vendredi 10 mars - par chems eddine Chitour

Journée du 8 mars : Eloge de la force tranquille

« La femme est l'avenir de l'homme. »

Louis Aragon

« On ne naît pas femme, on le devient. »

Simone de Beauvoir

 

 Encore une fois, dans un rituel bien rodé, l'humanité des femmes se rappelle au bon souvenir de l'humanité des hommes et regarde d'une façon désabusée ce non-événement la glorifiant l'espace d'une journée et l'oubliant le reste de l'année. Cet événement, que par un mimétisme ravageur, dont nous avons le secret, nous fait abandonner nos repères identitaires au profit d'un cérémonial créé dans des conditions qui n'ont rien à voir avec la signification profonde de la condition féminine. Faut-il pour autant aller à l'autre bout du curseur et accepter la sentence de Simone de Beauvoir niant l'existence de la "spécificité" sans préciser d'où elle vient pour devenir femme. Il est plus juste de s'en remettre à Aragon qui voit en elle l'horizon de l'homme 

L'histoire mille fois répétée et fausse de la genèse du 8 mars

La manifestation new-yorkaise censée être à l'origine de la Journée internationale des femmes n'a... jamais eu lieu ! Retour sur ce mythe démasqué par l'historienne Françoise Picq : « Ses origines reposent en réalité sur un mythe. Françoise Picq, historienne, l'a « démasqué » dès la fin des années 1970 : « À l'époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des ´´groupes femmes´´ du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York. » Or cet événement n'a jamais eu lieu ! (...) Car c'est un fait, « c'est en août 1910, à la IIe Conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l'initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu'a été prise la décision de la célébrer », ajoute l'historienne. La date du 8 mars n'est pas avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ». La Journée des femmes est donc l'initiative du mouvement socialiste et non du mouvement féministe pourtant très actif à l'époque. (...) C'est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain : en 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée, puis le 8 mars 1917 ont lieu, à Petrograd (...) Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 Mars sera dès lors l'occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes « C'est en 1955, dans L'Humanité, que la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois »,(1)

Journée internationale des femmes 2016 : la presse en parle

 C'est un fait, la presse s'empare à la veille du 8 mars de la femme sous toutes les coutures . Ainsi Adeline François pour raconter la condition des femmes en ce jour anniversaire a choisi de décrire le calvaire de Nouraisse, 30 ans, Syrienne : « Voilà deux jours qu'elle n'a pas dormi, elle fait partie de ces rares Syriens qui ont pu passer au compte-gouttes la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Elle a ensuite marché pendant des jours jusque vers le Nord avec sous le bras, ces trois enfants âgés de 2 mois, 6 ans et 9 ans. Son mari n'a pas réussi à quitter Alep. Nouraisse a marché jusqu'à la frontière avec la Serbie. Et là, le mur. Le Parisien-Aujourd'hui en France raconte ce mardi 8 mars le sort de quelque 400 personnes qui se sont retrouvées parquées lundi 7 mars dans la soirée entre deux frontières dont aucune ne veut s'ouvrir. « La Serbie et la Macédoine attendent de savoir ce que vont décider les Européens et les Turcs », des subtilités diplomatiques inaudibles pour ces centaines de réfugiés devenus les otages d'une politique migratoire européenne cacophonique. (... » (2)

« Face à eux, les cordons de policiers serbes, derrière eux les cordons de policiers macédoniens. Les voici donc coincés dans ce « no man's land » boueux sous des pluies diluviennes. Des bénévoles s'activent pour distribuer des capes, des bonnets et monter quelques tentes. Nouraisse porte son bébé qui crie et elle crie, elle aussi, son désespoir au reporter du Parisien. « En fait, ils veulent qu'on meure, mais si c'est ça on aurait mieux fait de mourir tous ensemble en Syrie », dit-elle. Nouraisse se fiche sans doute pas mal de la date du jour, 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. » (2)

