samedi 8 juillet - par maidoc25

 La blatte de Baudelaire 

 Ou, le cafard de Baudelaire 

Une fable baudelairienne et une détente assez affable. Un conte symbolique sur le sens de la vie chez certaines gens et sur la politique chez d'autres.

 

De torride, la blatte est devenue torpide 

Je l’ai vue ce matin dans son simple apparat. Était-ce une femelle, prise au dépourvu ? Renversée, sur une marche d’escalier, elle ne respirait plus ! Foi de toubib, je la croyais crevée. Attendez, ne nous hâtons pas ! Faut-il appeler une ambulance ou alerter la police ? Aller dare dare, faire une enquête chez les voisins, pour voir d’où elle est sortie ? Dénicher ainsi le fauve des mœurs qui l’a attaquée ou les félins qui l’ont déchirée. Est-ce un simple meurtre ou un complot ? Une victime locale de la terreur internationale gît là. C’est un constat. Quel est le mobile du crime, avant de chercher qui a tué la pauvre victime ? C’est pour son fric, son sexe ou sa beauté qu’on l’a abattue ?

 

Qui t’a tuée de parmi ces ados sauvages, aux lames acérées ? Sont-ce les barbares ténébreux à l’étendard noir d’Orient ? Guerre charnelle, l’ont-ils sautée ou éclatée ? Sont-ce les indépendantistes du voisin ? Ou ceux du mouvement protestataire Hirak, qui pour un maudit espadon veulent changer de drapeau à notre pays ? Ceux qui vous narguent, en snobant les dits-assujettis, en ont fait une cible pour l’exemple et un plat. Sont-ce les fils des vigoureux montagnards, repus de fierté, qui péteront demain des voitures de kif devant les mosquées, à force d’y avoir crié sans y prier pour autant ? Je ne le pense pas, cherchez ailleurs ! Si leur identité supérieure les pousse à la sécession, ce n’est pas le genre d’actes qu’ils commettront. Super promoteurs du chantier kifard , ils veulent régner en maîtres dans la fière république du chanvre indien, et ce genre de balivernes ne les intéresse pas ! 

Par-delà la mêlée offensive rifaine et les interrogations pacifiques urbaines, te voilà morte, étendue sur l’escalier de cet entrepreneur nordiste aux cent immeubles ! Ils briseraient les gens comme toi, faiblarde, si tu oses bouger, face à eux ! Ce pays et ses valeurs, cette nation et son union, son territoire et son histoire millénaire, n’y trouvent pas de répit. Ces valeurs fondamentales optent pour l’action dans le calme. Si on refusait d’écouter la rue dans son effervescence, la manif deviendrait révolte. Et ils trouveront, de parmi nos sombres adversaires, des instigateurs pour les pousser à la paranoïa et à l’hystérie ! Sublimé et canonisé, l’orateur qui déblatère, en tribun icônisé*, transpire héroïque dans la douleur.

Est-il coupable de ta mort aussi, pauvre loque sans vie ? Non, il ne s’est pas impliqué, c’est un pacifiste averti. Mais là, nous divaguons. Laissons-les à leurs errements sémantiques et à leur besogne populiste. Et regardons ton corps de zélote zébré de près, toi l’apatride de ces escaliers. Par ailleurs, pour nous occuper sérieusement de ton cas, prospective et bonne gouvernance vont s’impliquer. Jujubien, le jeune leader du Rif et ses partenaires huceimiens, finiront par être libérés par l’Emir des croyants. Nous le croyons ! Afin que la Justice s’évite une besogne contre-productive et qu’elle ne fasse pas crucifier un héros de plus ! C’est fini le temps des prophètes ! Des M’hand, il n’y en aura plus. La relaxe souveraine sera de bonne thérapeutique. Un acte politique, voire une reconnaissance diplomatique, pour ne pas exacerber le bras de fer et la tension sur le terreau hispanique…

Revenons à la défunte qui n‘est pas revenue à la vie. Restons près de la morte, car la médecine d’urgence, est loin de la politique et du régionalisme erratique, aussi héroïque qu’on l’ait laissé naître et s’hypertrophier ! A moins qu’il n’y ait des exceptions et de grands profs de parmi les collègues, issus des montagnes et qui soient venus, stéthoscope aux poings, pour nous soigner ! Prospective et gouvernance disais-je. Ce n’est pas le moment de baver sur ce ring ni de médire, ou de braver impunément le blond Doyen. Les clinique privées et publiques auraient dû commencer par Al Huceima ! Car le vénérable socialiste, notre pair et confrère, a des sympathies et des gènes nordistes. Mais aussi un programme sanitaire public et un caractère qui s’implique, qui décide et qui persévère. Même si ses importants repères sont identitaires, nous devons de les respecter et demander au Ministre qu’il est, qui a tué la victime sur cet escalier ? Et puis, qui est-elle ? Relève-t-elle de son CHU ?

