jeudi 16 mars - par C’est Nabum

La Cour des contes

Dans les pas du Bonimenteur

Il est un curieux endroit, un espace mystérieux qui invite au songe et à la rêverie. J’aime à m’y égarer et je n’ose avouer que c’est en compagnie d’une gentille fée, d’une charmante dame qui se fait princesse de mon cœur. Pour mon plus grand bonheur, je dois payer le prix de ce forfait contre doux câlins et tendres baisers, le temps d’un récit ou bien d’une fable avant que toute cette illusion ne s’envole en fumée.

Mais avant que de mettre la charrue avant les gueux, j’ai envie de vous décrire ma cour des contes : ce bel endroit où j’aime batifoler tout autant qu’imaginer de nouvelles aventures. C’est un espace clos, une belle clairière éclairée de lanternes magiques qui se dressent à chaque coin de ce pentagone régulier. Au centre trône une mare dans laquelle crapauds et rainettes font joli concert. Un triton en fait voir de toutes les couleurs à son ami le chat botté, qui refuse de mettre ses petons dans l’eau.

Des nénuphars couvrent presque toute l’étendue. Des fleurs s’y épanouissent en permanence. Les saisons ont été abolies en ce bel endroit béni des dieux de l’Olympe qui, bons princes, font une petite place à Satan. Celui-ci conduit une barque qui traverse inlassablement la mare sans jamais personne d’autre à son bord. Il a bien essayé d’y inviter le chat noir mais l’animal a fait sa mauvaise tête ; c’est qu’il est teigneux le bougre.

Un saule majestueux se dresse non loin de là. Ses branches viennent caresser la surface de l’onde et une belle carpe vient se frotter à lui tandis qu’à sa cime un rossignol chante les louanges de Pierre et de Jeannette. Chacun dans cette cour connaît la langue des oiseaux et reprend avec lui d’autres refrains qui sont créés pour le plaisir de tous.

Une rivière, surgit mystérieusement d’une source dans un coin de la cour, file son chemin en d’incroyables méandres. Elle abrite des poissons qui font grand conciliabule tandis qu’un pêcheur lance vainement son épervier au milieu de son onde. L’homme reste éternellement bredouille, se complaisant à discuter avec des castors et quelques oiseaux migrateurs qui ont élu domicile ici.

Parfois, sans qu’on sache très bien pourquoi, un grand bateau fantôme, surgi du néant poursuit sa route en laissant tonner ses canons. Un capitaine courbé, manchot au crochet de fer, ayant une jambe de bois et un perroquet gris de Gabon sur l’épaule, commande à un équipage fantôme. Il se prend pour le maître de céans avant que de sombrer dans le ridicule.

Plus loin encore, d’un puits sans fond semble monter le chant des sirènes. En se penchant sur sa margelle, je ne vois rien et j’ai beau lui lancer des appels, l’écho qui me répond a une voix féminine qui porte tout le désespoir du monde. C’est le moment que choisit une curieuse sorcière pour enfourcher son balai de bouleau et franchir le mur du son.

Dans une chaumière, ma brave Irène m’invite à partager sa soupe et ses délicieux fromages de chèvre. Ses yeux sont si bleus que je ne sais qui du ciel ou bien d’elle cache les rayons du soleil. Dans sa pauvre cuisine, une jeune fille ne cesse de tisser sur son métier, un ouvrage qui, chaque nuit, revient à son point initial. Elle me regarde d’un air las ; je ne suis pas celui qu’elle attend et qu’elle appelle Le Prince des risettes. Je la laisse à son ouvrage.

Une oie et un goret sont en grande discussion. La volaille se prend de bec avec le porcin qui fait sa tête de cochon, comme très souvent. Le verrat, qui a beaucoup trop vécu, voudrait obtenir sa liberté et quitter cette cour des miracles qui n’ont jamais lieu. La dame blanche se refuse à lui donner un petit coup de main. Il est vrai qu’elle n’est guère compétente pour cela.

Un corbeau fait tout un fromage d’une sombre querelle qui l’oppose à une pie. La pie, contrairement aux apparences, n’est pas toute blanche dans une affaire de vol de bijou : un diamant au pouvoir surnaturel , sorti d’un chapeau en compagnie du lapin blanc d’Alice. La petite fille cherche à tirer l’affaire au clair, ce qui provoque la réaction d’un homme de loi dyslexique.

Mais voici qu'un chevalier a surgi au galop ; prétendant chercher une bergère, vierge de préférence avec un fort accent lorrain gardant des veaux couleur. Il avait le feu aux talons, à moins que ce ne fût en autre endroit qui effraierait la donzelle. Le cochon qui pourtant semblait tout à fait étranger à cette histoire en devenir, vint faire une scène, prétendant que tout cela sentait fort le brûlé. La canne de Jeanne vint mettre tout ce monde à la raison disant qu’il fallait bouter les Anglais de la cour.

Dans la confusion j’en profitai pour prendre par la main la charmante bergère. Je trouvai là une jeune fille peu farouche qui apprécia les quelques histoires que je lui glissai à l’oreille. Emportée par le souffle de mon imagination, la belle prétendit entendre des voix qui lui conseillaient de perdre sa fleur pour éviter des ennuis plus grands encore. Galant homme, je m’exécutai promptement, lui accordant ce que des siècles d’attente ne lui avait pas octroyé.

