lundi 31 octobre 2011 - par Aurélien Péréol

La source des femmes

Radu Mihaileanu dans ce film prend un parti inédit sur un problème crucial, essentiel... il prend le parti de l'humour. Il lâche l'idéologie victimiste de celles qu'on appelle à tort féministes et propose un film enjoué, vivant, plaisant à voir, pas trop maichéen et qui, cependant ne rate pas sa cible. Il n'est pas loin du féminisme partagé qui devrait être notre guide en la matière. Même et surtout si le chemin vers l'égalité est long, il faut faire un pas dans la bonne direction, un pas après l'autre. C'est comme ça qu'on fait, qu'on aille chercher le pain à la boulangerie du coin ou qu'on entreprenne un tour du monde.
Radu Mihaileanu prend le parti de l'humour, qui est la bête noire des dictatures.
Cette source des femmes développe une relation à ce type de problème, rare, exceptionnelle, inédite : l'humour. C'est un film joyeux, dans lequel les héroïnes et héros restent la plupart du temps pleins de vie. Ils affrontent des situations difficiles, ils s'affrontent les uns les autres, mais ils ne suggèrent jamais qu'il y a une vraie vie ailleurs, une vie quiserait sans problèmes. Et surtout, ils ne suggèrent pas que les problèmes seraient la cause d'un groupe humain, mal intentionné et structurellement violent. Les femmes y sont féministes, au sens propre de ce mot, elles ne cherchent pas à accabler les hommes et à leur faire honte d'être des hommes (comme s'ils y étaient pour quelque chose) ; elles mènent une lutte frontale sur le terrain de l'amour sexuel pour obtenir des amènagements à une répartition par trop inégale des tâches. Et elles les obtiendront.
 
En effet, dans ce village du bled maghrébin, les femmes doivent monter dans la montagne pour puiser l'eau. Le chemin est arride, pentu, mal pierré... Une femme en tombant fait une fausse couche. Ce n'est pas la première. Une mortalité infantile élevée oblige les femmes à de nombreuses grossesses, incertaines et dangereuses, qui abiment leurs corps, qui abiment leurs vies. Au hamman, elles parlent entre elles en riant de leur four et du pain qu'elles y mettent quand il est chaud... elles décident, suite à cet accident, de faire la grève du sexe, menée par « vieux fusil » dont le four et l'homme sont froids depuis longtemps.
 
Pendant ce temps, les hommes boivent du thé et jouent au café, pris dans un ennui mortel et triste : la sècheresse rend tout travail de la terre inefficace et condamne le pays à la survie... et à l'aide étatique, qui tarde, qui tarde...
Le maître d'école voit plus loin que la tradition. Il enseigne ou tâche d'enseigner l'égalité de tous et parfois déplait de ce fait... Il apprend à lire à son épouse. Il lui fait lire les mille et une nuits qui sont un grand poème érotique, fondement selon lui de la civivlisation arabe. Il reprend le dossier de l'électricité qui n'arrive pas au village, alors que poteaux et fils ont été mis en place plusieurs années plus tôt... Il reprend un projet de fontaine au centre du village...
La grève du sexe continue et se passe plus ou moins bien. Une femme ne peut la pratiquer car son mari la force. Un homme bat sa femme chaque soir pour briser la grève... L'instituteur et son épouse discutent. Ils souffrent ensemble mais il comprend le bien-fondé de cette grève...
Les femmes vont à la ville, en cachette et par ruse, danser et chanter leur lutte, dans une fête.
 
Certes, ce film a des allures d'opérette. Le réalisateur dit bien que les dictatures répriment surtout et d'abord l'humour, faisant de chaque chose un moment sérieux qu'elles attrapent et orientent en un seul sens.
Dans un dialogue au café, si je me souviens bien, un homme dit que si les hommes ne travaillent pas, c'est qu'il n'y a rien à faire, mais qu'ils ont fait ce qu'ils avaient à faire quand il le fallait : prendre les armes pour repousser l'occupant colonisateur, tandis que les femmes étaient protégées dans les maisons, avec les enfants. Et arrive la question fatidique, qui sous-tend, à mon sens, l'état actuel des perceptions des relations entre les hommes et les femmes : « tu ne penses tout de même pas que les hommes ne pensent qu'à la guerre même quand il n'y a pas de guerre ? » Il me semble que la réponse de la femme reste en suspens...
Or, arriver à cette question ainsi formulée (à peu près) dans un film plein de rebondissements, de rires, de chansons, où les protagonistes font ce qu'ils ont à faire avec sérieux sans trop se prendre au sérieux, c'est assez fort.
Merci M Mihaileanu, et toutes et tous qui ont fait ce film.

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