Comme je vous l'ai dit, les deux sagas, celles de la cocaïne et celle de Viktor Bout se sont croisées. Un exemple tout récent en rajoute une couche dans le domaine : il vient tout juste de se produire à Pointe-Noire, la capitale économique du pays, avec le crash d'un avion ayant fait 23 victimes en plein quartier de Mvoumvou. Juste avant de s'écraser, il était parti en tonneau, ce que prendra au vol une caméra quelques secondes avant le crash mortel... Voilà qui nous amène à l'Afrique Centrale et à la République du Congo, qui jusqu'ici n'avait pas eu droit à son épisode. A bord, ce jour-là, que des quartiers de viande, certes et non des passagers. Mais outre l'équipage, l'appareil s'est écrasé en pleine ville en tuant plusieurs personnes . Et l'appareil responsable de la catastrophe est intéressant à plus d'un titre. Depuis longtemps, il était interdit de vol avec passagers... mais continuait cependant à voler. Le "miracle" africain, en quelque sorte, qui nous ramène directement au vif du sujet : le Congo (ou plutôt LES Congos devrait-on dire !) lui aussi n'a pas (n'ont pas) été épargné(s) par ce que l'on décrit depuis plusieurs épisodes : or que ce soient la drogue, ou les armes, voire les officiels du pays, l'Antonov qui vient de se crasher avait tout transporté. Et ses propriétaires étaient à la fois liés étroitement au pouvoir en place... et à Viktor Bout, décidément bien envahissant... Le jour du crash ; il en aurait emporté cinq, de passagers, qui s'ajoutent aux pilotes et au mécanicien (ainsi qu'aux personnes écrasées par sa chute).
Des accidents d'avions et des chutes d'Antonov, au Congo, c'est plutôt fréquent à vrai dire. Le 26 août 2009, cinq ukrainiens et un Congolais avaient déjà péri dans le crash d'un avion cargo Antonov 12 tombé en plein... cimetière de la périphérie de Brazzaville, à Nganga-Lingolo. L'avion avait raté la piste d'atterrissage de onze kilomètres : il aurait dû survoler le fameux cimetière, mais à 600 m d'altitude. C'est un Antonov 12 d' Aero Fret Business immatriculé TN-AIA. A son bord, outre une cargaison de nourriture, un minibus Hiace, deux voitures Toyota Corolla et l'avion emportait six personnes, tuées dans l'accident. C'était bien chargé ! Trop même affirmeront les loadmasters connaisseurs (voir notamment ceci) !

En n'ayant une autorisation de vol que pour cinq, les deux pilotes, le mécanicien et les deux loadmasters, l'appareil enfreignait la loi en vigueur. Deux ukrainiens, deux moldaves et un congolais, le sixième larron étant lui aussi congolais indique "le Congo Déchaîné".
Selon le canard local ; il fallait s'y attendre : "d'après une source proche de la compagnie Aéro Fret Business, l'Anac aurait, il y a quelque temps, instruit la compagnie de procéder à la révision de l'appareil par le fabriquant, mais cela n'a pu se faire à Pointe-Noire qui ne dispose pas d'atelier approprié. Selon la même source, qui a requis l'anonymat, deux pilotes ukrainiens auraient même démissionné à la suite du refus par les responsables de soumettre l'appareil à une révision digne de ce nom". Au journal télévisé, les images du crash sont impressionnantes. Il faut dire que même repeint de blanc et de bleu, l'appareil faisait son âge : en 2006, il stationnait encore à Odessa, en fort piteux état.
La peinture le faisait tenir en l'air, ou tout juste. L'appareil avait été vendu 500 000 dollars par SkybirdHeli, une firme de Kiev qui indiquait sans vergogne qu'il avait un certificat de vol valable un an, "avec prologation" et qu'il avait été construit en... 1966 et qu'une peinture lui serait appliquée en cas d'achat... Au moment où il s'écrase, il a donc 43 ans de service, ce qui pour un avion de transport qui "encaisse" davantage que les autres appareils, peut paraître beaucoup...