Toutes ces pensées, si longues à écrire, viennent à l’esprit en trombe, instantanément, furtivement, entièrement, impérieusement et à la vitesse de l’éclair. Pléonasmes ! Oui ! Retournons au petit cadavre. La voilà la pauvre inconnue qui se crispe en position fœtale. Comme pour naître ou disparaître, si petite et si grosse à la fois ! La faune est devenue dangereuse pour les petites et jeunes brunes comme elle. Elle est morte, elle est là, étendue sur le dos. Devra-t-on faire une autopsie pour déterminer son espèce et ses gênes ? Combien a-t-elle vécu ? Pourquoi lui arracher la vie ? A quoi servait-elle, sa vie, pour l’effacer si brutalement, sans dignité aucune ? Où sont les siens ? Pleurez son infortune, ô lecteurs inconnus !

Elle est couchée sur ses voilures brunes. A-t-elle bien mangé au moins en ce sixième jour de faim ou de jeûne ? A-t-elle eu un dernier rapport intime, ce soir de Ramadan, avant de crever ? Un minimum de satisfaction, pour couronner son cursus planétaire ? La mort détruit aussi les instruments du plaisir ! Tout cela inquiète et fait pitié à la fois. Pensez un peu à elle ! L’a-t-on droguée pour l’assoupir ? Y a-t-il un célèbre chanteur qui soit compromis ou en cause, là aussi ? Appelez son avocat, pour calmer le procureur, afin de ne pas ajouter ce crime affreux à son dossier !

Elles ne brilleront plus au soleil ses voilures transparentes qui frissonnaient hier dans la lumière. Elle, qui comme le zéphyr rafraîchissait le temps. Elle, qui les soirs en toute liberté dansait et volait dans la brise comme un papillon de nuit qui enjolive l’atmosphère. Alléluia, son chant s’est éteint avec les premières cloches ! Pitié, par charité, mesdames, ne lui en voulez plus ! Elles ne voleront plus, ses belles ailes et ses voiles ne frémiront plus aux vents d’Eros, sur les trottoirs discrets, à l’ombre pudique des ficus mal taillés et des bougainvilliers violets.

Est-ce une forme de prière ou une crispation que cet aspect du petit cadavre de cette femelle, qui tenait forcément à la vie ? Sauf que ce genre d’êtres, qui se sacrifient toute leur vie, chez les humains pour les hommes, ignorent le suicide ! Faute de mains propres, ses pattes brillantes et poilues, quasiment épineuses, sont tendues vers les cieux. Horrible undead ! Zombie !

Les cieux, c’est là pourtant qu’elle aimait flirter, au zénith du septième d’entre-eux ! Où est sa vie maintenant, ô nuages de passage flétris par les pluies d’été ? Où est ce souffle qui mobilisait ton corps fluet et ton esprit ? Une âme est passée. Laissez-la se reposer, sans la compromettre ni détruire sa réputation ou ternir sa gloire ! Vous aussi, vous avez des filles, dignes et fières, qui ont un nom, le vôtre, à sauvegarder.

Que reste-t-il de ton audace carnassière et de tes piquants voraces ? Où sont tes crocs, où est ta petite vertu, insecte moribond ? Dis, maintenant que tu sembles sans vie, qu’as-tu fait de ta vie ? Ou que je me trompe alors et que tu ne fais que te reposer là, dans cette sanglante tenue ? Oui, tu m’entends quand même, je verse dans le délire de ce qui vient de t’arriver. Serais-tu encore en vie. Faut-il te faire un bouche-à-bouche ? Mais où est ta gueule dans ce magma gluant et glauque ?

Cependant, soyons réalistes, tu es partie, certes. Vanitas vanitatum et omnia vanitas ! Adieu la Paonne, la Hourie hardie, la chanteuse de la tribu des Hauts Hawayas. Ce n’est pas de ta faute si ça râle et ça que ça tape encore sur les cimaises rifaines d’Al Hoceima. Je te croyais oubliée dans un refuge discret, ou quelque part dans une de ces villas de luxe en méditerranées ou dans l’une de ces fermes mythiques, temples des contes et légendes et des mythes olympiques ! Je te voyais, telle une déesse, faite insecte, en train de pondre une nymphe délicate ou un poème ! Un héritage, un enfant, un reliquat. Une chanson estivale pour rafraîchir nos chaleurs vespérales. Mais je divaguais, toi, tu ne sais pas faire d’enfants. Tu as des élytres et des ailes, un abdomen souple et une solide carapace…

Je te pensais en compagnie d’une radine cigale ou d’un mâle affriolant, un freluquet, un criquet craquant encore fier de son violon rabougri. Tu t’étais hétaïre ressuscitée en ces dimanches de printemps volages. Tu chantais ces voyages des weekends aigris. Tu renâclais les rixes de celui dont tu t’es éprise et que tu as souvent rejeté ! Son tempérament agressif de jouisseur éthylique et invétéré, froissait ta fierté combative souvent affichée, ô superbe rifaine.

