mercredi 10 mars 2010 - par Iannis Pledel, Olivier Bailly

Abd Al Malik : La guerre des banlieues n’aura pas lieu

La guerre des banlieues n’aura pas lieu. C’est le titre prophétique du deuxième livre d’Abd Al Malik (éditions du Cherche-midi). Entre mots dits et mots écrits, la parole guide ce rappeur, musicien et poète qui livre ici une réflexion sur le « vivre ensemble ».
 
Fiction, récit, roman épistolaire entrecoupé de définitions du dictionnaire (racisme, Islam, amour), de sourates, d’extraits d’évangile ou de photos en noir et blanc, cet ouvrage, par sa forme même, échappe à toute catégorisation.
 
Il ressemble à son auteur à qui ses détracteurs reprochent volontiers son côté trop lisse, trop consensuel.

La Guerre des banlieues n’aura pas lieu n’est pas un bréviaire, ni un manifeste. Il interroge et constate : « on n’échange peu, on n’écoute plus, on témoigne peu, on ne partage plus ».
 
Que faire ? A force de focaliser sur les banlieues, à force de les stigmatiser, on en déduit logiquement que le problème vient de là. Pire. On est persuadé qu’elles sont le problème.
 
Abd Al Malik demande « Est-ce qu’on parle des banlieues ou est-ce qu’on parle de la France ? Est-ce qu’on parle d’une partie ou est-ce qu’on parle d’un tout ? De quoi parle t-on ?  ».
 
Le rappeur écrivain embrasse large. Dans ce livre traversé par la lumière de la spiritualité soufi il nous conte la métamorphose d’un jeune délinquant qui se transforme par la grâce de la parole écrite, de l’écriture, des écritures. La littérature l’a sauvé. Auto-portrait ?

La Guerre des banlieues n’aura pas lieu prône le vivre ensemble, seule manière d’éviter une catastrophe inévitable et de ressouder le "communauté nationale".
 
A travers la métaphore inversée de la « tess », la cité (exact contraire de la cité des Grecs), il nous dit que c’est avec elle qu’il faut faire si l’on ne veut pas être défait.
 
Il questionne le regard, celui que l’on pose sur les autres, celui que l’on pose sur soi et sur son propre parcours. Une sorte d’examen de conscience.
 
Dans un environnement qui ne laisse aucune place à l’individualité, à la singularité, comment se différencier de la meute ? Il pointe « les mentalités qui refusent le changement », mais n’incrimine personne.
 
Tout le monde - nous tous - est responsable de la situation. Responsable aussi de l’avenir. Le propos est complexe, parfois abstrait, mais sincère. C’est celui d’un artiste, d’un homme, d’un citoyen.

Nous avons rencontré Abd Al Malik qui défend ici sa conception de l’Islam, évoque le débat sur l’identité nationale, la journée sans immigrés, du César remis récemment à Tahar Rahim pour... un prophète.
 
Si la guerre des banlieues n’a pas lieu, il en sera tenu pour responsable !
 

Crédit photo : Iannis Pledel

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