vendredi 23 septembre 2011 - par Amaury Watremez

Abolition sélective de la peine de mort ?

Abolition de la peine de mort selon les cas ?

Ou pour tout les condamnés ?

Depuis quelques jours, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l'exécution de Troy Davis, condamné « modèle » qui cumule en lui tous les critères nécessaires pour être défendu par les belles consciences, appartenant à une minorité, sage, aimant sa maman.

C'est ce qui pourrait agacer dans l'histoire, ce côté sélectif qui ne devrait pas avoir lieu d'être quand on est contre l'abolition de la peine capitale.

Troy Davis, comme Caryl Chessman avant lui, a surtout connu un sort inhumain, atroce, puisqu'il attendait dans le couloir de la mort depuis 1989, soient plus de vingt-deux ans ! Et que son exécution a déjà été repoussée à trois reprises après divers recours judiciaires.

Comme d'autres représentants des afro-américains, il n'est pas le premier à clamer son innocence, et à être condamné sur la base de préjugés racialistes.

Robert Badinter lui-même a évoqué ce cas ce matin sur Europe 1, à chaud.

Les abolitionnistes défendent avec raison l'abolition de la peine de mort, mais sélectionne les cas, or, quand on veut l'abolition de la peine de mort, c'est dans tous les cas de figure, même quand le condamné à mort est une parfaite enflure, un salaud.

Ainsi, un partisan de la « suprématie blanche » a été lui aussi exécuté au Texas cette nuit pour le meurtre de personnes de couleur, un « white trash » de « Hooterville » en somme, un « petit blanc » qui a cru pouvoir se venger et se consoler de toutes ses frustrations réelles et imaginaires en commettant des meurtres racistes.

Il aurait été encore plus fort, encore plus audacieux, dans la défense de l'abolition de la peine de mort, de demander la suspension de son exécution pour lui aussi. Après tout, c'est ce qu'a fait Badinter en France pour Patrick Henry qui était un assassin d'enfants cynique, un salopard immonde.

Badinter l'avait défendu, en en faisant un symbole de l'abolition justement car ce n'était pas un condamné modèle.

Trouver la peine capitale normale pour les salauds, l'admettre franchement ou du bout des lèvres c'est pareil, c'est finalement reconnaître l'échec de la société, de l'éducation, de la culture et c'est aussi et surtout que la haine finit donc par l'emporter au bout du compte.

Il y a aussi une indignation sélective selon les pays évoqués, ainsi si l'on parle beaucoup des États Unis, peu de gens, encore moins parmi les belles consciences, évoquent l'Arabie Saoudite, où de nombreuses exécutions sont commises chaque année et ce au nom d'une justice théocratique parfaitement arbitraire, on ne compte pas les cas de pseudo « sorcellerie » (un exemple sur le site d'Amnesty), de peines pour « blasphème » ; parlons aussi de l'Égypte, où cinq hommes ont été condamnés à mort en Août, donc après la « révolution » de la place Tahrir. Évidemment, sous Moubarak, la peine capitale était très souvent prononcée et exécutée, à commencer contre les personnes faisant partie de minorités.

En Tunisie, par contre, pays phare des révolutions arabes, il n'y a eu aucune exécution depuis 1993, et le nouveau régime fait de nombreux efforts. Nous pourrions signaler aussi les « crimes d'honneur » commis en Turquie, allant jusqu'à l'exécution d'une peine capitale traditionnellement commise par les familles, officiellement interdite, mais officieusement largement tolérée...

Nous pourrions parler de la Chine, où le PC pratique un capitalisme d'État hyper-libéral sauvage et esclavagiste, ou de nombreux prisonniers politiques sont exécutés d'une balle dans la nuque, et la facture de la balle envoyée à la famille.


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