Ou que là, sur la jetée, près des vagues et des roches de la côte devenue richissime, tu as acceptée enfin d’être harcelée. Là où tu chassais le bon temps, avec tes querelleurs partenaires, dans la forêt voisine. Là, où tu flirtais, entre les eaux usées, sous le regard des papillons blancs et des canards migrateurs. C’est au dit-parc, que main dans la main, tu traînais à boire et à manger les restes de viande hachée et de pain ranci ? Pas si loin des bouteilles de vin, vides et des arrêtes de sardines, jetées par les comparses la veille !

Ou que c’est pour me rendre jaloux, toi la fausse cigale, que tu fais semblant d’être partie ? Toi, qui n’as pas cessé de rire et de chanter, de te balancer auprès des bambins en ce début d’été ! Et tu es là enfin, étourdie que tu es, la tête effritée ou ailleurs ! Mais, tu es là enfin, étourdie que tu es ! Te voilà dans ce coin, comme tu l’espérais tant, repue et bien mariée. Mais ô tragique comédie ! Tu es subitement morte. Tu es comme les cafards de ton espèce, les vrais. Je vois, maintenant que j’ai mis mes lunettes, qu’une oothèque sort de ton ventre éclaté...

 

De torride et ardente, tu es devenue torpide et flasque. Toi la blatte, que je n’ai pas su apprivoiser, te voilà finie, sur la marche, près du marché, étendue, sur ton nouvel escalier. Qui t’a écrasée du pied ? Celui qui indique le poisson à prendre, en le montrant du pied ? Quelle malédiction t’a assommée ce jour ? Fille des caniveaux et des puits asséchés !

 

Ingrate et insatisfaite en vérité, tes pattes agrippent l’air que tu ne respires plus. Tu es comme ce dalmatien qui aimait mes biscuits ou ce coq des voisins, que j’appelais Coco et que j’alimentais de pain, chaque matin, sans jamais le tenir ni l’apprivoiser !

Toi, la respectueuse chérie, toi la catin que je n’ai pas su maîtriser, que me reste-t-il de ces autres marches, que tu as si souvent fréquentées ? Rien à faire de tes câlins, cloporte infâme, faite femme. Reste-là, sur la dalle d’escalier ! Le marbre est bien froid ! Dis, est-ce plus frais et mieux que les bras velus du cancrelat qui t’a subjuguée, maintenant que tu es crevée ?

 

Tu n’es qu’un rêve enjolivé de mots, faute de passion réelle . J’appelle le concierge pour un bon coup de balais ! Et je t’offre pour ton dernier soupir, en ultime cadeau, ces mots, rapace de mes rêves, parasite pudride, même si tu n’as jamais existé. Que l’eau vienne pour laver enfin cet escalier et que la vermine parte ailleurs pour se faire loger !

Il me restera dans l’esprit, une pensée, une référence hardie à un autre orgueilleux et infantile insecte, fait femelle, une autre symbolique blatte. Elle éloigna l’enfant des siens. Perdu, entre la chaussée et les escaliers, malade et affaibli, délaissé tel un orphelin de guerres, il est sevré de l’amour des siens. Ses sentiments dilapidés, c’est un innocent que l’ingrate marâtre n’a pas su protéger et qu’elle a jeté en bas d’escalier. L’orgueilleuse blatte, n’est-ce pas elle.

 

Hommages au célèbre poète, Baudelaire, qui décriviit une chienne, devenue cadavre elle aussi. En effervescence, au détour de chemin, elle grésillait, remplie qu’elle était de vers grouillants qui puaient. Moi j’ai chanté la blatte. Une vraie blatte, une femelle, en sus. Je l’ai enjolivée et personnalisée pour philosopher, juste pour toi lecteur ! Éloignons-nous des insectes, on ne sait jamais si ce sont des faunes travestis !

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Dr Idrissi My Ahmed, au 07 Juillet 2017 



1 réactions


  • maidoc25 maidoc25 8 juillet 19:32

    Dans ’’  


    Et je t’offre pour ton dernier soupir, en ultime cadeau, ces mots, rapace de mes rêves, parasite pudride, ’’ 

    Lire : ’’ putride ’’ ! 

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