samedi 18 mars - par rosemar

Dix mots pour évoquer la toile...

Dans le cadre de la semaine de la langue française et de la Francophonie... du 18 au 26 Mars.

 

Une sélection de mots pour évoquer la toile, et l'univers informatique : au fond, c'est dans l'air du temps...
La révolution numérique est en marche : elle nous apporte son lot de bonheurs, de découvertes, de surprises plus ou moins bonnes.
 
Comment évoquer le monde du web sans parler d'avatar, de canular, d'émoticônes, et tant d'autres termes expressifs ?
 
Nous possédons presque tous, désormais, un "avatar", une représentation virtuelle de notre personnalité, une image symbolique à laquelle nous tenons...
 
L'avatar a traversé les siècles pour désigner cette réalité moderne de la toile : ce mot venu du sanskrit désignait dans la religion hindouiste les différentes incarnations du dieu Vishnou. La voyelle "a" redondante signe un mot issu de cette ancienne langue indienne...
"Mahabharata, maharaja, avatar", ces mots résonnent d'un passé prestigieux... et de sonorités exotiques.
 
Autrefois, les "pirates" écumaient les mers, dorénavant ils naviguent sur la toile pour piéger des internautes... Voilà encore un mot ancien puisqu'il remonte au latin "pirata"et au grec "peiratès"..., issu lui-même d'un verbe "peiro" : "essayer, se mesurer avec, tenter la fortune."
Le "pirate" évoque tant d'images : des aventures, des combats, des trésors dérobés et enfouis sur quelque île mystérieuse...
On songe à ce roman de Stevenson, L'île au trésor, au personnage de Long John Silver, le pirate à la jambe de bois, aux mille ruses et à la fausse bonhomie.
Il faut se méfier des pirates ! Ils peuvent être machiavéliques...

Ce mot en arrive à désigner une réalité très moderne liée au monde informatique...
 
Le "nomade" permet un échange sans que l'on soit relié à une installation fixe. Encore un mot ancien, venu d'un terme grec "nomas", désignant celui qui change de pâturage, qui erre à la façon des troupeaux.
Voilà un terme agricole intégré dans l'univers de la toile !
 
On connaît, aussi, le "fureteur" qui consulte des articles sur internet, qui cherche des informations. Et une fois de plus, la modernité rejoint le passé : le mot fureteur est formé sur le nom de cet animal "le furet", qui court sans arrêt, lui-même venu du latin "fur", le voleur...
 
Comment ne pas évoquer aussi le "nuage" informatique ? Issu du latin "nubes", la nuée, ce mot nous fait encore remonter vers les origines de notre langue, et vers un passé mythique.


 
On peut, dorénavant, "héberger" un site internet, l'accueillir sur son ordinateur, comme on le faisait pour un hôte, en vertu des lois de l'hospitalité, sacrées pour les grecs de l'antiquité...
 
On peut enregistrer aussi des "favoris", des sites, des adresses internet qui ont notre faveur : encore un mot que nous devons à la langue latine : "favor" signifie la faveur...

 
Et même un mot comme "l'émoticône", qui paraît si moderne, nous vient de l'antiquité... Issu du latin "motio, l'action d'émouvoir, le trouble" et du grec "eikon, l'image", ce terme qui désigne ces petits visages stylisés, accompagnant des messages, nous est maintenant familier..
 
Quant au canular de plus en plus fréquent sur la toile, il doit être rapproché du terme "canule" par allusion au caractère désagréable des lavements administrés avec cet objet. Le canular vise à tromper, à abuser les internautes qui se laissent souvent piéger. Et nous devons la canule à un radical latin "canna" : la canne, le tuyau...
 
Il reste un mot qui semble bien éloigné des langues anciennes "télesnober" : si le deuxième élément du mot est anglais, le premier remonte à la langue grecque : "télé" signifie "loin"...
Télésnober, c'est le fait d' ignorer des personnes physiquement présentes en consultant son téléphone ou un autre appareil mobile : une pratique de plus en plus courante...
 
