jeudi 20 avril - par Desmaretz Gérard

Démocratie, partitocratie ou pestilocratie ?

La lutte du riche et du pauvre semble devoir être éternelle. Ce n'est pas d'aujourd'hui que le socialisme a fait son apparition, on pourrait presque avancer sans trop se tromper que ses origines se perdent dans la nuit des temps. À toutes les époques, la doctrine avait pour but de détruire l'inégalité des conditions sociales. Et à moins qu'un Deux ex machina intervienne, cette inégalité est destinée à perdurer. Sans remonter au communisme primitif, forme d'évolution inférieure par laquelle ont débuté toutes les sociétés anciennes, l'antiquité a expérimenté peu ou prou les formes diverses du socialisme moderne. Les doctrines collectivistes sont déjà exposées dans la République de Platon. Les Grecs, notamment, qui en tentèrent la réalisation, ont fini par en mourir. Les révolutions politiques grecques étaient en même temps des révolutions sociales ayant pour but de changer l'inégalité des conditions en dépouillant les riches et en opprimant les aristocrates. Si elles réussirent plusieurs fois, elles furent toujours éphémères et leur résultat final fut la décadence hellénique qui signa la perte de leur indépendance. Rome y mit fin en réduisant la Grèce en servitude et en vendant ses habitants comme esclaves.

Nous sommes de grands oublieux de l'histoire, nous croyons que tout est nouveau alors que souvent nous refaisons les expériences de siècles lointains. Vers le VIIIe siècle avant notre ère, la Grèce connaît au travers de ses expéditions en Méditerranée l'expansion de son commerce, de son industrie, la diffusion de la monnaie va entraîner l'apparition de la thésaurisation et de la spéculation. Les commerçants vont former la bourgeoisie et l'aristocratie va profiter de l'aubaine pour s'accaparer une grande part des ressources induites. La plèbe se mit à haïr les aristocrates et ces nouveaux riches ou bourgeois. La lutte des classes entre possédants, non possédants, dépossédés et profiteurs pouvait commencer. La première guerre sociale éclata dans la ville de Megare avant de s'étendre à d'autres cités grecques. Les violences atteignaient des proportions telles que les partis en présence encouraient le risque de disparaître ! C'est alors qu'ils firent appel à un arbitre pour régler leurs différents, les Athéniens, qui exigèrent en compensation de leur participation à la victoire de Salamine, certains droits politiques que les praticiens ne semblaient aucunement disposés à leur accorder.

Sous la pression de la colère, Solon (-640 -558) fut chargé de réformer la constitution athénienne, mais l'abolition de l'esclavage pour dettes qui profitait aux jeunes oisifs incarcérés contribua à réduire le nombre d'hommes libres, et l'amélioration du sort des pauvres ne réussit à satisfaire personne. Les malheureux dénonçaient les privilèges laissés à l'aristocratie tandis que les riches reprochaient les concessions faites à la plèbe. Ce fut finalement cette dernière qui l'emporta contre l'aristocratie. Pisistrate arma une troupe qui se retrancha sur l'Acropole et finit par s'imposer par la violence. Il devint le maître (tyran) de la cité. Les divertissements populaires et les fêtes « religieuses » occupaient une place prépondérante dans la vie quotidienne, tandis que des guerres extérieures permirent à Athènes de s'étendre. Pisistrate réussit à se maintenir au pouvoir pendant trois décennies. Á sa mort, ses deux fils lui succédèrent, mais l'un d'entre eux fut assassiné par de jeunes aristocrates. Le tyrannicide engendra le désordre et la plèbe organisa des émeutes contre les praticiens. Seule la survenance d'un danger extérieur suspendait la lutte interne pour un temps, celui de repousser les barbares. La paix n'était que l'espace temps séparant deux guerres.

