mardi 9 octobre 2012 - par MUSAVULI

Enseignants, faites votre travail !

L’impression dans les familles est que, année après année, l’école renvoie un peu trop de « paperasse » aux parents. Certains papiers ne demandent qu’une petite signature entre le sandwich et la porte, parce que nous avons vraiment autres choses à faire. D’autres demandent un peu plus d’attention (carnet de liaison). Mais il y a une catégorie de papiers dont l’école devrait sincèrement épargner les familles : les devoirs à domicile. Les enfants partent de la maison à 8h00’ et reviennent après 17h00’. Les parents ne sont pas opposés à l’idée d’une participation « ponctuelle » aux devoirs, mais ils ne peuvent pas le faire systématiquement pour au moins deux raisons.

La première est que le parent n’est pas un enseignant. Il n’a ni la formation ni la qualification nécessaires pour « enseigner ». Le métier d’enseignant requiert des années de formation et la maîtrise des techniques de transmission du savoir que les parents n’ont pas. Par ailleurs, au sein même d’une classe, les enfants sont issues de familles disparates en termes de niveau intellectuel. A priori, un enfant né de parents instruits peut bénéficier du soutien nécessaire à domicile alors qu’un enfant né de parents d’un très faible niveau d’instruction est condamné à galérer pour faire ses devoirs. Il faut rappeler que la France compte près de 10% d’illettrés dont une partie, naturellement, mène une vie de famille. Aucune chance donc que des parents dans des difficultés de cette nature apportent à leurs enfants, les élèves, l’aide « intellectuelle » nécessaire dans le cadre des devoirs à domicile.

Mais même dans les familles dirigées par des parents instruits, il n’est pas certain que l’enfant trouve l’aide qu’il lui faut. Il peut bien être confronté à l’indisponibilité d’un père tiraillé par des rendez-vous professionnels ou une mère dans le cas similaire. Une situation de vie professionnelle des deux parents qui se généralise, puisqu’il faut deux revenus pour faire face.

La plus pénible des situations se retrouve dans les familles immigrés. Que se passe-t-il dans la tête d’un enseignant qui envoie des devoirs à domicile dans le cartable d’un enfant roumain, somalien, Iraquien,… où le père n’a que quelques mots de français dans son vocabulaire et où la mère ne prononce pas un seul mot de français. Comment peut-on envoyer des exercices aussi compliqués que les compléments circonstanciels (juste un exemple) ou les équations dans des familles aussi en difficulté. Les enfants se retrouvent souvent paumés face aux parents qui voudraient bien les aider mais qui ne peuvent pas.

Lorsque les familles ont les moyens de payer le service d’aide aux devoir, tout va bien, mais qu’en est-il des familles démunies. Ainsi les inégalités vont devoir se transmettre d’une génération à l’autre ? Rien que pour cette raison, l’enseignant doit s’efforcer de mener son boulot jusqu’au bout.

Et c’est la deuxième raison. L’enseignant est recruté, rémunéré et protégé par un statut pour s’acquitter d’un travail qui doit être mené d’un bout à l’autre. Dans les autres professions, les employés font la totalité de leur travail au sein de l’entreprise. Ramener des dossiers à la maison est une anomalie qui ne doit pas être généralisée, surtout pas affecter la population scolaire.

L’enseignant ne roule pas sur l’or, bien entendu, et la société ne le remerciera jamais assez pour une mission aussi noble que la transmission du savoir. Mais l’environnement économique est tel que chacun, dans le public comme dans le privé, doit s’acquitter de la totalité de son travail moyennant le faible revenu que la société met à sa disposition. Le SMIC en France est en effet de 1425,67 €.

Cette idée - de renoncement aux devoirs à domicile - n’est évidemment pas à jeter en pâture aux organisations syndicales. On n’a pas besoin d’un conflit entre enseignants et parents. L’enseignant, de lui-même, regarde la salle et se rend compte de l’absurdité de cette pratique de devoirs à domicile, tellement les enfants sont issus des environnements familiaux divers. L’idée d’égalité des chances plaide naturellement contre le recours systématique aux devoirs à domicile.

Tout le travail doit être fait à l’école. A la limite quelques heures de travail le week-end, pas plus.

Boniface MUSAVULI


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