L'appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité

Le mimétisme de l'Occident a amené la femme intellectuelle arabe à se révolter et faire le procès de l'Islam confondant les tyrans arabes et l'instrumentalisation de la religion. « Le 8 mars 2013 huit femmes, actrices des luttes pour la démocratie, ont lancé un appel pour la dignité et l'égalité dans le Monde arabe : « Nous, femmes arabes impliquées dans les luttes pour la démocratie, la dignité et l'égalité, nous, actrices au premier plan des changements exceptionnels que connaît le Monde arabe, tenons à rappeler à l'opinion publique que les femmes sont en droit de bénéficier au même titre que les hommes du souffle de liberté et de dignité qui gagne cette région du monde. Depuis toujours, les femmes mènent des luttes pour obtenir des acquis, plus ou moins importants selon les pays. Mais ces acquis demeurent en deçà de leurs aspirations et font de leur statut un des plus reculés dans le monde. Les violences demeurent répandues tant dans l'espace public que privé et très peu de mesures sont prises pour mettre fin à ce fléau. Les Codes de la famille ne sont dans la plupart des pays arabes que des textes instituant l'exclusion et la discrimination. (...) Ces lois violent les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales des femmes et des fillettes par l'usage de la polygamie, le mariage des mineures, les inégalités en matière de mariage, de divorce, de tutelle sur les enfants ou encore l'accès à la propriété et à l'héritage. Certaines lois permettent même à la parentèle masculine de tuer des femmes et des filles avec le bénéfice de circonstances atténuantes dans le cadre des crimes d'honneur(...) Nous considérons que si l'égalité ne peut se réaliser sans la démocratie, la pleine jouissance de cette démocratie ne peut se réaliser sans une égalité totale entre les hommes et les femmes. Aucune démocratie en effet ne peut se construire au détriment de la moitié de la société. Ensemble nous avons fait notre présent, ensemble nous construirons un avenir meilleur. Nous exigeons (...) la dénonciation des voix qui s'élèvent ici et là pour discriminer les femmes au nom d'une lecture rétrograde des préceptes religieux ainsi que celles qui voudraient leur interdire une participation pleine et entière à une vie digne et respectueuse des droits humains. » (3)

Naturellement pas un mot sur la femme objet en Occident avec une dignité en lambeaux, on constate même une société perverse qui fait que la violence envers les femmes est aussi importante que partout ailleurs. La meilleure preuve est que les femmes à travail égal ont un salaire inférieur d’environ 20 % que celui des hommes notamment en France patrie censée être celle des droits de l’homme et des femmes … 

Cependant cela n'absout nullement les dirigeants des pays musulmans s'aidant sur une lecture littérale des textes religieux confortent les us et coutumes tribales pour asseoir une hégémonie qui ne repose que sur du vent.

Les femmes : les grandes oubliés de la Science

On dit souvent que beaucoup de scientifiques n’ont pas eu de visibilité et de reconnaissance du fait de la misogynie des hommes scientifiques ou pas. Le cas de Agnodice est édifiant : « IVe siècle avant J-C. Le monde n’est pas vraiment à la pointe en matière de gynécologie et il n’est pas rare de voir les femmes souffrir en couche. Mourir, pour les moins chanceuses. Les naissances se font dans la douleur et surtout, dans le silence : les Athéniens ayant réclamé l’interdiction de l’exercice de la médecine par les femmes – trop sujettes à pratiquer l'avortement – les futures mères préfèrent se débrouiller seules. Il n’en fallait pas moins pour frustrer Agnodice – jeune fille issue de la haute société athénienne – qui décide de prendre ses cliques et ses claques direction l'Egypte où il est encore possible pour un être humain possédant une 23e paire de chromosomes d’étudier la médecine. Sa formation en poche, Agnodice,  revient en Grèce et se résout à cacher sa féminité pour exercer sa profession. Dissimulée sous une barbe postiche et derrière le nom de Milthiade, la jeune gynécologue sauve des bébés et des mères à tour de bras. Titillée par ce succès, la jalousie de ses confrères ne tarde pas à se faire ressentir, certains l’accusant même de profiter de sa situation pour séduire ses patientes. Bien décidés à se débarrasser d’Agnodice – même après qu’elle ait enlevé son postiche – maris et médecins furent tentés de l’exécuter. C’était sans compter sur la pression de ses patientes, qui fpermis de l’acquitter et, dans le même élan, de révoquer la loi interdisant les femmes de devenir médecin. D’une pierre deux coups ». (4)

