mercredi 25 janvier - par pirate

Virgin Suicides ou l’alphabet du suicide

« Je suis un adolescent, personne comprend mes problèmes » c’est par une de ces phrases plaquées et moqueuses que le film de Sofia Coppola va vers sa conclusion. Une de ces phrases que tout adolescent a un jour entendues dans la bouche d’un adulte à l’ironie simple. De ces adultes qui ne cessent de vous expliquer qu’eux aussi ont eu vingt ans alors qu’en réalité ils sont morts depuis longtemps et qu’ils l’ignorent. Une phrase qui marque non seulement du mépris aux tourments de l’adolescence mais qui ignore délibérément que les dits problèmes ne sont pas incompréhensibles mais bien qu’ils font sens en ceci qu’ils interrogent le monde adulte. Qu’ils sont le fruit d’une observation lucide, sans borne et coupante, et non pas justement ce que cette phrase idiote sous entend, un sac de noeud pour un sac de noeud. Mais l’admettre bien entendu serait remettre en question tous les mensonges avec lequel le monde adulte négocie, il est plus simple d’ironiser. Et si Sofia Coppola met ici cette phrase dans la bouche d’un jeune gommeux se prenant pour ses parents, ce n’est pas par hasard. Car au fond que nous dit elle le temps d’un plan, ce sont ceux qui se prétendent adultes qui se moquent de l’adolescence comme de l’enfance et de son point de vue.

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Et pour se faire, pour démontrer de ce particularisme, Sofia Coppola va précisément utiliser le langage de caméra de ces pseudo adultes là, une narration par leur point de vue, laissant à ses virgin suicides le statut d’icônes mystérieuses que leur confèrent les jeunes mâles amoureux, comme la télé ou leurs parents, un père effacé et dépassé, une mère pleine de ses certitudes quand l’amour irréprochable qu’elle aurait porté à ses enfants. En surface et en narration, rien jamais ne nous est expliqué. Nous sommes spectateurs d‘un drame sans clef ou plutôt autour duquel tout le monde tourne sans jamais la saisir. Un drame dont l’élément déclencheur est le suicide de la plus jeune des soeurs de la famille et qui nous est laissé sans motif aucun.

 

Et partant, en surface, même en grattant les couches superficielles, Virgin Suicides donne le portrait d’une chronique douce amère sur l’adolescence, dans un univers à la le Lauréat au fil d’une amitié qui n’est pas sans rappeler Stand By Me ou Georgia. On comprend donc bien que c’est ce lent étouffement de leur jeunesse qui tuera ces jeunes filles qui au reste choisirons toute de mourir asphyxiées, que l’arbre devant la maison est un symbole fort pour elle, et que les garçons comptent, et on peut en rester là, sans sortir de ce nébuleux point de vue sur l’adolescence d’un film sans portée réelle au rythme aussi lent et pesant que l’ambiance de la maison des Lisbon. On ne saura jamais pourquoi la gamine s’est suicidée, « Je suis un adolescent, personne comprend mes problèmes » donc…

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Pour autant Sofia Coppola est une adulte qui a grandi sans jamais perdre de vue son enfant intérieur. Et comme tel, c’est un point de vue bien plus global qu’elle nous offre, ou plutôt n’offre qu’à ceux qui comme elles ont gardé à la fois ce sens d’observation et ce sens critique propre aux enfants et aux adolescents, avec ce même côté malicieux dans sa manière de cacher les clefs. En réalité si on observe la grammaire même de la caméra et on tient compte à la fois du casting comme du choix de la garde robe, l’on découvre ou plus exactement on a des indices exacts sur le point de vue de la plus jeune des suicidées et partant sur ce que ses soeurs ressentent également du monde qui les entoure. Linéaire en apparence dans son montage c’est au passage d’une banale séance de télé en groupe que l’on est saisi, comme par accident de la bizarrerie réelle qui se cache derrière cette famille. Quand sur la voix du père (James Wood acteur connu pour ses rôles nerveux voire violents et son visage ravagé de névroses ) la caméra se fixe sur un documentaire animalier montrant deux crocodiles se chamaillant. Un plan qui en suit immédiatement un autre, d’abord général avec la mère au centre choisissant le programme au milieu de ses filles (ici Kathleen Turner, la mémorable infirmière sadique de Vol au dessus d’un nid de coucou) puis celle d’un troupeau de gnous en migration. La bizarrerie des plans m’a immédiatement renvoyé à la scène dans la maison des « ogres » dans la Peur au Ventre, où une même bizarrerie est instauré pour figurer le ressenti d’un enfant face à un couple inquiétant. Ici donc Sofia Coppola, qui ne filme jamais au hasard, nous offre en réalité le ressenti de ces jeunes filles. Qui somme-nous ? Des animaux en transhumance conduit comme un troupeau aveuglé par une mère tout en surface de chocolat. De la viande sur pied, indifféremment habillée pour le grand bal du pré coït. Qui sont-ils ? Des créatures préhistoriques, carnassières et dangereuses. Bref, ce qu’elles savent de leur parents dans leur ressenti sans que jamais les apparences ne viennent à craquer. Or si on pousse l’analogie du crocodile plus loin, pour tuer ses proies il les entraine sous l’eau pour mieux les consommer une fois asphyxié, et quand il se reproduit cela tient du viol pur et simple. C’est donc cette vision qu’ont les filles de leurs parents, et si l’on tient pour écho qu’en effet ils finissent par asphyxier leurs enfants pour ensuite vendre leurs effets en parlant d’amour, cela donne une autre perspective sur comment elles perçoivent leur père et le rapport de force qui les a mis au monde, du viol entre crocodiles.

