vendredi 28 avril - par christophecroshouplon

Les reflets sans miroir d’Isabelle A.

Nous avons elle et moi dix ans moins deux jours d’écart. Etant galant je ne vous donnerai pas mon âge. Sachez simplement que quand sortit La Gifle que je pus découvrir au cinéma j’avais sept ans. Et qu’immédiatement je m’identifiai à cette jeune héroïne bourgeoise en recherche de liberté, et qui telle la cible des élans de 68 par la génération de son père se prit aux deux tiers une baffe monumentale par Lino Ventura qui l’envoya valdinguer à l’autre bout de sa chambre.
 
Il m’apparait que toute la brillante carrière de la belle Isabelle fut marquée par cette gifle première, qu'un certain public friand de jugements à l’emporte pièces, une presse avide de croustillant et des paparazzis jamais en manque de harceler des artistes voulant simplement vivre tranquillement n’ont eu de cesse des décennies durant de lui administrer à son corps défendant. Rarement une actrice à ma connaissance fut autant la cible d’autant de médisances, de rumeurs, de railleries et de moqueries que la sublime interprète de La Reine Margot. Jamais n’ai-je autant entendu d’histoires « de source sure » à propos d’une actrice qu’à son sujet. Une « folle » bien sûr …Une piquée, hystérique, dépressive, hyper capricieuse, infantile et irresponsable … C’est fou le nombre de psys qu’on a dans nos carnets d’adresses…
 
Que diable donc leur a-t-elle fait, elle qui dans ses rôles donne tout et bien davantage, pour attirer à elle autant de violences sur une durée aussi longue ? Inutile de rappeler la grève des photographes à Cannes lors de la présentation de L’été meurtrier ou la rumeur sur son présupposé SIDA en 1986. A croire que d’aucuns l’aimeraient morte et enterrée d’oser exposer dans son jeu cette face démesurément passionnée jusqu’aux frontières de l’auto destruction, ce miroir si dérangeant pour certains qui en bouleverse tant d’autres, dont je fais bien entendu partie.
 
Il y a dans le rapport de cette admirable comédienne à sa propre image un fait biographique éclairant qui met bien des choses en lumière. Fille d’un père algérien kabyle et d’une mère allemande d’origine modeste et ayant grandi à Gennevilliers, la toute jeune Isabelle fut par son père interdite de regarder son propre reflet dans un miroir pendant des années, y compris dans la salle de bains. Ce dernier, honteux de ses origines algériennes, avait pour habitude de se faire passer pour turc. Y avait-il un lien ?
 
Se retrouver propulsée si jeune (dès ses premières années à la Comédie Française) sous le feu des projecteurs fut donc pour elle un véritable déchirement en même temps qu’une libération. Et l’on peut imaginer que le manque originel nécessita de fort nombreuses années pour s’éclipser sans forcément disparaitre en entier. Pensez donc : privée enfant de reflet …
 
Ses rôles les plus forts penchent (quel hasard) vers la tragédie et la mort :Adèle H, Camille Claudel, La Reine Margot ou L’été meurtrier pour les plus connus. Avec un pic vers la folie pure zulawskienne avec l’immense et unique en son genre Possession, que l’actrice n’aura de cesse dans ses interviews de regretter d’avoir tourné. Quelques rôles de comédie ou elle excelle tout autant (Tout feu tout flamme, Bon voyage…). 
 
Et puis de longues très longues absences en pleine gloire (5 ans d’absence après le triomphe de L’été meurtrier, tout autant après celui de Camille Claudel), une stratégie de fuite avec des rôles acceptés puis refusés, un départ à une semaine du début du tournage du Prénom Carmen de Godard, quelques films totalement insignifiants ou son talent se perdait (Larepentie, Ishtar, Diabolique ou Toxic Affair). Peu d’interviews, une présence rarissime dans les émissions de télévision, à la Garbo. Et une intimité corsetée et maintenue loin des objectifs, contredite par des interviews vérité à la limite de l'analyse en direct.
 
Peu de triomphes, quand on s’y penche, trois ou quatre en plus de 40 ans de carrière. Mais un statut longtemps conservé de comédienne préférée des français (dans les années 80 en tout cas, et sans doute jusqu’à la Reine Margot). et des roles, quelques uns, inoubliables et inoubliés.
 
