lundi 6 mars - par Esprit de divergence

Élection présidentielle 2017 : le choix du moins pire

Alors que la campagne présidentielle est traversée par de fortes turbulences, nous allons démontrer dans cet article que les options électorales proposées aux Français sont en définitive très restreintes bien que déterminantes.

La dichotomie de François Fillon

François Fillon est le personnage le plus étonnant de la vie politique que la France ait connu depuis très longtemps. Sa singularité se caractérise en ce qu'il fait preuve d'une totale incompétence sur les questions économiques en même temps qu'il se montre d'une grande lucidité en matière de politique étrangère.

En effet, si la finalité du programme économique de l'ancien Premier ministre devait aboutir, ses conséquences seraient de ravaler la France au rang de satellite de sous-traitance du Made in Germany, à l'instar des pays de l'Europe de l'Est. De plus, en se présentant comme le Thatcher français, alors que les pays anglo-saxons qui avaient initié au début des années 80 sous l'impulsion de Milton Friedman et de l’École de Chicago la mise en œuvre des politiques néolibérales sont en train d'essayer de rompre avec ces dernières (c'est le sens dernièrement de la victoire du Brexit et de l'élection de Trump), François Fillon signifie son retard de quarante ans sur l'histoire économique mondiale1.

Mais parallèlement à cette défaillance, s'il ne faut sans doute rien attendre du « candidat de la droite et du centre » pour ce qui est de la politique étrangère intra-européenne (sa ligne se réduisant à poursuivre la collaboration scandaleuse, que d'aucuns qualifieraient comme néo-vichyste, de notre pays vis-à-vis de l'Allemagne2), ses positions en revanche par rapport à la Russie, à Bachar el-Assad, à l'Iran, à la Chine, au Qatar, à l'Arabie Saoudite, au Koweit etc dénotent de sa part une fine compréhension des enjeux géopolitiques mondiaux3.

 

La révolte des élites conservatrices

Certains ont osé la comparaison entre François Fillon et Donald Trump. Or, la différence fondamentale entre les deux est que lors de sa campagne, l'actuel Président américain était porté par une véritable dynamique populaire4 (celle des classes populaires des zones désindustrialisées et celle des classes moyennes déclassées) tandis que cela n'est nullement le cas de l'ancien Premier ministre français.

Face aux attaques d'une violence inédite qu'il subit, Fillon a beau parodier des postures gaulliennes, en appeler au peuple contre les élites, il n'en demeure pas moins que, sociologiquement, le cœur de son électorat se compose d'une part des personnes âgées, c'est-à-dire cette frange de la population très particulière, à la fois conservatrice au niveau des mœurs et favorable aux politiques européennes étant donné que ses intérêts se trouvent défendus par le cadre structurel mis en place par l'UE (à savoir lutte contre l'inflation et taux de change surévalué) ; d'autre part d'une bourgeoisie enracinée (qui s'incarne parfaitement dans les réseaux de La Manif pour tous), de tradition catholique, pas encore entièrement converti au libéralisme culturel.

 

Et le peuple dans tout ça ?

L’opposition entre François Fillon et Emmanuel Macron synthétise l'affrontement (assez surprenant d'ailleurs) au sein des classes supérieures entre cette bourgeoisie conservatrice, décrite précédemment, alliée aux personnes âgées épargnantes et la bourgeoisie mondialisée alliée à la partie des classes moyennes qui parvient à se préserver des ravages causés par la mondialisation5.

Le reste du peuple, quant à lui, s'est réfugié dans l'abstention ou bien dans le vote pour le Front national6. Compte tenu du rapport de force électoral réel (le parti de Marine Le Pen n'ayant aucune chance de l'emporter même s'il faut s'attendre à ce qu'il réalise des scores élevés aux deux tours de l'élection présidentielle), cela revient dans tous les cas de figure à se condamner à la stérilité politique. Le problème des classes populaires est de ne pas réussir pour le moment à faire émerger des leaders crédibles en capacité d'arriver effectivement au pouvoir, de porter son mécontentement et de faire respecter ses choix.

En dépit de leurs systèmes politiques indéniablement oligarchiques, les États-Unis et la Grande-Bretagne, accoucheuses avec la France de la démocratie moderne, ont récemment démontré qu'elles restaient encore des démocraties. Nous pouvons hélas nous interroger quant à savoir si l'Union européenne n'est pas devenue, quant à elle, le grand espace mondial de non-démocratie où ne subsiste plus aucune souveraineté nationale et si les choix des peuples européens ne sont pas destinés à être scrupuleusement piétinés par leurs dirigeants (Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas fait voter en 2008 par le Parlement la Constitution européenne que le peuple avait rejeté par la voie du référendum en 2005 ?7).