La peinture, comme par hasard, applique un schéma que l'on retrouve intégralement sur le modèle 30 ; comme ce TN-AHS, ou sur un autre Antonov 12, le TN-AHU. Lui aussi vu pas très fringuant, c'est le moins qu'on puisse dire en 2005 encore, avec sa livrée de l'armée rouge et son numéro 72 de bataillon soviétique. Le même schéma ou presque avec lequel avait été peint l'avion qui vient de se crasher... sous un nom de compagnie différent. Le TN-AGK, qui lui avait volé pour la première fois en 1963. Encore deux années de vol et il serait devenu cinquantenaire. Effectivement : lui, le N°402006 avait été photographié en 1987 (en noir et blanc !) sous les couleurs d'Aaeroflot ! Ou vu à Yakutsk en 1994 sous le N°RA-11991 ! Un avion qui avait pour base... Sharjah, voilà qui devrait nous mettre la puce à l'oreille... des débris en pleine ville, émerge sa queue bleue reconnaissable d'ancien avion militaire (avec le poste du mitrailleur de queue encore visible).

Tous ces avions peints de la même façon ou presque avec des noms de société différentes ?Le Congo n'a plus de ligne aérienne à lui ? Ah, si, Air Congo, qui s'est appelé aprés Lina Congo (pour éviter la confusion avec Air Zaîre existant aussi)... volant sur des Fokker F-27 notamment, et "nationalisée", ou plutôt reprise en mains par les dirigeants du pays ; d'une bien étrange manière, dès 1965, nous raconte un bloggeur très bien informé. "Le clan Sassou & Nguesso a mis volontairement en faillite la compagnie aérienne nationale LINA CONGO pour la remplacer par des compagnies privées tenues par les membres du clan qui vont acheter des avions qui n'ont plus l'autorisation de voler en Russie ou en Ukraine. Il suffit de les retaper un peu, d'engager du personnel russe ou ukrainien et voilà un cercueil volant dans le ciel congolais" nous assène ce bloggueur qui semble avoir compris beaucoup de choses .
Mais pourquoi donc des avions et pas des trains dans le pays ? Pourquoi donc transporter de la viande ainsi ? "En raison des difficultés d’acheminement des marchandises à Brazzaville via le Chemin de fer Congo océan (CFCO) qui accuse une insuffisance de locomotives et une défectuosité du réseau, il a été décidé d’autoriser le trafic fret entre Brazzaville et Pointe-Noire par les avions Antonov 12. Principale voie reliant les deux capitales du pays, le CFCO a été endommagé pendant les conflits armés survenus au cours de ces dernières années." ajoute-t-il. Dans le pays, les voies ferrées datent en effet de... 1934. En 2006, il ne restait plus que 6 locomotives en état de marche sur la ligne principale réunissant la capitale à la mer. Le chemin de fer congolais, les français le connaissent bien, ainsi en 1934 avec les félicitations envoyées par un certain... Pierre Laval, alors Ministre des Colonies : "A cette occasion, une dépêche du journal officiel de l'Afrique Equatoriale Française (AEF) du 15 juillet 1934 de Monsieur Laval Pierre, Ministre des colonies, précise : "la jonction des deux tronçons du Congo - Océan a eu lieu le 29 mai 1934 au km 190 de Pointe -Noire. Monsieur le Ministre des colonies a bien voulu, à cette occasion, adresser, le 5 juin 1934, le câblogramme ci - après au directeur général : " A l'occasion jonction rail Congo - Océan, heureux de vous adresser pour vous, collaborateurs et tous artisans, mes plus vives félicitations, pour oeuvre que vous avez pu mener à bonne fin, malgré diffi cultés de tous ordres et qui sera classée parmi les plus grands travaux faisant honneur au génie colonisateur français ".

Vous parlez d'un génie : chez les ouvriers du chantier, ça a tourné au massacre, nous rappelle fort justement Wikipedia : "la construction de cette ligne fut l'œuvre de Société de Construction des Batignolles. Entreprise en 1921, elle fut un « effroyable consommateur de vies humaines », selon André Gide dans son livre Voyage au Congo. « Il faut relire Albert Londres ou André Gide. Dans Terre d'ébène et Retour au Congo, ils rappellent que la construction de la ligne de chemin de fer Congo-Océan a occasionné la mort de 17 000 personnes en raison du travail forcé. En 1930, la France, comme l'Espagne et le Portugal a refusé de ratifier la convention internationale contre le travail forcé. Et ce n'est qu'en 1946 que le travail forcé sera interdit dans les colonies. La colonisation a reposé sur un état d'exception permanent à l'encontre des indigènes. »
17 000 esclaves morts, n'ayons pas peur des mots, pour construire des viaducs et creuser des tunnels sous une chaleur torride : le colonialisme comme "bienfait" cher à Vanneste ! 17 000 personnes sont mortes pour qu'on trace sur leur tombe une croix en remplaçant leur travail par des Antonovs pourris ?
