La crise que nous connaissons, loin de relever déjà du passé, d’abord morale et non seulement économique, pose finalement la question de la compatibilité de notre système (supposé) démocratique avec le mode de fonctionnement et finalités de l’économie de Marché. La Grèce "parle" en ce sens, bientôt le Portugal et l’Espagne. Puis la France ? Que ce pays emblématique de notre civilisation ouvre le bal de la deuxième phase de la Crise n’est pas anodin, même si personne n’y prête encore attention. Le passif demeure, nous en sommes responsables. Le Marché des armes reste vigoureux, la Grèce confirme notamment tous ses achats dans ces domaines. Le FMI lui prête de l’argent, aussi dans cette finalité. La contradiction de notre modèle ne cesse de s’illustrer. Rien ne change vraiment ces derniers temps.
La folie de certains s’amuse toujours de l’avenir de tous. La loi de la Finance ayant supplanté le Politique puis l’Economie, la nécessité de l’autorité, celle qui œuvre dans l’intérêt général, ne peut plus être contournée. On nous affirmait ces mois derniers que les leçons de la crise économique mondiale de « référence », celle de 1929, étaient tirées. Cette fois-ci on allait agir sans tarder, et le rhume ne muterait pas en pandémie grippale ou cancéreuse généralisée. On nous promettait (Prométhée...) que le dysfonctionnement constaté du système financier allait être stoppé et durablement régulé. Les mauvaises habitudes repartent de plus belle, chacun pense d’abord à ses mauvaises options en stock. Le pire de l’Homme est déjà de retour. Cette crise est avant tout éthique et morale (ce qui n’est pas un mot grossier). Pour feindre de contribuer au sursaut de conscience indispensable et affirmer quelques valeurs, la mode actuelle est au christianisme athée (cf la dernière publication de monsieur Vincent Peillon...). Dans les faits il n’y a plus aucun autre Dieu que l’Argent ("mammon" dans la Bible). La fausse "fraternité" mafieuse des paradis fiscaux se prépare à s’afficher au grand jour, maître en coulisse des leviers des pouvoirs depuis des lustres. Nous pouvons évaluer "leur" succés...
La crise ne trouvera sa réelle sortie que dans le retour de certaines valeurs d’intérêt général, loin des é-loges médiatiques programmés des Temples bancaires. Tous ceux qui bénéficièrent comme des gloutons repus et sans vergogne, s’improvisèrent l’an passé en donneurs de leçons de charité et s’auto flagellèrent, se repentant sur petit écran entre quelques pages publicitaires émanant des principales banques amies. L’Avare de Molière à cette grande échelle ne fait plus rire du tout. Le jour de gloire solidaire était arrivé, ces chères banques méritant la fessée retrouveraient soudain leur mission. Financer l’activité du pays et non pas spéculer dès le premier euro encaissé. Bien sûr, les braves citoyens se devaient une dernière fois (avant et après toutes les autres) de faire confiance aux spécialistes conseillers de leurs gouvernants. Les "grands architectes" responsables de l’effondrement sauraient reconstruire les fondations...
Cela étant dit, l’accroissement de la dette publique et du taux de chômage seraient le prix à payer. La misère et la précarité n’avait aucun lien puisqu’elles ont toujours existé, notamment avant la crise, et depuis que le monde est monde (à moins qu’il ne soit immonde). On allait voir ce qu’on allait voir. Les vilains traders découverts subitement au cœur de la jolie économie de Marché ne perdaient rien pour attendre. Ils continuent même de gagner ! Sauf leur âme, mais qu’importe au royaume des judas puisant dans le Christianisme leurs dernières paroles inversées à leur seul profit. La folie s’entête...elle serait fraternelle !
La dette, essentiellement celle du secteur privé, se devait alors d’être renflouée, par vous et moi, et surtout par nos enfants, même en gestation. Ici comme ailleurs, les cow-boys présidents ont enfourché illico leurs grands chevaux faussement blancs pour nous endetter plus encore, pour mille ans. Parallèlement, les plans médias ont été lancés à la même hauteur. Il fallait doper la psychologie collective par inductions répétées de baratins euphorisants. Sois tranquille brave peuple, ceux à qui tu payes tes impôts ou ceux qui te maintiennent dans l’exclusion et la misère, ceux là, ils détiennent le savoir et (surtout) le pouvoir. Tout va rentrer dans l’ordre, le leur.
