samedi 16 juillet 2016 - par Paul ORIOL

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Passer dix jours à Cannes, pendant le Festival de cinéma, en voyant 3 ou 4 films par jour, c'est un peu se mettre en retrait du monde !
Malgré la télévision qu'on n'allume pas le soir et la tablette qui permet de jeter un œil sur la presse du jour, on vit en réalité hors du monde – de l’actualité du monde – alors que dans la journée d'un film à l'autre, on découvre des mondes d'hier, d'aujourd'hui ou de demain, passant de la Corée, au Brésil, de la Roumanie aux États-Unis ou aux Philippines…

Errant et aberrant, le festivalier.

Pour arriver à ces 3 ou 4 séances de cinéma par jour, suivant la carte d'accréditation qu'il a ou non, le festivalier doit trouver des billets qu'il peut acheter ou des invitations. Ceux qui n'en ont pas, des dizaines de personnes, agitent un panneau, « un billet, s'il vous plaît », « a ticket, please » pour tel ou tel film auprès de privilégiés qui en ont… De 8 heures à 22 heures ! Du lever au coucher du soleil… «  De sol a sol » !

Avec le fameux billet ou «  un badge  », différent suivant le type d'accréditation, le festivalier doit ensuite faire la queue à la salle qui projette le film, avec le risque, suivant le nombre d'invités, de journalistes, d'accrédités de plus haut niveau, d'attendre une heure et de ne pouvoir entrer. De plus, l'accès à certaines salles est fermé 45 minutes avant la projection !

Au total, pour voir un film qui dure de 90 minute à 3 heures, il faut consacrer plus d'une heure à l'attente !!! Qui accepterait de faire cela dans la vie quotidienne. On est à Cannes ! On est festivalier ! Et quel bonheur quand il ne pleut pas !! Cette année, il n’a pas plu ! La queue alors peut devenir une foire aux potins ou un mini-ciné-club !
Autrefois, certains allaient en famille au cinéma voisin, le samedi, sans rien savoir du film qui était programmé. Nous n'étions pas de la même catégorie : avertis, nous choisissions nos films !
A Cannes, festivalier de base, on va voir assez souvent le film qu'on peut voir, pas toujours celui qu'on voudrait voir. Cela peut conduire à de bonnes surprises.

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Le soleil illumine la Croisette et magnifie le bleu de la mer, peuplée d'énormes immeubles blancs de croisière et de bateaux plus modestes, y compris de navires militaires cette année. Le festivalier s'enferme dans des salles plus ou moins grandes, aux fauteuils rouges, après une longue attente, avant d’être plongé dans l'obscurité. Quel que soit le temps à l'extérieur, le festivalier, hors sol, voit alors apparaître, en musique, à l’écran le tapis de 22 marches rouges, dans le bleu de la mer et du ciel, surmontées de la palme d'or. La découverte commence.

Dés la première journée, tandis que défilent en boucle sur les écrans extérieurs tous ceux qui ont monté, montent ou vont monter les marches…, les spéculations, les discussions vont bon train : dans la presse, dans les queues, dans les salles… Le film qu'il faut voir ou ne pas voir, la qualité, la palme possible…

Plus de 1500 films ont été visionnés par les sélectionneurs, 167, sans compter les courts métrages, ont été diffusés, cette année, dans les différentes sélections du festival et les cinémas de la ville : compétition, un certain regard, hors compétition, classics, cinéma de la plage, semaine de la critique, quinzaine des réalisateurs, acid... Le festivalier ne peut tout voir. Ses jugements ne peuvent porter que sur la cinquantaine de films que les plus fous peuvent voir durant le festival…

Si Cannes demeure le plus important Festival de Cinéma, cette année, il a commencé avec de mauvaises nouvelles : Canal + a réduit de 90 % sa participation à la fête, ce qui augure mal pour l'avenir et un cinéma de Cannes (Le Star) a fermé… Par ailleurs, il y aurait eu une moindre fréquentation, ressentie par les restaurateurs, et «  l'absence des Américains  » a été signalée en rapport avec la crainte d’attentats...

