samedi 5 mars 2016 - par Ariane Walter

Du bon cinoche : « Ave César », « Demain », « Merci patron ! » et « Comme des lions »

Si vous voulez passer un bon moment au cinéma, allez voir le dernier film des frères Coen : « Ave César ». Quelle intelligence ! Quel humour !

Certes, à certains moments, le scénario est un peu faiblard et j’en expliquerai les raisons. 

Mais ce qui est prodigieux dans ce film, qui présente, comme les poupées russes un film, dans le film, et dans tant d’autres films, est le fait de sombrer dans un vertige d’interrogations semblables à celles du héros enlevé. (Où suis-je ? Que me raconte-t-on ?)

Deux remarquables comédiens dominent la distribution.

Josh Brolin ( Mannix, inspiré du véritable Mannix !) est le deux ex machina d’un grand studio hollywoodien de la belle époque. Tout passe par lui. Les retards dus à la météo, les caprices des stars, leurs secrets sexuels, la religion et la politique, le choix des comédiens. Sans cesse suivi d’une secrétaire qui lui rappelle ses rendez-vous et les avatars de la journée, il lui faut calmer l’un, secouer l’autre sans oublier de baffer les plus capricieux !

Alden Erhenreich, est la révélation du film dans le rôle d’une star des westerns qui ne sait pas jouer, mais qui, ayant un public de fans, se trouve propulsé dans une comédie sentimentale. Incroyable comédien qui joue même du lasso avec des spaghettis ! Un petit James Dean en formation !

Clooney joue mal, puisque il interprète le rôle d’un acteur qui surjoue, centurion romain dans le grand film de la firme : « Avec César » Par qui Clooney a-t-il été enlevé ?

Je vous laisse le plaisir de la découverte.

Ainsi nous voilà, nous spectateurs d’ « Ave César » des frères Coen, spectateurs d’ « Ave César » de la Capitol !

Une des scènes les plus inénarrables est celle où Mannix reçoit les représentants des quatre religions : catholiques, orthodoxe, protestant et juif pour savoir si ce scenario sur la vie du Christ ne va choquer le public. Il est évident que c’est le rabbin qui est le plus chiant ! Ah ! L’humour juif !!

Je ne veux pas vous en dire plus si ce n’est que les décors sont somptueux et que la pléiade de grand comédiens qui jouent de petits rôles, sont formidables dans leurs brèves apparitions.

Mais en quoi ce film est-il si original ?

C’est un film à secret.

Comme notre univers.

Comme toutes les histoires.

A un moment Mannix dit qu’il est normal que ces comédiens soient chtarbés à forcer de jouer des rôles. Ils ont donc perdu le sens du réel.

Mais ceci ne concerne pas que l’industrie cinématographique.

On est en plein dans la vie politique. 

Des deux ex machina dirigent tout, sans que le public les voie. Un grand Mannix donne ses ordres, petit être banal avec sa vie de famille ordinaire.

Le public ne voit que le déroulement d’une histoire dont le scénario leur est raconté par les medias.

Ces fameux « faiseurs d’histoire » qui ont envahi la politique. Story telling !!

Ainsi la guerre en Syrie est un scénario, comme celle en Ukraine, comme l’arrivée des migrants, filmée à grand renforts de scènes émouvantes, comme la balade sur la lune, filmée, très certainement d’un studio, comme le 11 septembre monté de toutes pièces par un groupe de financiers qui ont à leur botte, encore aujourd’hui, les services spéciaux des grands pays.

Hollywood dirige le monde.

Et les scénars de la machine à rêve sont aussi mal ficelés que ceux que l’Hollywood de la politique nous propose.

Oui, il y a un crétin qui se prend pour Homère et qui n’est qu’un besogneux sans talent mais non sans dangerosité.

Seule différence entre Hollywood in situ et la vraie vie, c’est que les morts, dans la réalité, ne se relèvent pas.

En ce moment une équipe planche sur « la troisième guerre mondiale ».

