jeudi 5 janvier - par pirate

Hyena

Au temps des films de super héros à la chaîne et où les séries télés montrent plus d’originalité et d’audace que la production cinématographique mainstream, des films comme Hyena relèvent immédiatement de la divine surprise. Polar urbain sec et violent comme un coup de couteau, Hyena nous plonge dans le quotidien de Michael Logan, à la fois bon flic mais parfaitement corrompu, évoluant au milieu d’une police pas moins corrompue, et homme au comportement autodestructeur. Drogué, alcoolique, avançant un pied dans chaque camp, il se heurte bientôt à une criminalité qui le dépasse, cruelle et ultra-violente, celle des gangs albanais.

Depuis quelques années déjà le polar anglais ne cesse de se faire remarquer par son originalité et sa vision sans concession de la société moderne. Qu’il s’agisse de parler du difficile retour à la vie civile dans The Veteran de Matthew Hope, du polar revanchard et crépusculaire Harry Brown de Daniel Barber avec Michael Caine dans le rôle-titre, the Kill list de Ben Wheatley, film étrange démarrant sur une trame classique du genre pour virer au quasi fantastique et à l’horreur, ou de l’excellent Layer Cake du désormais célèbre Matthew Vaughn avec un Daniel Craig pas encore James Bond et au mieux de sa forme. Jamais le polar n’avait été si mieux porté à la fois dans sa dimension sociale que dans celle du thriller urbain, où des êtres le plus souvent cassés par la vie tentent de survivre dans une société de plus en plus froide et violente. Hyena nous démontre une fois de plus de la pertinence qu’emprunte le cinéma anglais dans ce domaine pourtant mille et une fois visité.

Hyena

Comme ses pairs, l’oeuvre de Gerard Johnson s’inscrit tout naturellement dans ce cinéma néo réaliste cher à Ken Loach et à quelques autres. Une œuvre cependant influencée ici par celui plus statique et parfois aux limites de l’abstraction de Nicolas Winding Refn. On pensera ici notamment à la scène d’ouverture, dont un plan renvoie également directement à Orange Mécanique comme pour signifier que les ados ultra-violents d’hier sont devenus les flics d’aujourd’hui. Ou à d’autres moments du film où musique et couleurs acidulées forment une abstraction syncopée en écho à la lente dérive du personnage principale. Mais si Refn, en cherchant absolument à se démarquer du canevas classique du récit, confine de plus en plus à un style poseur, s’éloignant comme par vice du cœur de son sujet, au point d’embarquer ses spectateurs dans un récit abscons, long et mutique (je pense ici notamment à Drive et au Guerrier Silencieux) Gerard Johnson lui ne perd jamais de vue lui qu’il dresse ici le portrait d’un homme complexe confronté à la fois à une violence qui le dépasse et à un système policier totalement dévoyé où tous les coups sont permis, et les plus tordus si possible. Car ici la frontière qui sépare criminels et représentants de l’ordre n’est plus seulement floue, elle est définie par la limite que s’autorisent les flics en matière de violence et d’exactions. Racket, corruption, arrestation truquée, violences diverses, trafic de drogue, la brigade que dirige le héros semble ne rien faire d’autre sinon la fête à grands coups de rail de coke et d’alcool. Des flics immatures et brutaux dirigés par cet homme perdu qui, en dépit même de lui-même, tente de faire un minimum son boulot. Michael Logan a depuis longtemps dépassé la ligne jaune. Il est en main avec un trafiquant de drogue turc, il a l’inspection des services sur le dos et le voilà soudain frontalement confronté à la sauvagerie, alors qu’on le mute dans une autre brigade sous les ordres de ce que l’on pourrait appeler son pire ami.

hyena

Encore une fois on notera la référence à Refn, (cette fois à son meilleur avec la série des Pusher)  dans la description du milieu albanais et turc et plus pratiquement de la rue, sa froide brutalité, sa violence. Mais une violence ici savamment instillée, cruelle, qui pèse immédiatement comme la pire des menaces. Soutenue par un casting plus vrai que nature de trogne de prison au jeu impeccable de retenue et de naturel. Cette nouvelle criminalité que rencontre le héros prend les femmes pour de la viande et massacre tous ceux qui s’opposent à eux. Un monde où les femmes justement ne sont plus que des outils qu’on vend ou qu’on achète, victimes à peu près impuissantes des hommes, qu’ils soient flics à la dérive ou gangs d’esclavagistes.

