lundi 14 mars 2011 - par Amaury Watremez

Après la catastrophe au Japon : compassion, altérité, et prise de conscience nécessaire

« L'homme moderne est l'esclave de la modernité : il n'est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude. »

Paul Valéry

Extrait des « Regards sur le monde actuel »

photo de Tokyo prise ici sur le site "le voyage autrement"

En ce moment, on commente beaucoup les images des catastrophes d'apocalypse, en attendant hélas peut-être pire, en provenance du Japon. Certains commentateurs, officiels et anonymes, internautes, s'étonnent que l'on n'ait rien prévu, comme des enfants qui veulent que l'on prenne toujours les responsabilités à long terme à leur place, et qu'une bonne partie d'un pays aussi moderne que le Japon soit balayé en deux séismes aussi rapidement, en attendant la catastrophe nucléaire dont la plupart impute la seule responsabilité aux institutions.

Et quand bien même on l'aurait prévu qu'aurait-on fait pour s'en protéger ?

Élever des digues en deux jours ?

Fuir le pays ?

Il n'y a que dans les feuilletons de Science-Fiction que les héros ont des boucliers magnétiques drôlement pratiques à leur disposition pour se protéger des méchants, des ouragans, des tsunamis, voire des explosions nucléaires.

Dans notre pays, on en a même vu sans servir comme arguments de campagne électorale tout à fait cyniquement, que ce soit Éric Bessoin ou Corinne Lepage.

Beaucoup de ces commentateurs et anonymes font semblant d'ignorer que les japonais sont comme les européens, gros consommateurs d'électricité, et d'énergie en général, du fait de leur système social basé pour eux aussi sur un consumérisme sans fond, une course à l'abîme et à la consommation sans prévoir quoi que ce soit pour le futur ou les risques encourus par le fait de bâtir une centrale nucléaire dans une région à risque sismique extrêmement élevé.

Ou plutôt si, malgré les risques, pour que le système continue de fonctionner, que les esclaves qu'il fait de la plupart d'entre nous continuent d'être dociles. Personne ne pose d'ailleurs clairement le problème, que ce n'est pas en procédant à quelques aménagements cosmétiques que la société changera : une ou deux gouttes de social par ci, un peu plus d'humanitarisme vague par là, une bonne dose de moraline entre les deux, qui donnent bonne conscience mais ne changent rien.

Il en faut de l'énergie pour la télévision des parents dans la salle à manger, celles des enfants dans leurs chambres, pour l'ordinateur de Papa, celui de Maman, ceux de la progéniture, pour recharger le dernier modèle de portable.

Tout appareil électrique réputé fondamental dans notre monde et vecteurs de dignité.

Sans eux, on n'est pas grand chose aux yeux du troupeau consommateur...

Il faut énormément d'électricité pour les enseignes géantes, violemment colorées, les écrans immenses qui déversent indifféremment de la publicité et des informations que personne ne regarde vraiment, les êtres humains se contentant d'en être gavés jusqu'au dégoût comme des oies, errant en troupeaux guidés seulement par l'avidité, et le désir du dernier objet en vogue.

Nous nous comportons exactement de la même manière, et ce que nous soyons bourgeois bohèmes, concernés, grands ou petits, ouvriers, salariés, chômeurs, Rmiste. Tous, nous aspirons à une félicité qui ressemble à une publicité pour climatiseur.

Ce n'est pas donc pas seulement de la compassion et de l'altérité que ces catastrophes devraient seulement éveiller en nous mais aussi la conscience de la vacuité des aspirations actuelles au bonheur seulement matérialiste, se résumant à la possession d'objets sans aucune âme, que cela ne peut pas durer sans risques, sans épuisement des ressources de notre petite planète, sans que cela n'ait un jour des conséquences. Bien sûr, il est tentant d'évacuer tout cela en parlant de culpabilisation, que tout le monde fuit comme la peste, il ne faut surtout pas se sentir coupable. Et puis laisser le monde crouler malgré tout. Beaucoup se disent : « quand ça arrivera, je serai mort, ça ne me concerne pas ». Mais la catastrophe risque d'arriver plus vite que prévu. On n'aime pas beaucoup les prophètes lucides, ils finissent généralement comme Jérémie, mais le sort qu'ils subissent ne fait pas reculer le danger.

A ce lien, un film qui pourrait ressembler à notre futur.


41 Messages de forum

Version web