mercredi 9 août - par C’est Nabum

La vieille dame et le brochet

Une histoire des bords de Loire.

Il était une fois une ligérienne pure souche née dans ce petit village qui échappe à la curiosité des gens pressés. Pour s’y rendre, il convient d’emprunter des chemins de traverse, d’éviter les grands axes et de prendre garde à ne pas vous perdre en chemin. Bou est bien nommé, c’est un bout de la Loire, le dernier grand méandre de la rivière avant que d’aller plonger vers l’Océan dans une course moins hésitante.

Les boumiens sont des gens de l’eau. Ils ont grandi entre le canal et la Loire, parmi les sablières, les vignes, les pêcheurs, les fêtes traditionnelles et une farouche indépendance d’esprit qui fit de ce village un bastion imprenable, le dernier village ligérien qui résistait à l’envahissement des gens de la grande ville et à leurs manières si peu solidaires. Ici on se tenait les coudes et l’amitié était aussi solide que durable.

Qui n’a jamais connu une fête à la Binette ne peut comprendre cette particularité atavique qui fait des autochtones de drôle de paroissiens, attachés à Saint Georges, au livre, à la culture, à la fête, à l’amitié et à la Loire. C’est ainsi que la vieille dame d’aujourd’hui a grandi et évoque encore son enfance, sa jeunesse et son passé avec un regard dans lequel coulent les eaux de la rivière.

Elle m’avait déjà raconté son mariage en 1949 et ce repas qui avait réuni la grande famille boumienne, les amis, les pompiers et tous les proches du futur couple. Ici, on ne se mariait qu’entre gens du bourg, pour respecter la tradition, pour entretenir l’esprit et conserver cette âme qui faisait de l’endroit un lieu unique en dehors du temps et bien souvent de l’espace.

La Loire était sur les assiettes ; Pitaine, comme on le surnommait là-bas était à la fois bouilleur de cru, vigneron, animateur et pêcheur professionnel. Il avait préparé un repas digne des grandes tables avec tout ce que les eaux toutes proches pouvaient offrir. La friture, les écrevisses et le Saumon en vedette incontestée du banquet. On avait le coup de fourchette solide à l’époque tout autant que le gosier en pente, la fête avait été belle au son de l’orchestre des pompiers.

La vieille femme vécut heureuse dans son petit village qu’elle ne quitta que pour achever son parcours dans une maison de retraite. Quand elle me raconta son histoire, je voyais pourtant dans ses yeux qu’elle n’avait pas quitté ses rives, que des reflets de dame Liger y brillaient encore. Elle me fit une nouvelle confidence, une histoire qui, une fois encore, va me faire passer pour un affreux menteur auprès des gens trop sérieux.

La vieille dame ne disposait plus de l’usage de ses jambes. Désormais c’était en fauteuil roulant qu’elle se rendait chaque jour au bord du chemin des Azins, ce parcours sauvage sur la berge, dans le creux du Méandre. Faune et flore y sont préservées, la vieille dame roulait doucement sur son véhicule un peu bringuebalant. Il grinçait pour supporter les nids de poule et autres anfractuosités du chemin. On l’entendait venir de loin.

Elle avait toujours le même but, un arbre foudroyé dont le faîtage plongeait dans les eaux qui en cet endroit étaient un peu plus profondes. Elle avait toujours du pain, du vieux pain, de celui qu’on ne jette jamais quand on est enfant de la campagne. Les poules, le cochon ou bien les oiseaux ont droit à leur part et personne ne songe à mettre à la poubelle ce qui peut encore ravir nos petits compagnons.

Mais le pain de la vieille dame n’était pas pour ces drôles d’animaux. Elle avait chaque jour rendez-vous avec un habitant des profondeurs, un poisson au nez effilé qui habituellement se nourrit de friture. Un brochet vénérable sortait à l’approche des grincements du fauteuil, de sa frayère pour recevoir son pain quotidien. Le rituel s’était établi sans que ni l’un ni l’autre n'y prenne garde, une confiance mutuelle devenue au fil du temps, une curieuse amitié.