De coup d'État en coup d'État, un homme allait émerger et pousser Athènes vers la démocratie. Sous Périclès, tous les Athéniens sont égaux en droit et l'égalité est absolue exceptée pour les esclaves. L'État remédie aux inégalités sociales sans toutefois trop peser sur la fortune des possédants, pas question de trop les indisposer. Des travaux d'embellissement de la cité occupent les citoyens qui ne possèdent pas de terres ou qui ne peuvent s'enrichir par le négoce, tandis que les jeunes gens aisés distraient la populace en lui offrant jeux et divertissements. Le trait de génie de ce chef du parti populaire, fut à persuader le peuple qu'il se gouvernait lui-même, situation qui ne dura qu'un temps avant que les Athéniens se tournent vers les démagogues. Lorsque Sparte vint à représenter une menace, Périclès précipita la guerre y voyant le moyen de reconquérir son pouvoir chancelant et en profita pour suspendre toutes les garanties constitutionnelles. La population lui reprocha non seulement la défaite, mais d'avoir regroupé toutes les populations alentours à l'intérieur de la cité où la peste fit un tiers de morts, avant de le rappeler au pouvoir... La première dictature disparut l'année suivante avec la mort de Périclès emporté par la peste en -429.

Autres temps autres mœurs, à Rome, l'aristocratie renversa la royauté au grand désarroi de la plèbe. Le Sénat craignant qu'un homme ne s'approprie le pouvoir, vota une loi permettant l'instauration de la dictature limitée à six mois, durée estimée suffisante pour permettre au pouvoir de prendre toutes les décisions requises pour le « salut public. » L'autorité du dictateur investie par le Consul ou présentée par le Sénat était absolue, il concentrait entre ses mains tous les pouvoirs : législatif, militaire, administratif, exécutif, excepté les finances. Les ambitions et les rivalités personnelles n'allaient pas tarder à déboucher sur la guerre civile et instaurer la dictature.

Caïus Marius (-156 à -86) élu tribun du peuple, voulu régenter tous les partis, il autorisa tous les plébéiens âgés de seize ans à s'engager dans l'armée, bientôt rejoints par la cohorte des chômeurs et des parias qui vinrent se ranger sous le symbole de l'Aigle romain. L'armée ne reconnaissait d'autre autorité que la sienne. Marius attribua 25 hectares de terres pris sur le domaine public aux vétérans, diminua le prix du blé et augmenta la ration des indigents. Lucius Sylla (-138 à -78), un jeune aristocrate qui fut son chef d'État-major, devint le chef du parti sénatorial et en charge de la défense de Rome contre les Italiotes. Les Romains eux-mêmes durent supporter le socialisme agraire des Gracques qui limitait la fortune en terres de chaque citoyen, distribuait l'excédent aux pauvres et obligeait l'État à nourrir les individus nécessiteux. Il en résulta une série de luttes qui engendrèrent les guerres civiles, l'abolition de la République et la domination des empereurs.

En récompense de sa victoire et après avoir été admis au Consulat, les soldats de Sylla livrèrent bataille à l'armée de Marius qu'ils contraignirent à se retirer. Marius profitant de l'absence de Sylla, marcha sur Rome accompagné de bandes recrutées pour l'occasion, le massacre dura cinq jours ! Marius convoqua le peuple et se fit réélire Consul pour la septième fois ! Á la mort de Marius, le gouvernement passa aux mains de son fils et du Consul Cianna. Trois années plus tard, Sylla de retour d'Asie victorieux, se fit investir du pouvoir de la réforme de la constitution romaine, élu, il lança les représailles sur les cités convaincues de marianisme qui furent pillées et leur magistrats exécutés. Sa vengeance assouvie, Sylla dota Rome d'une nouvelle constitution qui privait la plèbe de tous les droits acquis antérieurement.

