vendredi 30 septembre 2011 - par Patrice Lemitre

Hollande se strauss-kahnise, misons sur Montebourg

Quelques heures après le second débat télévisé entre les différents candidats de gauche participant à la primaire socialiste, nous pouvons dresser un premier constat : François Hollande est le nouveau candidat de l’establishment.

Il fallait, ce matin, entendre le concert de louages dans l’ensemble de la presse écrite et audiovisuelle !  A-t-il dévoilé hier soir un programme tonitruant ? C’est-il soudain transformé en tribun prêt à partir à l’attaque des forteresses ? Pas du tout. Au contraire, il s’est appliqué, conformément à son habitude, à ne faire aucune proposition qui pourrait un tant soit peu prêter à polémique. On peut dire qu’il aura été lisse, tout comme lisse il était autrefois, premier secrétaire du PS idéologiquement invertébré à force de ne vouloir fâcher personne. En réalité, le succès de Hollande tient à un constat simple : pour les possédants, Sarko et mort, Strauss-Kahn est mort et la droite n’est un cimetière de mort-vivants. Alors va pour Hollande ;  c’est, pensent-ils, ce qu’ils ont de mieux en magasin. Leur décision est prise et ils feront tout pour le faire paraître plus sexy.

Peut-on faire crédit au député de Corrèze de vouloir une politique plus novatrice qu’il pourrait n’en laisser paraître ? Nous aurions pu le penser, il y a quelques mois, tandis qu’il cherchait un positionnement capable de contrer un Strauss-Kahn faisant alors la course en tête.

Aujourd’hui, on sent trop bien qu’il se livrera sans retenu à son penchant pour le mollétisme, à son manque de volonté réformatrice. Hollande, Aubry, c’est vraiment tout ce que nous détestons en politique, à gauche : les mots creux, le racolage mielleux, la langue de bois en chêne massif… Combien m’est plus sympathique Manuel Valls, qui, au moins, ne cache pas derrière de vagues formules son social-libéralisme à la Tony Blair !

Mais revenons aux enjeux de cette primaire…

A la fin des années soixante-dix est apparue une nouvelle idéologie, qui s’est imposé partout dans le monde occidental. On l’a appelé le néo-libéralisme. Alors que s’achevait une période qui restera dans l’histoire de l’occident comme l’une des plus belles (ce n’est pas pour rien qu’on la nomme « les 30 glorieuses »), l’idéologie nouvelle a déclaré l’état impotent et les nations dépassées. Pour faire bien fonctionner l’économie, il fallait ouvrir en grand les frontières et remettre tout le pouvoir aux acteurs économiques, aux fameux marchés. Et cela a été fait ! A lire Alain Minc[1], trente ans plus tard, nous devrions être au paradis terrestre. Vous la trouvez bien, vous, la nouvelle période ?  Elle vous sourit ? Franchement, entre les « trente glorieuses » et la lente dégringolade des trois décennies passées, qui a encore aujourd’hui du mal à choisir ?

Pour avoir une petite chance, dans les prochaines décennies, de se faire une place au soleil aux cotés des nouveaux géants (Inde, Chine, Brésil…) il n’y a rien de plus urgent que de se débarrasser de ces dangereuses stupidités. Or, qui des candidats à la primaire, défend la « démondialisation », le retour de l’état, le contrôle de la finance, le protectionnisme à l’échelle de l’Europe ? Montebourg.

Pour être honnête, Ségolène Royal paraissait être, hier, sur des positions très proches. On y croirait volontiers si ce glissement ne semblait motivé davantage par une perte d’audience très sensible en ce début de campagne, que par des convictions défendues de longue date. Connaissant son opportunisme, on ne lui fera pas crédit. Montebourg, par contre, laboure le même champ depuis de longues années et il évolue, lentement, mais sûrement, toujours un peu marginal ; C’est le même champ que Chevènement travaille depuis bien plus longtemps encore, sans jamais avoir réussi à en tirer quoi que ce soit. La vie est injuste : l’homme de Belfort avait tout pour être un grand chef d’état. Mais en histoire, pour percer, encore faut-il arriver au bon moment. Ce ne sera probablement jamais le moment pour Chevènement. Cela pourrait-il être le moment pour Montebourg ? 

On peut en douter. A moins d’un spectaculaire coup de Trafalgar, toujours possible dans les périodes de grande effervescence, le candidat choisi par les électeurs de ces primaires ne sera pas Montebourg. Mais nous pouvons au moins lui donner assez de force pour peser dans les orientations d’un gouvernement socialiste, voire le mettre en situation de recours dans le cas, toujours imprévisible, toujours possible, où tout se mettrait à craquer.

Bref, si vous m’avez bien suivi et que vous soyez désireux de faire progresser l’un des rares vrais candidats anti-système de cette présidentielle, faites l’effort de voter Montebourg pour cette primaire. Cela ne vous engagera pas beaucoup et vous pourriez peut-être vous en féliciter un de ces jours…


[1] « La mondialisation heureuse », Alain Minc, Plon


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