Le 30 octobre dernier a été voté un amendement au projet de loi de finances mettant en place un droit d’entrée de 30 euros à l’AME. L’aide médicale d’Etat est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière disposant de moins de 634 euros par mois et étant sur le territoire depuis au moins 3 mois de se faire soigner gratuitement.
Si la mesure parait fondée sur le papier, voire même tout à fait raisonnable il n’en est rien et ce pour plusieurs raisons. D’abord pourquoi un sans papier gagnant moins de 630 euros mensuels ne pourrait pas payer 30 euros par an pour sa santé (soit moins de 0,5% de son revenu annuel) quand un Français à travers ses impôts et les dépenses directes y met une part non négligeable de son revenu ? La réponse se trouve dans le statut même des personnes éligibles à l’AME. L’AME se destine au personnes en situation irrégulière qui par définition n’ont pas de contrat de travail et donc pas de revenus stables, de fait si la somme de 30 euros parait modique sur le long terme, elle peut être difficile a débourser d’un seul coup pour un sans papiers au revenus très incertains et fluctuants. Par ailleurs 634 euros est le seuil mais tout les bénéficiaires de l’AME ne gagnent pas 634 euros loin de la, un nombre non négligeable de sans papiers sont SDF et la somme de 30 euros est pour eux tout bonnement inabordable. Résultat, on exclut du système de soins un certains nombre de personnes, et on les laisserait agoniser sur le trottoir. Quand bien même la somme de 30 euros est abordable, elle peut être dissuasive, ce qui s’ajouterait à la peur d’aller chez le médecin et de se faire attraper, les sans papiers reporterons leurs consultations médicales jusqu’au moment ou elle deviendra indispensable. Résultat ce forfait empêche une population par définition pauvre et précaire et donc très fortement exposée aux problèmes de santé, d’accéder rapidement aux soins dont ils ont souvent cruellement besoin. Or le report constant de la consultation a deux inconvénients, d’abord plus l’intervention médicale est tardive, plus elle est lourde, et donc plus elle est chère pour l’Etat, de fait les 6 millions d’euros d’économies prévues seront annihilées par la multiplication d’interventions plus lourdes parce que plus tardives. Ensuite pendant que le sans papiers reporte son intervention la maladie le gagne, et cela pose d’évident problème de santé publique. Ces conclusions ne sont pas seulement empiriques puisqu’elle s’observent dès aujourd’hui, un bon nombre de sans papiers n’allant pas chez le médecin par peur de se faire attraper, Médecins du Monde est obligé d’installer des centres de soins dans des tantes notamment dans le 93, et reçoit chaque jour des personnes dans un état grave, malgré la gratuité de l’AME, les gens ne se font pas soigner et les ONG sont obligées d’utiliser les mêmes méthodes d’urgences que dans le tiers monde sur le territoire de la république française.