 

Enfin, quel est le véritable enjeu de l'élection présidentielle française ?

Une fois pris acte que les intérêts économiques du peuple étaient exclus et qu'aucun modèle alternatif de gestion économique ne pouvait triompher à l'issu de cette élection présidentielle (puisque les programmes économiques de François Fillon et d'Emmanuel Macron8 rejoignent une logique identique, et qu'une victoire de Marine Le Pen ou Mélenchon n'est pas envisageable), il apparaît que le seul clivage à propos duquel les Français sont appelés à se prononcer en cette occasion concerne la politique étrangère car une divergence réelle existe sur cette question entre le candidat des Républicains et celui du mouvement En Marche.

L'équation pour la présente élection est la suivante : voter pour les extrémités (Front national ou gauche radicale) ou les marginalités (extrême-gauche, Dupont-Aignan etc) est inutile ; voter pour Macron, c'est faire le choix de continuer à positionner la France en première ligne de la politique néoconservatrice du choc des civilisations au Moyen-Orient et contre le monde orthodoxe ; voter pour Fillon, c'est faire le choix du candidat qui représente la volonté des réseaux néo-gaulliens (qui avaient été écartés après l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007) de reprendre la main en matière de politique étrangère après les trop nombreuses erreurs géostratégiques de notre diplomatie que nous avons payé si cher ces dernières années, que ce soit en terme d'image à l'international ou d'attentats djihadistes commis sur notre sol9.

Fillon ou Macron ? Conservatisme ou néoconservatisme ? Telle est la question.

 

T.N.

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21 réactions


  • LE CHAT LE CHAT 6 mars 13:28

     il apparaît que le seul clivage à propos duquel les Français sont appelés à se prononcer en cette occasion concerne la politique étrangère

     smiley smiley smiley smiley smiley

    je pense que franchement que pour la majorité d’entre eux , ils s’en tapent le coquillard avec une pelle à gâteau !

    un second tour Fillon /Macron ne serait possible qu’avec seulement des bobos comme corps électoral ..



    • agent ananas agent ananas 6 mars 14:28

      @LE CHAT
      Vous avez raison. La majorité d’entre eux ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ...


    • Onecinikiou 7 mars 02:03
      Surtout rappelons le bilan effroyable de Fillon après 5 années en tant que Premier Ministre, c’est à dire chef de gouvernement ayant à conduire la politique de la France selon la Constitution : 


      Sur le quinquennat de Fillon 2007-2012 :

      - 0% de croissance,

      - Diminution par deux de la hausse du pouvoir d’achat,

      - Taux de chômage passé de 8,4 à 9,6%, ce qui correspond à 760.000 chômeurs de plus, 

      - 350.000 emplois industriels en moins,

      - 15.000 policiers et gendarmes en moins,

      - Ratio dette/PIB passé de 65 à 90%, ce qui correspond à 506 milliard d’€ d’augmentation de la dette de l’Etat,

      - Un déficit de la balance commerciale qui est passé de 34 à 58 milliard d’€,

      - 1 millions d’immigrés légaux supplémentaires, auxquels il faut rajouter de quelques dizaines à quelques centaines de milliers d’illégaux,

      - La suppression de la double peine, soit la possibilité d’expulser de France les étrangers condamnés à de la prison pour des délits et crimes graves (dont le terrorisme),

      - L’intégration des islamistes de l’UOIF au CFCM (Conseil « Français » du Culte Musulman),

      - Réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN, soit la soumission progressive de notre appareil de défense aux intérêts et à l’agenda de Washington/Langley, 

      - La guerre de Libye et sa destruction sous l’impulsion des sayanim BHL/Kouchner, cause directe de la guerre du Mali et de la mort de 18 militaires français,

      - Début du soutien à la rébellion islamiste en Syrie, rupture des relations diplomatiques avec Damas,

      etc, etc...

    • Onecinikiou 7 mars 02:11

      Attention, la subtilité de l’article est que, s’il oublie de rappeler opportunément que le bilan de Fillon en tant que premier ministre est à tout point de vue véritablement effroyable, que son projet présidentiel sera tout autant (et sans doute même plus) catastrophique, il a raison de dire que celui de Macron, « Young Leader » et « Bildeberger », est pire encore et constitue un danger vital, existentiel, pour la France et son peuple. 


      Un seul mot d’ordre dans ces conditions : ni Fillon ni Macron, les pantins de l’oligarchie euro-mondialiste, les traites à la cause nationale, les anti-souverainistes par essence. Du goudron et des plumes plutôt. Avant peut-être la corde...