 

Partant de ça, on comprend sans mal ce que Trip représente pour le personnage de Dunst, un voyage presque interdit donc, une autre vision du sexe, une échappatoire érotico romantique. Pour obtenir cet effet de véracité d’un ressenti, Sofia Coppola laisse sa caméra trainer comme au hasard. Ainsi le pasteur qui vient « réconforter » les Lisbon au décès de la plus jeune, erre dans la maison comme s’il cherchait Dieu. Or de Dieu il n‘y a pas, seulement des jeunes filles rangées le long d’un mur comme un alignement de chaussures, un père qui déraille dans son fauteuil et sa garde robe papier peint et une mère retirée dans son silence. Avec en conclusion cette magnifique sentence du pasteur qui estime qu’il n’y a pas eu suicide mais accident. De sorte que l’on nie d’un coup non seulement l’acte mais son motif. Or pour rappel, quand on sort la gamine de sa baignoire de sang, c’est une Vierge à l’enfant qu’elle laisse choir de sa main, une vierge souillée de son sang. Dieu est bien absent de cette maison où l’on est pourtant si pieu mais l’enfant se retient quand même à lui, comme si elle retenait sa foi là où ses parents l’avaient perdu au profit du dogme. Et la mort qu’elle se choisit, immédiatement après avoir obtenu la permission de sa mère de se libérer est de s’empaler. Une mort par pénétration… Une analyse superficielle pourrait inventer un inceste caché ici, il ne retiendrait pas le fait que le père n’est ni là, ni sexué en leur présence, qu’en réalité la démonstration de sa sexualité se signifie par le nombre de fille d’âges successifs auprès d’une mère dont l’idée même de sexualité semble rebuter. On en revient donc au viol entre sauriens, à ce ressenti jamais dit ou même explicitement montré qui relève à la fois du mystère autour de la sexualité en général que de la monstruosité sous tendu d’un père qui s’efface partout sauf quand il s’agit de pénétrer sa femme. Et qui du reste porte sa fille comme le mari l’épousée à l’entrée de la chambre nuptiale, alors que celle-ci est morte.

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Ce même mari que l’on verra capable de s’imposer devant des grévistes quand il enterre mais qui le reste du temps n’est qu’un falot personnage. Bref un homme qui ne sait s’imposer qu’à l’heure de la petite ou grande mort. A côté d’une femme dont idée de séduction, de désir même lui est parfaitement étrangère. Quel regard peut dès lors avoir une enfant du monde si on y ajoute à ça une lente asphyxie de leur jeunesse bourrée au chocolat de l’amour de la mère. Et pour qui douterait que le choix des armes est signifiant ici, je vous renvoie au choix de mort des autres soeurs. Le film de Sofia Coppola ne s’aborde pas en seule prise. La lucidité sans rémission qu’elle glisse au milieu de figures et de rhétoriques scénaristiques et filmiques (la vision des médias, celle des voisins, des jeunes hommes) nécessite d’autant de vision qu’elle est faite de détails et d’observation pointues. Que comme le dit un des garçons, les femmes en savent plus long et qu’elles ne se livrent pas comme ça. Mais je crois que tous le sens se situe dans le titre lui même.

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Pris séparément et dans le contexte, Virgin Suicides pourrait faire référence à la virginité des filles et donc à leur mort. Mais il s’entend en réalité, littéralement, par « suicides vierges ». Un suicide vierge de tâche, de raison pénétrante et signifiante, bref un suicide comme il est perçu de l’extérieur, sans motif vraiment apparent. Or bien entendu il n’y a aucune virginité ici sinon celle purement fonctionnelle de filles qui préfèrent ne jamais grandir plutôt que de reproduire le viol ménager de leur mère, revivre les déceptions amoureuses de leur âge, bref ne jamais se sexualiser et laisser à leurs partenaires potentiels comme seul trophée des dépouilles. Mais puisque ce film ne s’aborde pas en une seule prise mais comme un mélange de regards ne formant qu’un seul et même point de vue sur le monde supposément adulte et sur celui bien plus lucide et redoutable des enfants et des adolescents, il est probable que d’autres spectateurs découvriront d’autres motifs, d’autres monstres banals dans les ombres et les silences de cette parfaite petite famille de bigots et par extension dans leur voisinage. Comme ceux là même que dénonce un des jeunes hommes, jouant au tennis et au golf après la mort de cinq gamins, comme s’ils avaient déjà tout vu et compris, au demeurant leurs parents. Ou remarquer qu’en réalité les lignes de dialogue des jeunes femmes sont réduites à rien et qu’elles sont systématiquement racontées et réinventées par d’autres. Sofia Coppola a composé à la fois un film de signes, un film sur le deuil, l’adolescence et l’enfance, un film à tiroir qui interroge moins notre ressenti de spectateur, nos émotions que notre ressenti réel, dans la vie courante, notre lucidité. Qui s’adresse en réalité uniquement à ceux qui voudraient comprendre, et ceux qui comme elle ont conservé leur hyper sensibilité et verront au delà de la simple subjectivité d’un spectacle. Encore une fois on peut rendre hommage aux acteurs ici. Kristen Dunst incarne la jeune femme qui préfère s’envisager avec l’amour plutôt que comme sa mère, viande sur pied. Kathleen Turner et James Wood qui ont la tâche difficile d’être à la fois parfaitement transparents et omniprésents, occultés mais remplissant tout l’espace. Et une maille de comédiens plus ou moins connus qui forment sur cette histoire une même présence/absence. Comme s’ils restaient perpétuellement spectateurs et décor du paysage de la jeunesse de ces jeunes femmes, éternellement incapables de comprendre les enjeux d’une vie adulte dont elles ont rapidement appris les coupants contours. L’ironie de l’affaire c’est qu’il s’agit d’une première oeuvre, relevant d’une maturité et d’une maîtrise rare du médium cinéma et qu’en conséquence le film ne sera jamais autrement récompensé que par des prix « junior » comme si on attribuait à perpétuité au point de vue qui s’en dégage une importance relative, de celle là même qu’on en accorde au fameux mal être des ados. Toujours est il que je ne saurais trop vous conseiller de le regarder et si vous l’avez déjà vu comme moi d’en remettre une couche pour commencer à appréhender toutes les facettes. Dans un paysage de cinéma américain de redondance et d’effets soulignés, c’est le genre de travail qui redonne foi dans ce qui se passe à Hollywood.



38 réactions


  • JL JL 25 janvier 14:28

    Vous auriez pu signaler que ce film réalisé en 1999 est l’adaptation plus ou moins fidèle du roman de Jeffrey Eugenides publié en 1993.

     
     Pour avoir lu le livre avant de visionner le film, il y a longtemps, je crois pouvoir dire que cette histoire de crocodiles n’appartient pas au roman. Est-ce un apport de Sofia Coppola ? Avec ou sans l’accord de l’auteur ? 
     
     Une réponse à cette question serait la bienvenue.

