lundi 20 juin 2016 - par Paul ORIOL

Après le référendum britannique...

Conçu par David Cameron pour gagner les dernières élections législatives, le référendum britannique a bien joué son rôle. Mais quel qu'en soit le résultat, c'est le coup dur institutionnel le plus puissant porté à la construction de l'Union européenne.

Sachant son parti divisé sur la question européenne et sentant la poussée de l'UKIP (United Kingdom Independence Party), droite antieuropéenne, en passe de lui ravir nombre d'électeurs, David Cameron a pensé qu'il pouvait perdre les élections et laisser sa place au parti travailliste. En annonçant qu'il allait entamer une négociation avec l'Union européenne et qu'il en soumettrait le résultat au peuple britannique par référendum, il a ramené de nombreux électeurs au parti conservateur qui auraient voté pour l'UKIP.
Victoire qui a déjoué les pronostics et les sondages mais la prochaine élection risque fort de lui être fatale.

L'heure de vérité est arrivée : la situation rappelle celle de 2005 en France où toutes les « élites » se relayaient pour faire voter « oui » au référendum sur le projet de constitution européenne. On connaît le résultat qui, d'ailleurs, n'a pas été respecté. Au Royaume-Uni, toutes les élites européennes poussent contre le Brexit, et les bourses, et la City, et même le président Obama… Avec le même succès ? Réponse le 23.

Si les Britanniques votent pour la sortie de l'Union, David Cameron devra démissionner et l'UKIP sera renforcé par rapport au parti conservateur, pouvant entraîner une victoire des travaillistes, face à la droite divisée. En tout cas, David Cameron devrait être remplacé à la tête de son parti.

Si les Britanniques votent pour le maintien, David Cameron restera à la tête du parti mais les prochaines élections législatives seront très difficiles pour lui. Il ne pourra pas sortir de la manche une nouvelle carte et les partisans du Brexit au sein du parti conservateur risquent de faire alliance avec l'UKIP.

Le tour de passe-passe qui a permis à David Cameron de rester au pouvoir quelques années de plus, risque fort d'entraîner bien des secousses au niveau de l'Union européenne. Et peut-être quelques chutes d'où la grande peur qui s'est emparée des capitales européennes.

Quel que soit le résultat, la tentation et la peur d'un référendum dans un ou plusieurs pays de l'Union parcourent l'Union sera grande. Bruxelles et les gouvernements sont tétanisés. Au point que la « crise migratoire » et toutes les autres questions semblent suspendues au 23 juin !

Si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, 2 à 5 ans de négociations seront nécessaires pour régler toutes les relations entre ces deux entités. Et, sortie ou non, d'autres pays demanderont un nouveau statut, de nouvelles relations avec l'Union.

Pour faire face à cet éclatement annoncé, certains avancent la nécessité d'un renforcement de l'Union autour des pays qui veulent continuer l'aventure avec les 19 de la zone euro ? Avec seulement les pays fondateurs, les 6 ou les 10 ou les 12 ? Mais qui suivra cette initiative ? Peuvent-ils envisager un renforcement de l'Union sans consulter les peuples ?

Dans ces spéculations, il ne faut pas oublier que l'époque a bien changé, que la passivité bienveillante des peuples a disparu, que désormais l’euroscepticisme a le vent en poupe dans tous les pays quelle que soit l'ancienneté de leur adhésion au projet européen. La période est terminée où les gouvernements, au sein du Conseil, prenaient des décisions et, face à leurs électeurs mécontents, affirmaient que tout était la faute de Bruxelles .

Il sera impossible de faire passer plus d'Europe face aux souverainistes et, en même temps, de continuer et renforcer la politique « austéritaire ». Il est beaucoup question du 23 juin mais d'autres élections vont avoir lieu prochainement qui inquiètent beaucoup de monde. D'abord les législatives en Espagne, le 26 juin. D'ici la fin de l'année, on votera dans deux régions en Allemagne… en Tchéquie, Lituanie, Bulgarie… en attendant les élections de 2017 en France (présidentielle, législatives), Allemagne (présidentielle, législatives), Hongrie et Serbie (présidentielle), Norvège (législatives). Il ne fait pas de doute que l'avenir de l'Union européenne sera, peut-être pour la première fois, le sujet principal de ces élections. Et que l’équilibre politique européen risque d'en être fortement modifié.

