lundi 24 avril - par C’est Nabum

L’insupportable fil à la patte !

La belle prothèse que voilà !

Je déclare forfait …

Il est le symbole d’une époque, l’incontournable outil, le malappris en société, celui qui est sourd aux recommandations et aux règles de prudence ; il fait tout et remplace votre mémoire, votre télévision, votre carte bleue et votre GPS ; il en fait bien plus encore et s’applique avec soin à devenir indispensable en toutes occasions.

 Dans cette société où plus personne n'a véritablement d'attaches solides, où tous les cordons ont été coupés avec ce qui pouvait nous arrimer à une histoire tangible, un nouveau réseau de liens éparpillés donne l'impression d'être encore dans une civilisation de la communication réelle alors que nous sombrons dans une illusion absolue qui fait de nos vies un vaste champ d’aventures virtuelles.

Dans la rue, comme au volant, avec une complicité manifeste des forces de l’ordre, à l’école ou bien au travail, au restaurant ou bien au spectacle, dans une salle d’attente ou bien dans les transports en commun, un petit boîtier magique - mais ô combien diabolique - a pris le pas sur tout ce qui pouvait relier les hommes entre eux, à condition qu’ils soient proches, et finira par ne rendre intéressants et audibles que ceux qui sont loin de vous.

Il s'insinue dans le cartable ou bien le sac à main. Il fait grosseur indélicate dans la poche de derrière, il peut même être greffé à l’oreille et vous accompagner en toutes circonstances. Il est de plus en plus volumineux, au gré des usages multiples qu’il prend en charge. Il est appareil photographique, agenda, caméra, guide, calculateur, banquier, encyclopédie, discothèque, livre de poche, bon de commande et que sais-je encore ? Il est votre complément, votre alter ego, votre mémoire, votre mouchard, votre double et la prunelle de vos yeux.

Il est celui à qui l'on accorde le dernier regard avant d’entrer quelque part ou bien d’en ressortir quand vous avez la délicatesse rare de le couper dans l’entre-deux. Il est souvent en veille, en mode avion, vibreur pour les plus sensuels, ou bien discret, mais toujours là pour les plus assujettis à son usage. Il est tout près de vous, jamais bien loin de votre main car vous ne pouvez vous en passer.

Il est le premier vers lequel vous vous tournez quand il vous arrive quelque chose d'extraordinaire, de terrible, de surprenant, d'étonnant ou de simplement banal. Il vous permet d’en avertir la terre entière, car désormais, vous êtes un héros qui informe ses semblables de ses moindres faits et gestes. Vous lui confiez de vive voix ou bien par écrit, vos sentiments, vos impressions et vos anecdotes, vos déplacements et vos conquêtes, vos échecs et vos satisfactions. Il a remplacé le confesseur, l’ami , le confident, la famille et le journal intime.

Systématiquement, il vous éloigne des discussions réelles qui se tiennent encore parfois quand plusieurs individus ont coupé le contact avec le monde lointain. Vous ne pouvez y participer : votre fil à la patte vous rappelle à l’ordre, exige votre attention en continu, sans partage, sans un seul instant loin de lui.

Il vous isole dans une bulle intime et étanche aux autres. Il fait de vous un malotru, un goujat, un impoli, un gougnafier, un désobligeant qui se moque de ceux qui sont tout proches. Vous avez le monde entier à votre portée et, curieusement, vous effacez de vos préoccupations votre environnement immédiat, à moins qu’il ne devienne la toile de fond d’une photographie où vous serez le premier plan en toute immodestie.

Il vous informe de tout à n'importe quel moment. Maintenant il fait de vous un grand reporter, un accro de l’information, un tintin reporter qui filme et envoie des nouvelles de ce qui est le plus sordide, le plus anodin, le plus futile ou bien le plus personnel et intime qui soit. Mais qu’importe, puisque c’est vous qui avez informé la cohorte innombrable de vos amis, réels ou bien supposés, autoproclamés ou bien achetés par lots entiers.