Car au Congo, comme me l'a fait remarqué un lecteur assidu, qui à pointé consciencieusement mes erreurs, ce n'est pas comme en Guinée Bissau : il y a bien des lignes de chemin de fer.. en fin surtout une : une voie unique (où on ne peut donc voir des trains se croiser) de 510 km de long, reliant la gare de Pointe-Noire à la Gare de Brazzaville. Et un ministre des transports, qui a même failli acheter des locomotives pour cette ligne.... qui ne pouvaient pas rouler dans le pays, nous explique presqu' hilare le même bloggeur : "D’après M. Ouosso, en 2008, le Gouvernement a inscrit une ligne budgétaire de 25 milliards de francs CFA en faveur du CFCO contre 18 milliards de francs CFA en 2009 pour l’acquisition d’une quinzaine de locomotives. Mais, a poursuivi le ministre des transports, il se pose un problème d’écartement (...) Ne savait-il donc pas l'écartement des rails congolais avant d'acheter ces locomotives ? C'est une lacune impardonnable pour un ministre ! " conclut plutôt de rage notre correspondant local !" .... En effet : ce sont les français qui ont construit la ligne, avec l'écartement des rails en France : soit un mètre, celui des voies dites "secondaires", devenues souvent touristiques comme celui du Chemin de fer de la baie de Somme que je connais bien pour avoir fait un long reportage dessus, jadis, dans "Pays du Nord" . Une toute petite partie du réseau est à double écartement.... empruntée par ses superbes Corpet-Louvet.
C'est encore un des "bienfaits de la colonisation" à la Vanneste : tous les pays alentour, dont les voies ferrées ont été faites par des anglais ou des africains du Sud... on un écartement de voie étroite similaire, une mise au point de Wikipédia précisait effectivement cette étrange situation : "Lors de travaux successifs de réfections des voies, on uniformisa et généralisa pour tout le Congo (attention c'est de l'autre dont il s'agit, la République démocratique du Congo) l'écartement de l'Afrique du Sud et de la Rhodésie (voie "étroite" de 3 pieds six pouces, soit, 1,067m). La voie "normale belge" étant de 1,435 m (4 pieds 8 pouces et demi), on a choisi (tant chez les Anglais que chez les Belges) la voie étroite pour une simple raison de poids des traverses, des rails... devant être manipulés et transportés facilement. De plus, les locos qui pénétraient depuis le Sud au Katanga étaient, au départ, de fabrication anglaise. Toutes ces explications sont données dans les merveilleux livres de Charles Blanchart "Le rail au Congo Belge" dont je te recommande vivement la lecture", précise Albert Sarlet". Dans la République du Congo, même chose. On envoie par bateau de France des locomotives fabriquées à Saint-Chamond.

