lundi 3 avril - par Theothea.com

« Le Voyage sans retour » Cinq de Coeur en week-ends aux Bouffes Parisiens

Depuis le 11 février 2017, les samedis et dimanches, aux Bouffes Parisiens, se joue jusqu'au 23 avril un drôle de "Concert sans retour" interprété par la compagnie Cinq de Coeur, mis en scène par Meriem Manant, alias Emma La Clown.

 

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LE CONCERT SANS RETOUR
Cinq de Coeur
© Paule Thomas

 

Cette troupe se compose de 2 sopranos Pascale Costes et Karine Sérafin, 1 contre-alto Sandrine Mont-Coudiol, 1 ténor Patrick Laviosa et 1 baryton Fabian Ballarin.

Elle chante a capella, seule la voix dans sa virtuosité et sa flexibilité est instrument. Sa nouvelle création avait conquis le festival off d'Avignon en juillet 2014 et avait été nominée aux Molières 2015 dans la catégorie théâtre musical. 

L'affiche insolite donne le ton. Celle-ci ressemble davantage à la couverture Hergé de « Coke en stock » qu'à une estampe japonaise. Cependant, le graphisme de la vague est le dessin clone de "La grande vague de Kanagawa" du peintre japonais Hokusai, déferlante géante prête à engloutir trois barques avec, en arrière-plan, le mont Fuji. Au milieu de cette force brutale et obscure, l'homme se trouve impuissant.

 

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LE CONCERT SANS RETOUR
Cinq de Coeur
illustration Jacques Verzier

 

Là, rien de semblable ; sous l'écume menaçante du tsunami, notre quintette paraît inconscient du danger, il garde le cap, se maintient en équilibre sur un piano qui part à la dérive et semble soudé comme les cinq doigts de la main face aux éléments déchaînés. Leur formation, la bien-nommée "Cinq de coeur" puisque c'est aussi une carte de bon augure, doit rester unie contre vents et marées pour rentrer à bon port.

Tout commence comme un concert classique, cinq chanteurs lyriques s’apprêtent à exécuter leur répertoire de prédilection, "germanique en allemand", ajoute-t-on : Brahms, puis Schubert, Bach… Tout de noir vêtus, se tenant droit comme un "i", bras le long du corps, mines austères sans afficher le moindre sourire, le public pourrait croire qu'il va assister à une représentation de haute volée au vu de la qualité des premières mesures entonnées et le niveau d'excellence des voix, on est prié de ne pas applaudir entre les morceaux, c'est du sérieux.

Seulement voilà des failles commencent à poindre, des mains imperceptiblement se déplacent et se posent sur le ventre, gestes lestement réprimandés par la chef de choeur, deux chanteuses se chamaillent comme des poules de basse-cour et petit à petit, d'énervement en jalousie, tout va partir à vau-l'eau, l'harmonie se liquéfie, les silhouettes amidonnées éclatent, les vestes réversibles deviennent rouges ou jaunes, les facéties commencent, on bascule alors dans le show.

 

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LE CONCERT SANS RETOUR
Cinq de Coeur
© Paule Thomas

 

À une musicalité parfaite et techniquement époustouflante s'intercalent des bruitages étonnants qui imitent chèvre, grenouille, rythmes d'une beatbox, train ou biniou, lesquels accompagnent des pitreries clownesques, voire la danse loufoque des derviches tourneurs en jupes et coiffes aux couleurs arc-en-ciel.

On assistera à une version espiègle de "À bicyclette". On remontera le temps pour revivre les premières surprises-parties. La musique de "la Boum" donne le ton. Chacun ira mettre son disque préféré sur un électrophone virtuel et tant pis s'il est rayé. "Hotel California" des Eagles est un très beau moment. Puis, comme autrefois, place au slow. Ce sera Dalida avec "Paroles, paroles", Julio Iglesias, grand amoureux devant l'éternel, Mylène Farmer...

On sera ému par "Spell on you" de Nina Simone ou "Avec le temps" de Léo Ferré, on se tordra de rire avec "Le chanteur de Mexico" de Francis Lopez ou une cantilène bretonne "Une jeune fille de quinze ans" qui dépareille à souhait.

Les tubes défilent et tutoient Schubert, Saint-Saëns ou l'Adagio d'Albinoni, le disco côtoie le jazz, la comédie musicale flirte avec la chansonnette. Ce fabuleux quintette joue avec la musique sans jamais la trahir et fait rire avec une maîtrise de jeux impeccable.

 

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LE CONCERT SANS RETOUR
Cinq de Coeur
© Paule Thomas

 

A la fin de leur concert parti en vrille et complètement débridé, nos mélomanes se ressaisissent, tentent de redresser la barque, endossent à nouveau leur tenue noire et reprennent la pause conventionnelle, bras le long du corps, la seule digne du répertoire romantique allemand. Mais se remet-on vraiment de la fantaisie et de l'expression extravagante et originale de chacun ?

Depuis 1991, "Cinq de Coeur" semble n’avoir jamais quitté le parti de l’humour musical qui fait leur marque de fabrique. Il nous offre ici un registre éclectique tanguant du classique au music-hall, chanté entièrement a cappella et joué au cordeau, avec un plaisir évident de partage.

 

photos 1, 3 & 4 © Paule Thomas

visuel affiche 2 illustration Jacques Verzier

 

LE CONCERT SANS RETOUR - ***. Cat’s / Theothea.com - de Cinq de Coeur - mise en scène Meriem Menant - avec Pascale Costes, Karine Sérafin, Sandrine Mont-Coudiol, Patrick Laviosa et Fabian Ballarin - Théâtre des Bouffes Parisiens

  




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