Mais revenons sur le sujet de la violence. Car c’est déjà malheureusement peut-être la publicité de trop que l’on a fait à ce film. Si le cinéma américain a depuis longtemps à peu près évacué l’aspect dérangeant et subversif de la violence à l’écran, le cinéma asiatique n’a jamais eu ces pudeurs. Au point de dépasser largement les limites du tolérable avec une gourmandise comptable. Pour autant la violence dans ce cinéma-là, qu’il s’agisse des productions hong kongaise des années 80 comme OCTB ou plus récemment Filature, ou les films coréens tel que Old Boy, the Chaser ou the New World, l’on ne perd jamais de vue sa dimension sociale, politique. Ce n’est certainement pas une violence gratuite et fun, qui évacue la chair de ses protagonistes sous prétexte qu’ils ne sont que les pantomimes d’un théâtre dramatique. Et si elle peut être graphique c’est plus dans l’idée de souligner sa crudité que son côté spectaculaire. Il n’y a rien d’esthétique ici parce que cette férocité s’attache aux hommes et aux femmes qui l’infligent et/ou la subissent. Cinéma du social c’est dans cette même veine que s’inscrit donc le réalisme de Hyena. La brutalité et la cruauté, la dimension même du viol, sont traités sans pudeur, frontalement mais avec une réflexion tant dans sa progression que dans le sens qu’on peut lui donner. Face à elle, nous sommes comme les héros, impuissants, pétés de trouille, dépassés, mais surtout elle nous propose un voyage sans retour et surtout sans issue où survivre confine en soit à une forme de suicide. La fin à ce sujet appuie parfaitement tout le propos de l’auteur, tant sur l’avis final que le spectateur peut se faire de Michael Logan, que dans ce que la barbarie oppose comme défi à un homme normal et non pas justement un héros. Plutôt qu’une improbable et inutile apothéose, Gerard Johnson préfère s’en remettre à notre jugement.

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Un film qui laisse réfléchir ses spectateurs c’est de plus en plus rare de nos jours, il faut chercher. Car on l’aura compris Hyena ne raconte pas seulement l’histoire d’un flic tordu face à un gang de tueurs, c’est également le récit d’une amitié déchirée, le portrait réaliste d’une police moderne n’hésitant sur aucune illégalité pour obtenir des résultats, d’hommes et de femmes perdus, de victimes et de bourreaux. Ça poisse le vice, la peur, la lâcheté, la cruauté. Ça raconte les nuits de défonce, la réalité des réseaux de prostitution et de la violence des bandes mafieuses actuelles. Un film toujours ambigu entre le gris et le sale, tendu comme le fil du funambule sur lequel oscille tant bien que mal le personnage principal. Caméra à l’épaule Gerard Johnson prend à la fois le meilleur de Refn, sans perdre le fil de son récit, comme du cinéma anglais, tout en veillant à dynamiser son montage par des plans courts, au plus près de ses comédiens. Pour ce qui s’agit de ces derniers, difficile de dire qui rivalise le plus de naturel et de talent. Car Hyena est avant tout un film d’acteurs. Un casting impeccable, tant sur le choix des physiques, que celui des comédiens eux-mêmes. Avec une mention spéciale, en ce qui me concerne, pour Neil Maskel que j’ai découvert dans the Kill list, et qui, en dépit d’un petit rôle, occupe de toute sa présence son personnage de flic teigneux et ordinaire. Mais on mentionnera naturellement Peter Ferdinando dans le rôle de Logan, avec qui Johnson avait déjà collaboré sur Tony dans le rôle-titre (il y jouait cette fois un tueur en série) et qui nous offre un portrait humain et sensible de son personnage, servi par des dialogues parfaitement écrits et un scénario exigeant. Et enfin, côté gueules d’assassins plus vraies que nature, on n’oubliera pas Orli Shuka et Gjevat Kelmendi, acteur Kosovar qui nous composent l’un et l’autre un duo de mafieux sans pitié, capables d’un seul regard de nous mettre mal à l’aise, comme si le vice le plus abject venait vous lécher le visage. Dans leurs yeux et ceux de leurs victimes c’est le bas-fond que l’on voit.