Mais les acteurs principaux ont été enlevés par Poutine (dans son propre rôle) et Obama (dans son sale rôle) s’apprête à prendre sa retraite pour passer son titre à d’autres comédiens.

C’est tout ceci qui est dit dans ce film des frères Coen.

(S’ils pouvaient diriger Israël et transformer ce pays, juifs et palestiniens, en temple de la pays !)

L’humour, cette pirouette de l’intelligence martyrisée, sauve le monde !

Mes réserves ?

Rien n’est plus précieux dans un scenario qu’un personnage qui accroche le public. C’est de l’or en barre. Et les frères Coen ont trop papillonné. Le personnage de Tilda Swinton est sans intérêt. On voit à peine Scarlet Johansson, qui n’a rien à jouer.

Il y a dans le film une révolte d’auteurs.

Et je crois que le grand auteur qui aurait pu faire ce scénario a dû être enlevé. Les frères Coen ont intérêt à le retrouver pour leur prochain film.

Mais ceci dit, comme c’est intelligent, drôle, comme ça fait du bien…

Mannix est sur le point d’être débauché par une entreprise sérieuse d’aéronautique mais il préfère rester dans son cafouch romanesque d’où il dirige le monde. Intoxiqué de rêves et d’illusions.

Mais reprenons pied avec la réalité.

 

J’en profite pour parler de trois autres films, trois documentaires, qui m’ont fait un bien fou.

« Demain » de Mélanie Laurent qui nous met du baume au coeur en nous présentant, dans ce monde dévasté, des créateurs d’une nouvelle éducation, d’une nouvelle agriculture, d’une nouvelle finance. De beaux créateurs avec de beaux visages. Ils sont simples. Hollywood n’est pas passé par là. Oui, demain est en train de naître. Un beau demain. N’en doutons pas une seconde !

J’ai vu aussi « Merci patron ! » de François Ruffin qui présente un piège qui met à mal le milliardaire François Arnault. Mais quelle médiocrité, ceux qui servent cet homme !

Cette histoire serait un scénario, on dirait : « Complètement invraisemblable ». Et pourtant c’est vrai et cela se déroule sous nos yeux ! Comme on est fier de Ruffin, et de sa ruse de David contre Goliath. Ah ! Il l’a bien prise en pleine poire la pierre joyeuse lancée d’une main habile, celui qui dirige ses marques de luxe qu’il est si facile de boycotter ! Si les hommes et les femmes n’achetaient plus de produits de beauté et des parfums chez ces marques-là, ils seraient gravement en danger ! Notre pouvoir est immense !

C’est à cause de ce film que j’ai renoncé à « Poison » qui est le parfum de mes rendez-vous ! Mais la cause est la cause !!

Troisième documentaire enfin : « Comme des lions » de Françoise Davisse, qui raconte la grève des PSA qui a duré quatre mois et a fini par une victoire relative, car certes, les grévistes ont obtenu des indemnités, mais aussi ce beau statut de chômeur.

Mais quel montage admirable dans ce film, quelle émotion quand on voit ces pauvres travailleurs, transbahutés, trompés par leurs patrons et par l’Etat !

L’Etat…Ce menteur de Hollande. Ce rigolo de Montebourg…

Je crois que nous avons un rendez-vous le 9.

Du neuf, le 9 !!!

 

A nous d’écrire le scénario !

Un scénario « french touch » !!!

 



15 réactions


  • alberto alberto 5 mars 2016 13:48

    Bravo Ariane

    En abandonnant « Poison » tu viens de briser une petite chaîne !
    Pour l’instant B. Arnaud s’en fout, mais à titre d’exemple, à la longue ça pourrait...
    Ainsi que tu l’écrit :« notre pouvoir est immense » !
    Il y a encore tant de chaînes à briser, avec les banque, les assurances, les « marques », etc...
    Déjà vers 1550/60, un jeune homme nous indiquait le chemin :
    Ça paraît pourtant simple, mais pourquoi est-ce si compliqué de briser ses chaines ?

