jeudi 22 décembre 2011 - par Amaury Watremez

Je ne suis pas n’importe qui

 image extraite de la BD, "Je ne suis pas n'importe qui", de Jules Feiffer prise ici

A l'intention des lecteurs idéologiquement purs, en ces temps de deuil après la mort du « cher Leader » de Corée du Nord, qui n'était pas un tyran communiste, rien à voir à entendre les grands penseurs de gôche1), pour les belles âmes ne souffrant de dérèglements moraux les poussant à voir de la dérision partout, de ces cœurs purs qui aiment les grands rassemblements en grands album-page-large-4125.jpgtroupeaux, de ces bons chrétiens qui se déplacent par bancs, mon texte souffrira encore cette fois-ci de deux maux certainement signe de décadence bourgeoise : une certaine tendance à ne pas respecter grand-choses lieux communs admis par la majorité, un rejet de la morale de horde qui sévit actuellement. Et surtout, le titre n'est pas au premier degré, je ne crois pas vraiment que je ne suis pas n'importe qui.

A moins que ce ne soit une antiphrase qui me permette de dire le contraire sans le dire tout en le disant, (moi-même je m'y perd un peu) sur le modèle de « Mémoires d'un amant lamentable » de Groucho Marx qui veut dire exactement le contraire de ce que l'on croit tout en laissant entendre etc....

J'ai donc eu envie pour une fois de faire preuve d'empathie et de me mettre dans la peau d'un idéologue de gôche, ou libéral. Le modèle de ce genre de personnages c'est le professeur Jourdan dans « Uranus  », petit bourgeois pontifiant et servile tout à la fois, à la fois ridicule, enflé et grotesque, joué par Fabrice Luchini dans le film de Claude Berri d'après Marcel Aymé, qui montre dans ce livre ce que donne la sottise grégaire quand elle est menée des hypocrites et des idéologues qui tuent, emprisonnent et laissent massacrer sans trop de remords dés lors que leur doxa est mise en avant.

Quelques dérives ne sont jamais mauvaises pour la cause se disent-ils tous.

Et ce ne fût pas facile pour moi cette empathie, rajouterais-je...

Donc l'idéologue écrit dans des journaux « papier » ou sur Internet, parfois même il tient son blog, et il partage avec tous ses confrères deux choses bien précises :

Il est là pour conseiller le peuple dans la bonne voie, pour l'éduquer, car dans son esprit le peuple c'est bien beau mais il ne faudrait quand même pas le laisser faire ce qu'il veut.

Il est prêt, c'est ce qu'il prétend, à se sacrifier pour le bien du peuple, et ce même si tout le monde s'en fout.

Sur son origine sociale, deux parcours, quand il écrit dans des journaux « papier », il vient de la bourgeoisie cossue, il bénéficie des réseaux de Papa-maman, de leur entregent, et de leur savoir-faire en matière de cirage de pompes, faculté se transmettant héréditairement dans ces milieux là.

Comme il se sent parfois un peu coupable d'avoir du pognon à ne plus savoir qu'en faire, il se voit comme éducateur social pour se déculpabiliser, les pauvres lui servent en quelque sorte de thérapeute. Car jouer les grandes consciences généreuses permet au bourgeois de se défausser de ses névroses distinguées et de ses problèmes de riche en général.

Le Net l'embête, le Net gêne le dogmatique, car comment devenir un éducateur du peuple quand tout le monde peut s'exprimer sur le réseau et que les références et citations mondaines des livres qu'il n'a pas lu sont en libre accès un peu partout, démasquant son imposture.

Alors, pour retrouver le rôle qu'il croit légitimement être le sien de toute éternité, il fait mine de jouer le jeu et dispense la bonne parole en flattant le peuple qui lit ses articles dans le sens du poil, il met à profit sa science du léchage de bottes et le pire est que bien souvent ça marche.

On est toujours surpris des lieux communs qui continuent à avoir cours sur le web alors que cela devrait être le lieu où justement on peut s'en libérer, et la solidité de l'esprit bêtement partisan, esprit parfois amusant d'un certain point de vue, et jusqu'à un certain degré, quand il fait d'un contradicteur le partisan d'une chose et son contraire, ainsi votre serviteur, mon aimable personne, était pro-palestinien, islamophile, antisémite convaincu sur certain site dont le public est plutôt d'un côté de la balance, un soutien de « l'islamisation rampante de l'Europe », je cite, tandis que sur d'autres sites, pour certains commentateurs, pas tous heureusement, il est un agent à la solde du Mossad, des Rotchschild et de la Hasbara, trois façons pour les commentateurs l'affublant de tels épithètes de dire qu'en gros il est à la solde du lobby juif sans le dire tout en le disant, car le commentateur partisan tout fier soit-il de sa cause est courageux mais pas téméraire.

Le commentateur chevronné aime bien parfois, heureusement pas toujours, citer des noms comme ça, des adjectifs qui lui paraissent insultants et savants à la fois.

Alors bien sûr, pour conclure sur le titre de ce texte, je dirais que évidemment, soyons francs, quelqu'un qui écrit sur Internet ou ailleurs, ne se prend pas pour n'importe qui, moi le premier qui suis non seulement brillant, intelligent, cultivé, mais aussi modeste. Écrire sur le réseau, ou ailleurs, que ce soit dans un but littéraire, politique ou religieux, c'est par égotisme et amour de son nombril.

Le tout est de le savoir.

Bien sûr, les porteurs de causes, les distributeurs de vulgate protesteront de leur générosité car eux le font pour le bien de l'humanité...

Enfin c'est ce qu'ils disent...

...Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Post-scriptum : A noter que je ne me prend pas pour n'importe qui ou n'importe quoi depuis que je me suis aperçu que un ou deux de mes articles avaient inspiré d'autres auteurs internautes, de voir que j'étais devenu une sorte de muse m'a mis du baume au coeur. Enfin, ma vanité et ma prétention ussent-elles en grandir encore, je me suis paerçu que l'un et l'autre contradicteur me suivait d'un site à l'autre, quelques fois juste parce que l'on égratigne leur grand homme...

1A noter que pour les gens de gôche, une tyrannie c'est quand eux décident, quand un régime veut faire le bonheur du peuple, même malgré lui, c'en est pas par exemple.

 
extraits du film "Pierre Desproges - Je ne suis pas n'importe qui..." - France5
Yves Riou et Philippe Pouchain proposent un portrait inédit de Pierre Desproges diffusé à Noël sur France 5.
Mots-clés : pierre desproges france5 noël humoriste
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