Un peu de cirque, messieurs dames !
Ce soir du 15 février fut une date ordinaire, sauf pour ceux qui ont vu une fumée blanche sortir de l’écran et ont appelé les pompiers. C’était bien inutile, le pompier étant en fait dans l’écran mais en regardant d’un peu plus près, on aurait pu voir aussi un pyromane. Constat hélas convenu. Ce n’est pas la première fois que le président est décrit comme un pompier pyromane mais cette fois, la fumée annonce la venue du candidat Sarkozy, pape de l’UMP qui pourra enfin officiellement lancer des bulles papales dans les médias, bulles ayant valeur de vérités infaillibles prononcées par le candidat infaillible, celui qui doit sauver la France selon ses fidèles adorateurs. Cette fois c’est parti, les anathèmes vont fuser, avec les bons mots et les petites phrases. Le combat est lancé.
Les médias ne cachaient pas leur fébrile enthousiasme ce mercredi 15 février. On aurait cru l’instant aussi excitant que le début de la coupe du monde de foot, ou alors des JO. TF1 a obtenu l’exclusivité pour diffuser la cérémonie d’ouverture de la campagne électorale. Et comme il se doit, le président se devait de présider cette cérémonie. Des commentaires sur des pages et des pages de journaux simplement pour dire que la lutte fatale est engagée. Les médias aiment ça, le combat, le ring des mots et le choc des images, les incantations des candidats au sein des arènes médiatiques. Mais il n’y a pas un seul ring. C’est donc par médias et prestations interposées que le duel va se dérouler. Duel ? Hélas, oui, les médias ayant décidé semble-t-il de ne s’intéresser qu’aux deux prétendants au trône. Et l’équité des temps de parole ? Eh bien pas de problème, c’est l’équité dans l’expression des candidats et de leurs partenaires de campagne, pas l’équité des commentaires de journalistes. Ce match sera d’autant plus apprécié qu’il sera saignant. Pourtant, les choses ont commencé calmement. On a vu débattre sur les ondes un Montebourg et un Bertrand des plus courtois. Les primaires du PS se sont déroulées aussi calmement qu’une audition à l’oral de l’ENA. Mais cette fois, le taureau Sarko est lâché dans l’arène et la corrida doit être saignante. Un président candidat mollasson ne peut pas gagner. Les uppercuts sémantiques et les directs rhétoriques vont pleuvoir. Et les journalistes de compter les points, comme dans un match de boxe où on est certain qu’il n’y aura pas de KO. Ce comptage de point peut influer sur les indécis, ceux qui hésitent et qui faute d’avoir un avis personnel s’en remettent aux juges médiatiques. Sur la patinoire, après le triple A raté et le Moody blues, notre candidat saura-t-il réussir la figure du triple sarko en évitant la double loose.
C’est parti, telle une finale du 100 mètres. Sarkozy doit se métamorphoser en Usain Bolt de campagne. Ce sera un vrai départ de campagne mais un faux départ n’entraîne pas pour autant une disqualification. La fumée blanche a tweeté sur le compte candidantiel. « Rendez-vous ce soir sur TF1 qui m’a invité ». Souhaitons au président un bon usage de ce média. Qu’il ne s’inspire pas de Nadine Morano et qu’il écoute Eric Besson pour ne pas se retrouver avec un tweet du genre « Je te rejoins ou pas, Carla ? ». Très intéressant les tweets. Comme autant de paroles évangéliques que la presse commentera en remplissant des pages de journaux pour les vendre. Mais au fait, le fond, les visions d’avenir, les stratégies politiques pour gérer le pays ? Quelques tweets ? « Amanideja est une pute », « Netanayu est une buse », « Obama oh la grosse tête, s’prend pour Napoléon le petit »
Bonne nuit le petit
Bonne nuit Sarkozy, c’était l’émission de ce soir, diffusée sur TF1, étrange lucarne où un président désincarné est apparu. Il aurait voulu endormir les Français qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Bonne nuit les petits, c’était au temps de l’ORTF, quand la lucarne était en noir et blanc et que la France était conquérante, peu de chômeurs, 6 points de croissance. En 2012, 1.7 de croissance mais toute la fierté du président qui s’est employé à endormir les Français devant leur poste de télévision. Des procédés rhétoriques bien convenus. Une manière de présenter les choses sous couvert du bon sens. Par exemple, comparer une non candidature à un abandon de poste. Détail bien inutile mais qui compte beaucoup pour un président qui n’a rien à dire à des Français à qui il veut s’adresser mais auxquels il ne sait pas parler. Alors storytelling oblige, Sarkozy, c’est du solide, pas comme chez Costa croisière ! Et puis qui se souvient de ces mises en scène de déplacements en province où un buraliste était briefé par l’équipe du président afin d’anticiper questions et réponses ? Il sait parler aux gens ce président ?
