mercredi 8 mars - par Theothea.com

« Bankable » Lorànt Deutsch tête d’affiche au Théâtre Montparnasse

Pierre, Bruno, Antoine et les autres… en l’occurrence Solange & Sabine respectivement mère de Bruno & épouse de Pierre… sont dans un bateau qui prend l’eau et il va falloir que le système « D » supplée à leurs difficultés sous peine de couler… tous ensemble.

A ceci près qu’en dehors de toute métaphore aquatique et surtout en perspective du prochain tournage d’un film à succès, le scénariste, l’acteur et le producteur doivent trouver, au sein de judicieux compromis, le moyen de rassurer le co-producteur américain et ainsi de mener à terme le processus de créativité cinématographique.

 

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BANKABLE
© J. STEY

 

Ce trio n’est pas sans rappeler celui que Daniel Colas a eu l’occasion de diriger en 2011 au Théâtre Antoine, puis de reprendre à La Michodière sous le titre « Hollywood » si ce n’est qu’à l’acteur tête d’affiche s’y substituait alors un metteur en scène en situation de siège éjectable.

Il s’agissait, déjà, à l’époque de réussir à boucler l’écriture scénaristique malgré toutes les vicissitudes spécifiques aux Studios Hollywoodiens alors que, présentement, au Théâtre Montparnasse, c’est principalement la vraisemblance entre les caractéristiques de l’acteur choisi et l’écriture en gestation qui va poser problème à une co-production mal ficelée dès l’origine.

Cerise sur le gâteau du 7ème Art, c’est donc également Daniel Colas qui, de nouveau, est aux commandes de cette création théâtrale.

La thématique est néanmoins différenciée car il s’agissait, précédemment, de l’adaptation du célèbre roman et film « Autant en emporte le vent » alors que, présentement, Philippe Madral a écrit cette comédie « impayable » en fonction de sa connaissance interne du milieu du cinéma où les proches des protagonistes participent, à leurs dépens, aux tribulations engendrées par cette coopération lobbyiste.

C’est l’aspect caractériel qui va ici prédominer en montrant des « professionnels de la profession », vulnérables dans leur équilibre relationnel et plus souvent soucieux de leurs intérêts propres ou privés au détriment de ceux d’une ambition collectivement partagée.

 

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BANKABLE
© Theothea.com

 

Par ailleurs, le parti pris de la réalisation scénographique penchera du côté de la bande dessinée plutôt que de celui du réalisme ; ce qui aura pour conséquence de placer les comédiens dans une certaine fébrilité de type cinéma muet et ainsi de susciter une atmosphère similaire à celle des Max brothers.

Daniel Colas s’est ainsi orienté vers une réalisation délibérément différente de son « Hollywood » et c’est donc dans une perspective davantage ludique que paranoïaque que ses personnages semblent interagir en mettant en valeur leur subjectivité respective totalement contre-performante.

Lorànt Deutsch compose un scénariste hypocondriaque, excédé dès qu’il est envisagé de retoucher à son écriture ; Jérôme Anger un producteur toujours prêt à se dénier afin de perpétuer son train de vie ; Vincent Winterhalter l’acteur quasiment « has been » mais qui n’a rien vu venir.

Par ailleurs, adulescent attardé, celui-ci se laisse aisément cornaquer par Solange, sa mère pathologiquement égocentrique alors que Sabine, à la recherche d’une harmonie familiale, stigmatise les réactions velléitaires de Pierre.

Bien entendu, tout ce petit monde ne peut représenter l’état psychosocial du cinéma français contemporain mais puisqu’il s’agit d’une comédie de moeurs, cela contribue à en montrer certains travers de nantis. Reste au public de savoir en rire jaune ou pas !

 

photo 1 © J. STEY

photo 2 © Theothea.com

 

BANKABLE - **.. Theothea.com - de Philippe Madral - mise en scène Daniel Colas - avec Lorànt Deutsch, Vincent Winterhalter, Jérôme Anger, Manoëlle Gaillard & Caroline Maillard - Théâtre Montparnasse

 




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