Cet article vient en écho à celui de Citoyenrené, la semaine passée.
Nous vivons dans une société bien statique, bien frileuse : l'audace, nous la laissons aux aventuriers de laboratoire qui s'excitent sur leurs cellules souches et rêvent de fabriquer l'humain à leur image.
Mais pour le reste, rien ne doit bouger, rien ne doit être tenté : une aventure sociale est sans certitude et l'on n'a guère confiance dans la créativité, la réactivité de chacun !
Il faut dire que le pouvoir en place est puissant et, pour bouger un pion, il en faut de l'énergie et de la détermination ; en l'occurrence il faudrait l'énergie et la détermination de tout un peuple !
Ceux d'entre nous qui ont un regard lucide voient, comme tout le monde, que la professionnalisation de la vie politique est, non seulement une anomalie de la démocratie mais encore tout à fait nuisible à la vie sociale, et ils s'imaginent que l'on peut porter remède et réfléchissent à la potion qu'il faudrait inventer.
Et si la rage nous prend d'être délestés de notre responsabilité et de notre pouvoir civique, l'impuissance à y remédier et même à l'exprimer nous pousse à l'abstention.
Le constat est pourtant clair :
La politique devenue affaire de professionnels ( certes, cela ne date pas d'hier) ne met sur le devant de la scène que des egos bouillonnant de désir d'élévation, des convaincus de leurs vérités ou de leur destinée.
Le deuxième cas est malheureusement plus fréquent, et ces hommes et ces femmes sont prêts à tout pour y arriver.
Une fois là-haut, ils s'accrochent éperdument à leurs privilèges, qui sont loin d'être insignifiants, mais l'argent et le pouvoir- tout relatif pour la plupart- ne sont que l'apparence ; la consécration de leur singularité, de leur grandeur, concédée par ceux-là mêmes qui en seront méprisés, est une drogue qu'on ne lâche pas facilement !
Et rares sont ceux qui ne céderont pas à quelques malversations, quelques abus.
Ils sont comme détachés du lot commun, aristocrates éphémères, ils se doivent d'en profiter.
Leur besoin d'amour passera par quelques subsides accordés, par quelques coups de pouce.. ;
Leur besoin de gloire par quelque acte méritoire et médiatisé.
Leur besoin d'argent par quelques détournements de fonds !
Ils gèrent ou manipulent des sommes qui leur font tourner la tête : quelques seaux tirés de la mare ne priveront personne ! Et les rendront si attirants !
Il faut, certes des qualités hors du commun pour vivre dans ce monde-là. Mais sont-ce bien des qualités positives ?
Nous savons tous que le sage, l' « honnête homme », ne cherche pas le pouvoir.
Nous feignons de nous offusquer des frasques de nos élus. Mais s'ils sont coupables de leurs débordements, nous, sommes-nous innocents de nos votes, de notre aveuglement, volontaire ou paresseux ?
Donc, quand on constate que quelque chose ne va pas, pourquoi ne pas inventer autre chose ?
Comme rien ne se fait en un jour, comme rien ne se fait de manière idéale, comme il nous faut toujours tâtonner, remédier, transformer, pourquoi ne pas s'y coller dès aujourd'hui ?
Le pouvoir au peuple ?
Certes, rien ne nous y incite ! À voir nos dirigeants s'en éloigner à grands pas, sans plus se cacher, sans plus nous tromper, on ressent bien que leur sauve-qui-peut est leur dernière chance ; mais n'est-ce-pas justement l'occasion pour nous d'agir !
Des députés tirés au sort, pour un mandat court, unique et non renouvelable, voilà bien ce qui vient à l'esprit sans gros efforts d'imagination.
Car cela n'est pas une invention farfelue – je vous laisse lire ou écouter Chouard pour découvrir ou redécouvrir ce que fut la démocratie en Grèce antique, ou d'autres expériences faites en d'autres lieux.
Le pouvoir au peuple, sans dictature du prolétariat, de sinistre mémoire ?
Cela tenterait-il les révolutionnaires purs et durs ?
Les dégoûtés de la chose publique ?
Et tous ceux qui savent encore que le peuple n'est pas ce ramassis d'imbéciles auquel on veut nous faire accroire ?
Voyons ce que nous y gagnerions :
Parlons « incompétence ». Il s'agirait déjà de la définir, l'incompétence, de la cerner !
Pour ce que j'en sais, je dirais que c'est être au mauvais endroit et/ou au mauvais moment !
La compétence, au contraire, c'est accomplir sa tâche sans penser à sa fin ni à ce qu'elle nous apportera. C'est le travail de l'artisan qui prend le temps d'apprendre puis de peaufiner son savoir-faire.
Je n'ai jamais entendu parler d'un député agissant ainsi ; il est vrai que dans notre monde, un tel homme n'y serait pas à sa place !
On arrive à l'incompétence quand ce que nous faisons nous lasse ; quand nous en avons fait le tour et qu'au fond de nous, nous désirons du neuf. Mais que nous restons quand même pour de mauvais motifs.
La compétence maximale est le stade d'une maîtrise sans lassitude. Et l'honnêteté, dans la recherche de cette maîtrise.
Donc, durer trop longtemps accroît les chances d'incompétence.
J'ai évidemment laissé de côté les incompétences manifestes : me proposer un poste d'enseignement en chimie par exemple !
Le tirage au sort.
Je vous livre un résumé des propositions entendues chez Chouard.
Dans chaque commune, les électeurs proposent une personne de leur choix qui leur paraît être la mieux placée pour s'acquitter de cette responsabilité.
Au cours du dépouillement, on rejette ceux qui sont nommés trop de fois : on peut supposer qu'il s'agit là de personnalités qui exercent sur les autres un pouvoir, de séduction ou plus bêtement qui se trouvent dans une situation sociale dominante ou enviée.
On rejette également ceux qui ne sont pas nommés assez de fois.
C'est dans cette frange intermédiaire que l'on tirera au sort le député d'une circonscription.
A condition que la personne accepte.
Elle sera rémunérée sur la durée de son mandat, à un tarif qu'il nous faudrait redéfinir.
C'est assez simple à mettre en oeuvre, tout compte fait !
Le « hic », c'est que cette manière de faire dérange ; qui ? Ceux qui ont le pouvoir !!
J'entends déjà : « Et la parité ? ».
Bon, pour moi, femme, la parité imposée est une imposture ; mais c'est un autre débat !
Comment donc l'obtenir si ce n'est par la force du nombre ?
Nous pourrions bien essayer de le faire « à blanc », pour une constitution « à blanc » ; mais qui aurait le temps, l'énergie de s'y lancer ?
Dix d'abord, qui en convainquent dix autres, puis dix autres... ?
Il faudrait que nous soyons un millier au moins pour tenter le coup.
Moi, je suis partante ! Et vous ?