    • pirate pirate 25 janvier 16:42

      @JL
      vous excitez pas comme ça 1) je ne l’ai pas dit parce que je l’ignorais 2)c’est un effet du film et on a pas besoin d’accord de l’auteur pour savoir comment on apporte du signifiant à un film, maintenant vous avez lu le livre si vous vous en parler ici ou ailleurs feel free


    • pirate pirate 25 janvier 16:46

      @pirate
      erratum : si vous voulez en parler... etc.


    • JL JL 25 janvier 19:28

      @pirate
       

       ’’on a pas besoin d’accord de l’auteur pour savoir comment on apporte du signifiant à un film’’
       
       Cela dépend des accords passés voyons !

    • pirate pirate 25 janvier 19:38

      @JL
      mais non, il ny a pas d’accord passé, il y a achat des droits sur un livre et jamais aucun achat de droit ne stipule des exigences de mise en scène de la part de l’auteur et encore mons à Hollywood, sans quoi ni Shining ni Blade Runner, ni il Postino n’aurait été réalisé ainsi.


  • meslier meslier 25 janvier 17:24


    Merci pour l’article .
    C’est toujours triste le suicide d’adolescents , ce film aura marqué une génération


  • Sergio Sergio 25 janvier 18:17

    Je connais une famille dont la fille adolescente faisait à répétitions des tentatives de suicide. 

    Des mesures de protections furent mises en place notamment à l’école, la consigne comportait de ne jamais la laisser seule. Un jour elle demanda à son professeur de s’absenter pour se rendre aux toilettes, finalement elle se jeta du troisième étage et succomba.
    Comment une telle volonté de mourir peut-elle se programmer de façon aussi déterminée chez une enfant ? comme si elle voulait revenir à la naissance, quel paradoxe !
    Il y a quelques années, j’ai lu les thanatonautes de Bernard Weber, cela parle d’expériences de voyages dans la mort, une forme de monde parallèle dans lequel se rejoue l’histoire de l’humanité. La mort ici est traitée comme un passage et non comme une fin, il y aurait-il dans l’esprit de certaines personnes et particulièrement certains adolescents, une culture, une croyance qui les poussent inexorablement à commettre le suicide ?

    • pirate pirate 25 janvier 18:54

      @Sergio
      C’est compliqué le suicide, personnellement j’en ai eu beaucoup autour de moi, 5... les raisons sont souvent variée et mystérieuses. Ce que rend bien d’ailleurs le film c’est qu’il laisse tout le monde face à une question sans réponse vu qu’on est conditionné à vivre et pas à se tuer.. La dernière victime était mère de famille, elle subissait je pense une dépression au long court avec peut-être un vieux fond de bipolarité jamais diagnostiqué, ajouté à une polytoxicomanie. J’ai passé un an environs à essayé de la convaincre de ne pas se suicider, jusqu’au moment où je me suis dit qu’il fallait que j’accepte cet état de fait, que ça arriverait quoiqu’on fasse. pendant cette année elle a fait trois ou quatre tentatives. Lors de l’une d’elle j’ai eu un psy au bout du fil (elle avait donné mon numéro....) je lui ai dit mon sentiment, bien entendu il ne m’a pas écouté, mieux quand je lui ai expliqué que moi j’avais accepté ce fait, qu’elle se suiciderait quoiqu’il arrive, il m’a expliqué que je cherchais à me protéger. Non. Nullement, et je n’ai pas été épargné. C’était elle qui m’avait fait admettre que c’était son droit. Quand je lui ai rappelé qu’elle avait un fils de trois ans que ça déglinguerait sans doute à vie, elle rejetait l’argument, qu’il s’en remettrait et d’ailleurs son raisonnement était qu’il valait mieux qu’il n’ai pas de mère du tout qu’une dépressive alcoolique et droguée. La seule fois où je l’ai touché, c’est quand je lui ai rappelé ce couplet du Poinçonneur des Lilas qui dit qu’il n’y a pas de soleil sous la terre, elle adorait sentir le soleil sur peau. Elle semblait en effet croire que la mort était un monde parallèle où elle serait libéré de sa souffrance. Une souffrance qu’elle trainait depuis l’enfance, notamment à cause d’un beau-père violent d’une mère à la ramasse d’un père inconnu qui faisait d’elle la seule métisse de sa famille. On se connaissait de Facebook on s’est rencontré, vaguement sorti ensemble, elle s’était fortement identifié à l’héroïne d’une de mes nouvelles inspirée d’un moment tragique de ma vie, au point où quand on s’est rencontré elle a parlé de « retrouvaille » (dans la nouvelle et dans la vie l’héroïne s’est également suicidé). Une semaine environs après notre première et seule rencontre, alors qu’on causait sur FB et qu’elle attendait son fils et le père de celui-ci (garde alternée) elle m’a balancé avec sa brutalité habituelle : « bon je finis ma vodka et j’en termine ce soir » et dans la foulée s’est pendu. C’était le 25 octobre 2015 elle s’appelait Angèle, vous pouvez lire ses textes sur mon blog en lien (voir le site le Matin des Noires) Depuis j’ai eu une très longue conversation avec sa soeur mais on a pas poursuivi, et je peux aisément comprendre pourquoi


    • velosolex velosolex 25 janvier 18:59

      @Sergio
      C’est difficile pour tout le monde, pour les parents, pour les enseignants, pour les soignants ; plusieurs fois je me suis trouvé, heureusement avec les autres, car tout de même on travaillait en équipe, accablé par la mort atroce de ces jeunes gens, lancés parfois sur un rail funeste, et qu’il était bien difficile de les détourner de leur objectif. Souvent jeunes et brillants, d’’ailleurs, loin d’être concernés tous par des situations sociales défavorisées, et des situations de perversion, quoique la situation qui m’a le plus bouleversé concernait un jeune homme présentant justement un tableau d’éducation très perturbé, et le mot est faible. 

      Ce sont les quarantièmes rugissant que certains doivent traverser, avec cette assurance qui tient de la foi entière, en toute chose, qui pèse sur les adolescences exarcerbés, et qui leur font évaluer d’un oeil extrêmement tranchant et clinique le monde des adultes, et leur propre avenir au sein de ce groupe...Ils ne s’y voient pas, ils sont absents de cette réalité. L’envie n’est pas là. Sans doute parfois suffit il de beaucoup et de peu à la fois pour passer de l’autre coté, pour réussir ce bon métaphorique, et passer de l’autre coté de la faille.
       D’arrêter de jouer avec la mort et les idées pour enfin vivre, dégagés des images qu’on pensait éternelles. L’action peut être une voie de sortie, partir, voyager, rompre avec le milieu. IL y a des fugues parfois, qui sont parfois la seule issue, car elles vous obligent à vous réinventer, à vous réinitialiser. Mais faut il encore avoir cette énergie vitale. 