Quelques pièces de théâtre retentissantes (Mademoiselle Julie, Marie Stuart, La Dame aux Camélias…) transformées en concert de rock tant les performances scéniques de l’actrice sont électrisantes, 3 sur 20 ans seulement, salles combles, petits évenements en soi, avec des rappels de trente minutes à la fin.
 
Des films souvent ratés depuis 10 ans et qui sortent quasiment tous à la va vite et se plantent au bout d’une semaine (à l’exception de La Journée de la jupe ou elle fut redécouverte et encensée), ce qui parait incroyable quand on songe que cette actrice, dans les années 80 et 90, était la star du cinéma français par excellence.
 
Bref à la fois peu et beaucoup, tant ses grands rôles et ses grandes performances auront marqué en profondeur son époque. Et que sa carrière fut par l’intéressée gérée en dépit du bon sens, c’est-à-dire à l’aulne du cœur et du cœur seul, ce que peu comprennent.
 
L’ayant revue tout récemment dans un très beau téléfilm, Carole Matthieu ou son talent est intact, je me suis dit que cette comédienne immense que les plus jeunes ne connaissent que via le sketch fort drôle que lui consacra Florence Foresti avait à la longueur réussi son coup en devenant enfin à son âge une comédienne parmi d’autres, sur les pas desquels miroirs et flashes ne s’acharnent plus. Son investissement artistique n’a pas changé d’un iota, elle se donne toujours autant, sans filet : sauf qu’enfin, à la longue et dorénavant attirés par de plus jeunes proies, ses poursuiveurs la laissent travailler en paix. Un droit à l’indifférence acquis de haute lutte après avoir tutoyé les sommets et plusieurs fois « touché l’fond d’la piscine ».
 

Comme un retour aux sources pour une toute jeune fille ayant grandi à Gennevilliers, française de sang mêlé, et qui loin de vouloir faire des milliers de couvertures de magazines, ne rêvait sans doute que d'une chose dans sa chambre d’enfant privée de miroirs : jouer. 



9 réactions


  • microf 28 avril 12:36

    Tout est clair, c´est une Algérienne.


    • devphil devphil 28 avril 13:47

      @microf

      C’est quoi le sens de votre commentaire ?


    • Gabriel Gabriel 28 avril 14:05

      @microf
      Oui elle est d’origine Kabyle et alors, ça vous pose un problème ? 


    • microf 28 avril 17:14

      @Gabriel
      Non non non, je n´ai aucun problème, au contraire, je suis très content qu´une d´origine Kabyle réussisse, dans les médias en France on ne parle que des musulmans et autres Arabes qui sont les problèmes de la France alors que c´est faux, alors si une Kabyle réussie jusqu´á être la préférée des Francais, je ne peux qu´être content.
      Par contre certains, ont un problème, dans l´article la question est posée pour savoir ce qu´elle leur a fait.
      Alors mon commentaire allait dans ce sens, son origine Algérienne, ceci aussi pour répondre á l´autre qui demandait quel est le sens de mon comentaire.


    • Surya Surya 28 avril 17:19

      « Que diable donc leur a-t-elle fait, elle qui dans ses rôles donne tout et bien davantage, pour attirer à elle autant de violences sur une durée aussi longue ? »


      Elle a du Talent avec un grand T, du Génie avec un immense G, et ça rend des gens jaloux. 

      La personne qui a pondu le commentaire ci dessus en est un parfait exemple.

      Malheureusement ce genre de protozoaires unicellulaires a tendance à se reproduire et devenir de plus en plus nombreux sur Agoravox. 

    • Robert Lavigue Robert Lavigue 28 avril 17:33

      @Surya

      Quand vous croiserez le prochain Protozoaire Multicellulaire (grand P et grand M) ne manquez pas de le prendre en photo... et rédigez un narticle citoyen sur l’individu.

      C’est le genre de trucs qui ont un succès fou ici !


    • Osis Osis 29 avril 08:21

      @Robert Lavigue

      Reconnaissez tout de même que cela vaut bien un article philosophique sur un footballeur ou un autre gladiateur au front bas...

       


  • cevennevive cevennevive 28 avril 15:17

    Les beaux yeux pervenche d’Isabelle Adjani.


    Les enfants métis sont souvent les plus beaux...

    Très bel article Christophe (vous avez un pseudo très difficile à retenir). Bien à vous.


  • babelouest babelouest 29 avril 06:16

    Merci Christophe, cet article était un grand moment.

    Isabelle Adjani traverse nos écrans comme un éclair de feu et de sang, et c’est bouleversant.


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