D'où l'achat de rattrapage de sud-africaines adaptées : "les chemins de fer Congo-Océan (CFCO) ont acheté trois locomotives à la société sud-africaine RRLGrindod, pour un coût global de 1,6 milliards de francs CFA. La flotte de l'équipement de traction en service au CFCO a augmenté d'une dizaine de locomotives en 2008 à près de 20 aujourd'hui, ce qui permet à CFCO de répondre à la forte demande de services de transport, en particulier en ce qui concerne la nourriture, des hydrocarbures, et de matériel et d'équipement destinés à la grande construction de sites dans le cadre de la mise en œuvre de projets de développement des terres". Le manque de locomotives, est donc la raison officielle du maintien des cercueils volants. C'est ce qu'explique comme excuse tirée par les cheveux, en effet, le ministre concerné : "Normalement, le gouvernement congolais aurait dû arrêter il y a deux ans et demi les Antonov de transport de fret. Nous l’avons pas fait et jusqu’aujourd’hui. Nous avons raison parce que notre chemin de fer qui est l’alternative, ne dispose que de quatre ou six locomotives. Alors qu’en temps normal, le chemin de fer doit avoir 56 locomotives. Le jour où le chemin de fer va retrouver ses performances pour faire que tout le trafic fret et passager soit bien géré en temps réel, je crois que l’activité fret va baisser, sinon s’annuler toute seule. Le chemin de fer est au centre de la réflexion du gouvernement et de ces investissements. L’année dernière le gouvernement a inscrit 25 milliards de francs CFA d’investissement pour redresser le Chemin de Fer Congo Océan (CFCO). Cette année, 18 milliards, ont été débloqués pour l’achat des locomotives. Malheureusement, l’écartement de notre voie ferrée qui est de 1,067 m est caduque et ne permet pas de trouver des locomotives sur le marché pour cet écartement. En résumé, le gouvernement congolais a libéré l’argent nécessaire pour acheter une quinzaine de locomotives. Depuis deux ans, on ne trouve pas des locomotives sur le marché". L'excuse paraît assez grossière à l'entendre prononcée ainsi...

En fait, le pays régressait depuis des années dans le transport ferroviaire :" Le nombre de locomotives de ligne est passé de 54 locomotives en 1986 à 23 en 2008". Les RRLGrindod achetées en Afrique du Sud sont les premières depuis longtemps, auxquels s'ajoutes quatre chinoises le 3 novembre 2008, venues de Dalian, deux CKD5 et deux CKD7C de 1800 chevaux. En 1,067 d"écartement. Achetées de façon... particulière : "les deux locomotives de fabrication chinoise ont été acquises sur financement de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) et d’une société chinoise en charge de la construction du barrage d'Imboulou, la CMEC. Le coût de ces locomotives est estimé à 700 millions de francs CFA chacune". Au pays de "l'échange marchandise", tout se négocie, visiblement.. avec des Chinois en train de dévorer tout le marché du rail, à en effrayer l'Angleterre, qui parfois, se réveille en article de presse (il serait temps !)...
Il régresse, car on magouille, et on cache surtout un scandale énorme. Ainsi pour l'achat de locomotives canadiennes (?) , dûment payées mais jamais livrées : "Plus de 3 milliards FCFA à justifier Jacky Trimardeau (c'est le beau-fils du président , à gauche sur la photo, aux côtés de son successeur qui ne fera pas long feu non plus !) est assigné à résidence avec restriction de mouvement de 50 mètres autour de sa résidence à Pointe-Noire (...).
Aussitôt limogé, l’ancien Directeur Général du CFCO, doit se justifier devant les tribunaux car le CFCO a porté plainte contre son ancien maître. Une affaire de 3.166.541.594 F CFA perdus dans les méandres de deux sociétés canadiennes" explique un site (...) " Le 26 octobre 2007, un pavé est jeté dans la crise du CFCO, le conseiller du ministre passe à la résidence du DG limogé en lui précisant qu’il est accusé de malversation dans cette affaire des locomotives canadiennes et que le chef de l’Etat serait déjà en possession du dossier..."Ce qui s'appelle se faire pigeonner en beauté : "Il s’agit d’un contrat de financement conclu par le Ministre des Transports et de l’Aviation Civile le 27 septembre 2005 avec VAER-TECH pour un montant de 5 millions de dollars US pour l’achat de deux locomotives, d’engins de terrassement et de voitures voyageurs. Ce contrat verbal a été conclu par le ministre en l’absence du Directeur Général et du Directeur Général Adjoint du CFCO, les deux plus hauts responsables du CFCO. Au sortir de ce contrat, trois paiements ont été effectués par le CFCO. Le premier paiement s’est fait le 9 décembre 2005".