Ne cherchons plus pourquoi, ce film qu’a naturellement applaudi Refn en personne, n’a pas les honneurs d’une sortie en salle dans notre beau pays. Et peu importe si depuis Drive, les critiques et le public encensent le même Refn, les distributeurs français ne fonctionnent pas à l’audace mais au kilo de popcorn vendu. On se rabattra donc en vitesse sur le DVD, en bac depuis deux ans en mode confidentiel, ou pour les plus pressés comme moi sur un site de streaming. Qu’on soit cinéphile ou pas il y a des perles rares, des incontournables qu’il serait regrettable de rater, Hyena fait partie de ceux-là.



14 réactions


  • LE CHAT LE CHAT 5 janvier 11:03

    j’espère qu’ils vont nous le mettre prochainement sur ciné frisson ou OCS choc ,ton article m’a donné envie de regarder ce polar , ça va me rappeler les gangs albanais se faisant latter par Liam Neeson smiley


    • pirate pirate 5 janvier 16:30

      @LE CHAT
      c’est moins sportif, je pense que ça va plus te rappeler un fait divers glauque.


  • velosolex velosolex 5 janvier 11:11

    Vous écrivez bien. D’un papier à l’autre. Quand on lit un article pour sa musique en battant du pied, sans même se soucier parfois de ce que ça raconte, c’est que la musique est bonne. Faut vous mettre vous même au polar, ou bien au saxo. Je ne veux pas entendre d’un autre instrument qui entre dans un étui à violon.

    Parfois les bonnes critiques sont meilleures que les livres qu’ils descendent. C’est qu’il y a un vrai plaisir sadique à enfoncer une tête ou une création quelconque sous l’eau. Parfois elles sont aussi bonnes que les films qu’elles encensent. On remarque que c’est plus facile de descendre que d’encenser. Ce qui est vrai d’ailleurs aussi dans la vie. Les mamans savent cela sur le bout des doigts, sur le bout de seins, bien mieux que les hommes. Ceux qui sont dans un soin quelconque aussi : Blouses blanches, et même blouses bleus. Je ne parle pas que des techniciens purs, planqués derrière une valise informatique, mais de ceux qui vous retouchent un moteur de bécane à l’oreille.

    On peut y adjoindre tous les vrais jardiniers et les artistes, tous ceux qui savent la difficulté de faire émerger quelque chose de la matière brute, et qui y regardent à deux fois avant de faire table rase, d’une décharge de kalash.

    Il y a de vrais artistes parmi les truands. J’ai un faible pour ceux qui travaillent à l’ancienne, enfin dans l’exaltation du noble art, je veux dire, façon « Arsène Lupin », genre ce type qui vient de chourer deux millions de breloques argentées chez un bijoutier Parisien, avec un art de prestidigitateur, plutôt qu’en porte flingue.

    Le monde semble aller mieux, tout le monde est content, même monsieur tout le monde, le bourgeois qui n’ a jamais chipé un malabar dans sa jeunesse. Car ce genre de braquage nous rassure, nous parle d’un monde civilisé, sans violence, bien plus ancien que les protagonistes des « sopranos », et de Bonnie and Clyde.

    Peut être devrait on faire un appel au standard du supermarché pour identifier cet homme et le proposer à la présidence. Un nouveau « mister smith » ?