A la mort de Sylla, le Sénat fit appel au général Cnéius Pompée (-106 à -48), ce dernier était conscient que le Sénat n'avait d'autre choix que de s'appuyer sur l'armée pour contenir la plèbe. Une fois rendu maître de Rome, il lança des guerres de conquête vers l'Asie et en revint chargé d'un immense butin. N'ayant plus besoin de troupes, il les licencia, mal lui en prit, désarmé il ne représentait aucun danger, le Sénat lui refusa les honneurs militaires. Pompée se tourna vers César qui rallia Crassus, tous trois rêvaient de se partager le monde. César devint le proconsul des Gaules, Crassus commandant en chef de l'armée et le triumvirat accorda des terres à tous les citoyens pères d'au moins trois enfants. Crassus (-115 à -53) assassiné par les Parthes, Pompée obtint du Sénat que César licencie son armée. Ce dernier refusa de s'exécuter et marcha sur Rome à la tête de ses troupes. Pompée et le Sénat se réfugièrent en Grèce où César les y poursuivit. Pompée fut assassiné peu de temps après sa fuite. De retour à Rome, César y fut reçu avec tous les honneurs et nommé dictateur. Il entreprit de réformer l'Etat, les lois sociales, le judiciaire, l'emploi des esclaves, la limitation de l'étalage du luxe, etc., sans oublier de distribuer charges et magistratures à ses adversaires (la concorde). Il diminua de plus de la moitié le nombre des assistés publics, 200 000 Romains n'eurent d'autre alternative que d'assurer leur pitance, ils s'enrôlèrent pour coloniser la Gaule et l'Afrique du Nord. Le 15 mars 44, Brutus tua César de vingt-trois coups de poignard. Antoine, Le fils adoptif de César fut salué comme l'héritier. Octave débarrassé d'Antoine, la République disparut après une révolution. Un siècle de complots, massacres, émeutes allait asseoir un pouvoir absolu.

Transportons nous aux début du XVI° siècle. En décembre 1513, Machiavel, ancien légat auprès de la France et de l'Allemagne pour la citée de Florence de 1498 à 1512 sous les Médicis, déchu en 1513 après la découverte d'un complot républicain, achève l'écriture d'un livre qui va enflammer toutes les Cours d' Europe. Dans « le Prince » publié en 1532, Nicolas Machiavel y explique comment conquérir ou conserver un royaume ou une principauté. En esprit pragmatique, il y explique qu'un État ne doit pas gouverner un peuple d'ignorants en s'appuyant sur un collège de lettrés, mais au contraire, s'appuyer sur la masse et privilégier la démagogie tout en surveillant les éminences grises toujours susceptibles de comploter.

A la mort du roi Henri IV le 14 mai 1610 assassiné par Ravaillac, le royaume se remettait à peine des troubles de la Réforme et la maison d'Autriche affichait des ambitions hégémoniques. Louis XIII s'attacha les services de Richelieu qui s'appuya sur une idée novatrice pour son époque, l'incarnation d'un pays et de son peuple à travers la grandeur du Roi. A cette époque, les grands du royaume n'éprouvaient aucun scrupule à négocier secrètement avec l'étranger à seule fin de servir leurs intérêts propres. Le cardinal faisait l'objet d'une haine incommensurable et n'échappa à la vengeance de ses adversaires que grâce à son service de renseignement. Le parti huguenot allié avec l'Angleterre livrait nos ports et notre territoire aux forces étrangères. Richelieu fut sur tous les fronts, des Affaires étrangères à l'intérieur en passant par le ministère de la Guerre et celui des Finances. En 1629, c'est un Richelieu victorieux qui signa au nom du Roi, le traité d'Alès qui mettait un terme au parti protestant français. Le Roi s'engagea à ne faire aucune distinction entre les sujets du royaume. Richelieu allait pouvoir s'activer à l'affaiblissement de la Maison d'Autriche. En deux décennies de fermeté, Richelieu réussit à jeter les fondements d'un État moderne.

Lorsque Louis XIV devenu majeur, déclara : « l'État c'est moi ! » il fut acclamé comme un libérateur, les Français ne voulaient plus du système du « ministériat » et craignaient de retomber dans le désordre. A peine sur le trône, Louis XIV convoqua ses ministres pour leur signifier qu'il n'était désormais plus question d'expédier quoi que ce soit sans son assentiment. Cela bouleversait les usages de la Cour. Le Roi allait instaurer l'autorité, il décida de s'établir à Versailles afin de se tenir à l'abri des révolutions parisiennes. Jamais Le prestige de la France ne fut porté aussi haut, nos frontières allaient rester inviolées pendant plus d'un siècle. Son règne dura cinquante trois ans, pour lui succéder, Louis XV dont l'écolier n'a retenu : « Après moi le déluge !  » la prophétie se réalisa sous le règne de Louis XVI, monarque réformateur sans poigne.

