L’Allemagne insiste sur la discipline propre à chaque pays. Elle affiche sa propre réussite. En voici une illustration éclatante. Les entreprises allemandes sont en train de s’imposer dans le royaume des exportateurs, la Chine elle-même. On dit souvent que le marché y est difficile, fermé, très concurrentiel. Elles y sont pourtant 5 fois plus nombreuses que les entreprises françaises par exemple. Comment l’expliquer ?
En Chine, comme ailleurs, les produits allemands ont une image d’excellence notamment dans le secteur automobile où le succès des voitures d’outre-rhin est éclatant. Elles représentent aujourd’hui 20% du marché. Les Français, PSA en l’occurrence, 3,4. Et pourtant, les deux pays étaient sur la même ligne de départ il y a 20 vingt ans. « Les Français et les Italiens ont proposé leurs voitures selon leurs goûts, sans modification. Mais les Chinois ont des goûts différents des Européens. Les Allemands et le Américains ont su être plus pragmatique et ont adapté leurs voitures au marché chinois » témoigne Zhong Shi, rédacteur en chef de « China automotive review ». La force des Allemands ne vient pas forcément de ses grandes entreprises comme Volkswagen ou Mercedes mais de son réseau de 4300 PME installées en Chine. Ces PME sont regroupées dans un grand immeuble, le Lufthansa Center, et quelques autres, autour de l’école allemande. Selon Bruno Gensburger, vice-président de la chambre européenne de commerce en Chine « Ils (les Allemands) chassent en meute. Ils sont organisés. Ils ont anticipé les situations. Alors que très souvent, nous (les Français), on arrive de manière fragmentée, on est plus dans l’improvisation et bien sûr le système D est ce qu’il est, mais ça ne suffit pas, surtout dans un pays comme celui-ci ».
On comprend mieux dès lors que le volume des échanges de l’Allemagne avec la Chine soit 3 fois plus important que celui de la France (150 milliards d’euros pour l’Allemagne contre 42 milliards d’euros pour la France). De plus, la balance commerciale allemande vis-à-vis de la Chine est légèrement excédentaire (+420 millions d’euros) tandis que la France achète deux fois plus à la Chine qu’elle ne lui vend (-12 milliards d’euros).
Il faut croire que le tapis rouge chinois est particulièrement épais et moelleux. Angela Merkel l’a foulé en tout cas pour la 6eme fois, la deuxième fois cette année. Il faut croire aussi que la Chancelière s’entend particulièrement bien avec son homologue chinois, le premier ministre Wen Jiabao, qui a aussi visité 6 fois l’Allemagne. D’après Lui Li Qun, vice-président de l’institut des études allemandes de Pékin, « Mme Merkel vient d’Allemagne de l’Est. Or, l’Allemagne de l’Est et le Chine ont beaucoup de choses en commun dans les comportements, les caractères et surtout le mode de pensée. Elle est venue avec tout son gouvernement, qui est tout à fait exceptionnel ». Les deux gouvernements, allemand et chinois, ont ainsi pu tenir une sorte de conseil des ministres commun. Et ça, les Chinois adorent. D’autant que Mme Merkel a le bon goût de ne pas s’étendre sur les sujets qui fâchent. Lui Li Qun déclare en effet : « Elle n’a pas parlé du tout du Tibet, du Dalaï-lama et très peu des droits de l’homme ». Ça tombe bien, les Chinois n’aiment pas les donneurs de leçon : cela nuit aux affaires. Et l’essentiel : et bien là, Mme Merkel avait aussi avec elle des chefs d’entreprise et de bons gros contrats ont été signés, notamment la vente de 50 Airbus dont on oublie souvent qu’ils sont autant allemands que français…