vendredi 23 septembre 2011 - par Verdi

Les candidats socialistes et la retraite à 60 ans

Oui ferme, de Montebourg, Royal et… Aubry. Oui mais, de Hollande. Non définitif, de Valls et Baylet. A quelques semaines de la primaire socialiste, la position des candidats sur le retour à la retraite à 60 ans confirme les divisions idéologiques profondes au sein du Parti Socialiste.

L’étau judiciaire se resserre, enfin, autour de l’agité de l’Elysée, avec la mise en examen de ses anciens conseillers et amis Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, dans le cadre de l’affaire Karachi.

Dans le même temps, un sondage CSA, publié le 22 septembre, par 20 Minutes et RMC, donne, une fois encore, Sarkozy perdant au premier tour de la présidentielle de 2012, face à Hollande (28% contre 24%) et Aubry (27% contre 25%). 

Alors que Fillon vient de lancer une énième provocation, en parlant de porter l’âge de la retraite à 65, voire 67 ans, probablement pour faire diversion au Sarkogate qui se rapproche dangereusement de son idole, les candidats à la primaire socialiste sont, eux, lancés dans la bataille de la présidentielle, dont l’un des enjeux majeurs, pour nombre de Français, sera le rétablissement de la retraite à 60 ans.

La première manche télévisée a confirmé, à ce propos, de profondes divergences entre les libéraux, Hollande, Valls, Baylet et les autres, plus proches d’une gauche de rupture avec la pensée unique ultralibérale.

La primaire pourrait réserver une surprise

Une primaire en trompe-l’œil qui pourrait bien, comme ce fut le cas avec EELV et la défaite de Nicolas Hulot, pourtant chouchou de la presse officielle de droite (95% des titres en France) réserver une surprise de taille. Dans un sens ou dans un autre d’ailleurs, du fait de l’ouverture du vote à tout citoyen, quelle que soit sa couleur politique.

Dans le sens de la vraie gauche, avec l’élection de Montebourg, par exemple. Déjà, d’anciens du parti socialiste, reconvertis Parti de Gauche ou Ecolo, ont annoncé qu’ils participeraient et voteraient pour lui.

Ou, avec une surprise moindre, mais avec un score équivoque révélant la participation de nombreux sympathisants ump, la désignation de Ségolène Royal, la candidate rêvée pour une réélection de Sarkozy.

Pour l’instant, Hollande, le candidat adoubé par les puissances financières, fait la course en tête (34% contre 27% à Aubry) mais cède peu à peu du terrain, notamment au profit de son ex-compagne Ségolène Royal (19%) et de Arnaud Montebourg. (7%).

Confiance mesurée au oui de Martine Aubry 

La maire de Lille est une des rares à avoir prouvé, quand elle était au pouvoir, sa volonté et sa capacité de changer ou faire évoluer favorablement les lois sociales. Son bilan reste positif. Les 35 heures et la création de la CMU sont à mettre au crédit de son action. Un engagement de sa part sur la retraite vaut, théoriquement, garantie d’exécution. Voilà pourquoi Martine Aubry bénéficie d’un a priori favorable. On sait qu’elle met en accord ses paroles avec ses actes, contrairement à d’autres.

La réforme des retraites est clairement au cœur du projet de l’ancienne ministre du Travail.

« Toute personne qui souhaite liquider sa retraite à partir de 60 ans pourra le faire (mais, comme avant la réforme gouvernementale, le montant de la pension sera fonction du nombre d’annuités cotisées).

Le bouclage financier de la retraite ne doit pas reposer sur les plus modestes ou les femmes. A court terme, elle souhaite que le financement soit principalement assuré par une taxation des revenus du capital.

Le retour de l’âge légal à 60 ans s’inscrit d’ailleurs dans le cadre de la retraite à la carte : c’est aux assurés de choisir leur date de liquidation de la retraite.

La candidate insiste également sur une meilleure prise en compte de la pénibilité et de l’espérance de vie par catégorie socio-professionnelle. »

Le oui, pas très clair, de François Hollande le libéral 

Ce libéral plaît beaucoup (trop peut-être…), comme Strauss-Kahn au temps de son ascension contrôlée dans les sondages, aux milieux financiers et à la droite. Sa réponse est ambiguë. Ses nuances montrent sa volonté de poursuivre son action dans le cadre du libéralisme et donc de suivre les diktats de l’Europe. Son passage, pendant dix ans à la tête du PS, a été marqué par le manque de courage politique, d’où le flou qui caractérise la ligne idéologique du premier parti de gauche.

« Dans la lignée du projet socialiste, il prône le retour de la retraite à 60 ans à taux plein pour ceux qui ont cotisé 41 annuités. François Hollande ne s’est pas prononcé explicitement pour le retour de l’âge légal à 60 ans. Il défend en revanche l’extension du dispositif « carrière longue ».

« Il est anormal que ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans doivent travailler 44 ans et attendre les 62 ans, alors que ceux qui ont commencé à travailler à 25 ans, dans des métiers souvent plus gratifiants et rémunérateurs, n’ont besoin de cotiser que 41 ans », déclare Marisol Touraine, députée et conseillère « affaires sociales » du candidat, dans Libération du 17 septembre.

En revanche, contrairement à un retour à l’âge légal à 60 ans, un assuré qui n’a pas réuni toutes ses annuités n’aurait pas la liberté de partir à 60 ans : il ne pourrait pas liquider sa retraite avant 62 ans. « Nous n’avons pas tranché ce débat », dit Marisol Touraine, « mais ce n’est pas une question centrale : les travailleurs partant à 60 ans sans leur durée de cotisation sont très peu nombreux ».

