samedi 11 mars - par christophecroshouplon

Cinema Paradiso

Je songe à ces temps pas si anciens - quelques décennies - ou le cinéma, le fait de se rassembler le soir dans une salle comble pour assister à la projection d’un film, était pour chaque spectateur un authentique spectacle. 

Alors – je parle des années de guerre et celles qui lui ont succédé – les salles ne projetaient qu’un film, non pas toute la journée comme c’est le cas aujourd’hui mais à heure fixe. La projection durait longtemps, précédée par des actualités et des attractions. On pouvait fumer dans la salle, comme on peut le voir dans ce merveilleux Cinéma Paradiso de Guiseppe Tornatore sorti à la fin des années 80. Un film n’était alors projeté que dans une salle, il fallait parfois traverser la capitale pour faire la queue pour y assister. On avait le temps, il pouvait y être projeté des mois, le temps nécessaire du bouche-à-oreille. 



On y allait en famille, les classes sociales y étaient bien mieux mêlées que de nos jours ainsi que les générations. Il n’y avait pas alors de films pour enfants, des films pour adultes, des films pour ados ou des films pour vieux ados, les productions concernaient, s’adressaient et plaisaient à tout le monde. Le public alors n’était pas compose de petits critiques en herbe prêts à dégainer à peine sortis mais avait encore cette capacité à s’émerveiller sitôt enclenché le ronron du projecteur, ce bruit de moteur faisant glisser la pellicule jusqu’à le faire ressembler au vrombissement d’un train sur des rails.

C’était alors une communion, une magnifique et commune façon de se rassembler, loin des home movies nous isolant de nos écrans riquiqui d’aujourd’hui, de ces halls écœurants de parfums de bonbons et sodas chimiques ou le film fait office de faire valoir à l’industrie alimentaire. 


Cette magie n’étant plus, il appartient comme cela se fait dans certains villages ou certaines grandes villes à l’occasion des étés de faire ressusciter par des projections en plein air ce gout pour les grands écrans, les grandes œuvres de notre mémoire collective et les grandes communions. Car le cinéma, le vrai, permet, au contraire de nos cellulaires et de nos télévisions, de lever les yeux vers un même horizon. Et tel le personnage de Mia Farrow dans La Rose Pourpre du Caire, d’entrer tous ensemble dans l’écran.



6 réactions


  • Albert123 11 mars 16:39

    « Il n’y avait pas alors de films pour enfants, des films pour adultes, des films pour ados ou des films pour vieux ados, les productions concernaient, s’adressaient et plaisaient à tout le monde. »


    atomisation du marché qui est la conséquence de la domination du Capital.

    « Le public alors n’était pas compose de petits critiques en herbe prêts à dégainer à peine sortis mais avait encore cette capacité à s’émerveiller sitôt enclenché le ronron du projecteur »

    culture de l’insatisfaction propre à la domination du Capital.

    « C’était alors une communion, une magnifique et commune façon de se rassembler, loin des home movies nous isolant de nos écrans riquiqui d’aujourd’hui, de ces halls écœurants de parfums de bonbons et sodas chimiques ou le film fait office de faire valoir à l’industrie alimentaire. »

    Illusion surtout de communion autour d’un objet qui constitue un emblème du capitalisme contemporain. Il n’y a aucun retour à la communauté primaire derrière un objet du capital au mieux une crise d’hystérie collective.

    « Cette magie n’étant plus... »

    aucune magie tout au plus un attrape nigaud dont les contradictions n’étaient pas encore assez insupportables pour rester séduisantes et attractives.

    Vous idéalisez un capitalisme d’antan en pensant que celui ci aurait pu ne pas devenir ce qu’il est devenu, il n’en est rien : ce qui a été constitue les fondations de ce qui est aujourd’hui.

    comme écrivait Bossuet « Dieu se rie de ceux qui chérissent les causes des conséquences qu’ils maudissent » 

    • christophecroshouplon christophecroshouplon 11 mars 19:37

      @Albert123
      Ce qui est certain a vous lire c’est que la magie de l’enfance vous a abandonne. 