Monsieur le brochet se pavanait en surface, s’offrait à l’admiration de sa vieille amie. Il venait tout près d’elle pour recevoir sa marque d’affection, ce bout de pain qui n’était que prétexte à ce curieux ballet, cette parade amicale. La vieille dame le regardait, l’admirait, l’aimait sans doute d’un amour qui ne s’explique pas. Quand elle m’en parla, elle avait encore dans les yeux des lumières qui ne trompent jamais celui qui sait écouter.

La vieille dame s’en est allée vers sa maison de retraite. Qu’est devenu le brochet ? Qui peut le savoir. Il a certainement eu gros chagrin à perdre ainsi son amie, sa vieille compagne au fauteuil qui grince. Le petit bruit ne se faisant plus entendre, le vieux brochet est resté tapi au fond de l’onde. Il ne revint plus jamais à la surface faire sa belle parade pour un morceau de pain. Peut-être qu’aussi les brochets peuvent mourir de tristesse !

Binettement sien.



36 réactions


  • Taverne Taverne 9 août 11:43

    J’espère que votre vieille dame n’a pas atterri dans cette maison de retraite-là, et que le brochet n’a pas terminé sa vie en brochette !


  • sarcastelle 9 août 11:54
    Honnêtement je ne vois pas de raison d’insulter Nabum pour cet article. 

  • Hubert Hubert 9 août 12:33

    1/4 des purs souche disparaissent à chaque génération
    car
    240000 naissances étrangères sur 800000
    (à ajouter les descendants de naturalisés)
    en ex-France
    et aussi pour
    les italiens de souche aussi en voie d’extinction
     :
    Fécondité 1,37 enfant par italienne,
    plus
    basse que pendant la deuxième guerre mondiale.
    https://fr.sputniknews.com/international/201601121020872772-demographie-italie-crise/
    Alors
    les histoires de Loire, pour des guides de réserves d’indigènes
    ...


  • bob14 bob14 9 août 14:59

    Les poissons de la Loire sont contaminés...au PCB...avec interdiction Préfectorale...Impropre à la consommation... !


    Les animaux du bassin de la Loire contaminés par des polluants

    Une enquête inédite révèle une contamination généralisée aux PCB, aux insecticides et aux métaux lourds de la faune vivant dans le fleuve et à ses abords.




  • marmor 9 août 15:21
    le dernier grand méandre de la rivière avant que d’aller plonger vers l’Océan dans une course moins hésitante.

    Eminent membre de l’éducation nationale qui confond rivière et fleuve

    ..
    .......Elle m’avait déjà raconté son mariage en 1949
    Désormais c’était en fauteuil roulant qu’elle se rendait chaque jour au bord du chemin des Azins

    90 balais au bas mot et elle se balade en chariot sur les chemins de traverse, l’éminent conteur nous vend de la « charbonille » comme on dit à Toulouse, sans compter sur les brochets de Loire qu’on attrape au vieux pain !!! Ils sont bizarres les carnassiers dans la tête de Mr D’orleans.
    Bon j’arrête là, car la somme d’injures et de menaces que je viens de proférer risque de me coûter cher !! Merde, j’ai peur !!!



    • kalachnikov kalachnikov 9 août 15:47

      @ marmor

      Je m’étais déjà fait la réflexion l’autre jour suite au propos d’un autre intervenant mais je me demande si le ressentiment à l’endroit de Cnabum n’est pas conditionné par une sorte d’incapacité au merveilleux.


    • C'est Nabum C’est Nabum 9 août 17:10

      @marmor

      Je reprends simplement la dénomination des mariniers d’antan qui ignoraient tout des injonctions académiques 


  • Aristide 9 août 16:07

    Donner du pain à un brochet, c’est un peu comme donner des farines animales à une vache ....


