mardi 11 avril - par christophecroshouplon

99.99 vs 0.01

Depuis aout dernier, les termes de « vacances » et de « weekend » ne correspondent plus à rien me concernant. Ayant fait littéralement exploser le cadre les contenant, ainsi que tous les cadres a l’intérieur de celui-ci (je n’ai plus ni horaire ni montre ou connaissance de l’heure ou du jour de la semaine par exemple), je me trouve vivre une vie ou temps de travail et temps libre se sont totalement imbriqués au point de travailler et de me distraire en même temps chaque jour.
 
Pas un jour (pas un) depuis ce départ en Grèce ou je n’ai travaillé a quelque chose, que ce soit mon roman, mon job officiel, des vidéos, des tribunes libres et des billets, et mille autres choses encore. Et où je n’ai non plus cesse de me divertir, y compris et avant tout en exerçant les choses précédentes qu’on met dans la case « travail », lesquels font plus que me passionner.
 
Je l’avais il y a peu consigné dans un billet publie sur agoravox, travailler n’est point s’enchainer, bien au contraire. Ici au Paraguay je ne vois autour que des gens qui à tout âge partent travailler le sourire aux lèvres, la plupart d’entre eux à leur compte, que ce soit sur les marchés, dans de petits commerces de rue, et dans mille activités de ce genre. Aucun ne tire la tronche au travail, les enfants et les petits vieux même très âgés bossent et aiment cela. Il n’y a pas de retraite et personne n’en veut. Ceux qui parlent avec des liasses dans les poches de « valeur travail » feraient bien de venir ici se renseigner avant de vous faire gober leur infâme brouet.
 
Asservissement ici, libération là. La prétendue supériorité de la civilisation occidentale apparait ici purement et simplement désossée par l’observation des faits. Le culte du veau d’or envoie valdinguer l’homme dans le décor en le contraignant à sacrifier sa vie pour la gagner, comme si être sur terre était synonyme de rembourser une créance.
 
Il y a mille activités passionnantes dans lesquelles nous pouvons nous réaliser pleinement et qui sont utiles, très utiles, que ce soit aux autres ou à la planète, ce qui participe bien sûr du même mouvement.
 
Dépossession et dé-consommation sont de bons chemins, qui conduisent à la destruction de cette croissance voulue par des intérêts supérieurs, ceux-là même qui cassent tout à leur seul profit. Resserrons les boulons, serrons-nous les coudes en recréant des tribus partageuses, réapprenons à souder les générations les unes avec les autres. Accueillons à domicile nos parents quand ils sont vieux, ou allons chez eux les assister comme ils le firent bien avant pour nous, si tant est qu’ils le souhaitent.
 
Vendons nos bagnoles et achetons des vélos, vendons ou donnons tout ce qui n’est pas nécessaire, vidons nos greniers poussiéreux et nos placards remplis de vieux souvenirs. Produisons notre propre nourriture, n’avalons plus aucun de ces médicaments chimiques ni aucun de ces aliments sous cellophane bourrés de saloperies. Ça ne suffit pas le tri sélectif, c’est de l’attrape bobo.
 
Si l’on désire que le monde change il va falloir nous changer nous-même et transformer nos habitudes de manière bien plus radicale. Asséchons leurs poches, n’achetons plus dans la Grande Distri, attaquons-nous au cœur de ce système de la manière la plus concrète possible : ils finiront exsangues avec leurs richesses fictives qu’un dix millième de seconde suffit à augmenter dans les salles de marchés.
 
Ils ne sont rien, 0.01 pour cent, et encore. Que pourraient-ils faire contre nous tous, si nous y mettions tous ensemble ? Utopique vraiment ? Mais qu’avez-vous fait de vos rêves pour décliner d’un haussement d’épaules un truc faisable pareil et qui par-dessus le marché rend heureux ?


7 réactions


  • JL JL 11 avril 09:04

     ’’Ici au Paraguay je ne vois autour que des gens qui à tout âge partent travailler le sourire aux lèvres, la plupart d’entre eux à leur compte, que ce soit sur les marchés, dans de petits commerces de rue, et dans mille activités de ce genre. Aucun ne tire la tronche au travail, les enfants et les petits vieux même très âgés bossent et aiment cela.’’