Les congolais ont payé pour des locomotives jamais livrées qui de toute manière ne pouvaient même pas rouler chez eux.. Montant : "l'équivalent en dollars US de 300 millions de FCFA. Le 28 février 2006, le deuxième paiement est effectué. Montant : équivalent en dollars US de 300 millions FCFA et enfin le 19 mai 2006 le troisième paiement est effectué. Montant : 150 millions FCFA. Le total de ces paiements a été de 766.541.594FCFA. Tous ces versements ont transité par la Royal Bank Of Canada à Calgary" L’argent encaissé, VAER-TECH n’a jamais fourni le matériel commandé par le CFCO" précise l'auteur du texte vengeur. Le dernier point à préciser étant que Trimardeau était...de nationalité française ! Et que son successeur avait jeté l'éponge :"On se souvient que le premier DG intérimaire nommé suite au limogeage pour incompétence notoire et gabegie financière de M. Jacky Trimardeau (français), Emile Malinka (français) avait choisi la fuite sans explications plutôt que de prendre la tête de l’entreprise !" L'actuel dirigeant étant encore français, né à Alger : c'est Sauveur Joseph Isaac Elbez.
Le gouvernement congolais et la CFCO se sont donc fait pigeonner dans les grandes largeurs : "Après plusieurs tracasseries, il se revèle que cette société n’est qu’une officine n’ayant aucunement pignon sur rue au Canada. Malgré les injonctions du DG du CFCO par courrier en date du 17 mars 2007 dans lequel il écrit : « …compte tenu du non respect de vos engagements en la matière, nous mettons un terme à notre collaboration et vous prions de nous restituer les sommes reçues… », et celles du ministre de tutelle, leurs interlocuteurs ne feront jamais suite à leurs revendications. Peine perdue, le Congo vient donc de jeter plus de 700 millions FCFA dans les mains d’une société fictive, des escrocs de grande réputation."
Le détail des transactions en dit long : "le 21 novembre 2006, sur instruction de la tutelle, le DG du CFCO signe un contrat avec CAD pour un montant de 4.800.000 US$ soit l’équivalent de 2,4 milliards de FCFA. Ce contrat porte sur l’acquisition de trois locomotives canadiennes. Le 29 décembre 2006, l’Etat congolais verse la totalité de la somme alors qu’au contrat initial il était prévu qu’un acompte de 50% soit d’abord versé. Jusqu’au mois de juin 2007, ce contrat ne connaîtra aucun début d’exécution. Le 13 juin 2007, un compte-rendu, signé contradictoirement par le DG du CFCO et le Président de CAD, résilie de plein droit ledit contrat pour cause de non exécution des engagements souscrits". Le Canada a en réalité un écartement de voies de chemin de fer de 1,435 (4 pieds et 8 pouces et demi) ou de ... 914 mm pour la voie étroite !
Et pendant ce temps, le chemin de fer congolais, laissé à l'abandon avec ses rails de 80 ans d'âge jamais changés, périclite. Le 5 juillet 2010, sur la ligne de chemin de fer Congo-Océan (CFCO), qui relie la ville côtière à la capitale. Un train a déraillé, lundi 21 juin au soir, dans la localité de Yanga, à 60 km de Pointe-Noire, et quatre wagons bondés de passagers versent sur le côté. On a relèvé plus de 70 morts et au moins 400 blessés (plus de 700 au total paraît-il). Le président vient réconforter les victimes et on montre un responsable tout trouvé : le conducteur du train, présenté comme raide saoul. Pas un mot sur l'état des voies de chemin de fer du pays.
On prétexte donc un réseau déplorable pour imposer le transport aérien : là encore, il s'agit d'une méthode que ne renierait pas le fils du dictateur de Guinée Equatoriale. Les procédés employés sont les mêmes : "La TAC appartient à l'ancien premier ministre Isidore Mvouba. La Société Nouvelle Air Congo est la propriété d'un membre de la famille Sassou Nguesso. La compagnie Equajet est entre les mains d'Edgard Nguesso et de Jean Jacques Bouya. Air Congo Express est la propriété de Maurice Nguesso, frère aîné de Denis Sassou Nguesso." C'est un schéma d'emprise familiale proche de celui... de la Guinée Equatoriale ! Entouré en effet par le Cameroun, le Gabon mais aussi la République Démocratique du Congo, elle-même en contact avec le Soudan, au Nord-Est, ou encore à l'Ouest ayant une frontière avec la Guinée Equatoriale, le pays est obligatoirement l'objet de trafics, d'armes, notamment, mais aussi de drogue. Les ministres cités se sont certes déplacés sur les lieux de la catastrophe, mais les gens n'en attendaient pas des preuves de compassion note ... "Habitués à naviguer à vue, ces membres du clan Nguesso seraient capables de se reconvertir dans les vols spatiaux (vers la lune ou mars) s’ils en avaient l’opportunité. Il ne s’agit pas d’anecdote. L’amour des biens mal acquis est chez eux comme le kérosène quant aux choix les plus absurdes et, malheureusement, les plus mortels aussi pour les populations."
