samedi 18 mars - par pirate

Iron sky, heil Amerika !

Tarantino – on n’y échappe pas – a relancé la mode des films de drive in : les fameux Grindhouse, cinéma de double programme avec film improbable à la clef. Avec son commercial compère Roberto Rodriguez de lancer un genre de franchise libre, où tous les réalisateurs un peu branchés pourraient montrer combien ils sont trop… branchés. Rodriguez en tête, avec entre autres Machete et son cousin Danny Trejo dans le rôle-titre.

L’occasion d’un défilé de gueules connues à contre-emplois, de pépètes co-remplaçantes de Salma Hayek, égérie initiale du roublard du Texas. Un film marrant si on compte poser son cerveau sur la commode, et qui ne raconte rien. A ce sujet Rodriguez montre comme Besson qu’ils n’ont retenu du cinéma commercial que le strict aspect financier, précisément, la machine à fric éventuellement fun pour nous les djeunz de 15 à 77 ans. Ils partagent avec les adorateurs du cinéma poseur de la Nouvelle Vague une parfaite incompréhension du cinéma de genre en général et de ce cinéma-ci, le cinéma des drive in et des doubles programmes en particulier.

De Tarantino, à qui on reproche de pomper et rien de plus – incultes du cinéma que l’on est –, on ne le distingue plus de ceux qui profitent de la vague. On ne voit pas que l’essence-même de son travail puise dans celle du cinéma de quartier, l’art systématique du détournement, l’inventivité. Une manne inépuisable pour l’imaginaire.

Qu’il s’agisse de raisons économiques, comme dans le cinéma asiatique en général, ou politiques, car le cinéma de genre est un champ d’expression politique sans comparaison, idéologiques ou par simple envie de revoir une figure comme le western, ce cinéma-là ne cesse de détourner son propos de départ comme dans Man on High Heels, déjà chroniqué ici ou dans the Kill List qui commence comme un polar glauque et se termine en film fantastique et que je chroniquerais peut-être également ici.

 

Iron Sky, la leçon vient du froid

Pour Hollywood et le reste de la planète, la Finlande c’est un peu comme la face cachée de la lune. Le dernier endroit au monde d’où on s’attendrait à voir débarquer un ovni du genre de Iron Sky. Un film de science-fiction avec un scénario de série z, un space-opéra techniquement parfaitement abouti façon grosse production américaine, et un pamphlet outrancier et hilarant contre l’impérialisme américain en particulier et la bêtise de nos dirigeants et de notre société en général. Le tout en se permettant des allusion tant à Docteur Folamour qu’à Star Trek et au Dictateur de Chaplin, qui prend ici une dimension révélatrice à la fois parfaitement inattendue et poétique tout en étant un bel hommage au film lui-même. A trente-trois ans, le Finlandais Timo Vuorensola a réalisé un film très malin et totalement inattendu dans sa qualité.

L’histoire en un mot ? Une colonie nazi implantée sur la face cachée de la lune décide d’envahir la terre soixante-dix ans après la Seconde Guerre mondiale. Pour se faire Herr Adler, officier ambitieux de cette nouvelle armée nazie et futur führer, se rend sur terre avec l’astronaute qu’il a fait prisonnier pour qu’il lui présente la présidente, une Sarah Palin dont le slogan de campagne est « Yes she can ». L’astronaute est noir… un noir transformé par un savant fou en blond aux yeux bleu… Mais nullement un astronaute professionnel ni un militaire, non : un mannequin !

C’est que la présidente des Etats-Unis est en campagne, elle a envoyé une mission sur la lune, pas parce que ça servait à quelque chose, mais parce qu’on l’a déjà fait et que ça plait à l’opinion. Sa chargée d’image peine à trouver une bonne idée pour la faire remonter dans les sondages. Et débarquent les nazis. Les nazis, leur look d’enfer et leurs beaux discours pleins de volonté et d’abnégation, de courage, et de pureté, qui charment la dame du marketing, puis la Présidente elle-même. Et la voilà déclamant en campagne ce que le réalisateur apparente à de la propagande nazie et qui reprend les traits des discours grandiloquents d’une Amérique au secours du monde. Comme un écho à l’histoire, la nation démocratique se laisse embobiner par le nazisme à coup d’effets et de publicité – la guerre, l’invasion de la terre arrivent juste derrière.

 

Verhoven, Kubrick, Chaplin et M. Spock

Timo Vuorensola vient de nulle part, ou plus exactement de la télévision et surtout d’Internet. Il est notamment responsable avec ses copains d’une série parodique reprenant Star Trek : Star Wreck.

Avec des moyens beaucoup plus restreints, la série montre des qualités techniques identiques à un Babylone V, et, ici-même dans Iron sky, donne lieu à de superbes batailles stellaires, entre astronefs terriens, inspirés de la technologie actuelle et engins nazis en forme de zeppelins monstres. C’est ce qui surprend dans ce film, parce qu’il dépasse la simple farce de potache et même la poésie d’un Objectif Nulle, pour offrir non seulement une attaque en règle des Etats-Unis, mais un film à grand spectacle plein d’idées folles. Un trait qui se renforce d’autant par la présence de cette vieille terreur d’Udo Kier et d’Otto Götz, qu’on a pu voir en tueur dans Demain ne meurt Jamais et dans Cloud Atlas.

