vendredi 18 novembre 2016 - par Theothea.com

« La Peur » d’après Stefan Zweig en duel au Théâtre Michel

De la peur à l’angoisse, il n’y aurait qu’un pas à franchir ; c’est celui qu’a choisi de mettre en exergue Elodie Menant dont l’adaptation dialectique et la mise en scène catapultent ses trois interprètes au royaume Hitchcockien de la traque progressive au sein d’une montée en puissance qu’Irène vit comme un cauchemar éveillé se refermant inexorablement sur sa capacité à gérer le stress et l’amour. 

JPEG - 77.4 ko
LA PEUR
Aliosha Itovich & Hélène Degy
© DR.

 

A la façon du cinéphile de « Fenêtre sur cour », le spectateur de Stefan Zweig est appelé ici à un voyeurisme attentif dont les changements manuels de décor à vue viennent ponctuer ce sentiment diffus d’impasse psychique.

Fritz et Irène sont en couple, depuis une dizaine d’années, projeté dans une scénographie du way of life au cœur de l’Amérique des fifties version futuriste puisque la nouvelle a été écrite en 1913.

Du poste à transistors de l’époque jaillissent le Rock & Roll originel et la pub s’intégrant à la contemporanéité, alors qu’à l’heure du petit déjeuner ensoleillé, mari et femme vaquent conjointement à leurs occupations quotidiennes bien qu’un début de tension semblerait affleurer entre eux :

Rien de grave cependant, qu’un simple repli sur soi momentané suffira à résoudre de façon à pouvoir se concentrer sur leurs tâches respectives.

Mais voilà qu’un tiers va surgir dans cet ordonnancement un peu trop fonctionnel et alors qu’Irène vient de trouver une échappatoire affective à son existence en passe d’être marginalisée par des cours de piano quelque peu adultérins et qu’ainsi, de cause à effet, débutera un processus de chantage et d’extorsion de fonds dont aucune manœuvre en retour ne semblerait pouvoir freiner la pression ainsi exercée par Elsa (Ophélie Marsaud) autrement dite « l’allégorie de l’angoisse ».

JPEG - 64.7 ko
LA PEUR
Ophélie Marsaud & Hélène Degy

© DR.

Fantasme, schizophrénie, culpabilité, déni de soi, tous ces ressentis contradictoires vont désormais habiter l’entendement d’Irène vivant peu à peu sous la terreur enfantine et régressive d’une chasse aux sorcières dont elle serait à la fois le jouet et l’artisane.

Dans une scène d’anthologie où, semblant se battre contre des moulins à vent, celle-ci affronte Elsa à l’épée virtuelle, son improbable alter ego devient soudain double gestuel lui faisant face, en clone synchronisé, dans une symétrie mentale pareille à celle d’un miroir s’érigeant à la fois en conseiller opportun et adversaire à terrasser.

Quant à Fritz son mari, avocat impliqué professionnellement dans la recherche déontologique de l’aveu, il a beau jeu de feindre l’étonnement et l’incompréhension plongés en pleine fébrilité inquisitrice… jusqu’à ce qu’un coup de théâtre, s’avérant fomenté dès les prémices de leur distanciation réciproque, se prépare désormais à imploser via la remise à l’heure des pendules de la suspicion et du remords face au couple duel.

Dans un jeu intensément intériorisé, Irène (Hélène Degy) et Fritz (Aliosha Itovich) s’invectivent à fleurets mouchetés alors qu’autour d’eux se chorégraphie un ballet de panneaux mobiles ne cessant de se reconstituer en des configurations évolutives mais toujours plus oppressantes.

Les protagonistes eux-mêmes étant les machinistes de ces déplacements modulaires, l’impression d’autodestruction conjugale active paraît s’attacher délibérément à leurs pulsions contrariées dans ce passage à l’acte si mal assumé de part et d’autre… du bourreau à sa victime et vice versa mais… tellement brillant sur le plan dramaturgique.

photos 1 & 2 © DR.

photo 3 © Theothea.com 

LA PEUR - ***. Theothea.com - d'après Stefan Zweig - mise en scène Elodie Menant - avec Hélène DEGY, Ophélie MARSAUD & Aliocha ITOVITCH - Théâtre Michel

JPEG - 84.6 ko
LA PEUR
Ophélie Marsaud, Aliosha Itovich & Hélène Degy
© Theothea.com


3 réactions


  • laertes laertes 19 novembre 2016 18:06

    Allez par pitié je vais poster un commentaire :
    Ah ah ah ah ah !!


    • Theothea.com Theothea.com 19 novembre 2016 21:25

      @laertes 

      Merci beaucoup pour votre contribution participative qui, de notre part, n’appelle aucun commentaire pertinent 

    • laertes laertes 6 décembre 2016 14:40

      @Theothea.com : désolé mais mon commentaire est le plus pertinent et approprié qui soit concernant cet imposteur.


Réagir