Le président est apparu creux. Les méchants disaient qu’il ne faisait pas président en 2007 et maintenant ils disent qu’il ne fait pas candidat. On aurait dit un spot de publicité placé entre deux sujets diffusés par Laurence Ferrari. Cela fait creux et vide. Les adversaires convoqués sur le ring de Pujadas ont montré bien plus de prestance et de conviction. A côté, Sarkozy est apparu comme un petit enfant, avec une voix parfois cassée, trahissant une sensiblerie mal placée. Peut-être avons-nous eu la révélation jungienne de l’anima Sarkozy cachée derrière la personna. Un Sarkozy émotif, un affectif qui cette fois n’était pas refoulée, contrairement au Sarkozy décrit par Jean-Pierre Raffarin. Nous n’avons pas vu un signe de force. Quel contraste entre l’idée d’une France des forts qui protège et ce président presque dépressif, décomposé au point de bafouiller, perdu dans ses sujets, enchaînant le coq avec l’âne, suggérant de marier la carpe et le lapin. Gesticulant sur les crises à répétition qui ont conduit le pays dans un marasme économique et social. Enfin, pas pour tous, les dirigeants du Cac 40 ont vu leur rémunération flamber et les bénéfices des entreprises se portent bien. La France ne va pas aussi mal que le président veut bien nous en persuader. C’est de l’endormissement. Juste entrecoupé de quelques bruitages déclinés en suggestions de consultation du peuple pour faire passer ce qui bloque. C’est assez étrange cette conception du référendum. En principe, cette consultation est prévue pour faire des choix, privilégier une voie, et non pas pour débloquer une situation. Formule sous-entendant que le peuple votera dans le sens du déblocage, conformément à la volonté du président. Et s’il ne vote pas comme il faut ? Eh bien ça sera encore bloqué !
Nicolas Sarkozy a été sincère cette fois. Il a montré son manque de conviction, ses failles, ses hésitations, ses égarements, en essayant de prouver le contraire. D’où les artifices sophistiques visant à s’inventer un contradicteur. Lui-même étant en contradiction sur la forme, présentant la formation des chômeurs comme une proposition et une imposition. Ce qui pourrait lui valoir un portait croquée en prenant comme modèle le joueur d’échec de Zweig. Idée facétieuse me direz-vous, si vous avez lu ce livre. Facétieux aussi, le rédacteur du JT qui après la prestation de Sarkozy a placé un reportage sur les travailleurs d’Arcelor Mittal balayés par la crise et qui n’ont pas été sauvés parce que chez Louis Vuitton, on n’a pas encore inventé le sac en acier trempé. Mais comme un sac en croco se fabrique presque comme de la lingerie, alors chez Lejaby on reprend les salariées. Bonne nuit les petits. Le rêve français est quelque part séquestré dans la banque des utopies. Si vous voulez que le rêve se réalise, il faudra entrer par effraction dans cette banque où tout vous est accessible pour peu que vous sachiez voir correctement. Mais pour l’instant vous dormez.
Alain Juppé lui-même s’est endormi. On l’a entendu rêver à voix haute. Il parlait d’un président habité par sa mission et défendant le référendum comme étant la quintessence de l’âme sacrée des Français. Ah bon, et le traité de Lisbonne qui balaye le non au TCE ? Et la règle d’or qui devait être proposée au Congrès et non pas au peuple ? Incroyable, Juppé pris en flagrant délit de rêverie, imaginant François Hollande en anti-Sarkozy. Bonne nuit les Français !