    Pour le film « Ave César » , il y aurait tant de choses à dire !
    J’ajouterais simplement que nos Hollande, Sarko, Cameron, and C°...Sont des acteurs (je n’ose écrire bouffons ?) mûs par les vrais tireurs de ficelles planqués à l’abri de leurs remparts de fric à Bilderberg ou Davos ou Wall-Street, non ?

    Bien à toi.


    • Ariane Walter Ariane Walter 5 mars 2016 18:32

      @alberto


      Bonjour !
      Oui, on se dit parfois « mais comment boycotter Dior, », alors que la réponse est si simple. ils doivent faire leurs plus grosses recettes avec les classes moyennes qui achètent leur parfum !

      En fait, pour nous « être au parfum », c’est ne plus leur en acheter !!

      oui, « Ave césar » est très riche, très subtil. C’est ce qui le rend intéressant !

  • JBL1960 JBL1960 5 mars 2016 14:32

    Oui, bravo Ariane, votre œil est perçant comme toujours. Et merci à Alberto qui nous renvoie au discours de la servitude volontaire de La Boétie. J’ai intégré le pdf de ce discours de la servitude dans un de mes billets de blog... Concernant Merci Patron ; Je me permets de vous coller mon billet de blog, intégrant la bande annonce du docu de Ruffin et dans lequel j’explique pourquoi je comprends très bien les époux Klur, tenez ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/21/ah-ca-cest-klur/ Perso, je regarde passer les jours, sans plus d’espoir n’étant plus qu’une invisible, pas mal édenté et complètement transparente ; Normal pour une invisible remarquez. Tenez, j’explique pourquoi non les chômeurs ne sont pas oisifs dans ce billet dans lequel vous pourrez chanter « Merci Patron » des Charlots, si vous le voulez ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/22/les-chomeurs-oisifs/ Le 9, comme tous les jours, j’essaierais d’organiser ma réflexion sur comment on change de paradigme, pacifiquement, mais sûrement... A+ Ariane ; JBL


  • JBL1960 JBL1960 5 mars 2016 14:37

    Tenez, pour appuyer mon propos sur ce comment on change de paradigme selon moi ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2015/12/13/le-changement-de-paradigme-cest-maintenant/


  • JBL1960 JBL1960 5 mars 2016 15:18

    Voilà, c’est dans ce billet là que vous avez en PDF le discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie... Entre autres choses ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/19/le-retour-de-jfc-ou-pas/


    • Ariane Walter Ariane Walter 5 mars 2016 18:30

      @JBL1960


      Merci pour vos gentillesses et vos envois. je vais lire tout cela avec grand plaisir. Quant à la Boétie, comme j’adore Montaigne, je comprends l’intelligence qui devait être la sienne pour intéresser cet autre intelligent !!
      « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

  • cathy cathy 5 mars 2016 15:57

    Je ne pense pas avoir vu un film des Coen, donnant un rôle intéressant aux femmes.


    • Ariane Walter Ariane Walter 5 mars 2016 18:25

      @cathy


       ce n’est quand même pas une condition sine qua non pour faire du bon cinéma !! regarde « Douze hommes en colère ». 
      ceci dit, je comprends ce que tu veux dire mais j’adore leur humour, donc, je leur parrdonne !

    • bakerstreet bakerstreet 5 mars 2016 21:25

      @cathy
      De toute façon, je ne sais pas si quelqu’un sort indemne des frères coen. Ils s’attaquent à la vanité des hommes, à leur crédulité. Les affaires semblent toujours être des échecs assurés, et c’est sur que la rencontre peplum romain-héros à la coen est réussi car complètement antinomiques....J’aime bien la façon qu’il traite la violence, comme elle est vraiment, absurde, bête et méchante, irrationnelle, sidérante de bestialité, sans aucun esthétisme. Il y a vraiment chez eux cependant beaucoup d’amour et de tendresse pour leurs héros, les dézingués, les rêveurs, les gens fragiles, mais pourtant doués parfois d’une force désarmante. Avez vous vu « inside lewyn davis », qui se penche sur le Brooklyn des années 50-60, avec le double de Van Ronk, cet antihéros, folk singer qui n’eut pas le génie des affaires, même s’il avait des morceaux et une voix divine. Il se fit piller par Dylan. http://bit.ly/1Yg2C9Y


    • Pie 3,14 5 mars 2016 21:31

      @cathy

      Regardez Fargo.