    Perso, j’ai du mal avec la violence au cinéma. Je me suis mal remis du visionnage de « Bambie » quand j’étais gamin. Ce qui fait que je me suis trouvé plus d’une fois devant le spectacle de la violence plus désarmé que dans la vraie vie, où je me suis trouvé vraiment dans le vif du sujet, dans des situations extrêmes. Mais au moins je pouvais agir. Une remarque : Le monde ordinaire des années 60 était bien plus cruel et dur que celui actuel ; je ne parle pas du monde des marges, mais de celui du lambda moyen ; « Pas de cellule de soutien, marche ou crève, tu veux mon pied au cul... » Et pourtant le cinéma est très pudique par rapport à la violence. Pas seulement la censure, mais la sensibilité des gens est exacerbée. Peut être est ce une empathie qui est absente chez beaucoup maintenant. Je me souviens d’avoir vu aussi un film genre « les deux orphelines » au milieu de rudes Afghans qui pleuraient comme des madeleines, et étaient prêts à aller casser la gueule aux méchants....Cinq minutes après ils ricannaient devant le spectacle d’un cocher qui frappait à coups de nerfs de boeufs une pauvre jument tombée dans le ruisseau....Va comprendre !



    • pirate pirate 5 janvier 12:01

      @velosolex
      Merci du compliment, allez sur mon blog vous trouverez quantité de nouvelles et de mini roman ayant pour figure le polard mais aussi la SF. Cette critique est sortie de mon blog d’ailleurs, comme celle que je collerais à l’occasion si les dieux de la modération sont avec moi. Personnellement je déteste les critiques à charge. Je déteste les inspecteurs des travaux fini et j’ai trop de respect pour les réalisateurs et les comédiens, je sais trop comment ça marche pour me poser en inspecteur du bon goût. Mon intention en écrivant des critiques est de donner envie, pas d’expliquer à quel point je suis cinéphile et intelligent. Et ma grande fierté c’est en effet d’avoir contribué réellement à l’achat de certains films, je me souviens notamment le gars de la boutique de Mad Movie qui m’avait dit que Requiem pour un Massacre que j’avais encensé et à raison partait comme des petits pains. Je n’ai à mon grand regret jamais fait du cinéma mon métier c’est ma façon de dire merci sans être frustré. Comme il m’est arrivé de donner des conseils à de jeunes réals de narration, montage, direction d’acteur (que j’adore, j’en ai fait). Le cinéma m’a éduqué, a borné nombre de mes centres d’intérêt. Pour la délinquance, j’ai rencontré nombre de voleurs et d’ex assassins, enfant soldat Beaucoup de misère, de bêtise aussi derrière tout ça, et puis parfois une rencontre magique et on devient pote avec du lourd, des gens sur qui on peut compter parce que leur choix de vie est assumé et leur humanité bien réelle. Les voyous comme les flics sont souvent mes meilleurs potes, comme ces militaires qui ont connu le feu, j’aime les gens vrais. Un de mes films favoris dans ce domaine, même s’il donne sur une autre vision une vision politique et non crapuleux c’est le Voleur de Louis Malle « je fais un sale boulot alors je le fait salement » avec un Dener impérial et un Belmondo flamboyant. Cette tribune nouvelle va me donner l’occasion de faire découvrir, et c’est ce qui compte ici, la transmission.


    • pirate pirate 5 janvier 13:21

      @velosolex
      Je voulais ajouter que moi également j’ai du mal avec la violence au cinéma or c’est paradoxal mais j’ai vu quantité de film violent. Il y aurait long à dire sur sa fonction et son approche selon les continent et les cinémas et la perception qu’on en a. Cependant je ferais un distingo entre deux cinéma de la violence l’un pour qui c’est une fonction, un mode dynamique de narration comme dans Reservoir Dog ou le Voyeur et un autre ou c’est un mode de spectacle, de la pornographie, et autant je fais avec l’un autant pas du tout avec l’autre je pense entre autre à des Saw ou le réalisateur Eli Roth qui ne m’intéresse pas et à vrai dire me révulse. C’est du même ordre pour moi entre la violence fantasmée d’un Ellroy et celle vécu d’un Crumley ou d’un Anderson..Et à ce titre un film comme American Psycho tait autant inadaptable que raté. Ce qui est curieux c’est qu’avec ma sensibilté particulière la violence pornographique me traumatise au sens ou je m’en souviens, alors que celle qui fait sens passe par l’émotion positive ou non et ne reste que cette dynamique.