     
     Jawohl ! Arbeit macht Frei !
     
     Tous on vous dit, même les malades et les impotents, au boulot ! Non mais !

  • alinea alinea 11 avril 11:45

    Je ne peux qu’être d’accord !!je vis ainsi depuis 1977 !!
    Mais en France ! alors, oui, les choses se sont gravement dégradées.
    Là ou l’entraide, la solidarité, l’échange étaient monnaie courante, mieux, le modèle de notre structure sociale, il ne reste aujourd’hui que quelques bribes entre quelques gens.
    Les jeunes y reviennent, enfin, certains.
    j’ai travaillé jusqu’à quatorze heures par jour, sans paye, juste échanges, et sans enrichir personne ; le sourire aux lèvres et l’âme légère. On appelle cela privilège. Et c’en est un.
    La politique néolibérale a réussi à quasi mettre fin aux privilèges des frugaux ! Aujourd’hui, pour vivre pauvrement, il faut être riche car tous les espaces où l’on pouvait vivre ainsi sont passés dans les mâchoires de la spéculation foncière !
    L’étau s’est resserré, étouffant tout le monde, même JL plus haut qui n’a plus idée que l’on peut, vouloir et aimer, vivre ainsi.


    • JL JL 11 avril 12:54

      @alinea
       

       Qu’est-ce que vous en savez ?
       
       Entre avoir l’idée et vouloir en faire une panacée illusoire de nos jours, il y a une sacrée nuance, vous ne trouvez pas ?

    • alinea alinea 11 avril 15:37

      @JL
      Oui, je comprends !
      mais on ne peut plus ! je n’en fais pas une panacée, je ne vois pas autour de moi beaucoup d’alter ego !
      mais j’avais compris de votre com que tout travail mérite salaire, et que tout travail est exploitation ! Un peu comme Chalot qui voit dans la gratuité l’exploitation à son summum ; ce qui est vrai souvent certes, mais, pas toujours !
      On pourrait effectivement revoir les choses tout autrement.
      On pourrait vouloir très fort, que l’on puisse vivre de son travail mais que le travail ne soit plus une exploitation !! je sais, beaucoup plus difficile à organiser ! smiley
      Enfin si, réflexion faite, j’en fais une panacée : travailler avec bonheur, n’avoir plus besoin de loisirs pour décompresser, n’avoir pas besoin de bonne paye pour se valoriser, juste être utile là où l’on est...une panacée !! enfin, l’ayant vécu, j’ai vécu du bonheur.


  • Zolko Zolko 11 avril 13:59

    "Ici au Paraguay je ne vois autour que des gens qui à tout âge partent travailler le sourire aux lèvres, la plupart d’entre eux à leur compte, que ce soit sur les marchés, dans de petits commerces de rue, et dans mille activités de ce genre."
     
    Vous avez (sûrement) raison, mais cela a aussi un prix : les gens individuellement survivent, d’un jour à l’autre, mais la société dans sa globalité ne construit rien de durable : pas de cathédrales, pas de pyramides, pas de colisée, pas de fusées, pas d’avions, pas de symphonies, pas de Louvre, pas d’opéra ...
     
    Reste à savoir si l’objectif de la vie est de vivoter jusqu’à la mort. Ou si l’on veut construire quelque-chose de plus grand et durable.


    • alinea alinea 11 avril 15:40

      @Zolko
      ¨pourquoi vivoter ? la plénitude de la vie ne se trouve pas dans le porte-feuille, ni dans les avions !!
      Ma foi, de belles cathédrales, de belles pyramides... les esclaves qui les firent sont tellement lointain !!
      Quoique les artisans prenaient leur pied à cette grand-œuvre !
      On ne refait pas le monde, mais juste laisser l’espace de vie pour chacun tel qu’il est.


  • Jean Keim Jean Keim 12 avril 20:55
    Souvent il est possible de considérer un problème par ses deux bouts, il serait bien de choisir le bon.


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