    • Sergio Sergio 25 janvier 19:31

      @velosolex 


      ’IL y a des fugues parfois, qui sont parfois la seule issue, car elles vous obligent à vous réinventer, à vous réinitialiser ’

      Je pense qu’il y a des fugues que l’ont fait un jour, même adulte, et ce sont probablement celles que l’on a pas pu faire, par trop de jeunesse quand la souffrance arrive trop tôt, par pas assez de courage ou parce qu’on n’y a même pas pensé et parce qu’il fallait tout encaisser et survivre. 
      Passer de l’autre côté de l’enfance doit donner les moyens de continuer à se réaliser, pour le peu que l’on se déprogramme de l’avenir tracé par les autres, oui se réinitialiser, s’exposer et se remettre soi même en souffrance parce qu’on le désire. Tout à l’heure je parlais avec mon fils adoptif, il consomme son enfance à nos côtés et souvent me dit même à 16 ans, PAS MAINTENANT !


    • velosolex velosolex 25 janvier 20:28

      @pirate

      Je lirais vos textes, en connaissant déjà la qualité. Et le vécu ne nuit en rien à l’affaire. Nous gardons en nos l’image de ceux qui nous accompagné, et c’est comme ça qu’ils continuent à vivre. Certains n’ont même pas cette chance de leur vivant.
      Vous mettez le doigt sur quelque chose de fondamental dans la relation d’aide ; La parole heureuse, salvatrice. Le choc qu’on peut provoquer. J’ai parfois vu des patients, quelques années plus tard qui me rappelaient comment j’avais pu les aider. Simplement par le biais d’un parole, d’une analyse qui m’avait semblé anodine, mais qui avait fait sens. 
      Mais par effet inverse on peut conjoncturer sur quelques phrases malheureuses, dites trop rapidement, ou alors qui faisait sens pour des raisons mystérieuses, et qui avaient pu créer l’effet contraire. Notre responsabilité est grande les uns envers les autres.
       Mais il me semble que l’essentiel tient dans l’empathie, au delà des paroles, le message implicite adressé à son semblable, l’authenticité et l’aide...Quand aux leviers qui mènent à la guérison, ils sont parfois curieux. J’ai le souvenir d’une patiente, si alcoolique, ayant passé tant de cures de désintoxication en vain, que le diagnostic vital était engagé. D’ailleurs, cette fois ci, nous l’envoyâmes en gastro, car elle avait des varices oesophagiennes, et une cirrhose. Plus aucune nouvelle pendant plusieurs années. On la pensait morte. Et puis un jour elle revint, mais cette fois pour une dépression légère...« Je ne bois plus une goutte », me dit-elle...
      Elle me raconta alors son histoire : Au retour de gastro, elle fut renvoyée chez elle et trouva le lit mortuaire, entourée de quatre catafalques autour du lit.(nous sommes en bretagne)...Qu’est ce que c’est que cela« , Demanda t’elle a son mari. ... »« Oh, ben j’ai téléphoné à l’hopital, et les nouvelles qu’ils m’ont données n’étaient pas encourageantes, alors j’ai pris mes dispositions..... »
      Pour la première fois de sa vie, elle s’était vu morte. 
      Non plus dans le discours, et les hypothèses, mais dans la réalité ; et ce choc « sauvage » fut pour elle un catharsis, et aboutit à une élaboration que toutes les cures, et les visites chez moutles adictologues ne lui avaient pas permis. 

    • velosolex velosolex 25 janvier 20:47

      @Sergio

      Je ne parle pas des fugues pathologiques, qui sont condamnées dés le départ. Je me souviens d’un psychotique, qui, quand il allait mal commençait à marcher vers la gare, puis suivait un rail, au hasard, ne le lâchant plus pendant des jours et des jours, marchant parfois ainsi jusqu’au sud de la france. 

      D’un autre tournant interminablement autour des ronds points à l’anglaise ; Il se passait parfois des heures avant qu’on le remarque. Le rond point était un espace de liberté qu’il avait trouvé, parfait dans son éventail de possibilités offertes, tant qu’on avait pas fait un choix. Mais l’étourdissement vous guette, c’est la rançon de l’indécision et des joies du manège d’enfant, où l’on ne peut même plus attraper de pompon, et où l’on ne vous demande même plus de ticket pour continuer sans limite à tourner sur soi même.
       Me voilà rendu dans « citizen kane », et son héros milliardaire pleurant son traîneau sur son lit de mort, et lâchant son nom énigmatique avant de mourir. 
      « rosebud ».....
      Regret éternel d’avoir laissé son traîneau dans la neige, l’enfance nous structure et nous rejoint à tout age, elle est là en nous, une soupape essentielle à notre survie, qui nous garantit toujours l’enthousiasme, l’humour. 
      Il faut dire aux enfants que ce n’est parce qu’ils vont grandir qu’ils doivent refuser de rester des enfants, et de garder la magie en eux. 
      Tout le monde n’est pas obligé de devenir Fillon, ni Pénélope. Le pompon du manège est toujours là au dessus de nos yeux. « Je regarde les nuages, les beaux nuages blancs » disait Baudelaire. 
      J’ai prété il y a quelques années mes albums non pas de Filon , mais de Philémon de Fred, ( j’allais dire Freud...) )à une copine, et son fils à travers ces belles bandes dessinées dignes d’alice au pays des merveilles, en trouva un soutien utile, et me demanda la suite, dans ces beaux albums intitiatiques 
      On a toujours le choix d’être le papa bougon, septique des rêves des autres, ou le tonton initiateur d’un monde parallèle