On pense d’ailleurs à une autre attaque en règle de la pax americana, qui tendait à transformer celle-ci en une espèce de régime nazi du IVe Reich, le magnifique Starship Trooper de Paul Verhoven qu’Hollywood et l’Amérique en général avait avalé de travers. Reprochant justement à Verhoven non pas son attaque, mais son choix esthétique, son imagerie nazie (qui respectait d’ailleurs totalement le roman). Mais puisque le réalisateur nous invite à réfléchir tout en nous moquant, il ne pouvait pas simplement faire l’impasse sur la réalité du nazisme, ne s’en servir que comme un cosmétique amusant, une comparaison facile, un gimmick Grindhouse avec un pseudo discours politique derrière comme Rodriguez avec les clandestins dans Machete.

Mais il ne pouvait pas non plus diverger sur le drame sans risquer de devenir mal élevé. C’est donc par Chaplin qu’il va révéler à une jeune endoctrinée de la lune la vérité : le Dictateur dont elle n’a vu que le ballet de Hinkel avec le ballon, sans la chute, et qu’elle prend pour un chef d’œuvre… en faveur d’Hitler. Il renvoie ici dos à dos l’image d’un être isolé et endoctriné par des images tronquées et une Amérique repliée sur elle-même, son idéologie et sa télévision. Le parallèle avec le nazisme, un autre l’avait fait avant lui : Kubrick et son Docteur Folamour, en guerre avec son bras qui tente de l’assassiner et qui ne peut s’empêcher d’adresser des mein führer au président des Etats-Unis. On y pense immanquablement quand le héros noir, aryanisé, se bagarre avec le salut nazi. Et on y repensera plus tard quand, face à un soudain enjeu économique et énergétique énorme, toutes les nations du monde en viennent à se tirer dessus. Il y a un regard définitivement désenchanté sur l’état du monde et de l’Amérique, un regard qui nous invite à nous replier dans notre Soleil Noir (la base nazie) pour récréer un monde meilleur et métis. Un rêve qui semble ne pouvoir qu’appartenir qu’au cinéma, comme celui finalement de Kill Bill. Une suite a été tourné, cette fois avec les nazis au centre de la terre et Hitler himself sur un dinosaure, la date de sortie est prévue pour septembre 2017.

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6 réactions


  • Arcane Arcane 18 mars 11:03

    Ah Dr Strangelove, quel chef d’œuvre !
    Allez un extrait :

    https://www.youtube.com/watch?v=14zfWCYuVaA


  • Dudule 18 mars 14:49

    Iron Sky est une merveille ! C’est probablement un des films les plus drôle (si ce n’est le plus drôle) de ces 10 dernières années. A voir absolument en VOST.

    Curieux que ce film ne soit jamais sorti en salle... En voyant le budget du film, les distributeurs ne l’ont probablement même pas visionné. Alors qu’Iron Sky fait aussi bien sinon mieux que bien des « blockbusters », tant par la qualité des acteurs, des effets spéciaux et du scénario. C’est de la série B assumée et parfaitement réalisée.

    Starship Troopers n’a pas pris une ride, malheureusement. Le côté parodique du film est encore plus évident aujourd’hui... Il avait échapper à certains de mes amis à sa sortie, mais par les temps qui courent, on ne peut plus le manquer...


    • pirate pirate 19 mars 03:13

      @Dudule
      Il a été distribué en salle par Disney mais bien entendu pas chez nous, les distributeurs français vendent du popcorn, des confiseurs que le cinéma n’intéresse pas et qui vont régulièrement pleurnicher que c’est trop injuste de faire parti d’une holding transnationale, le cinéma coûte trop cher, augmentons le prix des places pour faire concurrence au net.... Six millions de dollars de budget en partie financé en crowfunding qui en paraisse 50. Oui définitivement ça aurait mérité un grand écran. Et en attendant c’est un bon exemple à suivre pour des cinéastes français qui aurait les couilles de se passer de la CNC et donc de la diffusion télé... mais bon reste à trouver des réalisateurs français ayant bien des couilles, renonçant à Canal Plus Cinéma qui est de toute manière aux mains d’un épicier de quartier, et ça c’est pas gagne. Le cinéma français dans son mode de production, le choix de ses acteurs, et de ses histoires est confiné dans un carcan bourgeois et conservateur pas seulement dû aux télévisions et au mode de financement public, mais à la paresse de ses producteurs et réalisateurs.


  • LE CHAT LE CHAT 18 mars 21:37

    J’ai apprci iron sky et starship troopers ,2 excellents films qui ont bien mis mal a l’aise les militaristes ! Vivent la sortie du second volet avec les nazis chevauchant des t rex .....


    • Shawford Shawford 18 mars 21:39

      @LE CHAT

      You’re in the army now !

      S’il vous en plait, va nous secouer ce sac à puces de ranta, s’il veut pas faire la corvée de chiottes à la place de Snoop ! smiley smiley


  • Xenozoid Xenozoid 19 mars 17:18

    le 3eme est en marche doctorx va aimer

    la terre creuse et les dinosaures et hitler et plus...ça va être drôle j’aime bien les finlandais et les allemands qui les aident,oui

    juste pour dire que je les suit depuis le début.the pirkening was why i know them and support

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