mercredi 17 mars 2010 - par Guillaume Boucard

Les élections de la Misère

Souvenez vous de ce « pauvre » du Supermarché qui fût tué en début d’année. S’il aura sans doute sauvé son âme, il nous interpelle encore symboliquement sur l’Ethique perdue marquant notre société. Le "vivre ensemble" semble ne plus être qu’un gadget de communication politique, comme jadis la noble notion de "proximité". Il ne pourra plus jamais se rendre au bureau de vote. A nous de le faire pour lui. Ailleurs certains meurent pour pouvoir voter, sous la dictature. Cette barbarie dont il fût victime, ici, nous en sommes tous responsables. Certains songent à juste titre à "voter en touche" lors des scrutins. Est ce la solution ? Bien sûr que non.

Quoi qu’il en soit, nos élections tendent à devenir celle de la Misère (morale, politique, sociale, citoyenne...). S’engager à nouveau, à quelque niveau que ce soit (associatif etc) s’impose en sursaut de survie collective, et personnelle.

Au seuil de 2010 un mendiant était donc tué dans un Supermarché pour avoir trop rêvé de quelques canettes de bière destinées à atténuer sa misère. Il ne volait pas une Rolex ! Depuis, nos banquiers ont recommencé à jouer au Monopoly avec le milliard d’euros (et des poussières !) que notre Gouvernement a su leur fournir. A la Bourse, leurs actions battent tous les recors. Ils s’amusent. Depuis la-Haut, l’Abbé Pierre lance toujours son appel… « Un homme est mort cette nuit, un innocent, un pauvre, sous les coups de la bêtise sadique et aussi impitoyable que la société tend à la devenir ». Chaque nuit en France, des malheureux ne verront plus jamais le jour, le matin venu. Depuis, au passage devant les esclaves caissières certains continuent d’accumuler des tonnes d’achats si offensantes pour tant de victimes de la Crise et du système. Au moment de voter, ou pas, souvenez-vous…qu’il y aurait officiellement 7 à 8 millions de gens « vivants » sous le seuil de pauvreté dans notre pays comptant parmi les plus riches du monde. Le chômage ? Rendez-vous un lundi matin dans un bureau du Pôle Emploi, des files d’attente comme à la soupe populaire...On nous parle plutôt du couple Présidentiel qui battrait de l’aile… Pourtant « Carla c’est du sérieux ». En effet, la politique, c’est sérieux. Que deviens-tu peuple de France ? ! Pays de Voltaire et d’Hugo, ta télévision n’est qu’une cour d’école de starlettes incultes et d’animateurs sortis précocement du collège (recrutés sur le niveau de « mœurs » requis), tant de pseudo-écrivains éternellement bronzés s’auto-définissant eux même d’abord, comme « médiatisés ». Ce serait la qualité suprême. Faute d’avoir du fond, l’image.
Souvenez-vous…plus encore les jours de scrutins, de ce mendiant torturé sous les caméras plus attentives que bien des clients, un jour de fête. Cette image est le miroir dans lequel nous évitons encore de nous regarder. Mais jusqu’à quand ? Personne ne peut plus ignorer dans notre beau modèle « libéral » (détournement habile de la noble valeur de liberté), que chacun peut rapidement devenir ce pauvre là. Nous savons aussi, désormais, que nous pourrions faire cesser la misère, ici et ailleurs, en quelques jours. Il suffirait de consentir au même effort que celui que nous avons su faire pour alimenter le nouveau boursicotage des traders. Au royaume de la rentabilité et de la consommation de tout et de tous, chacun doit faire du chiffre, sauf à ne plus pouvoir compter sur personne. Les valeurs ? Seules importent celle de la Bourse. La famille ? À trop vouloir se recomposer (peut-on « recomposer » Mozart ? le Ciel ? l’Amour ?) elle est en pleine décomposition. La société l’est plus largement encore.
 
Souvenez-vous chers collègues générationnels des plus de 35 ans, vous aimiez et respectiez vos mamies chocolat...A présent, l’entrée dans la société s’apparente à celle de nos discothèques. Il faut être jeune et beau, riche surtout. Nos mamies que l’on bouscule et condamne à se cloîtrer chez elles dans le recoin de leur petite retraite ? Elles n’auraient jamais pu imaginer qu’il y ait ici un jour autant de pauvres, de gens privés d’emplois, des gamines ou plus âgées vêtues en journée comme les prostituées des années soixante dix…Dire cela est devenu vulgaire, surtout à l’heure ou les enfants gâtés du modèle « Nouvelle Star » gagnent 120.000 euros par mois pour présenter un banal télé-crochet. La grossièreté n’est pas toujours visible à première vue. Les amis ? Quelle est donc cette chose surannée mutée en « relationnel » dans la même logique du système. Chacun est ainsi invité à avoir un « réseau », comme jadis pour les lignes téléphoniques. Les Gouvernants font la causette sur Facebook. Notre démocratie est formidable ! Désormais, l’amitié se fait comme on fait ses courses. Chacun peut évaluer le produit qu’est l’autre sur le mur qui s’affiche. Il faut faire le mur, comme le trottoir. On choisit ses « amis » comme on essaye ses « amours » mythiques et préétablis par critères de sélection mutuellement consentie. Chacun prospecte dans son rayon. Il y a les sites « class » et « branchés » comme on trouve les quartiers et restos chics. Les « banlieux-dating » se font rares et se cachent, avec le pauvre du Supermarché.
 