    • pirate pirate 25 janvier 20:47

      @velosolex

      oui c’est compliqué, je n’ai pas réussi à provoquer ce choc chez les uns et les autres, et tous fanfaronnaient plus ou moins sur leurs blessures. J’ai personnellement envisagé trois fois cette question au cours de ma vie, la première fois j’ai renoncé à la dernière minute parce que je ne voulais pas que ça se produise en public devant ce que je tenais pour des cons, la seconde parce que j’étais en colère et qu’avant de me foutre en l’air je voulais balancer à ceux qu m’avaient conduit au bord d’une falaise c’est donc la colère qui m’a sauvé. La dernière fois j’ai envisagé, élaboré la question avec froideur pendant deux jours, et puis j’ai pas supporté de vivre avec cette idée de meurtre dans la tête et je me suis accroché. Je prend le suicide comme une option possible en cas où aucune autre solution semblerait possible mais vu comment j’aime la vie il me faudrait une dose de courage que je n’ai pas. Pour le texte dont je parle et auquel la jeune femme s’est identifié c’est là : https://unchatsurlepaule.wordpress.com/2014/10/31/30-septembre/


    • velosolex velosolex 25 janvier 21:25

      @Sergio
      Personne de nous sait comment et quand la route s’arrête. Mais vous m’avez l’air d’avoir des armes solides, un beau potentiel de guerrier et de poète, l’allure d’un de ces vieux samouraïs du conte de Kurosawa, propre à trouver des beautés dans une morve de nuages. 

      La colère est la soeur de la passion, comme la haine est fleur de l’amour. Le danger vient du vide. Un sentiment passager et répétitif néanmoins et que l’on nomme raptus. Il peut s’éteindre après avoir aperçu la « dame blanche »pas très bandante, quand elle danse avec ses fémurs, et son bassin creux..... Le plus grande partie des suicidés que l’on a sauvé, si l’on peut dire ainsi, étaient en fin de compte contents d’avoir survécu...Le suicide est lié souvent à ce sentiment de décompression, cette déflation qui peut survenir dans un moment de faiblesse, et où l’on apprend de mauvaises nouvelles, où l’on est « anéanti », ce terme faisant sens. Le stress concomitant à certaines situations, et le pression sociétale, fait qu’on a vu le suicide de plusieurs chefs cuisiniers de renom par exemple. La Fontaine, dans « la mort et le bûcheron nous dit déjà tout cela. 
      Il faut apprendre donc à ne pas dramatiser si l’on rate une sauce béchamelle, et si les étoiles de votre restaurant tombent dans le caniveau ; » La vie est une face dite par un idiot,« nous disait déjà Shakespeare ; un maitre à penser et à vivre. 
      Rien que de la littérature diront certains, qui ont déjà un pied dans la tombe.
      Gamin, la lecture des »pieds nickelés« , escrocs notoires, mais toujours gais, au delà de case » fin "où ils repartaient les poches vides et le coeur plein fut pour moi une de celle qui compte. 

    • velosolex velosolex 25 janvier 21:30

      @Pirate

      En fait le post dernier destiné à sergio vous était adressé

    • pirate pirate 25 janvier 21:35

      @velosolex
       smiley oui en fait j’avais compris tout seul


    • pirate pirate 25 janvier 21:38

      @velosolex

      la vie est une farce dites par un idiot pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien...

      Oui j’ai mis cette citation en exergue d’une nouvelle.


    • Osis Osis 26 janvier 14:08

      @pirate

      « C’est compliqué le suicide, personnellement j’en ai eu beaucoup autour de moi, 5... »

      Forcément.


    • pirate pirate 26 janvier 14:25

      @Osis
      forcément quoi ?


  • Rincevent Rincevent 25 janvier 18:27

    De ces adultes qui ne cessent de vous expliquer qu’eux aussi ont eu vingt ans alors qu’en réalité ils sont morts depuis longtemps et qu’ils l’ignorent. Au moins, ceux-là ont une mémoire, même si elle « s’arrange » avec la réalité d’aujourd’hui. Ils y en a d’autres, par contre, qui me stupéfient : je veux parler de ceux qui donnent l’impression de ne jamais avoir été jeunes.

    Une vraie amnésie de leur enfance. Ils n’expriment aucun souvenir, ou peu (en positif ou négatif), ne parlent jamais d’autres envie qu’ils auraient pu avoir, plutôt que d’être ce qu’ils sont aujourd’hui. On dirait qu’ils sont nés adultes.

    Peut-être que ceux-là ont tué une bonne fois pour toutes leur enfant, afin qu’il ne les dérange plus ? Une autre forme de suicide…


    • Sergio Sergio 25 janvier 18:51

      @Rincevent


      Bonsoir Rincevent, j’ai souvent l’occasion de rencontrer en rapport avec ma profession, beaucoup de personnes qui ont souffert durant leur enfance, ils en parlent rarement et posent souvent un chapeau dessus. Le chapeau, vous devez vous en doutez peut être pour certains, l’usage de drogues, pour d’autres, probablement certaines déviances morbides, hélas bien souvent relayées par l’actualité, et pour d’autres, RIEN

      Beaucoup de soignants découvrent qu’il est très délicat d’enlever ce ’chapeau’, souvent ces personnes en souffrance mettent énormément de temps à en parler, mais bien souvent rien ne change, ils se sont construits avec des failles et pour certains cela peut se révéler une force, allons savoir, mais eux on le les rencontre jamais.

      J’imagine que quand vous écrivez :

      Peut-être que ceux-là ont tué une bonne fois pour toutes leur enfant, afin qu’il ne les dérange plus ? Une autre forme de suicide…

      Vous nommez leur enfant ’eux mêmes’, et vous avez raison parce que c’est réellement ça !





    • pirate pirate 25 janvier 19:12

      @Rincevent
      vous savez naitre vieux n’est pas irréversible personnellement j’ai commencé à rajeunir quand j’avais la quarantaine et que j’étais à la rue. C’est aussi souvent un effet de votre éducation et des conditionnement afférant


    • Rincevent Rincevent 25 janvier 19:18

      @Sergio

      Bonsoir à vous

      et pour d’autres, RIEN. C’est bien de ceux-ci dont je parlais. Pour les autres, il se trouve que, moi aussi, j’ai baigné une trentaine d’années dans le milieu des souffrants et, pour ceux-là, les causes sont beaucoup plus évidentes, hélas.