L'instauration de la Ve République (suffrage universel, référendum) n'avait-elle pas été présentée par le Général de Gaulle comme un moyen de lutter contre le « régime des partis » en rééquilibrant les pouvoirs en faveur de l'exécutif ? Le régime des grands partis s'apparente à une forme d'oligarchie : alliances, ententes et partage des postes entre eux - pouvoir des « caciques » démo(n)crates à l'éthique partisane - dérive vers la pensée unique - obstruction à l'arrivée de nouveaux courants.

L'élection « pestilentielle » de 2017 réussira-t-elle à mettre un terme à la partitocratie qui concentre les pouvoirs au point que les fonctions de décision et de contrôle se trouvent confondues entre les mains des hommes des partis qui ne sont qu'une nouvelle forme de Soviet ? Comment ne pas penser à J.J Rousseau : « L'homme est né libre et partout il est dans les fers » et à La Boétie : « Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander, puisqu'en cessant de servir ils en seraient quittes ; c'est le peuple qui s'asservit, qui se coupe la gorge, qui ayant le choix, ou d'être serf ou d'être libre, quitte la franchise et prend le joug qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse  ».



7 réactions


  • Sozenz 20 avril 11:47

    l objectif ce n est pas de tout mettre sur un plan d égalité . l’égalité n existe pas.
    C est de développer notre humanité pour ne pas écraser qui que ce soi . et de vivre dans le respect de tous .
    C est pourtant simple .


    • petit gibus 20 avril 12:00
      @Sozenz

      « C est pourtant simple . »

      oui mais.......

      « développer notre humanité pour ne pas écraser qui que ce soi . et de vivre dans le respect de tous . »

      est ce bien compatible avec notre nature humaine ?  smiley

    • Sozenz 20 avril 13:21

      @petit gibus
      en ayant conscience de cette « opportunité » qui s offre à nous , si nous n avions pas la possibilité de le mettre en place . pour quelle raison serions nous ici ?
      et si ce n etait pas cela . pourquoi tant de philosophes et tant de chercheurs cherchent le but de notre existence et notre origine ?


    • Harry Stotte Harry Stotte 20 avril 15:53

      @Sozenz

      « pourquoi tant de philosophes et tant de chercheurs cherchent le but de notre existence et notre origine ? »



      Chacun son truc pour perdre son temps. Les gens moins instruits, c’est l’énigme des trois maisons. Les uns et les autres ne font de mal à personne.

    • petit gibus 20 avril 16:42
      @Sozenz

      Je te taquinais ,
      car je suis persuadé comme toi
      que pour la survie de l’humanité
      il faut tous nous serrer les coudes

      Et si on prend un peu de hauteur par rapport à l’histoire
      on ne peu que constater que même si nos systèmes économiques sont devenus fous,
      par rapport à nos ancêtres les gaulois smiley
      l’Humanité avec un grand H a fait malgré tout quelques petits progrès
      à nous de ne pas lui faire faire une glissade arrière sur le cul


  • Harry Stotte Harry Stotte 20 avril 11:53

    « La lutte du riche et du pauvre semble devoir être éternelle. Ce n’est pas d’aujourd’hui que le socialisme a fait son apparition, on pourrait presque avancer sans trop se tromper que ses origines se perdent dans la nuit des temps. »



    Les trois ordres indo-européens fonctionnaient en vertu d’autres principes :

    1. les prêtres qui établissaient un lien entre la société et la (ou les) divinité(s)

    2. les soldats, qui protégeaient les prêtres et la société

    3. les paysans, qui nourrissaient les prêtres et les soldats

  • JL JL 20 avril 13:38

    C’est pas compliqué : les industries des hommes génèrent des inégalités, c’est rédhibitoire. 

     
    Tous les organismes vivants, et les domaines industriels ou économiques n’échappent pas à la règle, tendent à se renforcer pour assurer leur survie, leurs profits, augmentant ainsi ces inégalités.
     
    Et c’est un cercle vicieux.
     
    Ceux qui sont les gagnant ont tendance à conforter ce système en menant des politiques de droite, c’est-à-dire, en protégeant le capital, la propriété privée, les plus riches donc.
     
    Et la gauche c’est au contraire la lutte contre les inégalités destructrices.
     
    Sans une politique qui contient l’accroissement des inégalités, la société ne peut que courir à sa perte, un peu comme un diabétique qui ne se priverait de rien et ne se soignerait pas.
     
     

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