Si on parlait cinéma ?

Ni revue complète de la trentaine de films vus, ni jugement sur le palmarès, voici de brèves notes sur quelques films (A la "demande" de Marie-Claude et de Pierre).

«  Églantine d’or » pour « Ma Loute » de Bruno Dumont, (2h02) pour son inventivité cinématographique, déjà annoncée dans «  P’tit Quinquin ». Des acteurs célèbres (Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi) valorisés et disciplinés, au point que le cabotin Luchini est accompagné d'un cousin avec lequel on pourrait le confondre. Des acteurs non professionnels que Bruno Dumont dirige, avec maîtrise, et rend aussi talentueux que les professionnels. Peut-être faudrait-il remplacer les prix d’interprétation par le prix de la direction d’acteurs…
Dans «  Ma Loute  », Bruno Dumont illustre le rapport de classes, jusqu'à l'anthropophagie, dans les années 1900, entre une grande famille du Nord en vacances et les pêcheurs du quartier St Michel qui leur font passer le gué, en barque ou dans leurs bras suivant la marée. Des personnes disparaissent... Et les pêcheurs se pourlèchent les babines... Ce qui n'empêche pas une idylle, momentanée, entre le fils aîné des pêcheurs et l'aîné(e) des bourgeois au sexe incertain... Mais la police enquête sous la forme de deux policiers, type Laurel et Hardy, un brin automates.
Certains auront quelques difficultés à entrer dans un film déjanté, burlesque, poétique, excessif… ce qui fait son charme. Il aura ses inconditionnels et ceux qui ne pourront suivre le délire de Dumont.

« Rester vertical » d'Alain Guiraudie (1h40) est aussi un film puissant qui en dérangera plus d'un et plus d’une. Dans « L'inconnu du lac », un crime était commis sur un lieu traditionnel de drague homosexuelle. « Rester vertical » qui se déroule en milieu paysan sur un causse de Lozère, est beaucoup plus complexe.

Le héros, scénariste, est à la recherche des loups, d'aventures et d’inspiration sur le Causse. Il rencontre une bergère qui n'aime guère les loups, prédateurs de son troupeau. Une relation s'établit. Notre héros découvre la beauté naturelle de « l'origine du monde  » et la paternité, tandis qu'elle vit l'animalité de l'accouchement dont rien ne nous est épargné, et le refus de cette maternité… Tout ceci n'empêche pas notre scénariste de continuer sa recherche d'aventures, même si cela ne favorise guère son travail d'écriture.
Alain Rigaudie reprend la question de l'homosexualité, dans le quotidien paysan. Non dans un lieu de drague traditionnel. Le héros et les personnages sont socialement situés, le scénariste un peu paumé, bisexuel, attaché à son enfant que la mère lui abandonne. Après plusieurs épisodes – il est dépouillé à nu sous un pont - il participe activement au «  suicide assisté » d'un vieil homosexuel, associant sodomisation terminale et cocktail létal - il revient chez son « beau-père », dont il refuse les avances, pour s'occuper, seul, de son enfant, des troupeaux et des loups.
Alain Rigaudie ne recule pas devant des scènes, des situations d'un réalisme, d’un naturalisme qui peut paraître insupportable (accouchement très réaliste, sodomisation terminale). La femme, absente dans «  L’inconnu du lac », est ici réduite à son utilité !

Dans la cuvée Cannes 2016, « Ma Loute » n’est pas le seul film à parler de classes, de lutte des classes. Dans « L'économie du couple » de Joachim Lafosse (1h40, titre anglais, "After love"), elle apparaît, après l’amour, quand vient le moment de la séparation... Tout ce qui avait fait le bonheur de la rencontre, des premières années du couple, va faire l'objet de la lutte. Bérénice a aimé Boris, l'architecte polonais sans travail qui a refait la belle maison dans laquelle ils ont vécu, heureux avec leurs deux enfants. À l'heure de la séparation et du partage, ils se disputent tout, même le fromage du frigo. Bérénice ne veut prendre en compte dans le partage que son apport en capital fourni par ses parents et Boris revendique son apport en travail.