 « Si les progrès sont notables, écrit Mathilde Damgé du journal Le Monde, reste que les femmes ne représentent que 5,35 % des nobélisés, avec 48 femmes sur 897 lauréats depuis la création du prix en 1901. (…) Parmi celles qui sont restées dans l’ombre du « grand chercheur », citons Clara Haber, épouse de Fritz, qui obtint le prix Nobel de chimie en 1918 pour ses travaux sur l’ammoniac. Première femme à obtenir un doctorat de chimie à l’université de Breslau, elle a contribué aux travaux de son mari, traduisant ses articles en anglais, tout en étant cantonnée à la vie familiale. C’est aussi le cas de Mileva Maric, brillante étudiante qui rencontra Albert Einstein lors de leurs études à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Des lettres attestent de leurs échanges sur les travaux de physique d’Albert mais elle dut, elle aussi, se consacrer à sa vie de famille jusqu’à leur séparation. L’un des exemples les plus flagrants d’oubli du comité Nobel est celui de Lise Meitner, collaboratrice d’Otto Hahn (prix Nobel de chimie en 1944) et qui joua un rôle majeur dans la découverte de la fission nucléaire. Juive autrichienne, elle dût fuir l’Allemagne nazie en 1938 et refusa ensuite de participer à la construction d’une bombe atomique.(…) La minimisation des contributions des femmes dans les sciences a d’ailleurs été théorisée : c’est l’« effet Matilda », nom donné par une historienne des sciences américaine, Margaret W. Rossiter, au déni et à la minimisation, systématique selon elle, des contributions des femmes à la recherche (…) ».

Qu'en est-il du 8 mars en Algérie ?

En règle générale, le 8 mars : un jour qui représente moins de 0,3% du temps est consacré à la reconnaissance de la femme comme acteur important de la société à la fois au sein de la maison, mais au sein de la société, ce non-événement. Les femmes algériennes ont eu à lutter à la fois sur le plan de la liberté, on les trouve à chaque coin de l'histoire et curieusement la femme algérienne n'a jamais été aussi libre que pendant la Révolution de Novembre. En se battant, en soignant en éduquant en conseillant et en faisant le coup de feu, la femme algérienne a montré qu'elle était de tous les combats et qu'a priori aucun emploi ne peut lui être refusé. C'est donc un autre combat que la femme algérienne mène au quotidien à bas bruit sans m'as-tu-vu, dans l'ombre même si elle a toutes les compétences, c'est à elle en définitive qu'incombe la pérennité d'un ménage. C'est un fait que la société algérienne a profondément évolué en profondeur, mais cependant avec des différences entre l'Algérie profonde où le poids des traditions pesant, l'homme se croit encore investi du droit de tutelle, voire de visibilité sociale de la femme réduite ce faisant à sa plus simple expression du fait de traditions rétrogrades.

Cependant, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ces traditions et surtout notre islam millénaire a permis aux Algériennes et Algériens de résister au laminoir identitaire de la colonisation qui voulait faire des Algériens « des poussières d'individus » selon l'expression de Jules Combon gouverneur en Algérie ou encore de pieux chrétiens pour mériter les faveurs du ciel et celles du cardinal Lavigerie pour avoir accès à un minimum de conditions sociales. Par la suite et vers la fin de la guerre de libération, le pouvoir colonial a compris, d'après Frantz Fanon, que pour tenir les Algériens, il fallait s'attaquer à la citadelle constituée par la femme algérienne.

