lundi 12 décembre 2011 - par Georges Yang

Les intouchables, film pour Bisounours bien pensants qui en sont encore à « Y a bon Banania »

Un noir, quand il n’est pas footballeur, qu’il ne gagne pas une course sur une piste d’athlétisme, il sait au moins danser et faire de la musique, sinon, où allons-nous ? On entend ce genre de poncif à longueur de journée de la part de ceux qui critiquent Tintin au Congo, écrit et dessiné dans un contexte bien différent et qui date désormais. Donc, pas beaucoup d’espoir de se distinguer pour un Africain en dehors de ces domaines de prédilection au risque de tomber dans la petite délinquance, le chômage ou l’aide sociale. Et s’il n’est doué ni pour le sport ni pour la musique, mais veut rester honnête, il ne reste au noir que l’espoir d’être vigile devant un super marché, videur de boite de nuit et s’il n’est pas assez costaud, livreur de pizza ou balayeur.

Le héros des Intouchables est un petit délinquant, roublard, caricatural, racaille de cité reconverti dans le compassionnel qui lui sert de rédemption au service d’un riche paralysé dans son fauteuil roulant. L’inverse est inconcevable, et pourtant. Un homme d’affaires d’origine africaine, à la tête d’une entreprise qui se paye un platane en voiture et qui veut malgré tout continuer à diriger sa société et son personnel, ce n’est pourtant pas inimaginable. Et de petits blancs vivant en milieu rural ou défavorisé, tentant de se débattre dans l’existence et de trouver un boulot stable, il y en a légion en France.

Alors, on peut se demander pourquoi dix millions de spectateurs sont allés voir ce film dégoulinant de bons sentiments, à l’humour facile, s’adressant comme pour les Chti’s ou Rien à déclarer, à un public au vocabulaire limité ou de petits bourgeois influencés par la propagande des promotions cinématographiques sur les grands médias.

Or, un noir qu’il soit résident légal avec un titre de séjour, qu’il soit né français ou soit naturalisé peut devenir architecte, médecin, chef d’entreprise, journaliste, sociologue ou petit commerçant. Pourquoi Petrossian, le « Roi du caviar » a pris Mademoiselle Rougui Dia comme chef de cuisine ? Non parce qu’elle est noire, mais parce qu’elle est douée pour la restauration. Et son origine ne doit pas la condamner éternellement au mafé. De plus un noir quel que soit son origine peut très bien porter un costume et un cravate sans se sentir obligé de se déguiser en traîne-savate paradoxalement pieds nus comme Yannick Noah, ou de s’affubler en street-wear avec capuche, pantalon baggy, Nike aux pieds et casquette à l’envers vissée sur la tête. Il en est de même pour l’expression orale, mais là, c’est plutôt l’éducation nationale qui est en cause, incapable de donner un apprentissage cohérent de la langue française à une population défavorisée vivant dans des ghettos sociaux quelque soit l’origine ethnique des habitants. Vous l’imaginez Harry Roselmack commençant son JT par un tonitruant « Hey brothers, l’actualité d’aujourd’hui c’est relou et ça craint grave les mecs ! », il n’aurait pas tenu une semaine à l’écran en tenant ce genre de propos. Aucun patron aussi libéral et antiraciste soit-il ne mettra au contact de la clientèle un employé blanc, arabe ou noir (pas plus qu’un handicapé) qui ponctue toutes ses phrases d’un « voilà » itératif et qui s’exprime dans un sabir stigmatisant et caricatural. Ca marche avec Alibi Montana sur un plateau télé, mais pas à la BNP, chez Hermès ou dans un cabinet d’avocats devant des clients. En dehors de quelques véritables racistes invétérés qui convulsent à la vue d’un noir ou d’un arabe, l’exclusion et le rejet sont avant tout d’ordre social et culturel.

Le noir n’est pas condamné à la délinquance et aux petits boulots du fait de sa pigmentation cutanée. La mélanine n’intervient pas au niveau des neurones et si un noir est un con, cela arrive comme pour les blancs, cela ne vient pas de la couleur de sa peau. Le recours à l’argot, au MacDo, à la délinquance n’est pas génétique mais d’origine sociale. Le libre-arbitre existe aussi, il y aura pour chacun des choix et des obstacles, des injustices flagrantes, mais celui qui veut s’en sortir peut y arriver, pour certains cependant cela sera seulement beaucoup plus difficile. D’autre part, rien n’empêche d’être pauvre et à la fois honnête et poli ; il n’y a pas de déterminisme ethnique mais des inégalités sociales et il faut le reconnaître pour certains de la mauvaise volonté et de la victimisation.

La complaisance est avec la condescendance lénifiante ce qu’il y a de pire et ce n’est pas en plaignant les noirs, en les infantilisant qu’on les aidera à progresser dans la société française. Ce n’est plus avec « Y a bon » que l’on ridiculise le bon nègre, mais avec des blagues à deux balles comme « pas de bras pas de chocolat ». Avec ce film, l’Africain, redevient un Bamboula de banlieue qui fait les yeux ronds, un Oncle Tom ou un Oncle Ben’s réactualisé banlieue, pas de quoi crier au génie. Avant de parler de diversité, il faudrait rechercher avant tout ce qui nous rassemble, ce que nous avons en commun pour créer une nation et non les petits détails qui nous diversifient et finalement nous opposent entre citoyens d’un même pays.


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