mercredi 7 décembre 2011 - par Amaury Watremez

Catholique anonyme dans un monde en pleine crise morale

 Dans une société vivant une sérieuse crise morale (au sens moral, et non moralisteur), dans laquelle la finalité ultime de la plupart des gens est l'argent, et ce quels que soient les alibis qu'ils se donnent hypocritement, ou les jeunes et plus jeunes sont esclaves de leur téléphone et soumis comme les adultes à différentes machines, il est quasiment incompréhensible d'être catholique, quasiment inacceptable.

image tirée de "Qui a envie d'être aimé ?" prise ici

L'auteur du livre dont il est question plus bas, cela lui a fermé des portes. Pas de manière brutale, pas de manière violente. C'est plus insidieux. Comme il le dit, on l'écoute attentivement avec un sourire poli et c'est tout, et il perd ainsi quelques amis et contrats...

Cela semble un vestige du passé, un catho, c'est une sorte de fossile vivant, fût-il un catholique charismatique « laveur de carreaux » tout gentil (imaginez le geste pour voir de qui je veux parler) ou plutôt « traditionnel » très méchant, réactionnaire, facho et tout.

Quand un catholique insiste un peu pour parler avec un peu de force de sa foi c'est la longue litanie habituelle qu'on lui oppose :

l'Inquisition, même s'il est né bien après, les intégristes, la question du préservatif, la pédophilie, la spiritualité paulinienne qui serait moralisante à outrance (rappelons que c'est Saint Paul qui a dit « Tout m'est permis mais tout ne m'est pas profitable » ce qui n'est pas exactement le signe d'une morale étriquée) pour les moins ignares bien sûr etc...

Dans le meilleur de cas, on confondra la foi avec une espèce d'idéologie à la « Robin des bois ».

Et puis au bout du compte, est-ce que cela remet en cause une seconde ce qui est dit dans l'Évangile ? Qui ne ressemble en rien à de la guimauve, il est normal que cela provoque quelques réactions violentes.

Avec délices et componction, je viens de lire « Catholique anonyme » de Thierry Bizot (adapté au cinéma par sa femme sous le titre : « Qui a envie d'être aimé  ? »), excellent récit où il raconte son expérience d'une catéchèse pour adultes, qui m'inspire ce petit texte, sans rien cacher de ses sentiments face à ces rencontres, sa peur de « se faire avoir », ses sarcasmes face aux personnages ridicules qu'il y croise, cette femme au chignon un peu trop violet, ce monsieur perdu dans un pull trop grand pour lui racontant avec un peu trop de passion comment il est sorti du cannabis.

J'ai beaucoup aimé ce livre court, rapide à lire, humain aussi, qui donne envie de rire, parfois de s'émouvoir avec l'autre, et lu en une après-midi, qui ne cache rien de ses faiblesses, l'auteur reconnaît sa faiblesse, ne juge personne, ne donne pas son cas en exemple, il ne fait que montrer ce qu'il a vécu.

Et rien d'autres.

Et bien sûr c'est beaucoup plus fort que beaucoup de sermon.

Producteur de télévision à succès, scénariste, écrivain, il s'était éloigné de la sa foi enfantine, voyant cela comme des contes de bonne femme. Selon la société actuelle, il avait tout réussi, y compris son mariage avec une « wonder woman » moderne, femme libérée et bonne mère, ainsi que l'éducation de ses enfants, tous beaux, bons à l'école et ouverts au monde.

Et pourtant, il avoue, il affirme que cette catéchèse dans une salle mal chauffée sentant le renfermé, avec des personnes considérées comme des losers par la société, et par lui, lui a fait prendre conscience que finalement il avait sans cesse peur, et que la peur dominait sa vie :

la peur de ne pas avoir assez d'argent, la peur de ne pas offrir tous les produits de consommation réputés nécessaires à ses enfants, je dis bien réputés, car la plupart sont inutiles, la peur de ne pas être pris pour un gagnant, de ne pas avoir un statut social enviable, la peur du ridicule d'avouer qu'il croit en Dieu...

Il montre bien grâce à son livre que ce n'est pas la liberté qui mène nos sociétés, mais la peur, l'angoisse de ne pas être comme tout le monde, d'être en dehors des normes sociales.

Il montre bien que c'est ça qui pervertit nos désirs, quand la société nous encourage à ce que ceux-ci soient uniquement centrés sur nous. Ce ne sont pas les désirs qui sont le mal d'ailleurs, c'est l'égoïsme, le narcissisme, à laquelle tout nous pousse dans la société, de la nostalgie mal placée, un marché en plein essor, au pseudo- « coaching » de vie qui permet à des charlatans dotés d'un organe puissant et bien modulé de gagner de l'argent en masse.

Bien sûr, nombre de personnes m'objecteront que le catholicisme est aussi un « coaching » en quelque sorte, ce que croit il est vrai certains catholiques eux-mêmes qui voient la foi comme une gymnastique mentale, ce qu'elle n'est pas et ne sera jamais.

Une chose, enfin, qui m'étonne toujours autant, ce sont les réactions violentes face à la Foi. Si celle-ci n'était qu'une superstition, elles n'ont pas lieu d'être. Or, elles sont la plupart du temps extrêmement hargneuses, ce qui semble montrer « a contrario » qu'il y a dans la foi catholique, pour ceux qui la haïssent ; quelque chose qui les touche bel et bien profondément et que c'est certainement cela qui provoque autant de colère voire de haine chez eux.

ci-dessous un témoignage de l'auteur de "Catholique Anonyme" et la bande annonce de "Qui a envie d'être aimé ?"


Thierry Bizot : "Catholique anonyme" par college-des-bernardins


78 Messages de forum

Version web