Le grand danger est qu'il n'existe, face à l'inconscience satisfaite des Eurocrates nationaux ou européens, tous partisans du libéralisme, que les nationalistes seuls capables de proposer un débouché, illusoire, à la crise.

Les Eurocrates nationaux et européens (le Conseil européen, chefs d’État et de gouvernement) se sont mis d'accord pour mettre en place le néolibéralisme à l'échelle européenne et le faire endosser par « l'Europe » ; ils ont promis, à chaque nouvelle avancée, que la prochaine étape serait l'Europe sociale et ils imposent partout, de l'Allemagne avec Gerhard Schröder à la Grèce en passant par l'Espagne, l'Italie, le Portugal… la régression sociale.

La concurrence libre et non faussée était supportable entre pays de même niveau économique, aux lois sociales proches, elle est devenue de plus en plus impossible avec l'extension de l'Union à des pays aux normes sociales bien différentes : on se souvient des rires gras sur le « plombier polonais » en 2005, aujourd’hui, ils sont dans la place. Pas seulement les plombiers. Et la « concurrence libre et non faussée », ils veulent l'étendre au monde entier. Il faut augmenter la compétitivité, diminuer les charges sociales, diminuer les dépenses sociales, le nombre de fonctionnaires dans l'éducation nationale, dans les hôpitaux... y compris dans la police.

Après le référendum britannique...

Ce pays n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui et le nombre de pauvres augmente et de travailleurs pauvres, il manque des logement… et on constate, chaque jour, que la machine se dérègle : faute investissements dans les infrastructures, faute de personnel. On privatise à tout-va : les aéroports, les stades… Tout est à vendre… Et les inégalités augmentent, en France et partout dans le monde.

Depuis 2008, l'Union européenne est dans la tourmente. Le référendum au Royaume-Uni est, à la fois, un signe et un accélérateur.

Mais l'éclatement de l'Union européenne est-elle une solution ?
Ce n'est pas l'Union européenne qui a été à l'origine de la contre révolution néo-libérale mais Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis, suivis par Gerhard Schröder en Allemagne. Margaret Thatcher a cassé les syndicats britanniques, Gerhard Schröder a vaincu les syndicats allemands.
Ces syndicats n'ont reçu aucun soutien des travailleurs des autres pays de l'Union quand ils résistaient à leur gouvernement. Désormais, tous les gouvernements de l'Union, libéraux, démocrates chrétiens, sociaux démocrates sont sur la même ligne. Et quand le peuple grec a voulu se révolter, tous les gouvernements de l'Union ont soutenu Wolfgang Schäuble…

Ce n'est pas l'Union européenne qui a imposé en France la constitution de la Vème république et mis en place le despotisme républicain, sous forme de régime présidentiel, en 1958 ! Qui permet, on le voit avec la loi « travail », de gouverner sans majorité ! L'éclatement de l'Union n'y changera rien !

Il est évident qu'il faut une autre politique institutionnelle, changer de constitution, une autre politique économique, même le FMI a fait son autocritique, une autre politique sociale…

Après le référendum britannique...

S’il n’est pas possible de construire les « socialisme dans un seul pays », est-il possible de mener à bien une telle révolution démocratique dans un seul pays ? Double difficulté.
Seul un important mouvement populaire peut éventuellement amener une gauche véritable en France. Ce n'est pas gagné.
La France n'est pas la Grèce. Mais peut-elle, seule, renverser le cours des choses si ne se met pas en place, au niveau européen ou, au moins, au niveau d'un certain nombre de pays européens, un puissant mouvement populaire ?
Il ne faut pas compter pour cela sur la Conférence européenne des syndicats. Pas plus que sur les internationales partidaires.
Dans le passé, ni en France, ni en Europe, un fort mouvement populaire pour le changement ne s'est jamais constitué. La politique suivie et la gravité de la situation dans tous les pays le rend nécessaire. Simultanément.

Mais comme dit l'autre, la marche est haute.

Après le référendum britannique...