Une emprise voisine de celle que d'autres ont installé ailleurs, avec des effets similaires sur leur peuple, rappelle sarcastiquement congopage.com : "Comme la famille Ben Ali chassée récemment du pouvoir en Tunisie pour sa gourmandise financière, le clan Nguesso, qualifié d’insatiable par la presse française (France 2), contrôle tous les pans de l’économie congolaise. C’est sans surprise que ces voyous de haut vol se sont rués comme des vautours sur le secteur du transport civil aérien ; tout comme sur la téléphonie, l’immobilier, l’import/export. La poursuite obsessionnelle du profit a fait négliger à ce clan boulimique les règles les plus minimalistes de sécurité en matière de navigation aérienne. Composée de vieux coucous de marque Antonov datant de l’époque de Brejnev, la flottille de ces prédateurs devrait logiquement figurer sur la liste noire des avions qui ne doivent plus jamais décoller."
Des "voyous", mais choyés par les mêmes, toujours... ou un chef d'état qui s'achète une résidence de 700 m2 au Vésinet décrite un jour par le Canard Enchaîné comme luxueuse et par lui-même comme "à l'abandon" : "Cette villa, désaffectée et située le long d'une voie ferrée, je l'ai acquise en 1983, lorsque j'ai envoyé mes enfants étudier en France. Ils y ont vécu le calvaire : parfois, il n'y avait ni chauffage ni eau. Je ne crois pas avoir, avec l'achat d'une maison presque à l'abandon, réhabilitée vingt-cinq ans durant, pillé les richesses du Congo". On retiendra la proximité de la voie ferrée !

Des voyous exploitant des pilotes étrangers plutôt casse-cous : "L’aéronef qui s’est abîmé ce lundi sur le faubourg de Mvouvou à Pointe-Noire était piloté par des contractuels russes connus pour l’abolition de la notion du risque dans leur vision de la navigation aérienne. C’est paradoxalement pour cette raison que les prestations de ces écervelés sont prisées par les voyous qui dirigent l’Afrique. Ce sont des têtes brûlées qui sont attirées par l’appât du gain et leurs permis de travail leur sont accordés en raison du niveau d’inconscience très élevé des dirigeants noirs, notamment congolais." dit un internaute sur facebook. Résultat : les crashes ces dernières années ne se comptent plus au Congo-Brazzaville". Un crash révélateur, donc, de certaines méthodes qui confinent au mépris total pour les victimes : au point de ne pas trop s'intéresser à elles, et même de purement s'en débarrasser, raconte le "Congo déchaîné" :
"Le mardi 22 mars, à 17 heures locales, la population de Ntsheke, un quartier populaire de Pointe Noire, a fait la première découverte. Un corps mutilé, enfoui sous les décombres jetés par la mairie de la ville. Un deuxième cadavre, en fait une tête, un pied et une jambe ont été découverts ce mercredi 23 mars matin par des jeunes laveurs de véhicules au même endroit. A 15 heures, un autre cadavre a été également découvert au même endroit. Des témoins affirment avoir vu des véhicules déverser les mêmes décombres au village Mengo, à 30 kilomètres au nord de Pointe Noire". L'horreur totale ! Alors qu'on avait ou lire en 2006 cette version officielle des vols : "A compter du 1er juillet 2006, tous les avions de type Antonov en exploitation dans le transport des passagers seront interdits de vol sur le territoire national", a indiqué Gérard Guempio, conseiller aux transports aériens au ministère des Transports et de l’Aviation civile" !!! Mieux encore avec la réflexion à la même date de Ouesso, aujourd'hui bien ridicule : "M. Ouosso a mis en garde les propriétaires des compagnies dont les avions ne sont pas immatriculés, notamment les cargos qui ne disposent plus de logo. Un délai de deux mois a été accordé à ces derniers pour se conformer".

