 2004].
Voici quelques éléments scientifiques publiés
dans des revues à comité de lecture. Rien de farfelu ou d’approximatif.
Le faisceau des connaissances pointe très
clairement sur une toxicité très forte de tous les produits à base de requin.
La prudence est donc de mise. Merci.
À voir :
Adams D.H.. McMichael R.H.Jr.. 1999. Mercury levels in four species of sharks from the Atlantic coast of Florida. Fish. Bull. 97:371-379
Al-Hassan J.M., Afzal M.,
Rao C.V.N, Fayad S. 2000. Petroleum
Hydrocarbon Pollution in Sharks in the Arabian Gulf. Bull.
Environ. Contam. Toxicol, 65:391–398 p.
Branco V., Canario J., Vale C., Raimundo
J., Reis C. 2004. Total and organic
mercury concentrations in muscle tissue of the blue shark (Prionace glauca
L.1758) from the Northeast Atlantic. Marine Pollution Bulletin 49 : 854-874
p.
Mondo K., Hammerschlag N., Basile M.,
Pablo J., Banack S.A, Mash D.C, 2012. Cyanobacterial
Neurotoxin β-N-Methylamino-L-alanine
(BMAA) in Shark Fins. Mar. Drugs, 10, 509-520 p.