Yves Bur, un député UMP alsacien, préconise dans un rapport l’accélération de la convergence du régime spécial des mines avec le dispositif général de la sécurité sociale. Ses homologues de Moselle-Est hurlent à la trahison envers la corporation des mineurs. Le rapport est désormais sur le bureau du ministre français de la santé.
Rappelons que le régime minier a été institué en 1894. Il a été conforté par décret en 1946. Il a instauré la prise en charge à 100 % des dépenses de santé des affiliés. Le principe du 100 % remboursable n’est certes pas remis en cause par Yves Bur. En revanche, le député alsacien préconise de ne pas revenir sur la suppression de l’article 2.2.b, décidée par décret le 31 décembre 2009. Cette suppression consiste à ne plus rembourser les frais de transports et de cure des affiliés. Elle est considérée par les habitants du bassin houiller lorrain comme une première atteinte à la gratuité des soins des mineurs et de leur famille. Yves Bur « promet » cependant « des mesures compensatoires », notamment en faveur des familles en grandes difficultés financières. Mais l’enveloppe de secours ne pourra pas dépasser 1,4 millions d’euros.
Par ailleurs, le régime minier a également développé une offre de soins (hôpitaux, établissements médico-sociaux …) qui connaît des problèmes de déficits dans ses structures. Bur recommande donc de transférer certaines activités à des repreneurs associatifs ou de l’hôpital public. Dans ce cas, il considère que les personnels du régime minier doivent être également transférés vers les régimes des repreneurs potentiels. Là encore, c’est un principe qui fait bondir les intéressés attachés à leur statut particulier, même si le député propose de racheter les avantages viagers que les personnels accepteraient de lâcher. Une sorte de prime à la sortie du régime minier qui ne devrait pas convaincre grand monde en Moselle-Est.
Enfin, Bur estime qu’il faut purement et simplement « abandonner le projet de Plateau Technique Unique (PTU) » du bassin houiller Autrement dit, renoncer à la construction d’un grand hôpital inscrit au plan Hôpital 2012 et pour lequel l’Etat français a déjà réservé une enveloppe de plus de 80 millions d’euros (voir : ici et là). Les acteurs qui se battent depuis plus de six ans pour le PTU et qui pensaient que leur dossier était en bonne voie sont abasourdis. Pour le Groupe BLE Lorraine, le grand hôpital du bassin houiller permettrait de mettre en place une offre de soins de qualité et d’attirer de bons médecins dans ce secteur de Lorraine en perte de vitesse. Alors que ce projet doit nous tirer ce bassin de population de plus de 350 000 habitants vers le haut et lui offrir une perspective d’avenir, le rapport Bur l’enfonce encore davantage.
En conclusion, nous affirmons que le rapport Bur est rempli d’inexactitudes et n’a pour but que de liquider le régime minier. Il recommande en effet de manière très provocatrice de dépouiller le régime pour l’offrir à d’éventuels repreneurs. Son approche est purement financière, technocratique et ultralibérale. Il ne donne par ailleurs aucune perspective au bassin houiller lorrain et ne propose aucune solution pour faire évoluer le régime minier pour qu’il réponde mieux aux besoins des populations.
La restructuration de l’offre de soins de l’ex-Carmi de l’Est, qui avait déjà abouti à la suppression d’un peu plus de la moitié des dispensaires du bassin, est loin d’être digérée. Surtout que cette dernière s’était accompagnée immédiatement du déremboursement de certains frais de transport. Alors forcément, ces nouvelles menaces qui pèsent sur le régime minier sont vécues comme une ultime provocation par les anciens mineurs et leurs familles, pour qui ces avantages sociaux ont été acquis de haute lutte et au prix du sang.
Au cœur des anciennes cités minières de Lorraine, c’est un sentiment d’abandon qui prédomine une fois de plus. Cette sinistre certitude que tout est sacrifié sur l’autel de la rentabilité.
L’histoire contemporaine de la Lorraine s’est construite au rythme du travail, de la sueur et des drames des mineurs et des sidérurgistes. Aujourd’hui, le rapport Bur renie cette dette morale de la France à l’égard de centaines de milliers de Lorrains qui ont laissé leur santé et leur vie pour redresser un Etat laminé en six semaines lors de la Seconde Guerre Mondiale. Au lieu de cela, c’est encore aux mineurs d’assumer les pertes. Après la fin du charbon, la fin du régime minier : c’est la double peine infligée aux mineurs !