Le oui « mitterrandien » de Ségolène Royal

Est-ce un oui pour contredire Hollande, son ex-compagnon, histoire d’entretenir une rivalité qui dépasse la seule rivalité politique ? Quoi qu’il en soit, ce oui est rassurant, et trouve probablement sa motivation dans la fidélité de Ségolène Royal au mitterrandisme.

"La réforme des retraites est clairement abordée par Ségolène Royal. Dans la lignée du Parti socialiste, Ségolène Royal veut remettre à plat la réforme de retraites du gouvernement et revenir à la retraite à 60 ans. Elle insiste notamment sur une meilleure prise en compte de la pénibilité et de l’espérance de vie par catégorie socioprofessionnelle."

Pour financer le système des pensions, Ségolène Royal insiste, comme le PS, sur une mise à contribution des revenus du capital. Elle estime dans une note sur son blog que la suppression des niches fiscales et sociales qui pèsent sur ces revenus représenterait une économie de 145 milliards d’euros."

Clairement oui pour Arnaud Montebourg, le plus crédible

Le député de Saône-et-Loire est incontestablement l’homme qui se sent le mieux dans sa peau à gauche, au sien du PS actuel. Une gauche de rupture, proche du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Parfaitement à l’aise dans ses démonstrations sur la pertinence de consolider le régime de retraite français, il s’est positionné sans ambigüité pour le retour à 60 ans. Une prise de position, à laquelle sont particulièrement sensibles les militants et sympathisants socialistes et au-delà !

"La réforme des retraites est clairement abordée par Arnaud Montebourg. Pour lui, la réforme du gouvernement est « injuste, déséquilibrée et en plus, nous avons l’inefficacité », a-t-il expliqué cet été.

Dans la lignée du PS, il prône donc la mise en place d’un nouveau plan d’action avec un retour à la retraite à 60 ans. Dans une intervention sur BFM TV en juillet, Arnaud Montebourg insistait également sur la nécessite de ne pas faire payer cette réforme uniquement par les salariés. Il souhaite notamment une mise à contribution des revenus du capital.

« Les socialistes ne sont pas opposés à un effort des salariés, ils insistent sur l’équilibre des efforts », rappelait-il, sans donner plus de précisions sur une éventuelle hausse de la durée de cotisations."

Valls : un non très sarkozyste

A droite toute pour le sarkozyste Manuel Valls. Que fait ce type au PS ? Telle est la question que ne cessent de se poser, à son propos, les observateurs et les sympathisants et militants de gauche. Visage fermé, il donne à chacune de ses prises de parole le sentiment, comme Sarkozy, de vouloir régler des comptes, de chercher à se venger, sans doute ne pas être reconnu à l’aune de sa supposée épaisseur politique.

"Par son discours, Manuel Valls se démarque de la position socialiste sur les retraites. « Nous devons nous rendre à l’évidence : nous ne reviendrons pas à la retraite à 60 ans pour tous. Nous ne pourrons garantir la pérennité de notre système de retraite sans consentir à de profonds changements ».

Dans un entretien aux Echos en août dernier, Manuel Valls indiquait vouloir discuter avec les partenaires sociaux pour « dépasser la question de l’âge légal et engager une réforme qui mette en place une retraite par points prenant en compte la pénibilité, l’espérance de vie et les inégalités hommes-femmes.Pour le candidat, l’augmentation de la durée de cotisations est en outre « incontournable. "

Le non de Jean-Michel Baylet, la vraie fausse gauche 

Rien de surprenant de la part de cet homme du centre, dit de gauche, qui ne conserve des idées de gauche, de l’héritage laissé par quelques grandes figures du radicalisme, tel que Robert Fabre, signataire du programme commun avec les communistes au début des années 1970, qu’une posture politicienne.

"Jean-Michel Baylet veut corriger les injustices de la réforme des retraites. « Pour autant, n’ayons pas peur de le dire : le retour pur et simple à la retraite à 60 ans n’est pas envisageable », explique-t-il dans son projet en prenant ses distances avec le projet socialiste.

Jean-Michel Baylet souhaite également mettre en place un système de retraites par points. Il compte enfin porter progressivement le minimum vieillesse à 80 % du SMIC."

Arnaud Montebourg le plus clairement favorable à la retraite à 60 ans

Si la prise en compte de la pénibilité apparaît dans le souci de chaque candidat, pour permettre un départ à la retraite à un âge « raisonnable », en revanche, il semble clair que les libéraux Hollande, Baylet et le sarkozyste Valls ont d’ores et déjà adopté la ligne dure suivie par Fillon, dans le cadre d’une réforme des retraites dont le but, faut-il le répéter, n’est pas de sauver le régime par répartition, mais bel et bien d’offrir sur un plateau le juteux marché de l’assurance vieillesse aux assureurs et banquiers privés.

Parmi les autres candidats, le député bourguignon Arnaud Montebourg est le seul à affirmer sans détour sa volonté d’un retour à la retraite à 60 ans.

La détermination de Martine Aubry semble aussi suffisamment forte pour éviter une mauvaise surprise.

Quant à Ségolène Royal, il paraît aussi peu probable qu’elle se déjuge sur un sujet aussi sensible.

Verdi

Source :

Débats 2012 : Comparer les candidats sur leur projet pour les retraites


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