Chacun se souvient combien « on » a inondé les banques de liquidités, des chiffres gigantesques « volaient » au-dessus de nos pauvres têtes. Les émissions « spécial crise » n’en finissaient plus de remplir l’espace laissé « libre » par les vendeurs du temple publicitaire. Puis 2010 arriva, tout ou presque serait un mauvais souvenir. Il se dit même parfois, sans rire, que le chômage baisse. En revanche, l’affluence aux restos du coeur n’en finit plus. Un ange passe...Voilà que des couvertures à nouveau apocalyptiques apparaissent, celles des magazines en parallèle de celles qui abritent les mendiants toujours plus nombreux sur les trottoirs de nos pays riches. Ces couvertures sur papier nous glacent plus encore. Elles évoquent l’explosion d’une nouvelle « bulle » financière. Les banques ont rapidement recommencé à jouer en Bourse avec les masses d’actifs initialement « prêtés » par l’État. Au niveau des bulles, certains ne manquent pas d’air ! Le « CAC40 », celui des quarante voleurs, n’est pas loin d’avoir progressé de 40% en quelques mois. Le taux frôle ou dépasse régulièrement les 4000 points, mais les milliardaires dépriment en évoquant le bon vieux temps des 6000 points. Leur trésor reste pour l’essentiel dans les paradis fiscaux. La baisse du CAC machin leur permet de gémir un peu, histoire de se sentir encore humains.
Aux Etats-Unis, l’heure et le leurre sont à la même Obama-baraka pour les plus riches. Là-bas, plus de 10% de l’activité économique tourne autour (tels des vautours) de la spéculation, qui représente finalement plus de 40% du profit redistribué pour les couches les plus aisées. On avance même le chiffre (cf. journal La Tribune) de 20% s’agissant de la part du PIB réorienté vers la spéculation boursière. Un quart de l’activité de la première puissance du Monde appartiendrait donc aux voyoucrates de cette économie virtuelle aux conséquences tragiques, bien réelles. Gardons que seul le retour à un niveau supérieur d’activité, de production et de consommation, donc de croissance, peut nous éviter le gonflement d’une nouvelle bulle financière. Telle est la philosophie du fameux « grand emprunt », qui n’est pas sans nous faire penser aux politiques passées des Grands Travaux. Les mouches qui elles, volent et ne s’en cachent pas, s’interrogeraient sur ce terme « d’emprunt », notamment les plus jeunes et futures héritières des dettes. Qui peut croire encore que le grand emprunt ait encore les effets escomptés de renflouements massifs des actifs bancaires ? Parier sur 1% de croissance supplémentaire pour 2010, chiffre sur lequel s’accordent mutuellement nos chers spécialistes reconduits dans leurs fonctions, ne saurait être à la hauteur du grand Monopoli inchangé des traders et lobbies fiscaux.
Les états ont renfloué les caisses pour que le Monopoli, grossier et pas poli du tout, puisse reprendre la main. Tel est le cas. De vilaines langues disent que les mêmes ne sont pas sans se cacher parfois derrière de grandes causes « humanitaires » de pseudo « fraternité » médiatisée à outrance. Comme en 1931, les états songent légitimement à se retirer d’un jeu de perfusion d’actifs qui ne porte pas ses fruits, pour revenir à des politiques de réduction de la dette. Il n’est pas dit que l’austérité, conjointe à un taux officiel de chômage avoisinant les quatre millions (cf. le journal La Croix il y a peu) soit la réponse indiquée. Il nous faudrait alors faire face aux conséquences d’un désastre social dans une situation de banqueroute. L’objectif d’augmenter la croissance réelle de l’activité, même au prix de nouveaux emprunts, s’impose comme la moins pire des solutions, voire, la seule. Il va de soi, que sans un effort de moralisation et de régulation maîtrisée de la circulation financière, prétendre à tout succès serait illusoire.
Assurément, la lobby-cratie financière menace la République et son creuset de valeurs dans lequel une majorité reconnaît l’essence même de « l’identité française ». A moins qu’il ne s’agisse de s’interroger sur le fait de voir perdurer, ou pas, la dimension Humaine de l’Homme. Monsieur Vincent Peillon, recourant fraternellement à l’héritage de Ferdinand Buisson, voit donc dans le Christ le premier Républicain de la laïcité (? !). Avec un petit effort, le partage et la charité "déchristianisés" nous sortiront bientôt de la crise ! Après le pillage des banques, celui du Livre, des âmes.. ? Le gigantisme de l’opulence des bénéficiaires auto-désignés de la mondialisation n’ayant d’équivalent que l’ampleur de la misère, chacun ressent que la civilisation se perd. Les responsables "spécialistes" de la banqueroute annoncée s’imposant en sauveurs, comment rester optimiste.. ? 2009 a gravement trébuché. Loin de faire des effets de langage, gardons-nous bien de ne pas laisser venir le temps de la chute en 2010. Il n’est pas exclu que la situation grecque soit un éclair avant l’orage annoncé en Europe.
Guillaume Boucard