Comme je l'ai déjà dit, je lis « Charlie Hebdo » toutes les semaines, moi qui suis un mêêêchant réac, un fachîîste si ça se trouve, un catholique traditionnel vilain comme une teigne. Y compris celui d'hier sur les catholiques, ces empêcheurs de blasphémer en rond, et de provoquer à peu de frais dans la soie, comme avec « Golgohta Picnic » (on aurait pu rajouter après ce titre « ...ta mère », « Golgotha Picnic...ta mère » mais cela n'aurait pas été des plus fins), spectacle beaucoup plus offensif et un peu moins subtil encore contre la foi catholique que l'œuvrette de Castellucci, nouvel avatar d'une attitude aussi vieille que le catholicisme.
Parfois la critique du catholicisme ou d'une certaine forme de catholicisme, quand la foi est perverti, engendre des chefs d'œuvre, comme « Tartuffe » ou encore « Don Juan » de Molière, et plus près de nous « La vie de Brian » des Monty Python », ou encore l'excellent « Jésus de Montréal » qui est un film que personnellement j'aime beaucoup.
Entre deux dessins dans ce numéro de « Charlie Hebdo », dont certains sont insultants pour la foi des catholiques, mais drôles (ceux de Catherine pour ne pas la citer), et d'autres seulement injurieux et vaguement haineux sans rien d'amusant, on peut y lire un éditorial de Jean-Michel Ribes sur le rire de rébellion, le rire de révolte, le rire de résistance, car il y aurait un danger de retour aux z-heures les plus sombres de notre histoire (TM°) du fait des manigances catholiques, dont le mouvement « Civitas » (qui est loin de représenter tous les catholiques me semble-t-il).
Ribes semble y prendre comme postulat que la religion catholique est encore prédominante en France, et qu'une chape de plomb pèse sur les artistes de ce fait qui subirait un arbitraire atroce.
J'aime bien ce que fait Jean-Michel Ribes, « Palace » ou « Merci Bernard », l'humour décalé qu'il pratique avec les personnes dont il sait s'entourer, de Desproges à François Rollin, en passant par Roland Topor ou Wolinski, son goût pour le « non-sens » et l'absurde. Je regrette qu'il n'ait pas encore adapté Ionesco car il le ferait très bien.
La plupart des anti-catholiques partent du même postulat que le directeur du « Rond-Point », mais ils sont en retard de quelques wagons, d'une soixantaine d'années pour être précis. Si plus de la moitié des français se disent encore catholiques, et assistent, mais de moins en moins aux célébrations des grandes fêtes chrétiennes, ils ne sont que 1 à 2% à pratiquer tous les dimanches, soient une infime minorité de pratique réelle (voir par ici des statistiques sur un site que l'on ne peut vraiment pas soupçonner de complaisance envers les catholiques).
Bien sûr, c'est un malin, Jean-Michel Ribes, un vieux renard du spectacle qui sait parfaitement comment fonctionne la société spectaculaire et s'en sert à son profit exclusif, en l'occurrence pour vendre des places pour le Théâtre du Rond-Point dont il est le directeur et qui a peur de perdre des subventions il y a peu, comme il le disait au moment de la promotion de l'opéra-bouffe, excellent par ailleurs, « René l'énervé » et par là aussi bien que comme le montre ce lien, il n'y a pas de récession au « Rond-Point ».
Évidemment, un petit scandale de temps en temps ne fera pas de mal aux finances et permet quelques bénéfices.
Une pièce qui attaque l'Islam ?
Trop risqué, trop de faux frais à prévoir (police d'assurances trop élevé en cas d'incendie criminel, risque d'explosions, boîtes mail saturées d'injures etc...), risque de se faire taxer d'islamophobie, le mot à la mode en ce moment dés que l'on ose remettre en cause la fanaticophilie à l'œuvre dans les pays ayant connu le fameux « printemps arabe ».
Une œuvre, avec un grand « O », provocatrice et tout ça sur le Judaïsme ?
Encore plus dangereux pour les finances, risque de perdre l'oreille des médias, les subventions et de se faire taxer de complicité avec le Front National voire pire encore.
A la rigueur, de quoi se plaignent les catholiques, car c'est l'occasion de remettre la personne du Christ en pleine lumière pour éviter qu'elle soit noyée sous des torrents de boue.
C'est d'ailleurs ce que rappelle Ribes dans son texte sur « le rire de résistance », assez pompeux et pontifiant quand on y pense d'ailleurs rien que par le titre, les artistes auraient toujours agi ainsi, jouant la provocation systématique. Il n'a pas tort, ce genre de provocations permet de remettre les chrétiens au cœur de la cité, malgré ou à cause de la haine qu'ils subissent, haine qui à entendre ceux qui la pratiquent serait de leur faute.
Il insiste aussi l'homosexualité de Michel Ange, la conduite immorale du Caravage, et d'autres artistes ayant créé des oeuvres magnifiquement mystiques, qui auraient donc été jugés sévèrement par les catholiques, ce qui est paradoxal dans le propos. Mais là encore il a raison de le faire car cela montre que loin d'être un rouleau compresseur tyrannique contre les Arts, l'Église a laissé s'exprimer librement en son sein même des créateurs géniaux, mais eux étaient géniaux et exaltaient la beauté.
C'est une différence majeure bien sûr qui crée un fossé sans fond avec les provocateurs à la petite semaine qui tirent sur les ambulances.
Ce qui me fait dire aussi que Dieu « écrit droit avec des lignes courbes » comme le disait le père Le Guillou, et qu'il a de l'humour, car Ribes a contrario, a raison dans l'absolu. Et aussi car une des meilleures défenses au moment de l'affaire Castellucci est venu de Michel Onfray, qui pourtant « bouffe » du curé à tous les repas, alors que des « penseurs » catholiques étaient largement partagés sur l'attitude à adopter et beaucoup plus mesurés que lui.
Monty Python - La Vie de Brian Sous-Titres FR par Daily-Fans