    • velosolex velosolex 25 janvier 19:26

      @Sergio

      Les causes sont conjoncturelles, ridicules, aussi surprenantes parfois qu’un bus qui s’arrête ou non. Ce n’est pas pour rien que beaucoup d’adolescents jouent parfois à la roulette russe ; où s’offrent au feu dans les guerres, alors que les vieux sont bien plus prudents. Ils jouent parfois avec leur vie, dans le sens primaire du terme. 
      Celle ci pouvant avoir la même dynamique qu’une trainée de poudre. C’est ainsi qu’on voit des suicides collectifs, des endoctrinements sectaires et morbides, comme on les voit chez « Daesh lave plus blanc »...Beaucoup d’écrivains comme Modiano, ou Simenon ont construit l’essentiel de leur oeuvre sur ces quelques années tendres où l’on peut passer facilement de l’autre coté, le suicide, ou le crime ; ne parlons pas de Rachkollnikov dont je me souviens encore du nom, plus d’un demi siècle après avoir lu « crimes et châtiments ». 
      Il est question ici et là de se souvenir de sa propre jeunesse, et si je me souviens bien de la mienne, je sais combien le sens de la vie, son orientation, avait une importance énorme, ainsi que les rapports d’amitié et d’amour, bien loin des serments des probité faux de Fillon attestant l’honnêteté de sa Pénélope...Sans doute que l’état du monde à une action délétère sur les ados, dont on refuse d’ailleurs leur intronisation...Les étapes d’initiation ont disparu, les adultes sont devenus gris, singeant une jeunesse adipeuse d’happy few eternels, refusant de passer les témoins, se cramponnant à des valeurs d’hédonisme ; Où en était je dans tout ça ?....Culpabiliser quelqu’un ?...Trouver des causes, des boucs émissaires, voila où j’en suis. Zorn un écrivain suisse a désigné les coupables, avant de mourir d’un cancer, qui était pour lui une forme de suicide. Mais je ne sais pas s’il faut le croire sur parole. C’est toujours tentant de se faire victime, et non acteur

    • pirate pirate 25 janvier 19:51

      @velosolex
      Parfois on est les deux, victime et acteur. Je pense à ce copain qui après ses quatre ans de prison ne s’en est jamais remis et trainait probablement une dépression pas soigné en taule parce qu’il ne voulait pas se cachetonner comme il disait. Il allait mal ses soeurs et moi n’arrêtions pas de lui dire d’aller voir un psy mais il ne croyait en rien et encore moins la vie, parfois il me disait « c’est ça la vie ? Fumer du shit, picoler et baiser des tapins ? » c’était ça sa vie et il ne voyait rien d’autre parce qu’il ne s’était jamais envisagé que comme une sous-merde, un rebut des quartiers estime de soi à -10.


    • velosolex velosolex 25 janvier 21:49

      @pirate
      Pour mon compte, mes années de jeunesse ne furent pas très exaltantes, je veux dire objectivement, déchiré d’un déménagement, et d’un instit pervers à l’autre. Le ton était fataliste dans la famille, avec une mère plutôt dépressive qui avait décidé que la vie était une vacherie, surtout les hommes, et qui vouait l’essentiel de ses attentions à ses filles. La dedans j’avais toute liberté, tant qu’on m’a mis en pension j’étais chez les curés. A six ans sur mon vélo, je faisais déjà 15 kilomètres l’après midi sans que cela ne pose de problème, tant que j’étais de retour à huit heures du soir.....Un père cordonnier, marchant ambulant, alcoolique notoire, mais très sympathique au fond dans ses élucubrations, qui donnait une notre exotique et humoristique au fond de commerce, et qui m’ennenait parfois dans ses tournées anachronqiues. Le ton de « mort à crédit », sans la respectabilité du père, donc, ni les soins jaloux de la mère. Malgré cela j’étais le guignol, d’une classe et d’un redoublement à l’autre, avec le français et le dessin comme seules armes reconnues. Le BEPC en poche, l’usine, les courses de vélo, les voyages, les saisons....Je ne sais pas trop comment je suis arrivé infirmier, le seul d’une promotion de 50 à ne ne pas avoir le bac, mais je peux dire que l’essentiel de ce que j’ai appris, est dans ces écoles parallèles, à la marge de la vie, qui ont fait que quand j’ai lu « l’attrape coeur » de Salinger, plus tard, je me suis dit que c’était exactement cela. Alors me venait l’assurance que ma jeunesse était encore devant moi. 


    • pirate pirate 25 janvier 22:37

      @velosolex
      Pas lu le Salinger faudra que je rattrape cet oubli. Moi c’est pas compliqué je suis né très intelligent et sensible dans une famille de névrosés à l’intelligence moyenne. J’ai une enfance et une adolescence d’adulte à m’occuper des névroses de ma mère et à gérer l’absence de mon père jamais là même quand il y était. Comme vous mon plus gros diplôme c’est le BEPC mais par contre j’ai gagné ma vie en écrivant (d’ailleurs je ne me dis jamais je vais écrire mais je vais travailler) parce que je le voulais. Et comme vous tout ce que j’ai appris je l’ai appris seul ou en suivant des chemins de traverse. J’ai appris la technique de l’écrit en faisant de la pub et du jeu vidéo, quand j’ai commencé le Wing Chung, j’ai très vite été à l’aise parce que j’avais enregistré des kilomètres de péloches de film de Hong Kong et que j’ai une grosse mémoire photographique. je me suis mis à la cuisine quand j’ai réalisé que bien bouffer faisait du bien au moral. Je me suis retrouvé graphiste à mon corps défendant et appris l’anglais de la même manière mais du coup je peux vous dessiner en vous lisant du Shakespeare avec l’accent. J’avais des problèmes basiques de coordination que j’ai effacé avec la pratique du kung fu (que je ne pratique plus hélas) . J’ai fait ma propre bipo-éducation en dépit des psy et des « proches », j’ai réalisé ma débrouillardise au pied du mur de la rue, et à aimer mon père.... après sa mort en reconnaissant en moi tout ce que nous partagions en réalité, mais j’ai eu la chance de me réconcilier avec lui avat qu’l ne disparaisse, chance que se n’ait jamais accordé mon frère. Et à mon sens j’ai largement pas assez voyagé, seulement 4% du monde seln Trip Advisor, et encore en trichant un peu smiley si la vie m’en prête l’occasion j’espère rattraper ça avec le temps qu’il me reste. A 53 ans j’ai de toute façon toujours le sentiment que ma jeunesse est devant moi d’ailleurs j’ai tendance à mieux m’entendre avec les gamins qu’avec les soit-disant adultes.