6 réactions


  • julius 1ER 20 juin 2016 08:45

    très bon article sur lequel je partage de nombreux points !!!

    si l’on est pragmatique et réaliste ... et bien avant de tirer des plans sur la comète .. le Brexit c’est dans quelques jours aussi on peut faire de la politique fiction et aussi des projections sur le futur, 

    mais quel intérêt si le « Brexit » se fracasse sur les réalités et échoue (là je parle de l’élection) il apparaîtra que les anglais ont joué à se faire peur, mais qu’en vérité personne n’était prêt à prendre ce risque !!!!
    il faut quand-même remarquer qu’il est faux de parler du « Brexit » pour le Royaume Uni car en fait ce sont surtout les Droitistes anglais de l’extrème-droite en passant par les ultras -conservateurs qui ont élaboré cette soi-disant « solution » aux problèmes britanniques qui en fait ne sont et ne seront même pas une esquisse de solution pour les anglais ..... mais çà ce sont toujours les illusions que véhicule l’extrème-droite et ses solutions qui plongent les pays dans des dérives auxquelles les pays parviennent difficilement à se remettre .... 

    mais l’addition c’est pour le peuple... et c’est ... après !!!!
    la Vérité de ce Brexit c’est que si le oui l’emporte ce ne sera même pas une victoire pour les anglais car le Royaume-Uni va imploser et les anglais vont se retrouver isolés et cela va entraîner une spirale négative car les « autres » ceux dont on ne parle pas cad les Ecossais, les Gallois, les Irlandais eux n’ont jamais eu l’intention de quitter l’UE et même si leur poids économique n’est pas celui des anglais ... il n’en reste pas moins vrai que « EUX » ne quitteront pas l’UE et ce à quoi l’on va assister en direct si je puis dire c’est à un dépérissement rapide de l’Angleterre qui va devenir très vite bien peu attractive pour le « monde entier » car autant le RU est intéressant pour le Monde économique autant l’Angleterre seule n’aura plus grand-intérêt !!!!

    il faut avoir vécu au Royaume -Uni pour savoir cela et cela va être la leçon essentielle de cet évènement appelé à connaître son dénouement dans quelques jours !!!!!

  • Nestor Mabur (---.---.137.14) 20 juin 2016 09:31

    un plaidoyer de plus pour disculper le machin et semer le doute sur une culpabilité des décideurs mis en place par la populace 

    tout est a jeter la piscine le monstre et la flotte aucune autre europe ne peut se construire sur la base de cette escroquerie


  • hunter hunter 20 juin 2016 18:15

    Le titre est « après le referendum britannique.... »

    Ben rien !

    Vu que ce serra « remain » !

    Donc busines as usual comme on dit !

    L’ingénierie sociale a joué à plein régime, le UK restera en prison, comme tout le monde !

    UE=Guantanamo de 500 millions de résidents, persuadés qu’ils sont plus libres que tous les autres, parce qu’il y a le choix entre 40 marques de yaourts au supermarché !

    Adishatz

    H/


  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 20 juin 2016 22:55

    Ce référendum piège peut juste s’appeler L’ARME AU DOUBLE TRANCHANT !


    Mais je sens qu’il va trancher là ou il fera mal aux peuples d’Europe. 

    L’Angleterre est un grand pays « européen », imaginez juste l’hypothèse où le résultat de ce faux référendum serait « OUI AU Brexit », tous les pays embrigadés voudront alors l’imiter et s’émanciper ! 
    Le régime de l’Elysée qui a compris a instruit ses médias qui ne cessent depuis des mois de faire peur aux Anglais en leur brossant des tableaux noirs si jamais ils votaient leur libération et si l’Anglais grelotte à l’idée de briser ses chaines, le Français lui abandonne déjà toute idée de référendum.-Frexit. 

    Les télévisions de la désinformation française qui s’appuient sur les derniers chiffres de la « Maison du Sondage » annoncent ce soir que la « Tendance s’inverse » déjà et ce serait le « NON au Brexit » qui sortirait des bidons des urnes ! Vous vous rappelez la dernière supercherie Autrichienne ?

    Ces mêmes télévisions de la propagande ont déjà lancé (au cas où vous aurez raté l’information) « l’inversion de la courbe du chômage de Hollande », c’est où se trouve réellement le mal absolu qui ronge l’avenir de l’humanité ! 


  • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 21 juin 2016 16:17

    Correction : C’est dire où se trouve réellement le mal absolu qui ronge l’avenir de l’humanité ! 


  • aimable 27 juin 2016 05:50

    L’ avenir proche va nous dire qui dirige le pays , le « peuple » ou la finance ?
    personnellement je pense que la finance va s’assoir sur le vote des britanniques , comme sur le notre en 2005


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