  • bakerstreet bakerstreet 5 mars 2016 21:13

    J’ai vu ce film des frères coen qui est comme à leur habitude un vrai chef d’oeuvre. Au moins avec eux on n’est sûrs de ne pas se planter !..Je serais bien emmerdé pour dire celui que je préfère : The big lebowski bien sûr, que j’ai du voir 10 fois, et puis « Blue grit »ce western crépusculaire avec cette gamine qui a décidé de payer un tueur pour venger son père. Toujours avec eux, ils nous ramènent dans le cinéma des années 50, font des pastiches, des remakes ou des clins d’œil au cinéma classeux de ces années là. Tiens, j’ai vu qu’ils passent boulevard du crépuscule sur arte lundi. Pour ceux qui n’ont pas vu, voilà le chef d’oeuvre, qui fait lui aussi des clins d’œil au cinéma muet.....Votre sélection est très bonne, rien à dire ; je rajouterais le film de woody allen mais qui date de quelques mois. « L’homme irrationnel » formidable, qui n’est pas sans rappelé aussi un film Hitchcock « l’ombre d’un doute », avec ce bellâtre un peu séducteur de gamine qui séduit aussi toute une famille, et qui n’est qu’un bon psychopathe très clean...Woody allen n’a jamais été si bon que ces dernières années, construisant autour de scénario solides, et de la lumière et de l’intelligence. Pour en revenir au film des frères coen avec cette ambiance des studios devant assurer, et pressurant les scénaristes, je vous recommande un super bouquin de Fitzgerald, qui a lui même fait le job, alcoolique déchu, avant d’écrire ce petit chef d’oeuvre, léger, ironique, désabusé, et vraiment drôlement bien ficelé. « Histoires de Pat Hobby », Peut être bien que les frères coen ont lu le bouquin. C’est tout à fait leur esprit. Ah, « le grand saut », quel pied aussi...


    • Le chien qui danse 6 mars 2016 10:52

      @bakerstreet

      True grit... non pas blue


    • bakerstreet bakerstreet 6 mars 2016 13:48

      @Le chien qui danse
      Oui, vous avez raison, mais ça doit être un lapsus, car ce film aurait pu s’appeler « Blue grit », en rapport à sa noirceur, à son coté désenchanté. Pourtant des scènes épiques, formidablement filmées. Car il suffit de comparer ce remake au film de Hathaway, en 69, « cent dollars pour un shériff »...La scène où la gamine se lance dans le fleuve avec son cheval, pour rejoindre les deux cow boys vaut le coup d’être comparé, d’un film à l’autre...Celle de Hathaway est intéressante, mais trop éloignée, ( enfin cela on s’en aperçoit après avoir vu la même scène filmée par les frères coen) alors que celle des frères coen, fait corps avec l’héroïne et sa monture, luttant contre le courant. Et c’est exactement là, tout le sens du film. Dans cette simple ellipse, il donne le sens et l’énergie de tout le film : La lutte contre le courant dominant.

      Voilà comment on transforme en mythe un prise de vue. 

  • volpa volpa 6 mars 2016 08:40

    Bonjour Ariane,
    Ça fait un bout de temps que tu n’as rien écrit.
    Surpris sur le sujet.
    Pourtant l’actualité nous en donne beaucoup des plus importants.


  • fatizo fatizo 6 mars 2016 09:54

    Je n’ai pas du tout aimé le film des frères Coen. J’ai pensé à « To be or not to be » de Lubitsch en me disant que ce film en était à des années lumière.

    Beaucoup de moyens, beaucoup d’allusions au cinéma que nous aimons, mais pour faire quoi ?
    Et puis l’humour est très faible, et surtout très facile. 
    On rit bien plus en voyant le génial « Merci Patron », le petit bijou du moment . La je partage votre avis.

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