    • velosolex velosolex 5 janvier 13:46

      @pirate

      Je n’approuve la violence que quand elle est justifiée par le scénario, et surtout quand elle ne l’esthétise pas. Ce qui semble être le cas de ce film dont vous parlez si bien. Hitchcock un maître en la matière comme Lang, préférant suggérer que de montrer...Des choses qu’on oublie souvent, mais ces gens venaient du muet, un art fini qui faisait passer tout le jeu dans l’expression et la lumière, au delà des mots bien inutiles. Et puis pour Hitch il y a tout de même son virage en fin de carrière où il prend la parti de la représentation de la violence, mais en faisant payer au spectateur la note, le malaise. Je crois que c’est dans « le rideau déchiré », où il montre combien il est difficile physiquement de tuer un homme, que ce n’est pas juste le passage d’une seconde à une autre, mais qu’il faut de l’acharnement, au milieu de cri et du sang, et de viscères. Même chose d’ailleurs dans « Frenzy »...Le cinéma des frères Coen est lui aussi dans cette continuité : Le crime est montré souvent comme absurde, absolument non esthétique, le produit de la psychopathie….Maintenant le bon dosage échappe parfois échappe au créateur, comme dans « Orange mécanique », qui est une vraie esthétisation de la violence, « en dépit de mon propre grés » paraît-il...Mais qui fera florès au point d’être l’exemple même de la responsabilité des cinéastes, et de la faculté des images de pousser à l’acte. Vaste débat, mais pourtant Leni Levientstahl a bien promotionné la machine nazie et son esthétisme guerrier. Et que dire de la pub, qui est bien l’exemple même de la capacité de pousser à l’acte. 

      Il existe bien cette addiction à la violence, face à un public privilégié, exclu de ses conséquences, et qui regarde ces fictions avec ambivalence, jouissant de sa sécurité relative, demandant qu’on augmente la dose. Il y a bien une responsabilité du créateur, bien plus dans le monde du cinéma que du roman, où la lecture vous fait comme un airbag de représentation. Le grand art est de mettre le spectateur au milieu de l’écran, de lui faire vaciller ses certitudes. Coté littéraire, nous avons glissé des vases clos bourgeois, avec le nom du coupable que le détective donnait dans la bibliothèque, aux trucs carrément gores, genre la nuit des morts vivants avec une kalash . 

      N’est pas Didier Daeninckx qui veut. On n’en sort pas, il faut du sens, de l’humain. Mais suffit pas de mettre son inspecteur sous antidépresseurs pour être crédible. J’aime bien en ce moment les romans de Philipp Kerr. Polar historique, car ça se passe sous le régime nazi, ein Komissair, à qui on donne l’ordre d’évoluer, de se plier aux nouvelles valeurs...Morale, sens éthique, et volonté de survivre, absolument, s’en trop en sortir amoché. Voilà pourquoi c’est actuel. Très bien écrit aussi. Ce qui ne gâche rien. On peut lire et mettre en scène un univers pourri, avec ses pions, avec même une certaine jubilation, pourvu que ça soit bien écrit. 

      Tout est dans le style. Comme dans les trois mousquetaires, finalement….