 
Dans ce voyage à travers la toile, comment ne pas être étonné de tout ce vocabulaire si ancien qui désigne des réalités de notre monde ?
Ainsi, les mots de la toile prennent racine dans des langues anciennes, le latin, le grec, le sanskrit qui sont le substrat de la langue française...

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2017/03/dix-mots-pour-evoquer-la-toile.html

 

 

La semaine de la langue française :
 
http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/depliant-2016-2017
 
http://www.dismoidixmots.culture.fr/ressources/thematique-dix-mots-2016-2017

 



35 réactions


  • rogal 18 mars 22:25

    Semaine vient de sept (septmaine), allusion aux sept astres non stellaires (Soleil, Lune et planètes) ; une de nos plus anciennes traditions (mésopotamienne). La semaine de la langue française, elle, compte 365 jours et quelque.


    • rosemar rosemar 19 mars 14:26

      @rogal

      Merci pour ce rappel : le mot « semaine » vient du latin « septem » et tous nos jours de la semaine viennent aussi du latin..
      Qui a dit que le latin est une langue morte ??

      Bonne journée

    • amiaplacidus amiaplacidus 19 mars 15:23

      @rosemar

      C’est un langue morte, mais elle a des descendants.


    • rosemar rosemar 20 mars 17:01

      @amiaplacidus

      On forme tout de même de nouveaux mots à partir du latin et du grec : par exemple, « émoticône ».

  • fred fred 19 mars 07:23
    fallaciae...

  • foufouille foufouille 19 mars 10:01

    si il fallait trouver un mot sans racine ancienne .......... pas envie de chercher.


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 19 mars 10:05

    entropie
    isolement numérique
    branlette intellectuelle
    brouhaha
    virtualisation
    et d’autres ... smiley


  • Claudec Claudec 19 mars 19:18

    N’est-il pas naturel que là où prolifèrent des groupes dont la constitution et la prospérité reposent sur le fait que tous les membres en soient par avance d’accord entre eux, ce qui n’est pas il faut bien l’admettre, sans faciliter le débat et la censure – pardon, la modération –, naissent non pas un mais des langages dont la subtilité ne peut qu’échapper à ceux qui s’imaginent encore benoîtement que le web est un lieu de libre expression (ce qui n’est pas tout à fait la même chose que « ouvert à tous » ?

    Ne vivons-nous pas une époque dans laquelle chacun est à la recherche de son identité, à plusieurs de préférence ? Quoi de mieux dès lors que les langages connus des seuls initiés ?

    Rien de bien nouveau dans tout ça.

  • Surya Surya 20 mars 15:25

    Intéressant article. 


    Ne pas oublier que si tous ces mots du monde de l’internet sont en effet formés à partir de racines latines, grecques... ils n’ont pu voir le jour que parce que les Québécois, très attachés à la défense de la langue française, ont mis un point d’honneur à proposer des traductions des termes informatiques en anglais. Si les Québécois n’avaient pas été là, je ne crois pas que ces mots auraient été inventés.
    La « toile », c’est eux.
    Le « courriel », c’est encore eux.
    Et bien d’autres mots qu’ils ont inventés, j’imagine qu’émoticône, c’est eux aussi.

    Les Français, par contre, n’étaient pas dérangés du tout par le fait de dire « email », le « web » etc... 


    Il y a ces deux approches radicalement contradictoires :

    - D’un côté les Québécois qui vont systématiquement traduire en français les mots anglais
    - De l’autre, les Français, qui ont plutôt tendance à penser qu’une langue s’enrichit et évolue par l’apport de mots venus d’ailleurs, et qui voient comme presque raciste le fait de vouloir rejeter les mots étrangers et les empêcher d’intégrer la langue française. On va nous rappeler, par exemple, que le mot café vient de l’Arabe, donc pourquoi vouloir absolument dire « toile » au lieu de « web » et « courriel » au lieu d’email ? 

    Ces deux approches ont engendré de nombreux débats à l’époque de l’apparition de l’internet francophone grand public, au milieu des années 90. 