Que vous alliez voter ou pas… pour ce modèle là ? Le progrès ? Pour qui et en quoi ? Bien sûr, la morale y est devenue un vilain mot. La Culture est festive, ou ne sera pas. Pour rentrer dans le petit écran notre ami et bouc émissaire du moment, Eric Zemmour, est donc invité à garder la sienne pour lui. Les belles lettres et la réflexion, c’est réac ! La télévision va vite, et surtout pas à l’essentiel. Les animateurs de grande surface médiatique s’improvisent journalistes. Merci monsieur Zemmour ! Même si le vote est secret (surtout le comptage), quel pourrait bien être le vôtre…Pour la nouvelle SFIO de la rue de Solferino ? Pour cette écurie fraternelle de jeunes déjà vieux ivres de pouvoir et avides de places, conjoints à de grands maîtres dinosaures ? Pour la bobologie ? Non, bien sûr. Nous savons et partageons votre respect pour la Gauche Républicaine, juste et généreuse. Existe-t-elle encore ? Je ne sais plus. Voter pour les faussaires du Gaullisme ? Pour la droite américaine panachée de gauche caviar ? Pour le Front de Gauche qui nous réchauffe du Mai 81 ? Comme si nous pouvions nous faire avoir à nouveau… Pour le NPA ? Nulle part ailleurs, il se rencontre encore une telle pipérade troskopathe ! Du reste, notre ami facteur révolutionnaire se fait bien discret, à croire qu’on l’a invité à rester dans sa boite aux lettres. Pourtant, la crise est impitoyable, contexte logiquement idéal pour la « révoluçion » ! Voter pour « Europe Machin » fabriquée de toute pièce pour freiner le Modem (le Moudem ? ) et le PS… ? Merci Mai 68, outre ta jolie romance d’enfants gâtés et bien pourris depuis, nous avons tout à réinventer sur ton champ de bataille et d’illusions adolescentes perdues. Non merci.
 
Les jours d’élection, souvenez vous…d’abord de ce pauvre mendiant assassiné dans notre Supermarché. Cette image d’une société qui marche pas super…c’est nous ! Pourtant, il voulait juste « à manger et à boire » comme on nous le chante chaque début Mars aux Restos surchargés du cœur médiatique, faisant l’audience de TF1. Souvenez-vous… En perpétuelle campagne, les politiques ne maintiennent finalement qu’un discours, la réalité leur échappe. Et cette réalité s’aggrave. Ils distribuent des images. Avec plutôt 12 à 16 millions de pauvres, 6 à 7 millions de chômeurs non officialisés pour ménager le brave peuple, nous allions vers « l’année du renouveau » disait notre Président (pas pire qu’un autre). Ses prédécesseurs nous ont chanté le même refrain du « retour de la croissance ». Il y avait « les prémices » de la reprise, sans doute celle des chaussettes des pauvres !
 
Il fait de plus en plus froid les jours d’élection. Les gens vont rester chez eux. Pour éviter toute révolte dans les urnes, l’appel à l’abstention est général ! Au mieux, le vote « Europe Machin » est promu. Le PS aurait malgré tout à garder les régions selon la répartition tacite convenue des privilèges du Pouvoir. Aux uns, le pouvoir national, aux autres, le local. Gardons qu’au PS, on sort toujours les moins pires quand tout est perdu, de Bérégovoy à Aubry. Nous admirons le père de cette dernière. Son choix de ne pas se présenter nous interroge toujours. Certains ne vendent jamais leur âme.
 
Ces jours d’élections, nombreux choisiront donc de penser qu’il s’agit à nouveau de celle des Miss France. Il se dit de plus en plus que tout y est joué d’avance, truqué, conditionné. Nos politiques défilent chez Ardisson et Ruquier.
Souvenez-vous…
 
Nous vivons une époque formidable, et « moderne » ! Hélas, les couples ne vont plus de paire sous les couchers du soleil, et 4 millions d’enfants ne voient plus leurs deux parents (naître selon le schéma « suranné » d’un homme et d‘une femme ne se fait plus ! ). Du reste, 2 millions d’enfants ne mangent pas à leur faim en France, aujourd’hui. Bien que définis sans cesse comme dépassés et si peu visibles à la Télévision, l’Eglise et son Pape seraient néanmoins de vilains réactionnaires responsables de presque tout. Le monde sans Dieu n’a décidément aucune limite dans sa mauvaise « foi ». Certes, le Vatican est une institution faite d’hommes imparfaits, parfois pire, comme ailleurs.
 
Durant ces élections, au sortir des Supermarchés, l’opulence graisseuse et grossière de certains s’affiche toujours. On nous a bien dit qu’il fallait gagner plus, pour être plus que les autres. Les pauvres et exclus de l’Emploi seraient des feignants. Hélas, le ridicule ne tue pas, nous aurions pu tenter un autre modèle de vivre ensemble. En fait, il(s) nous tue(nt), l’air de rien. Il y aura un jour embouteillage devant le crématorium ! Le cimetière n’étant plus très tendance, reconnaissons au moins à certains le fait d’assumer n’être devenus que de simples tas de viandes vidées de conscience et de cœur, prêtes à se faire rôtir une dernière fois (comme au Jour de l’An, ou de l’Ane…ou à Pâques ! ).
 
Vraiment, les voleurs ne sont pas ceux que l’on feint de croire, quand le paradis est fiscal.
 
Souvenez vous… !
 
Guillaume Boucard
 

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