Des opérations d'enlèvement de voile ont été organisées et les voiles ont été brûlés pour symboliser la libération de la femme et sa marche vers la liberté en vain !!! Bien plus tard, du fait d'une culture défaillante, les Algériens et les Algériennes livrés entre les mains d'Internet deviennent des victimes consentantes qui s'enivrent de ces ersatz de liberté que leur offre la Toile et ses perversions incotrôlables qui formatent l'imaginaire des jeunes sous toutes les latitudes

Nous devons être reconnaissants envers celles et ceux qui ont des siècles durant combattu pour l'Algérie. Comment rendre hommage aux femmes ? Doit-on dans un rituel bien rodé attendre le 8 mars de chaque année ? Cet être qui peut être notre mère, notre soeur, notre fille ou notre épouse. Rendons-nous justice à cette « proximité » en la ghettoïsant dans une journée comme « un minimum syndical » un tribut à payer pour avoir la paix jusqu'à la prochaine fête ? Que fête-t-on réellement ? La libération ? Est-ce une servitude que la femme doit à l'instar du mythe de Sisyphe affronter au quotidien et « prouver » qu'elle est l'égale de l'homme ? Tragique erreur s'il en est ! Non ! Rien de tout cela. Les femmes algériennes devraient être des exemples à suivre, nul besoin de se référer ailleurs. Rien ne peut remplacer une mère et, qu'à bien des égards, Renier l'instinct maternel a été une étape nécessaire à la « libération » de la femme, mais cette attitude handicapante montre aujourd'hui ses limites : les jeunes mères sont déchirées entre ce qu'elles ressentent et ce que leur vie professionnelle leur impose.

Les Algériennes qui ont marqué l'Histoire

L'histoire de l'Algérie est jalonnée de battantes. Les Algériennes de coeur, qui ont défendu l'Algérie et qui méritent mille fois d'être à l'honneur, bien que leur modestie et leur grandeur d'âme leur interdisent de faire dans le m'as-tu-vu et d'être aux premières loges pour avoir les faveurs des gouvernants et surtout à mille lieux de l'image que nous nous faisons de nos mères, humbles et discrètes.

Le combat des femmes a donné ses lettres de noblesse à l'histoire de ce pays. Aussi loin que nous plongeons notre regard dans notre histoire, nous trouvons sans difficulté comme exemple de bravoure l'Algérienne. La première héroïne qui nous vient à l'esprit est Tin Hinan la princesse du Hoggar. Tin Hinan est le nom que des traditions orales donnent à l'ancêtre originelle des Touareg nobles du Hoggar.

Lalla Robba, la religieuse berbère , mais aussi la guerrière, est considérée comme la première résistante de l'Algérie antique, Pendant plus de cinq ans (429 à 434), Robba mène parallèlement à son action de religieuse chrétienne , une guerre sans merci contre les Romains jusqu'à son assassinat par les traditeurs. Elle avait 50 ans.

Au septième siècle, une autre héroïne Kahina Dihya ou Damya reine guerrière berbère zénète des Aurès combattit les Omeyyades lors de l'expansion islamique en Afrique du Nord au VIIe siècle.. Fille unique, elle aurait été élue ou nommée par sa tribu après la mort de son père. Vaincue en 693 par Hassan Ibn en N'uman, elle est faite prisonnière, puis décapitée au lieudit Bir El Kahina.

Un autre fait glorieux qui met en scène la femme algérienne est celui du mystère de Fatma Tazoughert (la rouquine ?). Nous lisons dans une contribution de Nadhir Sbaâ : guerrière redoutable, elle sacrifia ses deux frères pour exalter le respect de la discipline. » Née dans la montagne de Hitaouine (Merouana,), Fatma « la Rousse », (1544-1641) prêtresse et reine, réussit sous son règne, non seulement à unir plusieurs groupes berbéro-arabes, mais à perpétuer le matriarcat en désignant uniquement des femmes au sein du conseil des sages.