«  Money Monster », (1h39) de Jodie Forster, avec Georges Clooney et Julia Roberts, est plus directement politique : un boursicoteur malheureux fait irruption sur le plateau de l'émission phare "Money Monster " et prend en otage, en direct, l'animateur vedette qui a ruiné des milliers de téléspectateurs par ses conseils spéculatifs. Menaçant de tout faire sauter… Mais l'animateur est sauvé par une équipe remarquable qui permet de démasquer le vilain coupable. Tout rentre dans l’ordre. La morale est sauve : le méchant spéculateur qui a tout truqué est arrêté, le terroriste amateur est abattu, le couple animateur se reconstitue, tout cela en direct. Il n'y a plus qu'à préparer l'émission de la semaine prochaine.
Le capitalisme n'est pas si mauvais que cela sous l’œil du journalisme télévisé, revu par le cinéma. Un bon film étasunien «  de gauche » tonique, efficace...

Dés la fin de la projection, « Tony Erdmann  », (2h42) de l'Allemande Maren Ade, très applaudi par la salle, bien chauffée par la présence de nombreux Allemands, est apparu comme candidat à la palme. Ce film, hilarant, n'a eu aucune récompense mais s'est largement vendu et est assuré d'un succès d'audience mérité.
Ici, il n’est pas question de classes et de lutte des classes. Mais du bonheur et du sens de la vie. C’est cette question qu’un père, philosophe et facétieux, pose à sa fille, cadre très professionnel d'une entreprisse allemande qui essaie de conquérir un marché en Roumanie, au prix de quelques licenciements... Lors d’une visite, un rien dérangeante, à Bucarest où elle travaille, son père se déguise en divers personnages qui perturbent son emploi du temps, ses prestations et sa sérénité.
Que va-t-elle faire ?

« Aquarius » (2h20) de Kleber Mendonca Filho : Clara, belle femme, personnalité à la retraite, mère de famille de la bonne société, occupe un bel appartement sur le bord de l’océan à Recife. Tous les autres copropriétaires ont accepté les substantielles indemnisations de promoteurs immobiliers. Clara résiste pour sauvegarder son lieu de vie. Elle devra faire face à tout ce que les promoteurs peuvent inventer pour faire céder une faible femme… qui ne cédera pas.
La présentation du film a été l'occasion, pour l'importante assistance brésilienne, de dire son soutien à Dilma Rousseff et à la démocratie brésilienne.
Dans la sélection «  classics  », un autre film brésilien a été présenté : « Cinema novo » (1h30) d’Eryk Rocha, fils de Glauber Rocha. «  Avec le « Cinema novo » est apparue une nouvelle grammaire cinématographique spécifique capable de penser le Brésil nouveau des années 1960, pays qui était alors en train de passer d'un mode rural à un mode urbain à travers de fortes mutations. » (Eryk Rocha). Film du siècle dernier, plein de bruit et de fureur, de violence et de sang.... La vieille révolution latino-americaine... De « Cinema novo » à «  Aquarius  », de la révolution à la spéculation… changement de siècle..

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Actes de violence, situation de violence

Le cinéma, art du mouvement, de l'action, de la violence et de la couleur, est bien équipé pour montrer les explosions de violence. Parfois, pour s'y complaire. Mais il peut tout aussi bien explorer des situations de violence, de tension.

« The last face » (2h11) de Sean Penn avec Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Exarchopoulos, raconte la rencontre d'une responsable internationale de l'humanitaire et d'un urgentiste de «  médecins du monde » sur le terrain, au milieu de guerres sanglantes en Afrique (Nigeria, Soudan). Ce film, fait par des occidentaux blancs, pleins de bonnes intentions, a été sifflé à certaines séances, probablement pour le contraste entre la situation amoureuse, les dialogues conflictuels de généreux occidentaux et la cruauté de la guerre africaine avec des scènes difficilement soutenables. Vision quasiment néocolonialiste de l’Afrique.