    • Onecinikiou 7 mars 08:54

      Dédicace aux « supporters » (ils ont du courage sur le web) de Fillon/Macron, qui ont permis d’offrir au Qatar, et donc aux islamistes, de scandaleux avantages fiscaux en France :



    • @Onecinikiou

      Entre l’ombrageux chef mafieux et opus dei FILLON et le sympathique ET ECONOMISTE MACRON

       il n’y a pas d’hésitation a avoir VOTONS MACRON

      IL N Y A PAS D AUTRE CHOIX DANS LA VRAIE GAUCHE IL Y A 2 TETES DE COCHONS MELENCHON ET HAMON !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

      DOMMAGE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


    • Snowarno 10 mars 15:51

      Bonjour,
      Allez jeter un oeil sur les premiers billets d’humeur de Zevoteblanc :
      https://www.facebook.com/Zevoteblanc-1568462496804493/?pnref=story
      Des points de vue multiples et intéressants sur notre vie politique et ses travers ...


  • Le421 Le421 6 mars 16:40

    Le choix du moins pire dans les paquets de lessive que les médias nous vendent...

    D’ailleurs, pour Fillon, c’est le cas.

    Il lave plus blanc que ce qu’il a déjà lavé plus blanc !!

    D’ailleurs, il va devenir transparent.

    Résumons :

    FN, casseroles. C’est même carrément la maison Sitram
    LR, casseroles.
    EM, Macron, casseroles
    Hamon, cramé avec le PS, bilan de Hollande...

    Qu’est-ce qui nous reste si on est un minimum honnête envers soi et les autres ?
    Je te le donne Emile !!  smiley

    Mais comment cela peut-il se discuter ? Je me le demande...
    Comment les gens peuvent-ils vouloir la retraite à perte de vue, la mort de la sécu, des semaines de 48H, etc, etc...
    Oh oui, Maître(sse), fait-moi mal, encore, ahh, aahh !!


  • Le421 Le421 6 mars 20:24

    Et pour une fois, on ne votera pas contre quelqu’un mais pour un programme...


    • manu manu 7 mars 11:33

      @Le421

      J’espère qu’à l’avenir chaque parti laissera ses adhérents créer le programme du parti. Avant c’était difficile maintenant avec internet ils n’ont plus d’excuse.


  • non667 6 mars 21:12

    à esprit de conformité
     !
    et le brexit et ,trump ? t’as pas entendu parlé ?
     le pen vite,vite ,vite


  • fred fred 7 mars 08:09

    Le moins pire ?...ben ça va pas être facile à trouver !


  • Alren Alren 7 mars 10:30

    Cet article est celui de la droite capitalisto-européiste qui essaie maladroitement de dissuader les électeurs qui veulent un vrai changement, celui que propose JLM et la France Insoumise de se déplacer.

    On remarquera qu’en écrivant que Macron serait pire que Fillon, il rame pour ce dernier  : quel courage !

    En décrétant que Mélenchon ne sera pas au deuxième tour à cinquante jour du scrutin, l’auteur prend ses désirs pour des réalités et oublie que les sondages d’opinions sont bidonnés.


    • Alren Alren 7 mars 10:32

      @Alren

      PS Comme de par hasard, c’est cet article d’Agoravox qui est proposé par Google news !


    • manu manu 7 mars 11:39

      @Alren

      "On remarquera qu’en écrivant que Macron serait pire que Fillon, il rame pour ce dernier  : quel courage !"

      Je pense et j’écris la même chose je vois pas le problème.


  • zygzornifle zygzornifle 8 mars 13:35

    en tant que sans dents retraité sous le seuil de pauvreté l’Europe ne m’a apporté que des désillusion dons je voterai pour un candidat contre et pour le retour de la retraite a 60 ans en solidarité pour mes amis qui en chient tout les matins pour nourrir cette bande de parasites adorateurs du veau d’or et quand on me dit quad ça serait la catastrophe et que l’état n’aura jamais les moyen , pour moi c’est déjà la catastrophe donc ça ne changera rien et les moyens ça me fait rire car l’état n’a jamais eut les moyens de faire quoi que ce soit et pourtant il le fait ,l’argent il le trouve dans notre porte feuille chaque fois qu’il en a besoin  ....


  • zygzornifle zygzornifle 9 mars 09:18

    le moins pire hahaha ......


    Au second tour il resterait Marine Le Pen face a Satan les ripouxblicains et les fauxcialistes demanderaient a leur mougeons (moitié moutons moitié pigeons) un sursaut ripouxblicains et de veauter Satan ..... 

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