lundi 20 mars - par Pale Rider

Chuck Berry : des CD

Un des principaux fondateurs du rock’n’roll vient de nous quitter à l’âge exceptionnel (surtout dans cette corporation) de 90 ans. Chuck Berry, par ses rythmes et ses mélodies, était immédiatement reconnaissable. Et nous lui sommes reconnaissants d’avoir su nous mettre de bonne humeur quand nous avions le blues.

Chuck Berry, c’est en effet tout le contraire du blues. Si vous n’avez pas la pêche, mettez-vous n’importe quelle chanson de lui, et vous serez requinqués au moins pour quelques heures.

 Il me semble que c’est l’artiste qui a été le plus repris dans le monde du rock et –à mon avis– contrairement à ce qui se passe souvent, les reprises sont souvent meilleures que les originaux qui sont un peu légers au niveau des instruments et de la qualité d’enregistrement. Berry a été interprété par les Beatles, les Stones, AC/DC, Jerry Lee Lewis, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, etc., et surtout Status Quo qui en a fait des interprétation enthousiasmantes.

 Je me souviens d’un concert de guitares (avec un s). L’intervenant principal était Michael Jones, le guitariste de Jean-Jacques Goldman. C’était il y a une vingtaine d’années à Issoudun. La virtuosité et la polyvalence de Jones étaient impressionnantes, celle des autres aussi. Mais c’était un concert très sage. À un moment, Jones entame les premiers accords de « Johnny B. Goode » et là, il a été impossible de rester assis : toute la salle s’est levée d’un seul coup : on ne tenait plus en place ! Ça donne une idée du pouvoir des chansons de Chuck Berry.

Rock païen

 Le rock’n’roll est né dans les églises ; celui de Chuck aussi. Mais là où le quatuor Presley/ Lewis/ Perkins/ Cash a toujours gardé un fond implicitement chrétien (explicitement pour les deux derniers), Chuck nous a distraits avec des thèmes simples et universels intéressant les jeunes au strict niveau des loisirs : la fête, la drague, les Cadillac. C’est un fait que le rock a des préoccupations spirituelles de toute nature. Il semble que cela ait été le cadet des soucis de Chuck Berry. C’est le plus païen de tous. Contrairement à quelqu’un comme Ray Charles, Chuck Berry n’a pas d’abord été perçu comme noir mais comme reflet de toute la jeunesse qui désirait s’amuser, quelle que fût sa couleur. Aucune trace de cette inspiration gospel qui est en filigrane chez Ray Charles ; les chansons de Chuck Berry n’ont aucune profondeur au niveau des paroles : ce qui compte, c’est de rigoler. Les francophones ne perdent donc pas grand-chose à ne rien comprendre (sauf dans « You Never Can Tell » où on entend quelques expressions en français –« faut c’qu’y faut », « c’est la vie », etc.). Il faut dire que Berry n’a pas été sage du tout : cambriolages, détournement de mineure, fraude fiscale, amendes et séjours en prison : pas vraiment un petit saint, pas vraiment un philosophe, pas du tout un penseur, loin s’en faut.

 Avec lui, c’est un morceau de patrimoine qui s’en va, mais il existe des conservatoires de son œuvre, y compris dans l’espace intersidéral : Johnny B. Goode fut choisi comme l'une des plus grandes réalisations de l'humanité emportées par la sonde Voyager I sur le Voyager Golden Record. Si ça n’est pas être une star…

 

Crédit photo : Amarvudol — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6247311



2 réactions


  • Debrief 20 mars 17:23

    Quelle prestance ce Chuck ! Longiligne, élégant, souriant, le regard vif et plein d’humour, avec quelques licks de guitare il a fait le Rock’n Roll avec quelques uns de ses compères des 50’s & 60’s. Une star de grande classe !


  • fatizo fatizo 20 mars 22:06

    Quel rockeur n’a pas repris ou interprété Chuck Berry.

    Il était le rock pour sa musique mais aussi pour sa vie . 
    Lennon a dit parfois des conneries mais pas lorsqu’il déclarait :« Si on rebaptisait le rock’n’roll, on l’appellerait Chuck Berry"

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