    • pirate pirate 26 janvier 07:02

      @velosolex
      En me relisant e me demandais où je voulais en venir exactement, mais en fait je sais. Vous vous êtes retrouvé infirmier en psy parce que vous avez suivi le chemin de traverse de votre sensibilité et sans doute parce que vous vous êtes écouté et avez accepté même le moins acceptable à vos yeux. Nous sommes nos pires juges et notre pire tribunal, et même un Pol Pot ne pourrait nous torturer et nous tuer aussi délicatement que nous le faisons nous même au cours de notre vie. L’estime de soi et implicitement de la vie qui nous entoure, dans sa laideur ou sa beauté. A 20 ans on est trop cruel pour en avoir pour soi ou les autres et trop court dans la vie pour en avoir pour saisir le sel de ce qui nous entoure. Et certain ne l’acquiert jamais, Angèle ne s’estimait pas alors qu’elle était brillante, belle, conquérante, cultivée et la femme que j’ai rencontré était éteinte, cynique, facile, la vie était déjà en train de se barrer de sa tête. Ce garçon dont je parle ne s’acceptait comme il était, au milieu d’un monde qu’il rejetait avec une approche presque infantile, immature des choses. Il n’était pas dépourvu de sensibilité, bien au contraire mais d’une part il le vivait mal, d’autres part il n’avait pas la maturité intellectuelle de conceptualiser autrement le monde qu’au travers de besoins primaires, adolescents. Mon malheur a fait mon bonheur en quelque sorte. Toute ma vie on m’a fait sentir que j’étais différent, de trop, que ça soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons , en général avec le rejet afférant mais pas forcément puisque le rejet est le petit frère de l’engouement. Du coup toute ma vie mon réflexe vitale a été de dire : je vous emmerde. Même quand je faisais tout pour me plier au moule, désespéré de me faire accepter, une part de moi ne pouvait s’empêcher de répéter, je vous emmerde. D’où sans doute le « tu joues au rebelle » que j’ai entendu toute ma vie. Et j’ai avancé comme ça, et me suis sauvé comme ça.


    • velosolex velosolex 26 janvier 11:37

      @pirate
      Quand je dis « Je ne sais pas trop comment je suis arrivé infirmier », je m’exprime mal, car cela correspondait à un vrai désir. Le travail dans le soin me semblait riche de possibilités et de rencontres diverses, et en cela je n’ai pas été déçu, même si le travail dans l’administration correspond à un cahier de charges et d’obligations auxquelles on doit se soumettre. Ce que je veux dire, c’est que mon itinéraire était si atypique, sans diplôme, sans CV, que je n’avais guère de chance de réussir cette suite de concours. C’était tout de même une revanche ; reste que cela serait de plus en plus difficile maintenant. C’est difficile en quelques lignes de ne pas trancher dans les sens de ce qu’on veut dire ; c’est bien l’amour à mon avis qui nous conditionne à avoir cette capacité de résilience, et d’allumer la lumière quand il fait sombre. 

      Pour être juste avec mes parents, je n’ai jamais douté une seconde, que malgré leurs limites et leurs névroses, ils ne m’ont toujours aimé, avec les possibilités qui leur avaient été donné eux mêmes, héritiers d’enfances boiteuses, de secrets de famille insensés, dont j’ai perçu seulement certains, il n’y a pas dix ans. Voilà peut être la genèse de la psychiatrie. 
      Je me suis fabriqué sur le tas certaines armes, la peinture, l’écriture, l’amour de la lecture, toutes ces activités intérieures, qui permettent de se reposer du tumulte du monde, et qui sont sans doute fondamentales pour rester sain et sauf. Cela avec quelques mantras mentaux, quand le ciel était lourd, du genre : « Les choses n’ont pas de valeurs en elles mêmes, elles ont juste l’importance que tu leur donne ». Une chose que m’avait appris mon père, qui s’était fait lui même tout seul, orphelin de mère, élevé par des cousins en Bretagne, récupéré à 14 ans par son père en Normandie, effrayé que le gosse ne savait pas le français, ni lire ni écrire. J’ai lu depuis « les mémoires d’un paysan bas breton » de Deguignet, et cette jeunesse carencée mais qui en veut m’a fait pensé à celle qu’avait eu mon père. 

    • velosolex velosolex 26 janvier 12:22

      @velosolex
      Et c’est en ce sens, que je place les activités de création, qu’elles qu’elles soient, artistiques ou artisanales, la même chose, au centre de la vie, de la survie. Elle vous font un amortisseur, un interprète, une liturgie à la violence du monde. Un sas de décompression indispensable. J’ai tenté de promotionner cela quand j’étais soignant, persuadé que l’art thérapie était une des grandes voix non de guérison, mais d’apprentissage du monde..Le regard qu’on lui porte, selon ses aptitudes de compréhension et d’embellissement change considérablement, vous restructure, et alimente les autres à votre égard. C’est le principe aussi des neurones miroirs. Nous avons une force considérable en nous, encore faut il connaitre comment ouvrir ce con de robinet, et ne pas mépriser l’eau, les solutions que certains trouveront ridicules et naïves. 

      Maintenant le monde de l’art peut s’avérer lui même un chausse trappe. Car en vivre et s’affirmer avec, c’est de nouveau rentrer dans la cage aux fauves, soumis au sentiment d’injustice et à cette apprêté qu’on avait cru pouvoir résoudre en devenant justement artiste. 
      J’ai perdu un vieil ami d’adolescence qui s’est suicidé, si l’on peut dire ainsi il y a quelques années. Pas vraiment un suicide, mais un appel à l’aide, une manifestation de son ego blessé. Une gamine de 20 qui avait laissé tombé ce vieux séducteur, toujours en quête de considération, et qui suivait la gloire de son père, avec un certain succès, un père peintre reconnu en Normandie et qui s’était foutu la corde au cou à 40 ans....Même là il a fallu qu’il suive sa trace, son exemple, et j’ai le souvenir d’une sorte de rage envers lui, de ne pas avoir réussi au bout du compte et des années, à être parvenu à rompre cette chaîne des atavismes inconscients..
      De lui, il m’est resté le souvenir d’un été incandescent, quelques mois passés dans le sud de la France, la rencontre de deux fugueuses échappées d’un pensionnat de bonnes sœurs, tout juste majeures...Nous avions trois ou quatre ans de plus qu’elles...., la route ensemble à 4 pendant des semaines dans cette voiture aux pneus lisses..Et déjà cette fascination pour son père, dont il trimbalait dans la 2 Ch camionnette, les écrits comme des saintes reliques, qui’l me lisait fasciné, avant que je lui dise« Arrête, ton père va te tuer !.Fout tout cela à la poubelle ! ». Personne ne lui avait dit cela, tant le culte du père était prégnant. .Il m’était reconnaissant d’être comme un père de substitution, un peu pratique, ne baignant pas dans le pathos, dans la religion des reliques, et refusant de regarder derrière lui....Un peu comme la famille de loth, quand ils quittent la ville de Sodome....Refuser de s’attendrir sur soi, ne pas se retourner à la recherche des ombres,, tous les grands livres saints et moins saints, comme les 1001 nuits vous donnent cet avertissement. 