Et pourtant, si l'on devait écouter les autorités, il n'y a plus de problèmes, comme l'affirmait l'ineffable Emile Ouosso, jamais en reste de soigner sa propre propagande (comme ici et là) ministre des transports et de l'aviation civile, car la nouvelle compagnie n'est pas privée, mais d'Etat... (Ouosso, c'est à signaler est aussi propriétaire de la société Cristal SA, qui détient une parcelle de 213 200 ha de forêt voisine de celle de Mokabi-Dzanga). "Le deuxième axe de travail du ministère est l’assainissement de l’espace aérien congolais. En 2007, par mesure de sécurité, nous avons supprimé du ciel congolais les avions de type Antonov 24 pour le transport des passagers. Pour remplacer ces Antonov, nous avons lancé En partenariat avec un groupe privé sud-africain une compagnie aérienne nommée s’appelle "Nouvelle Air Congo". Aujourd’hui, en termes de qualité et de destinations desservies, Nouvelle Air Congo est la plus grande compagnie d’Afrique Centrale. Elle opère en respectant normes internationales les plus strictes, appliquées en Europe et en Amérique". Un organisme d'état qui fait appel à une société étrangère privée sud-Africaine...installée à Lanseria. Cela c'était en 2007.
En 2008, encore, le groupe Sud Africain Allegiance du prince Muzi (le père du Prince Cedza Dlamini, Prince du Swaziland et petit-fils de Nelson Mandela !), avec qui avait été signé l'accord attribuant 40% d’actions, au Directeur Général du Budget (DGB) congolais, M. Nicolas Okandzé commençait ses rotations au Congo. Neuf avions avaient été recrutés, dont trois Embraer, trois BAE 146, et les pilotes importés d'Afrique du Sud (les appareils étant loués à l'Afrique du Sud... et à la France, des MA-60 de fabrication chinoise ayant été semble-t-il achetés pour l'occasion !). Les BAE 146 étaient les TN-AHX ex ZS-PSY), TN-AIB (ex EI-CNB, celui d'Air-France !), comme le TN-AIC (ex EI-CMS) ; d'anciens CityJet ou Air France, des appareils d'occasion acquis par la famille Mouritzen, celle se cachant derrière Allegiance... Et patatras ! En raison de la gestion aventureuse d'Ouosso, le 23 mars 2010 Alligeance rompait le protocole d’accord, avions et équipages étrangers repartant illico en Afrique du Sud... le gag ultime étant que les fameux Xian MA-60 chinois n'étant que des copies modernisées d'Antonov 26 (le 11 janvier 2009 un MA-60 de ce type avait raté son atterrissage aux Philippines) !!! Un site annonçant le retrait sud-africain commentant "depuis la suspension des Antonov du ciel congolais en 2007, seules deux compagnies aériennes sont opérationnelles dans le pays : la compagnie air Congo qui désert la partie nord du pays, et la compagnie privée Tag Congo (NDLR : c'est en fait TAAG Angola) dont les actionnaires sont libanais". Des libanais, voilà qui est moult intéressant ma foi ! Il y en a un, au Congo, qui défraie la chronique, justement... l'homme réclame au pays de régler une dette qu'il aurait jadis épongée : « On a atteint la caricature des caricatures au Congo-Brazzaville, quand on s'est rendu compte que des personnes issues du gouvernement avaient créé un fonds vautour pour racheter des créances, attaquer l'Etat congolais et faire une plus-value ! » (" La Libre Belgique ", 06 Mars 2008). Des créanciers continuaient de poursuivre l'Etat du Congo-Brazzaville alors qu'il doit accéder au point d'achèvement de la clause PPTE, indique une note confidentielle de " La Lettre du Continent " (19 novembre 2009)". Aprés les avions cercueils, voici donc les vautours. Joli pays, et joyeuses mœurs politiques.
Des avions, des trains, mais pas de drogue dans cet épisode ? Oui, mais, il faut bien planter le décor, pour demain, avec des bateaux en plus, et la visite du port de Pointe Noire, où tous ces ingrédients, justement sont réunis. Avec aux commandes du trafic quelques... libanais.