    • C'est Nabum C’est Nabum 9 août 17:11

      @Aristide

      Sur le coup vous n’avez pas tort

      Le vieux brochet



      Un vieux brochet aux aguets

      Guettait sa future proie

      C’est un goujon en tournée

      Qui vint s’offrir à son choix


      Il s’avança sous son nez

      Innocent et fort placide

      Le carnassier alléché

      S’il s’était montré avide


      N’en aurait fait qu’une bouchée

      Sans la moindre distinction

      Quand avant de l’avaler

      Le gourmand eut un soupçon


      Cette onde était si troublée

      Il percevait quelques signes

      Incitant à se méfier

      De la friture sur la ligne


      Brochet retenant son geste

      Bouche bée lors se figea

      Devant goujon qui du reste

      Se refusait au trépas


      « Je ne suis pas aussi frais

      Que mon ami le gardon

      Son œil rouge vous effraie

      C’est tromperie de luron  ! »


      Brochet se dit dans l’instant

      « Je me fais végétarien »

      Et goujon reconnaissant

      Lui octroya du vieux pain


      Le croûton était si dur

      Qu’il se cassa quelques dents

      Ainsi finit l’aventure

      N’écoutez pas les manants


      Le vieux brochet aux aguets

      Attendait son futur mets

      C’est un mitron en tournée

      Qui lui offrit sa fournée


  • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter - Snoopy86 9 août 20:18
    @ la victime des malotrus

    Vous avez pu voir sur votre fil précédent à quel point vous étiez adulé par le club des nazes

    Les derniers intervenants qui vous soutiennent n’y parlent que pipi-caca et vomi

    Je sais bien que vous fréquentez beaucoup les EHPAD et que ces odeurs ne vous incommodent guère, mais est-ce bien la clientèle que mérite votre exceptionnel talent ?

    Si vous êtes d’humeur lubrique je vous recommande parmi les derniers intervenants une femme-fontaine ( pseudo de déesse indienne ) abonnée à psychologie-magazine. Ce n’est pas mon trip, mais peut-être , dans votre grande détresse face aux malotrus, est-ce le vôtre ?

  • Bernie 2 Bernie 2 10 août 00:45

    Toutes voiles dehors, suite à son plébiscite, nooon, ne nous quitte pas. Ok, je reste, mais c’était prévu comme ça.

    Pour nous assurer d’être un excellent conteur, celui que l’on peut trouver du lever au coucher, qui embrasse nos vies, va nous conter l’histoire ultime.

    C’est l’histoire d’une vieille qui aimait la loire, et qui même si elle finit en fauteuil qui faisait couic couic pour venir sur les berges. Elle vint quand même, et jetait du pain et un brochet semi apprivoisé venait faire le paon pour la vieille.

    Et à part ça vous ne nous prenez pas pour des cons, aucune insulte de votre part ?


  • Le421 Le421 10 août 08:31

    Une histoire de brochet (tout en gueule et sourire carnassier) et d’une vieille dame...

    J’y verrais bien un parallèle, mais bon.
    Je m’abstiens.

    Les sondages étant déjà en berne, comme dirait mon copain Stéphane, je ne rajoute pas au malheur !!  smiley


  • norbert gabriel norbert gabriel 11 août 07:24

     Salut

    Jolie histoire.. En Vendée Pierre Barouh avait un petit étang artificiel, à mi colline, où il y avait des poissons apprivoisés qui venaient lui manger dans la main, dès qu’il arrivait, il agitait un peu la main dans l’eau, et les poissons venaient se frotter à ses mains, il les caressait et ensuite il leur donnait des bouts de pain... (au Moulin de la Morvient, où il y a le studio Saravah)


  • Balamou Balamou 12 août 11:37

     Comme le fait remarquer un commentaire le brochet végan est assez singulier.


    Néanmoins, ja’i moi aussi une vieille légende à propos d’un vieux monsieur qui juché sur son biclou brinquebalant, les sacoches remplies de croquettes Fido nourrissait les poissons- chat de la Loire

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