  • jjwaDal jjwaDal 25 janvier 18:31

    Belle suggestion de film à voir. J’avais les bras en sang à leur âge, du plomb dans le corps un peu plus tard, j’ai connu ce regard d’étranger (presque d’extra-terrestre) posé sur un monde qui tragiquement est le nôtre. Jamais pu m’habituer à ce support , à cette société, à cette civilisation, un peu comme John Morlar, luttant au quotidien pour préserver ma santé mentale dans un monde de cinglés. Le film me rappellera le « bon vieux temps » de mon adolescence... smiley


  • velosolex velosolex 25 janvier 18:37

    C’est d’autant plus con qu’elles sont jolies comme des cœurs, pense t’on implicitement, comme un gros con...... Déjà on sait qu’on a mordu à l’hameçon, qu’on se fait manipulé. Coppola renoue par là avec ce vieux filon des paradoxes, qu’on trouve souvent dans la littérature, et qui révulse, par les sentiments de maquignon jugeant le beau gâchis, de la bête de race mal débourrée, qui s’est plantée en sautant la rivière pour le fun, pour nous emmerder.... : 

    Mauvais plan de vie. Peut être qu’elle s’est fait entraînée, qu’elle a voulu faire comme les autres, ou au contraire des autres....Amours troubles, attirances funestes, surfant sur le fil de la mort et du néant, contraires aux belles lois du genre, genre ces chorus de belles jeunes filles exaltés de la tête aux pieds et cherchant le regard de leur alter ego, le prince charmant, pour tricoter un idéal de vie, le réve américain...Je pense ainsi à la « La belle et la bête », très gothique, et aussi à la légende de la nonne, superbe texte de Brassens, avec une belle qui devient amoureuse d’un brigand pas très job, puant surement de la gueule : « Elle prit le voile à Tolède/Au grand soupir des gens du lieu/Comme si, quand on n’est pas laide/On avait droit d’épouser Dieu/Peu s’en fallut que ne pleurassent/Les soudards et les écoliers/Enfants, voici des bœufs qui passent/Cachez vos rouges tabliers/Or, la belle à peine cloîtrée/Amour en son cœur s’installa/Un fier brigand de la contée/Vint alors et dit : »Me voilà !/Quelquefois les brigands surpassent/En audace les chevaliers/Enfants, voici des bœufs qui passent/Cachez vos rouges tabliers.....
    C’est très fort et cruel, par deux fois voilà ce joli petit lot qui ne joue pas le jeu : Elle se fait vierge et s’enferme au couvent, bien que très belle, avant de donner son cœur à un truand moche comme un pou.....
    Les braves gens sont révoltés. Les règles du beau conte sont bafoués. Cette histoire de suicides en chaîne qui concernent des sujets qui devraient par principe en être exclus, nous interpellent salement, alors que des vieillards maladifs et chenus refusent d’entrer dans le secteur....C’est du serial mistake !....
    Bon, on pourra conjoncturer gravement sur l’adolescence, l’époque de tous les risques de toutes les rencontres et de tous les raccourcis, même les plus funestes. Mais n’est pas pour le fun, pour la provoc, pour le frisson ?...On vous laisse vous démerder avec votre logique d’arpenteur et de notaire. 
    La vie n’est qu’une question de mystère non élucidés, et qui nous permet de pousser jusqu’au jour d’après pour tenter de trouver la réponse. C’est en cela précisément qu’elle est belle. 
    Quand la fatigue vous prend, vous renoncez, vous passez de l’autre coté de la caméra, tout à fait hors champ, vous n’êtes plus qu’un vieillard. Quand même, c’est triste que ça vous tombe dessus à 18 ans. A 14 dites vous !...J’entend mal ; sale gamine ; elle aurait pu me donner un baiser quand même avant de se pendre. 


    • Rincevent Rincevent 25 janvier 18:53

      @velosolex

      La légende de la nonne est un texte (raccourci) de Victor Hugo, mis en musique par Brassens.


    • velosolex velosolex 25 janvier 19:06

      @Rincevent
      C’est vrai, mais de peu d’importance, Brassens mettant son talent tellement à profit des grands textes, que cela soit aussi Ruteboeuf, ou Villon, dont la lecture d’ailleurs fut pour lui une révélation, à l’époque où il passait ses journées à la bibliothèque nationale, avant de rentrer chez Jeanne, la bonne hotesse bretonne, qui fut pour lui un soutient et une inspiratrice, ainsi qu’une confidente, à l’époque où il n’allait pas trop fort. 

      Tout le monde n’a pas la chance de rencontre « sa Jeanne », et de pouvoir lui faire une chanson. 

  • Xenozoid Xenozoid 25 janvier 22:24

    si tu connais pas il y avais un philosofe grec qui faisait des conférences avec l’armée pour parler de la mort,il a disparu ,il s’est évaporé je vais recherché, ce que jái pu voir un video dans une université militaire en grece, dans les année 80 , je demanderais a mon amie qui est grec demain,car il s’est en fait suicidé


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 26 janvier 13:20

      @Xenozoid

      mou ossi, je coné 1 grant file-au-soffe, è il s’apelle Michel Onfrès, è il avé bocoup refléchi sur la mor, è il è super !


  • truman3012 26 janvier 18:53

    Désolé, mais Kathleen Turner ne joue pas dans Vol au dessus d’un nid de coucous, il s’agit de l’actrice Louise Fletcher


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