Des films montrant des situations de violence plus que des actes de violence ont été présentés, venant des autres continents, Amérique, Europe, Asie, tournés par des autochtones.

Ainsi, «  Loving  » (2h03) de Jeff Nichols qui se déroule aux États-Unis (Virginie) en 1958. Première image, un visage de femme qui tourne lentement son regard, suivi par la caméra, vers le visage d’un homme, Loving, à qui elle déclare : « je suis enceinte ». Et lui, de répondre, on va se marier.
Elle est noire, il est blanc, et le mariage interracial est interdit en Virginie. Pour se marier, ils vont à Washington où le mariage interracial est possible. A leur retour en Virginie, les ennuis vont commencer.
Cette histoire, vraie, très étasunienne, est traitée à l'européenne, avec seulement une violence légale, latente. Sans acte de violence.
Aucun personnage n'est le mal absolu, ni le bien absolu. Chacun est enfermé dans son rôle ou ses croyances. Le juge, comme Dieu, est pour la séparation des races mais accepte un compromis, sévère ; l'avocat qui obtient ce compromis avertit que c'est sa dernière intervention, le policier donne des conseils menaçants. Se croyant suivi par une voiture alors qu’il rentre chez lui, Loving s’arme. Mais il ne se passe rien.
La mère de Loving accouche blanches et noires mais reproche à son fils d'avoir bafoué la loi ; un beau-frère, noir, lui montre sa position en porte-à-faux de blanc, bien intégré parmi les noirs, qui travaille chez les blancs… Les avocats de la cause, comme les journalistes favorables, sont aussi ambigus.
Mais, tout finit bien, devant la Cour suprême, pour ce couple qui ne veut pas faire l'Histoire mais seulement vivre.
Le montage est assez rapide, soutient le rythme de l'histoire avec des transitions superposant l'image avec les dialogues de la scène suivante ce qui rend les enchaînements plus vivants.

« La fille inconnue » (1h53) de Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud et Louka Minnella.
Une très jeune médecin, très compétente, très consciencieuse, n'ouvre pas sa porte, quand la sonnette retentit, une heure après la fermeture de son cabinet. Une « jeune fille inconnue », noire, le paiera de sa vie. A partir de cette erreur et du sentiment de culpabilité qu'elle éprouve, elle va mener l'enquête pour retrouver l'identité de l'inconnue et lui donner une sépulture.
L'histoire se déroule dans un quartier populaire de Liège, pluriethnique. L'atmosphère est parfois tendue, la violence affleure. Dans cette histoire où il n’y a que des personnes imparfaites, par petites touches, les frères Dardenne nous font connaître le monde des gens simples et nous amène, sans cris, vers le dénouement.

«  Forushande  » (Le Client) d'Asghar Farhadi (2h05).
A Téhéran, un jeune couple du milieu du spectacle déménage car leur immeuble a de sérieux problèmes. Un ami leur trouve un nouvel appartement, autrefois habité par une prostituée.
On sonne à la porte, la jeune femme, croyant que son mari revient, ouvre. L’irréparable est commis : un homme est entré dans l’appartement. On ne saura pas ce qui s’est passé. Il n’y a pas de discussion entre le mari et la femme. Il n’est pas question de porter plainte et de faire ainsi de la publicité. Le mari va mener son enquête pour retrouver le «  coupable  ». L’humilier avec cruauté. Devant sa famille. Apparemment ouvert, moderne, il exprime par ses actes la violence des normes sociales qu’il a intégrées et qu’il doit appliquer.

Dans « Ma' Rosa » (1h50) de Brillante Mendoza, c’est la classique violence sociale, ici aux Philippines. Une petite famille de commerçants complète ses revenus avec le commerce de la drogue. Sur probable dénonciation, ils sont embarqués par la police et n’obtiendront leur libération que contre la dénonciation de leur fournisseur et une somme d’argent pour convaincre les policiers. Les enfants arriveront à récolter cette somme, difficilement, auprès de membres de la famille : misère, corruption , trafic de drogue, solidarité familiale....

