samedi 13 mai - par C’est Nabum

De la poudre aux yeux

En direct des cuisines du Palais

Le temps des magiciens est revenu. Ils nous bercent d’illusions et nous abreuvent de belles images. Tout est lisse, trompeur et surtout factice. La poudre de perlimpinpin s’insinue dans nos rétines et nos cerveaux : nous sommes hypnotisés par les apparences, les jolis sourires, les belles toilettes, les vedettes qui se prosternent devant les prestidigitateurs de l’opinion. Chacun sort, de son chapeau haut-de-forme, un lapin ou une carpe que l'on accommodera en civet ou bien en matelote.

Car, au bout du compte, il ne nous reste plus qu'à découvrir, une fois les paillettes tombées, quand les flonflons ont cessé de retentir, à quelle sauce nous serons mangés. La poudre aux yeux permet de bien épicer le plat, de lui donner quelques couleurs pour qu’il soit plus facile à avaler. Quant à le digérer ; là, l’épreuve risque d’être bien plus délicate : le temps de la mastication précédera celui de la macération, avant que d’annoncer celui du rejet et des écœurements.

Le nouveau maître queux ne s’est pas encore mis au piano, que déjà le délicat fumet de son ascension fulgurante vire de manière fort étrange. Il avait promis de renouveler l'intendance, d’approvisionner ses cuisines avec des produits frais, des têtes nouvelles et des recettes inhabituelles. Pourtant, dans le garde-manger se pressent des perdreaux qui ne sont pas de l’année, des vieilles carnes et des grosses légumes à la fraîcheur douteuse.

Nous avions cru que, d’un coup de baguette magique, il allait transformer une citrouille en carrosse et que les rats allaient enfin quitter le navire. C’est mal connaître l’animal que de penser qu’il puisse ainsi laisser la place, ses privilèges et ses dorures. La nourriture est excellente, et la canaille n’est pas disposée à quitter la table.

Le prestidigitateur aura bien du mal à endiguer ce flot de ralliements, cet arrivage massif de produits ayant bien vite changé d’emballage. Les dates de fraîcheur sont depuis longtemps dépassées, dans notre belle monarchie culinaire. Les couteaux sont tirés pour tailler quelques croupières à ceux qui veulent ainsi rejoindre le nouveau chef ; mais alors, comment croire en la sincérité de ces étranges mirlitons ?

Pour l’heure, on mitonne, on mijote, on prépare un plat aux petits oignons dans le secret d’un laboratoire aseptisé, loin des regards inquisiteurs et des oreilles indiscrètes. Pourtant, les fuites bruissent, les rumeurs vont bon train ; on ne tient pas sa langue au pays du secret d’Etat. De cette cuisine, on ne sait ce qui va sortir, et nous guettons, fébriles, les cheminées du palais.

La fumée blanche n’annoncera pas la fin des hostilités ; bien au contraire. Elle sonnera le début des querelles, des coups tordus et des trahisons. La moutarde montera au nez des déçus, des oubliés, des mis à l’écart. D’autres prendront un coup de chaud à la lecture de la composition du nouveau menu. Certains déclareront des allergies ou bien des dégoûts incompatibles. La diète ne sera pas encore proclamée que le régime sec s’imposera au brillant jeune chef.

Dresser la table n’est rien. De belles couleurs, des effets d’annonce, quelques convives nouveaux, de charmantes surprises suffiront dans doute à faire passer la première pilule. On sablera le champagne, on prendra des petits fours, on se congratulera entre mirlitons et commis de cuisine. Puis le temps viendra du coup de feu, de la grande colère ou bien des terribles désillusions.

Le bouillon maggi ne permettra plus de tromper les clients. Le brouet sera amer, les entrées froides, et le plat de résistance se préparera dans la rue. La première dame aura beau faire ses commissions avec son cabas devant les caméras de la piste aux étoiles, les purges et le régime resteront sur l’estomac du bon peuple qu’on a leurré. Il espérait mettre du beurre dans les épinards et il découvre, abasourdi, que le jeune homme est un adepte de la Macron-biotique et du jeûne pour les manants et pour tous les couillons qui ont cru à ses belles risettes.

Gastronomiquement sien

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