Nous arrivons au XIXe siècle, la figure altière de Lalla Fatma N'Soumer nous interpelle. En effet, lors de la phase de conquête, les troupes coloniales françaises eurent à affronter en Kabylie, une armée dirigée par une femme, Lalla Fatma N'Soumeur. Lalla Fatma N'Soumeur, avec son armée qui comprenait également de nombreuses femmes de la région, dirigeait les combats... Lalla Fatma N'Soumeur mourut en prison en 1863 seulement âgée de 33 ans.

Les héroïnes de la guerre de libération

Il est impossible de recenser toutes celles qui -surtout modestement- ont contribué à l'Indépendance du pays. Nous prenons le risque de citer quelques-unes qui, outre leur prestigieux combat, se distinguent par leur « invisibilité » estimant qu'elles n'ont fait que leur devoir et n'ont pas à en faire un fonds de commerce. Comme ce sera le cas de Zoulikha Ouddaï qui mourut en héroine après avoir vu la mort de son mari lui aussi tué.

Tarik Hafid nous parle aussi de ces femmes qui ont pris à coeur de libérer le pays. Elles s'appellent Aldjia, Mamia, Emilie, Nafissa, Fatima et Isa. Des femmes qui ont fait le choix de s'engager en politique durant la première moitié du XXe siècle. Elles ont participé à l'édification du Mouvement national algérien, Ces femmes avaient pour dénominateur commun l'amour de l'Algérie, la jeunesse et la volonté de démontrer qu'elles sont capables de s'affirmer autant que les hommes en politique. (...) Dans son livre Des Femmes dans la guerre d'Algérie, Danièle Djamila Amrane-Minne explique que durant les années quarante et cinquante, les femmes algériennes « sont absentes de la vie politique ». L'auteure cite des statistiques du ministère des Anciens Moudjahidine de 1978 : « Sur les 10 949 anciennes combattantes enregistrées, seules 6 ont eu une activité politique avant la guerre. » (...) A part quelques sièges à l'Assemblée constituante (seulement 10 moudjahidate sur les 195), elles n'ont eu accès à aucun poste politique. Aucune n'a réussi à obtenir le statut d'officier de l'Armée nationale populaire. » (6)

La femme et sa participation au développement du pays.

A des degrés divers, le sort social en terme d’accès aux fonctions, de la femme algérienne n’a rien à envier à celui de son équivalente en Occident. Ainsi dans une contribution de Lyes Hallas du Soir d’Algérie on lit que la femme est relativement présente dans tous les secteurs de la société : « Pour des tâches similaires, les femmes en Algérie sont rémunérées comme les hommes au moment où partout ailleurs dans le monde les organisations de défense des droits de la femme dénoncent des discriminations en la matière (…) il n’y a aucune contrainte juridique ou autre sinon, les blocages psychologiques des femmes elles-mêmes. (…) Globalement, les personnels féminins en activité dans la Fonction publique étaient, en 2014, de 720 330 agents sur un total de 2 020 172, soit 35%. Le secteur de la santé compte plus de femmes que d’hommes, 138 581 sur un total de 266 525 en 2014, soit 52% de femmes (elles représentent 45% des hospitalo-universitaires). Dans l’éducation nationale, la moitié des effectifs est composée de femmes (297 394 sur un total de 592 831 en 2014). La police a également ses contingents de policières, estimés en 2016 à près de 20 000, soit environ 10% des effectifs de la Sûreté nationale. Dans le secteur de la justice, elles sont 13 644 sur 43 000 agents (30%). Et dans le corps de la magistrature et la diplomatie, les femmes algériennes sont mieux loties que leurs homologues occidentales même si la proportion des hommes est plus importante dans ces corps de métiers » (7)