Fuchi Ni Tatsu (Harmonium, 1h58) de Koji Fukada.
Un artisan vit paisiblement, en famille, en banlieue. Jusqu’au jour où débarque un « ami », « yakusa », repris de justice qui est embauché, nourri, logé… L’ami sort d’un long séjour en prison à la suite d’une affaire dont l’artisan était le complice et qu’il n’a pas dénoncé. Cet ami agresse la fillette qui reste paralysée et s’enfuit… Des années plus tard, l’artisan embauche un jeune apprenti qui n’est que le fils de l’ami qui recherche son père… Ils partiront tous à la recherche… qui finira mal. Finalement, la mère se jettera avec sa fille dans le torrent.
L’angoisse, la violence viennent d’un passé caché.

«  Agassi  » (Mademoiselle, 2h25) de Chan-Wook Park.
Dans le contexte de la Corée colonisée par les Japonais, un jeune et ambitieux coréen se propose d'épouser une riche héritière japonaise, plus ou moins séquestrée par son oncle, libertaire, émule du « divin marquis ». Pour cela, il s'assure la complicité d'une jeune et belle coréenne qu'il fait embaucher au service de Mademoiselle...
Finalement, c'est lui qui sera trahi par les deux jeunes femmes. Ici, l'homosexualité féminine, interclassiste, l'emporte sur le machisme arriviste et anticolonialiste.

« Paterson » de Jim Jarmusch (1h55), avec Adam Driver et Golshifteh Farahani décrit la vie quotidienne d'un jeune couple étasunien, mixte, lui, chauffeur de bus, blanc, qui rêve d'être poète et écrit dans son carnet secret, elle qui rêve de réussite comme chanteuse et guitariste ou par la grâce de ses qualités de pâtissière, et leur chien qui aime aussi dévorer les poèmes de son maître.
Les jours de la semaine passent dans leur banalité, le jeune chauffeur écoute les histoires vraies ou fantasmées des passagers, va promener le chien et prendre sa bière au bistrot du coin, à la clientèle métissée, où se jouent les petits drames de la vie.

« Olli Mäki  » (1h32) de Juho Kuosmanen.
Été 1962, Olli Mäki prétend au titre de champion du monde poids plume de boxe. Il ne lui reste qu’une marche à franchir pour connaître la gloire suprême. Pour cela, il doit se préparer intensément, perdre quelques kilos, se concentrer sur son entraînement, sur son combat. Mais, tombé amoureux, il a l’esprit ailleurs, néglige quelque peu les exigences sportives. Le combat du triomphe se termine, par KO à la deuxième manche. C’est le combat le plus court et le jour le plus beau. Car il repart avec la femme de sa vie.

Contraste entre le rêve américain du jeune couple Paterson dont les deux membres sont pleins d’ambitions. Et le jeune couple nordique à la recherche d’un bonheur simple, illustré par la dernière image où, quittant la capitale pour revenir chez eux, ils croisent un couple âgé. Symbole de la banalité d’un bonheur tranquille ?

Deux films roumains

La Roumanie n’est pas simplement un terrain de jeux pour entreprises allemandes en expansion. Régulièrement, des films roumains abordent, souvent de façon réussie, les questions qui se posent au pays.

« Sieranevada » de Cristi Puiu.

Toute la famille roumaine élargie est réunie pour la commémoration du décès du père, un an auparavant. C'est l'occasion d'un repas familial qui tarde à se mettre en place dans l'attente du pope qui doit venir bénir la cérémonie. C'est aussi l'occasion de la mise à jour de tous les conflits de la société roumaine, conflits familiaux ou politiques : complotisme, nostalgies contradictoires dans une société postcommuniste qui n’a rien réglé...
Encore un film un peu trop long (2h53), la cérémonie religieuse n'en finit pas (c'est un peu le ressort de l'histoire), la suppression d’une scène, en extérieur, non nécessaire (ennuis de stationnement) aurait pu alléger le film qui est sauvé par la description de la société roumaine et l'humour de l'auteur.