    • pirate pirate 5 janvier 16:28

      @velosolex
      Bon, qu’est ce que vous voulez que je réponde à ça à part que je vous rejoint complètement.. Nonobstant que je déteste Hitchock, je suis allergique à sa petite musique et qu’un de mes pires souvenir de voyage c’est d’être dans un avion devant la Corde et rien d’autre. Mais vous avez parfaitement raison à son sujet, la scène de meurtre dans la Corde justement aussi théâtralement joué qu’elle est pour son époque a déjà tout son lot de souffrance et de bestialité, de peur qu’on retrouve entre John Turturo et le SS dans le soldat Ryan, cette réalité là. Moins qu’esthétique c’est la complaisance qui me dérange. La violence de John Woo ou de Verohven période Starship Trooper est esthétique et cru. Mais elles ne sont pas complaisantes et comme vous dites elles font sens. Ah ça fait plaisir de discuter avec vous ! Pour en revenir à ce que vous disiez sur la critique c’est ce côté destructeur et prétentieux qui m’a fait fuir les sites de geek même s’il y e a de très bon, et de me faire bannir un nombre incalculable de fois cela va sans dire smiley


  • Sergio Sergio57 5 janvier 22:37
    Pirate et Vélosolex


    Ce film a une ambiance qui met vraiment mal à l’aise, jusqu’où vont-ils aller et l’on sait d’avance que cela ne va pas bien se terminer. Le gangster albanais représente le mal incarné contre lequel il est impossible de lutter, tant il inspire cette peur primale qui loin d’hypnotiser, paralyse et tue avant de tuer et l’on veut croire à se rassurer quand on le découvre père aimant et soucieux de transmettre sa culture à sa fille toute de blanc vêtue. 
    Dans le scénario on retrouve les flics ripoux, bien plus en dehors de la limite et qui pataugent dans un monde qui leur ressemble, en dehors du nôtre, et l’on se rassure aussi à ne jamais les rencontrer. 
    Mise en scène très violente proche de la série noire, sans concession, sur le thème revisité du double jeux, je citerai en comparaison Bad Lieutenant d’Abel Ferrara avec Harvey Keitel, et pour l’ambiance plus esthétique de Sicario de Denis Villeneuve où la, le trouble m’aura touché plus personnellement pour avoir travaillé quelques semaines au Mexique, et rien que de survoler Mexico, j’en avais la chaire de poule, et j’ajouterai pour terminer, Cartel de Riddley Scott où la violence transcende dans les dialogues et sur l’irréversibilité implacable du dénouement.

    Quant à parler de la violence, je n’en dirais pas trop, mais je me souviens d’un commentaire de Louis Accariés sur le boxeur panaméen, Roberto Duran ’mano del pierra’ il disait qu’il avait amené la violence à l’état d’art sur un ring

    Pour terminer, Robert MARCHAND recordman de l’heure à vélo à 105 ans, quelle CLAQUE !

    • velosolex velosolex 6 janvier 20:35

      @Sergio57

      C’est bien connu, les pourris font de bons père de famille, et vous pouviez faire confiance à Joseph Goebbels qui adorait les enfants. 
      Pour la littérature policière mexicaine, j’ai lu quelques romans vraiment intéressants, qui témoignent de la réalité abrupte du pays. A lire absolument Guillermo Arriaga, qui a été le scénariste de 21 grammes au cinéma. Auteur de « l’escadron guillotine », et surtout de « Le bison de la nuit », plongeon dans la psychopathie. Cool, rien de pressé, on a encore le temps de graisser le vélo avant de s’attaquer au record de l’heure du centenaire. 

    • Sergio Sergio57 6 janvier 20:55

      @velosolex

       Joseph Goebbels


      Il y a de la trilogie là d’dans 

    • Sergio Sergio57 6 janvier 21:00

      @Sergio57


      Je vous attendrai volontiers sur le blog de Victor au sujet du végétal ambroisie, vous avez été parfait