    • Albert123 11 mars 23:14

      @christophecroshouplon


      Il n’y a aucun enchantement dans le fait de vouloir figer de manière éternelle, nostalgique et parfois totalitaire un pseudo age d’or (car toujours très relatif), 

      vous vous attristez de la fin d’une époque qui possédait déjà en elle les germes de ce qui a mené à son tragique et cyclique destin, je rêve de mon coté à tous les nouveaux possibles qui s’offrent à nous quand nous aurons enfin mis de coté les restes pourrissants de 300 ans d’idéologies qui ne peuvent, de manière systémique, mener qu’à une impasse.

      la magie c’est pour les enfants, une fois adulte on devient magicien, enfin on essaye…







  • Clocel Clocel 11 mars 19:20

    Perso, je ne mettrais pas un cent pour aller voir les merdes actuelles...

    Le déclin de l’Amérique, il y a beau temps qu’il se reflète dans son cinéma.

    Quant aux mièvreries hexagonales, dégoulinantes de bons sentiments et de messages à deux balles, je vous les laisse...

    La base d’un bon film, c’est l’imagination, on en manque cruellement, et pas qu’au cinéma...


  • philippe baron-abrioux 13 mars 08:42


    Bonjour ,

     il se trouve que parmi les personnes que j’ai accueillies en formation , j’ai rencontré un homme, Mr Rivière , d’une cinquantaine d’années faisant partie des « gens du voyage » .

     amené à évoquer avec lui son passé professionnel , il m’ indiqué qu’avec un de ses proches qui avait passé le permis de conduire , il avait de longues années durant sillonné les routes de la région Aquitaine ( pendant la période annuelle de sédentarisation (juste après vendanges et autres récoltes) ) , en passant de village en village pour proposer des projections de films en plein air . Il m’a convié chez lui pour me montrer le matériel qui lui était nécessaire et expliqué tout ce que ce type d’activité impliquait comme autorisations diverses en pensant toujours aux conditions les plus agréables possibles pour le confort des spectateurs . nombreuses anecdotes à la clef bien sûr et aussi tracasseries diverses (contrôles « fréquents » du livret de circulation , impossibilité d’ accéder au terrain choisi , ou à une source électrique , etc..) . décrite aussi avec des mots superbes de modestie la joie ressentie par ceux qui venaient en famille ou seuls prendre un bol d’air et de découverte pour un prix modique .

     des bobines de films sous emballage de carton rigide fermées avec une sangle , le tout étiqueté d’une écriture hésitante .

    dans le pensionnat où j’ai passé cinq ans , une grande salle , le« théâtre » (qui servait aussi de Dojo ,de salle de banquet pour les réunions des Anciens ou d’exposition pour certains travaux d’élèves , était équipé d’un projecteur de cinéma ) . un Sarladais , passionné de cinéma , animait une fois par moi environ , des soirées de projection proposées au ciné club du collège qui permettait de sélectionner les films avec nous . j’ai ai découvert « un condamné à mort s’est échappé » , « la règle du jeu » , « Orfeu négro » , « la grande illusion » , « lola montès », « le jour le plus long » et quelques autres titres qui , dès la fin de la projection , étaient « décryptés » pour que nous puissions mieux comprendre quelques intentions du cinéaste .

    pendant mes études à Bordeaux , j’ai continué à être un spectateur assidu , en particulier dans les petites « salles d’art et d’essai » qui existaient ; plus tard encore , au « Goethe institut » , j’ai découvert le cinéma allemand dont les films de Werner Herzog , « Aguirre ou la colère de dieu » , « les nains aussi ont commencé petits » et le sublime « Fata morgana » .

     quelques cinémas (devenus depuis des restaurants) , proposaient encore entre 1976 et 1980 , des films comme « le petit Marcel » , sujet à débats dans la salle entre étudiants et quelques jeunes des quartiers .

     depuis cette période , j’ai décroché , de plus en plus distant de ces « grands films » lancés à grand coup de budgets énormes , vendus pour un public de masse auquel on ne propose le plus souvent que des prouesses techniques son et images mais dont le contenu est souvent réduit à très peu de matière à réflexion ; je le déplore .

     je suis revenu à la lecture qui , c’est mon impression , me permet encore de rêver , d’imaginer , de m’évader un temps , de voyager .

     MERCI POUR VOTRE ARTICLE !

     bonne journée !

     P.B.A

     

     


Réagir