lundi 21 novembre 2011 - par Jean Lannes

Guy Fawkes : l’histoire d’un homme, le destin d’un masque

Le 13 avril 1570 naissait, en Angleterre, un certain Guy Fawkes. Bien qu’issu d’une famille très protestante et éduqué de la sorte, le jeune Guy se convertit au catholicisme dès 16 ans, sans doute sous l’influence de son tuteur de l’école St Peter’s, John Pulleyn.

A 22 ans, en 1592, il s’engagera dans l’armée catholique d’Espagne pour faire face aux protestants des Provinces-Unies, puis l’année suivante dans l’armée de l’archiduc Albert d’Autriche des Pays-Bas espagnols. A son retour, en 1603, sa maîtrise des explosifs lui permît d’être présenté à Robert Catesby, instigateur secret d’un complot à venir contre le pouvoir protestant de Jacques Ier d’Angleterre. En effet, grâce à ses dons d’artificier, Guy Fawkes va se retrouver au cœur de la célèbre « Conspiration des poudres » aux côtés de Catesby, Thomas Percy, John Wright, Robert Keyes, Thomas Wintour et Robert Wintour.

Le projet est de faire sauter la Chambre des Lords, au palais de Westminster, afin de se débarrasser du Roi Jacques Ier, de la famille royale et de toute l’aristocratie anglaise. Suite à la conférence de Hampton Court en 1604, où le mépris et l’intolérance envers les catholiques se confirment et s’aggravent, la date est fixée au 5 novembre 1605, jour où le cœur du pouvoir sera réuni au Parlement.

Ainsi, durant les semaines qui précédèrent le jour-J, Fawkes et ses complices installèrent 36 barils de poudres – soit 1800 livres (670 kg) d’explosifs – dans une cave (louée) située sous le palais de Westminster. En plus du fait d’assassiner l’ensemble de l’exécutif, cet attentat pourrait également accélérer les demandes de soutien de l’Espagne aux catholiques anglais persécutés. Demeure un grave problème de conscience, pour certains comploteurs : des catholiques seront présents au Parlement ce jour-là. Est-il acceptable que ces coreligionnaires soient tués ?

A peine le temps de se poser la question que, le 26 octobre (10 jours avant la date fixée), l’un des protagonistes du complot avait déjà franchi le Rubicon en envoyant une lettre au Baron Monteagle, William Parker, censé se trouver au Parlement le 5. Ce qui devait arriver arriva : Parker envoya immédiatement une lettre au secrétaire d’État pour l’avertir du complot qui se tramait.

S’en est suivi une inspection des caves du palais, et c’est le 5 novembre, jour de l’attentat, que Guy Fawkes fut surpris et arrêté alors qu’il tentait de mettre le feu aux barils entreposés ici depuis plusieurs jours. Torturé, il fut contraint de dénoncer ses complices. Il fut jugé pour haute trahison et subit le châtiment réservé à cette accusation suprême : hanged, drawn and quartered (pendu, éventré et écartelé).

Ainsi, Guy Fawkes mourut le 31 janvier 1606, à l’âge de 36 ans, pour cette tentative ratée d’attentat sur le pouvoir en place, à l’instar de l’écossais William Wallace qui subit, trois siècles plus tôt, le même sort.

Depuis sa mort, les Anglais fêtent, encore aujourd’hui, tous les 5 novembre la « Guy Fawkes Night », en commémoration de cet échec historique, où l’on organise feux d’artifices et mise à feu d’effigies de Fawkes à travers tout le Royaume-Uni.

La naissance du symbole

Au début des années 90, Alan Moore et David Lloyd utilisèrent, pour leur bande-dessinée « V for Vendetta », le visage de Guy Fawkes pour créer le masque de « V », anarchiste anglais des années 80 qui lutte contre le parti fasciste ayant pris le pouvoir dans son pays.

En 2006, James MacTeigue réalise le film du même nom, avec Natalie Portman notamment, en adaptant quelque peu l’histoire de « V », qui n’a plus rien d’un anarchiste et porte un masque retravaillé.

Depuis la sortie du film, le groupe de hackers Anonymous s’est emparé du masque pour se forger une identité. L’effigie de « V » est également utilisée, de nos jours, par beaucoup de mouvements de protestation un peu partout dans le monde. Des révolutions arabes aux Indignés des pays occidentaux, Guy Fawkes est omniprésent. Le masque se vend comme des petits pains et la compagnie Warner Bros, détentrice des droits, touche une somme impressionnante de royalties sur ces ventes qui explosent.

Aujourd’hui, ce visage curieux au sourire énigmatique est devenu le symbole de la contestation populaire face à la finance mondialisée. Bien que le message ait radicalement changé par rapport à la lutte catholico-protestante du XVIIème siècle, le visage de Guy Fawkes semble comme devenu éternel, quatre siècles après son exécution.

Christopher Lings ( Enquête & Débat )


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