    • pirate pirate 6 janvier 21:33

      @velosolex
      je vous conseille vivement à yous les deux la Griffe du chien de Dan Winslow qui en enchainant des événement réels a retracé et fait un récit épique de ce qu’est devenu le trafique au Mexique, comment le cartel de Tijuana s’est associé avec les colombiens et surtout raconte le drame atroce de l’agent du FBI Enrique Camarena, dit Kiki qui fut l’homme de confiance des cartels avant de finir par être torturé pendant des jours et de mourir.... le cerveau perforé à la perceuse... Meurtre qui conduira finalement à un premier démantèlement et l’arrestation de l’inventeur des actuels cartels. A ce propos je voulais faire une parenthèse Sergio, personnellement je trouve que Sicario ne raconte rien, du moins rien de nouveau en ce qui me concerne et le film de Ridley Scott inutilement verbeux même s’il traduit bien l’inexorabilité de la machine de mort que son les cartels, suggère le féminicide de Juarez toujours pas élucidé à ce jour, et en effet traduit bien la cruauté de la violence. Si ce sujet vous intéresse je vous conseille ce documentaire : https://www.youtube.com/watch?v=VDHoYLRg7Rg c’est glaçant.


    • velosolex velosolex 7 janvier 11:20

      @pirate

      La garantie de la perceuse marche t’elle si l’engin tombe en panne en rapport à un court circuit du à l’écoulement de l’hémoglobine. Ces imbéciles devraient plutôt se servir d’un couteau Electrique Seb à découper la viande. Travail de gougnafier !...
      Malheureusement, rien de nouveau sous les étoiles. On dirait que certains ne trouvent moyen d’avancer dans la vie, en ajoutant une horreur supplémentaire à ce qu’ils ont fait la veille, une façon peut être de vouloir effacer la culpabilité en remettant des nouveaux lais sur le papier peint taché de sang. Sans doute se passe t’il au niveau d’un état, d’une organisation faciste ou mafieuse, les mêmes mécanismes qu’on trouve chez un individu, sur fond de suivisme, d’entrainement, et de fascination morbide..Mais certains courageux reculent, sur le bord du vide...J’ai vu il y a quelques temps aussi sur arte un très beau documentaire sur les déserteurs, au sein de toutes les armées du monde ( du conflit franco algérien, d’israel, des states)...Tous étaient des hommes exceptionnels, le contraire de lâches, des lanceurs d’alerte, qui continuent à porter en eux une lumière....Mais c’est le même processus de volonté et de refus qu’on trouve chez tous ceux qui disent non, avec toutes les conséquences évidentes : Devenir un salaud pour les anciens frères d’armes, un traître.Et c’est curieux de constater que ces groupes criminels font corps alors autour des valeurs de corps, qui a lieu d’identification à la meute.... On choisit sa façon de dialoguer au monde, en fonction de déterminismes et de sa part de liberté, plus ou moins grande, plus ou moins à géométrie variable, mais on n’aurait bien tort d’oublier la part de responsabilité de l’individu. La naissance du mal est un mécanisme complexe, produit de la perversion et du suivisme d’autres, et le choix de placer sa vie sous l’empreinte du loud ou de la cithare que la kalash et aussi déterminant que d’acheter du riz complet ou du poulet aux hormones pour notre appareil digestif. 
      J’ai apprécié beaucoup aussi la série italienne « Gomorha », qui parvient bien à faire saisir ce climat de terreur et de bêtise, sur fond de testostérone baignant dans le mauvais gout. Déjà petit, tout gamin à pas cinq ou six ans, au delà de Bambi, je me souviens d’avoir été glacé par le superbe film de Bunuel, ; « Los olvidados »...

    • pirate pirate 7 janvier 11:52

      @velosolex
      ah les progrès d’une civilisation ne seront jamais aussi permanents que sa barbarie. Oui moi aussi j’aime Ghomorra notamment en raison de son réalisme au sujet du phénomène mafieux au quotidien et traduit bien à la fois la terreur et le vice de ses protagonistes tous accrochés au Dieu Fric. Je ne me souviens plus du Bunuel pour être honnête, j’ai dû le voir deux fois l y a longtemps, la prochaine je mettrais en ligne un des mes préférés récents Beasts of no nation, sur les enfants soldats.


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