    Personnellemnet je me suis toujours sentie plus en adéquation avec l’approche française, et à l’époque je trouvais que les Québécois exaggéraient quand même un peu, vu que parfois ça donne des mots vraiment bizarres, tout en comprenant leur position, et en prenant en compte le fait qu’ils sont une province francophone « à risque », et que donc c’est leur identité qu’ils défendent. 

    Les Québécois sentent leur langue menacée par la forte présence anglosaxonne tout autour d’eux, alors que ce sentiment n’existe pas chez les Français.


    En résumé, une grande partie de ces mots n’ont même pas été inventés dans le but de désigner une réalité du monde de l’internet, ils ont été inventés dans le seul but de contrer l’invasion des termes informatiques anglais dans la langue française.

    Comme je le disais plus haut, tous ces termes n’auraient même pas vu le jour si les Québécois n’avaient pas été là et que cela n’avait dépendu que des Français.

    Je ne connais pas la position des autres peuples francophones sur la question et ce serait intéressant de le savoir.

    • Surya Surya 20 mars 15:32

      Petit clin d’oeil : on pourrait presque dire que ces termes informatique nous viennent du « Québécois ».


    • ZenZoe ZenZoe 20 mars 15:49

      @Surya
      Au temps où je faisais des traductions, c’est vers le Canada et leur Granddictionnaire terminologique en ligne que je me tournais régulièrement. Conçu par l’Office québecois de la langue française, c’était de loin le meilleur et le plus complet à l’époque des débuts d’internet.
      En France, rien ! J’imagine que des concurrents sérieux ont vu le jour depuis, mais le Granddictionnaire existe toujours. S’y promener reste un délice.

      http://www.granddictionnaire.com/


    • Surya Surya 20 mars 16:32

      Bonjour ZenZoe

      J’avais entendu parler de l’Office québécois de la langue française, mais je l’avais complètement oublié. Merci de me le rappeler.


      Je viens d’ailleurs d’aller voir leur site par l’intermédiaire du lien (merci) que vous avez indiqué vers le grand dictionnaire, et j’y lis sur leur page d’accueil :« Qu’ont en commun les mots avatarcanularémoticônefavorifureteurhébergernomadenuagepirate et télésnober ? Ce sont les dix mots de la 21e Francofête de l’Office québécois de la langue française. »

      Rosemar, pourquoi ne pas avoir évoqué de façon plus claire (vous ne faites qu’évoquer très rapidement, au début, la Semaine de la Francophonie) que ces dix mots que vous traitez dans votre article étaient ceux de la Francofête, initiée par cet organisme, et mis un lien vers leur site ?


    • Surya Surya 20 mars 16:47

      En fait vous avez mis deux liens en bas de l’article renvoyant vers le sujet que vous traitez, à savoir l’origine éthymologique de ces mots. Désolée, je n’avais pas vraiment fait attention. 


      Mais cette Francofête et le choix de ces dix mots semblent initiés par les Québécois et leur Office de la langue française, d’après ce qu’on peut lire sur leur site, ce qui ne m’étonnerait pas. 

      Je crois qu’il faut rendre à César etc... car les Québécois le méritent : ils font énormémnt pour la langue française. Si c’est eux qui ont mis en place cette initiative, il faut le rappeler et ne pas les mettre de côté.


    • rosemar rosemar 20 mars 16:59

      @Surya

      Je ne sais pas ce qu’il en est pour le terme « émoticône », mais la plupart des autres mots sont des mots bien français : « pirate, nomade, favori... »

      Il est vrai qu’on a tendance à utiliser le mot « cloud » au lieu de « nuage »...

      Merci pour ces réflexions.

    • rosemar rosemar 20 mars 17:09

      @Surya

      Je pense que c’est à l’initiative de l’Education nationale : chaque année, 10 mots sont proposés pour des ateliers d’écriture...




    • rosemar rosemar 20 mars 17:16

      @Surya

      Dix mots sont choisis, chaque année, par les différents partenaires francophones :la France,la Belgique, le Québec, la Suisse,l’Organisation internationale de la francophonie qui regroupe 77 États et gouvernements dans le monde...


