Christian Labrune Christian Labrune 21 mars 01:49

@Et hop !
On ne peut pas rester insensible aux persécutions subies par les protestants, et la révocation de l’Edit de Nantes en 85 aura eu encore des conséquences assez abominables, mais je n’ai pas non plus une très grande sympathie pour la réforme et son radicalisme. Si elle avait pu supplanter le catholicisme, il est bien probable que, dans l’horreur, elle eût été capable de faire pis. La Genève de Calvin était un système totalitaire d’une intolérance féroce. Michel Servet, un des plus grands esprits de son temps, y aura laissé sa peau, sur le bûcher, et Castellion n’a dû qu’à une providentielle crise cardiaque d’échapper à l’incommodité de la fumée et des flammes.
S’il n’y avait pas eu la réforme, le catholicisme serait devenu une religion populaire assez plaisante. Le culte marial et le culte des saints, qui s’étaient considérablement développés au XVe siècle, c’était une espèce de polythéisme, et on ne m’ôtera jamais de l’idée que plusieurs dieux, pour le peuple, valent mieux qu’un seul. Les Romains l’avaient parfaitement compris.
La réforme, avec sa réflexion sur la grâce, aura induit toute sorte de problématiques fort subtiles qu’on retrouvera dans le courant janséniste et qui viennent ressusciter un intellectualisme propre à engendrer, dans les cervelles promptes à se radicaliser, les dogmatismes les plus fanatiques. Aujourd’hui, le catholicisme est à peu près mort, mais sans la Réforme, il aurait pu s’éteindre tout doucement, et bien avant le siècle de Voltaire. On ne s’en porterait pas plus mal.


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