Ainsi se termine le tour du propriétaire. La cour des contes se referme sur ce petit rapport sans conséquence qui pourtant changea la face de l’histoire. La bergère resta avec moi dans la cour des contes et Orléans resta ceint d’une horde d’Anglois belliqueux. Charles VII ne fut pas oint, ainsi le châtelain chafouin ne peut-il citer la Pucelle dans son discours, ce qui, avouons-le, n’est pas plus mal. L’histoire fictive me va comme un gant et pour seul prix de mon labeur, je ne réclame que votre indulgence. Au loin, les chiens aboient, le Bonimenteur s’en passe ...

Uchroniquement vôtre.

bosch_jardin_fontaine.jpg



25 réactions


  • juluch juluch 16 mars 14:59

    Pas mal Nabum....

     smiley

    • C'est Nabum C’est Nabum 16 mars 18:37

      @juluch

      Je sais j’aurais pu mieux faire

      Mais la cour des contes, je ne pouvais y échapper


  • Xenozoid Xenozoid 16 mars 18:47

    pourquoi n’as tu pas fais usage de la fois,comme il était une fois....


    il était une fois
    Dans les pas du Bonimenteur
    qui nous mêne ,il y a un curieux endroit, un espace mystérieux qui invite au songe et à la rêverie. ....

  • Blondinette 42 16 mars 18:54

    Salut, Berger des Étoiles,

    t’as lâché le filon du Fion ?

    Tu veux te faire tailler un costard ?

     smiley smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 mars 19:56

      @Blondinette 42

      Il s’est glissé dans mon récit

      je ne peux me passer de lui


    • Shawford Shawford 16 mars 20:16

      @C’est Nabum

      Si vous pouviez l’expurger pour votre conte du 23 avril, ça nous rendrait service, a minima !!!!

      De la même façon, s’il vous venait des histoires de loups (et mieux encore de Louve) dans votre imagination féconde, ne vous réprimez pas, je suis sur qu’AV saura en faire ses choux gras smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 16 mars 20:31

      @Shawford

      Je compte bien le confier à un ogre


    • baldis30 17 mars 08:15

      @C’est Nabum
      rxcellent
      bonjour,

      ainsi l’avez-vous cravaté,

      car cet accessoire manque à votre précédent récit


    • Shawford Shawford 17 mars 09:06

      @C’est Nabum

      Aucune morale ne vous échappe :

      […] L’industrie et le savoir-faire valent mieux que des biens acquis »

      […] C’est que l’habit, la mine et la jeunesse, pour inspirer de la tendresse, n’en sont pas des moyens toujours indifférents ».

       smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 mars 09:45

      @Shawford

      La mienne n’est pas sans faille pourtant


    • Elric de Melniboné Elric de Melniboné 17 mars 09:49

      @C’est Nabum

      La mienne non plus...
      quoique... on peut avancer botté mais pas masqué...
      (cliquez sur mon profil) smiley smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 mars 11:10

      @Elric de Melniboné

      j’enfile les perles bien plus facilement que les bottes moi qui ne vit pas Nevers


    • Blondinette 42 17 mars 11:16

      @C’est Nabum

      Et bien contentez-vous de continuer à enfiler mes PERLES smiley smiley smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 mars 11:43

      @Blondinette 42

      Que signifie pour vous ce « contentez-vous » ?

      Voulez-vous me condamner au silence ?
      J’ai peur parfois de certaine expression


    • Blondinette 42 17 mars 11:46

      @C’est Nabum

      Relisez-moi, ou si je n’ai pas été assez explicite : enfilez sans aucune forme de contention possible. smiley smiley


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 mars 13:41

      @Blondinette 42

      Alors je fais fi de toute contention !

      Merci


    • Elric de Melniboné Elric de Melniboné 17 mars 13:50

      @C’est Nabum

      Elle vous en est gré smiley smiley smiley


    • Elric de Melniboné Elric de Melniboné 17 mars 13:55

      @baldis30

      Na boom ne distribue que des ÉTOILES smiley


    • Blondinette 42 17 mars 13:58

      @baldis30

      Et moi je vérifie si la cravate est pas dépareillée smiley smiley

      Après on peut aller jouer chez fabienm, à l’insu de son plein gré (à fabienm pas à Nabum, lui on luii la fait JAMAIS), et jusqu’ici tout au moins smiley

      Suivez ses aventures


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 mars 07:20

      @Elric de Melniboné

      Tant mieux


  • Crab2 17 mars 19:24

    Il était-une fois un homme de foi qui avait volé un os ... ; son geste courageux digne d’un-héros des temps modernes plu à ce point que, sans coup férir, il fit aussitôt le bonheur des " Chiennes de gardes " nos féministes les plus contemporaines, enfin à notre connaissance - ce n’est pas F. Fillon bon train ou Fillon à l’anglaise pour prendre des....

    http://laicite-moderne.blogspot.fr/2017/03/conques.html


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 mars 07:21

      @Crab2

      Laissons cet homme d’exception en son château, quelque part dans des oubliettes closes


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