    • Surya Surya 20 mars 18:44

      @rosemar


      Vous avez très certainement raison, Rosemar, car on peut lire sur ce lien :

      « La Semaine de la langue française et de la francophonie a été créée en 1995 à l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication. »

      et qu’ils parlent également de ces dix mots retenus cette année. 

      Voilà en tout cas un truc qui n’a pas été initié par Jack Lang. Dommage ! (je l’adore, et personnellement je trouve qu’il a été le meilleur des Ministres de la Culture français.) puisqu’en 95 c’était soit Toubon ou alors Douste-Blazy (j’ai vérifié sur Wiki, n’allez pas imaginer que j’ai une mémoire d’éléphant).

      C’est intéressant ces dix mots à utiliser en atelier d’écriture.


      Bien sûr, tous les mots utilisés dans le monde de l’Internet ne sont pas des traductions de termes anglais inventées par les Québécois, mais il me semble quand même que les tous premiers, aux débuts d’internet, si.

      Il me semble que c’est cette toute première génération de termes un peu « techniques » liés à internet qui est sortie des cerveaux québécois. Les générations suivantes, en fait j’en sais rien. Mais « émoticône », ça sonne tout à fait québécois pour moi smiley

      Et puis surtout, en dehors de toute considération chronologique, les Québécois ont traduit les mots qui avaient eux mêmes été inventés par les Américains dans le but de décrire le monde de l’internet. Smiley, par exemple. 

      Pirate, le mot est en effet bien français, ce n’est donc pas une invention « tarabiscotée » québécoise, mais je ne le considère pas comme de la « première génération » de l’internet : je n’ai entendu ce mot, utilisé dans un contexte de l’internet, que plusieurs années après l’aparition du « réseau des réseaux ».
      Peut-être parce que les pirates informatiques n’étaient pas sur Internet à ses débuts ? Je n’en sais rien. En ce qui me concerne, je n’ai pas entendu parler de « firewalls » à installer sur votre ordi avant la fin des 90s, mais bien sûr ça ne veut pas dire que ça n’existait pas.

      Les virus, quant à eux, existaient déjà depuis longtemps, exemple j’en avais chopé un en 98 sur une disquette 3 pouces et demi, mais je ne me rappelle plus s’ils circulaient déjà sur Internet aux tous débuts. C’est possible, mais je ne me rappelle même pas qu’à l’époque on nous disait de faire gaffe aux fichiers joints, on les ouvrait sans se poser de questions, alors vous pensez, les pirates ! Les « chevaux de troie » ! (tiens encore une adaptation intéressante, piochée cette fois dans le domaine de l’histoire. « Trojan »).

      Virus, un terme hérité de la médecine, donc pas inventé par les Québécois, mais qui a tout de même trouvé un nouveau sens et une nouvelle utilisation dans le domaine de l’internet. 


      Quant à Nomade, dans le monde de l’internet, c’était au départ le nom d’un annuaire français de sites. Je ne sais même pas à quoi le terme fait référence de nos jours en matière d’internet. Ca ne fait pas plutôt référence au fait de se connecter sur internet au moyen d’un téléphone ou d’une tablette ? En gros, c’est la personne elle-même qui est nomade.


      Internet étant une invention américaine, n’aurait-il pas plutôt fallu conserver leur vocabulaire en anglais ? Personnellement, je ne dis jamais « toile » et encore moins « courriel ». 

      Certaines propositions qui ont été faites au milieu des 90s pour traduire « email » , avant qu’on finisse par adopter « courriel », étaient franchement poilantes. Je vais essayer de retrouver ça pour le partager ici.

    • P’itit poney 42 20 mars 18:46

      @Surya Il vous en prie/plié


    • Surya Surya 20 mars 18:58

      Je n’en ai retrouvé qu’un pour l’instant. 


      Celui là avait été proposé par les Français mais la sauce n’a pas pris. 

      —> le mél (avec accent aigu)

      Visiblement, dixit wiki mis en lien ci-dessus, le mot est désormais reconnu par l’Académie Française, mais je me souviens qu’à l’époque ça a fait marrer tout le monde.  smiley

      Je n’ai rien retrouvé d’autre.


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