À mes yeux de dinosaure avéré, d’horrible misanthrope , de refuznik de l’immonde objet, il est l'insupportable ! Celui qui a fait basculer cette merveilleuse société humaine dans les bas -fonds absurdes et mortifères de l'individualisme acharné et de l'incommunicabilité paradoxale. Par bonheur, quelques forfaits finissent parfois par déclarer leurs limites, à moins que ce ne soit plus sûrement une batterie qui rende l’âme. Les uns ou bien l’autre, quand épuisés et à bout de souffle, ils s’avouent enfin vaincus, condamnent leur propriétaire au silence téléportable. Il m'est alors envisageable de profiter de l'aubaine pour trouver un interlocuteur réel avec lequel, chose incroyable, il me sera possible d'échanger de vive voix !

Incommunicablement vôtre. 

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18 réactions


  • 77777 24 avril 12:15
    Ce diable de téléphone portable !!!!!!!!!!!!
    Bien sur il peut rendre service, pour un retard, un appel d’urgence........
    Mais l’avoir toujours collé au train, c’est un manque de liberté.
    Lors de répétition théâtrale, aussitôt qu’un comédien à un moment de libre
    vite il va consulter cet engin.
    Et là je gueule..........

  • juluch juluch 24 avril 12:51

    c’est devenu l’accessoire indispensable.....accès internet, face book, GPS, confirmation de rdv etc.


    Je me demande, moi qui suis né dans les 60’s, comment on faisait avant bordel ???

    et bè ça existé pas mon bon monsieur ....de la SF façon Jimmy Guieu !  smiley

  • Chamiot 24 avril 13:20

    J’ai eu le bonheur (né fin des 50s) de vivre plusieurs décennies avant l’invention funeste de cette chose...
    (par exemple de faire, seul, des sommets en hiver sans...téléphone, mais oui ou de discuter des heures en train avec des compagnons de voyage)

    La somme des avantages (y compris en matière de « sécurité ») est dérisoire par rapport à la montagne des conséquences désastreuses. (pour moi, faut-il le préciser qui ait connu la liberté).
    Je n’en ai pas (de smartphone) et mon portable basique est pratiquement toujours éteint.

    Dans le palmarès des inventions qui auront pourri ma vie, il tient la tête (je ne vais pas décliner toutes les conséquences néfastes).

    Egalement sur le podium :
    - le camping-car (la merde blanche sur roues à moteur Diesel)
    - les raquettes à neige modernes en plastique (bêê, bêê en version hivernale)

    Sur un podium à 4 places, je rajouterais le GPS


  • Shawford Shawford 24 avril 13:30

    « Bonjour c’est Emmanuel Macron »

    Et il vous fait même (ou plutôt à des millions de zombis) choisir un président de la Ripoublique cataclysmique smiley smiley


  • Pierre-Yves Martin 24 avril 14:13

    J’ai joué un petit rôle dans l’histoire de cet engin, mais, personnellement, j’en ai un qui ne sert qu’à... téléphoner, et encore fort peu.

    pour le reste, il y a mes ordinateurs et Internet.


    • C'est Nabum C’est Nabum 24 avril 16:42

      @Pierre-Yves Martin

      Vous n’êtes pas responsable des usages qui sont advenus et c’est heureux


  • zygzornifle zygzornifle 24 avril 16:12

    il n’y avait qu’a voir Fillon a la télé collé sur son tel , il devait regarder si le canard n’avait pas dévoilé une nouvelle affaire .... 


  • Rincevent Rincevent 24 avril 23:46

    Chez moi c’est service minimum : un portable à clapet avec abonnement gratuit d’une heure d’appels par mois (couplé avec la box). C’est bien suffisant, il y a des mois où il m’en reste. Quand j’ai changé d’appareil (because séjour en machine à laver…), la vendeuse a voulu me fourguer le dernier smartphone kifétou. Internet ? Nan, j’ai un portable. Photo/vidéo ? Nan, j’ai un excellent compact. Appels illimités ? Nan, je ne passe pas ma vie au téléphone. Dégoutée, elle a consenti à exhumer de dessous son comptoir ce quasi collector qui me va bien.

    A côté de ça, seuls mes proches ont le numéro. Pour les autres casses c…, c’est le fixe avec sa messagerie qui fait le tampon entre moi et eux. Idem pour la boite mail (2 comptes). Avec un peu d’organisation, on arrive à être peu près tranquille…


    • C'est Nabum C’est Nabum 25 avril 06:27

      @Rincevent

      Même pas

      Cet objet est un mouchard, un espion, un malotrus

      S’en passer est une nécessité


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