« On compte aussi poursuit Lyes Hallas, 62 258 agents féminins sur 171 761 dans l’enseignement supérieur, soit 36%, et la proportion est beaucoup plus importante dans le domaine de la recherche scientifique où elles sont près de 40%. Idem dans le secteur des finances où elles sont 28 757 agents sur 83 829 (34%) et l’on a vu une femme accéder au poste de vice-gouverneur de la Banque centrale. Du reste, c’est une question de choix et de mérite. Dans les fonctions politiques, et depuis l’instauration du quota de 30% pour les femmes, les partis trouvent du mal à compléter les listes faute de femmes candidates justement.(..) Certes, il y a moins de femmes dans le secteur économique, ce qui ramène le taux des femmes dans le monde du travail à 19% de l’ensemble des salariés (…)L’Armée nationale populaire (ANP) compte deux généraux femmes. (…)En février 2017, l’Algérie comptait 275 576 femmes entrepreneures (143 010 gérantes d’entreprises et 132 566 personnes physiques), soit 7,5% de l’ensemble des opérateurs économiques (1,9 million). Elles sont actives notamment dans le commerce de détail, les services et l’artisanat, même s’il existe une petite proportion de femmes qui ont réussi dans l’industrie et le bâtiment. » (7).

 Conclusion

Où en sommes-nous de cette errance qui nous incite à commémorer les fêtes décidées par les autres dans d'autres contextes ? Qu’on le veuille ou non, la femme représente la force tranquille et le barycentre de la cellule familiale. Ce concept qui tend à disparaitre sous les coups de boutoir d’un néo-libéralisme qui fait fi des solidarités et des modus vivendi familiaux qui ont sédimenté depuis des millénaires. Le jeune est plus attaché à la toile qu’à ses parents. La télévision puis l’internet puis les réseaux sociaux n’ont de cesse de détricoter les tisses familiaux. A telle enseigne qu’il est normal de ses débarrasser des petits vieux en les mettant dans des mouroirs au nom de la liberté . Est-ce cela notre dette envers nos mères ? 

Doit-on par mimétisme fêter ce 8 mars comme un solde de tout compte annuel de notre reconnaissance envers ces femmes, nos mères, nos filles, nos épouses ou avoir constamment à l'esprit par des preuves au quotidien de notre attachement à ce qu'elles font pour nous ? Nous avons besoin de réhabiliter notre référents. Pour cela, il nous faut déconstruire les repères occidentaux et se ressourcer à nos propres valeurs, sinon nous continuerons dans un mimétisme ravageur à singer beaucoup de « valeurs » discutables de l'Occident perpétuant ainsi le mal le plus grand, l'errance qui fait de nos jeunes des apatrides ballotés dans tous les sens, par une doxa occidentale du dépenser sans penser pour le plus grand bien du marché !! Ne persistera en définitive, que le décorum sans épaisseur de cette commémoration hypocrite sous forme d'une grande bouffe rituelle tous les 8 mars, une « zerda » pour utiliser un terme de l'Algérie profonde. Non, nous devons nous réveiller de ce grand sommeil. (8) 

 

1.Stephane Arc https://lejournal.cnrs.fr/articles/journee-des-femmes-la-veritable-histoire-du-8-mars

2. http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/journee-internationale-des-femmes-2016-la-presse-en-parle-7782250421

3. http://www.lemonde.fr/journee-de-la-femme/article/2012/03/08/l-appel-des-femmes-arabes-pour-la-dignite-et-l-egalite_1653328_1650673.html#C30i0p5hSdcPPvm0.99

4. http://www.vanityfair.fr/actualites/pouvoir/diaporama/femmes-scientifiques-oubliees-par-les-livres-dhistoire-feminisme-celebres/41505#E7dfgCMP0V7efsH5.99

5. Mathilde Damgé http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/10/09/ces-femmes-oubliees-des-nobel_4786195_4355770.html

6.Tarik Hafid http://www.babzman.com/exrait-revue-babzman-lapport-des-femmes-dans-le-mouvement-national-de-la-revolution-edification-du-mouvement-national-algerien-les-oubliees-de-lhistoire/

7.Lyes Hallas http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/03/08/article.php?sid= 210418&cid=2

8. Chems Eddine Chitour http://www.mondialisation.ca/ces-femmes-invisibles-qui-ont-marque-lhistoire-de-lalgerie/5326553

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/262186-eloge-de-la-force-tranquille.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 



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