Baccalauréat (2h08) de Cristian Mungiu.
Dans une famille de la bonne société roumaine, père chirurgien de renom, honnête, la fille, élève brillante, est victime d'une agression à la veille du baccalauréat qui lui permettra de partir à Birmingham pour poursuivre ses études. Passer le bac avec le bras dans le plâtre est difficile. Le père décide de l'aider par ses relations comme il est de coutume en Roumanie. Finalement, elle aura son bac sans tricherie.
Vision très pessimiste, très réaliste, de la société roumaine où les parents regrettent d'être rentrés au pays et où les jeunes ne pensent qu'à partir. Dans une corruption généralisée.

Deux films remarquables

IKARIE XB 1 (1h 28) de Jindrich Polak, film de science-fiction tchécoslovaque de 1963, numérisé, a une importante postérité, notamment « 2001 : l’Odyssée de l’espace » (1968) de Stanley Kubrick mais aussi pour des raisons techniques ou le scénario « La Guerre des étoiles (1977), « Alien » (1979) ou « Sunshine » (2007). Il a longtemps été connu en occident, trafiqué et doublé en anglais, sous le nom de « Voyage to the End of the Universe », avec une fin qui le dénaturait complètement.
La version, restaurée, projetée à Cannes permet de voir le film dans sa forme originale.

Le film raconte l'aventure d'un vaisseau spatial, parti en 2163, à la recherche de la vie, de la société idéale, bien au delà du système solaire. Ce film, optimiste dans la veine réaliste - socialiste, va rencontrer quelques difficultés, notamment une épave spatiale que deux astronautes vont visiter et où ils ne trouveront que les cadavres des criminels du XX ème siècle responsables de Hiroshima, Nagasaki, Ouradour, les camps d extermination. En plus la navette a une charge nucléaire qui la fait exploser entraînant la mort de nos deux astronautes.
L'expédition rencontrera une autre difficulté naturelle mais imprévue dont ils sortiront grâce à leur décision humaine contre l'avis des robots qui guident le véhicule et, finalement, avec la protection des habitants de l'heureuse « planète blanche » que nous ne verrons pas.

Et la femme créa Hollywood (52 mn) de Clara Kupperberg et Julia Kupperberg. Ce film montre que, dans les 30 premières années du cinéma, à Hollywood, les films étaient faits essentiellement par des femmes : du scénario à la réalisation en passant par le montage (normal, les femmes sont couturières)...
Petit à petit, le cinéma est devenu plus « professionnel » et les travailleurs du cinéma mieux payés. Alors les hommes ont commencé à arriver et le syndicat… Progressivement les femmes ont été et éliminées du métier mais aussi de l’histoire du cinéma. Quelques unes ont surnagé comme Lillian Gisch, actrice, ou, plus rarement, comme productrices, distributrices. C'est ainsi que la société United Artists, connue en français sous le nom de sa filiale Les Artistes associés, société de distribution puis de production, a été fondée en 1919 par Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W.Griffith…


Ce film, déjà diffusé à a télévision en mai et juin, sera visible à nouveau, le dimanche 21 août 2016 sur la chaîne télévisée OCS Géants

Les sœurs Kupperberg travaillent à une série télévisée sur la question.

Autres films vus

« Julietta » de Pedro Almodovar, « Un homme et une femme » de Claude Lelouch 1966, « Voyage au Groenland » de Sébastien Betbeder, « Voir du pays » de Delphine Coulin et Muriel Coulin, « Le cancre » de Paul Vecchiali, « La larga noche » de Francisco Santiago, « The Neon Demon » de Nicolas Winding Refn, « Mal de pierres » de Nicole Garcia, « Elle » de Paul Verhoeven, « Isola » de Fabianny Deschamps, « Goksung » de Na Hong Jin.

Post scriptum  : «  L’effet aquatique »

Film projeté à Cannes et actuellement dans les salles, à voir absolument : «  L’effet aquatique », un très beau film (1h23), français-islandais, de Solveig Anspach qui montre que l’Islande n’a pas seulement une bonne équipe de footballeurs avec des supporteurs...

 

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

 



2 réactions


Réagir